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Procédure : 2010/2916(RSP)
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RC-B7-0605/2010

Débats :

PV 11/11/2010 - 5
CRE 11/11/2010 - 5

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PV 11/11/2010 - 8.12
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P7_TA(2010)0402

Débats
Jeudi 11 novembre 2010 - Bruxelles Edition JO

5. Crise de l’élevage dans l’UE (débat)
Vidéo des interventions
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  La Présidente. - L’ordre du jour appelle le débat sur la question orale à la Commission sur la crise de l’élevage dans l’UE de Esther Herranz García, Albert Deß, Mairead McGuinness, Giovanni La Via, Michel Dantin, Véronique Mathieu, Gabriel Mato Adrover, Herbert Dorfmann, Georgios Papastamkos, Mariya Nedelcheva, Filip Kaczmarek, Jarosław Kalinowski, Béla Glattfelder, Czesław Adam Siekierski, Rareş-Lucian Niculescu, Sergio Paolo Francesco Silvestris, Elisabeth Köstinger, Milan Zver, Peter Jahr et Maria do Céu Patrão Neves, au nom du groupe du Parti populaire européen (Démocrates-Chrétiens), James Nicholson, au nom des conservateurs et réformistes européens, et Luis Manuel Capoulas Santos, Paolo De Castro, Stéphane Le Foll et Iratxe García Pérez, au nom du groupe de l’Alliance progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen (O-0141/2010/rév. 1 - B7-0559/2010).

 
  
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  Esther Herranz García, auteure. – (ES) Monsieur le Commissaire, merci beaucoup pour votre présence ici et pour avoir fait preuve d’autant de sensibilité envers cette initiative parlementaire très importante et si nécessaire pour l’élevage dans l’Union européenne.

Ce secteur est particulièrement vulnérable aux crises qui frappent l’ensemble de l’agriculture de l’UE à cause de facteurs multiples: les coûts élevés des intrants, la chute des prix de marché, les déséquilibres dans les rapports de force de la filière alimentaire, et la hausse actuelle des cours des céréales.

L’industrie animale européenne est confrontée à ces problèmes tout comme d’autres secteurs agricoles, mais avec un facteur aggravant: les investissements considérables qui caractérisent ce type de production.

Comme la Commission européenne est sur le point de présenter sa communication concernant la réforme de la politique agricole commune (PAC), je pense que le moment est particulièrement bien choisi pour envoyer un message de solidarité et de préoccupation à ce groupe de producteurs. Dans mon pays, l’Espagne, comme dans d’autres pays de l’UE, nous parlons d’une crise structurelle et les hausses des cours des céréales n’ont fait qu’aggraver une situation qui se prolonge depuis plusieurs années.

Les statistiques montrent que de plus en plus d’exploitations sont abandonnées. Cela ne devrait pas être le cas dans le contexte d’une demande mondiale qui croîtra dans les prochaines années grâce à l’amélioration supposée du niveau de vie de la population.

En vue de la réforme à venir de la PAC, quelles sont les mesures que le commissaire, ou la Commission européenne, envisage de prendre compte tenu de la nature spécifique du secteur de l’élevage? Je parle de mesures concernant le marché et d’autres initiatives pour empêcher que les modèles de production intensive qui respectent les normes environnementales de l’UE soient pénalisées par le futur système d’aide, entre autres effets néfastes. Il faudrait mettre en œuvre des mesures de bon sens qui garantissent une plus grande sécurité de l’offre d’aliments pour animaux, la constitution de réserves de céréales suffisantes et l’accélération de la mise sur le marché de ces réserves.

Enfin, pour conclure je voudrais exprimer ma satisfaction du fait que cette proposition de résolution mentionne spécialement le porc et la volaille, des secteurs qui ne reçoivent pas d’aide directe de l’UE, mais pour lesquels un marché et des mesures commerciales pourraient également être créés afin d’améliorer leur situation.

 
  
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  James Nicholson, auteur. – (EN) Madame la Présidente, tout d’abord, j’apprécie que ce point soit débattu ici aujourd’hui. Je pense que le moment est on ne peut mieux choisi. À l’heure actuelle, l’élevage, dans l’UE, connaît des difficultés causées par toute une gamme de facteurs, y compris la hausse des coûts de production, la concurrence des importations en provenance de pays tiers et, bien sûr, différentes questions qui contribuent à la hausse du prix des aliments pour animaux.

Bien que nous n’ayons aucun contrôle sur la sécheresse en Australie ou sur les rigueurs météorologiques qui influencent la récolte céréalière en Russie, je pense que l’Europe doit s’attaquer d’urgence à son manque d’autosuffisance en protéagineux. Nous dépendons beaucoup trop des pays tiers pour notre alimentation animale et nous devons commencer à cultiver plus nous-mêmes. Or, dans la situation actuelle nous sommes contraints d’importer une grande partie de nos aliments pour animaux et j’ai déjà répété à maintes reprises que je pense fermement que le processus d’approbation de nouveaux types de blé génétiquement modifié prend trop de temps et qu’il faut accélérer d’urgence l’importation d’aliments pour animaux produit à partir de soja. Si cela ne se fait pas, les éleveurs de l’Union européenne devront faire face encore longtemps à l’augmentation des cours, de la volatilité et de l’incertitude.

Permettez-moi également de mentionner brièvement de quelle manière la situation affecte l’industrie du porc et de la volaille. Les agriculteurs dans ce secteur perçoivent la crise de manière très vive à mesure que leurs coûts augmentent et que le prix de la viande porcine diminue. Je voudrais demander à la Commission de suivre cette situation de près et d’utiliser tous les outils à sa disposition pour rectifier les choses.

Les producteurs de bœuf, de mouton, de porc, de volaille se trouvent tous dans une situation de perte. Est-il nécessaire que je répète à l’Assemblée que tous ces secteurs souffrent réellement? Je dois dire cependant qu’au final c’est le consommateur qui paiera parce que si tous les agriculteurs cessent leur production, nous devrons importer cette nourriture de l’étranger, avec tous les problèmes que cela suppose. Nous devons donc assurer la sécurité de notre propre approvisionnement alimentaire à l’intérieur de l’Europe. Si nous ne le faisons pas, ce sera à nos propres risques et périls.

 
  
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  Iratxe García Pérez , auteure. – (ES) Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, la rentabilité de la production animale est directement liée au coût des aliments pour animaux. Dans le contexte de volatilité croissante des prix des matières premières, la prise de décision devient très complexe pour les producteurs d’aliments pour animaux et les éleveurs, comme nous l’avons vu au début de l’année politique.

Le secteur de la viande qui connaît le plus de difficultés actuellement est celui de la viande porcine. C’est pourquoi, je vais concentrer mon intervention sur les graves problèmes qu’il rencontre: la hausse du coût des aliments pour animaux, qui représentent 60 % des coûts de production et qui sont dès lors d’une importance capitale en termes de rentabilité pour les producteurs.

En deux mois, les cours des céréales ont augmenté de 50 %, non pas à cause d’un déséquilibre entre l’offre et la demande, puisque la production est suffisante, mais à cause d’une spéculation extérieure au secteur.

Il y a donc lieu d’agir contre la spéculation, tout en adoptant une politique qui encourage la constitution de stocks stratégiques suffisants pour éviter la spéculation.

Nous apprécions que des stocks d’intervention de céréales soient mis sur le marché. Il nous reste simplement à espérer qu’ils seront destinés au marché de l’UE, sans quoi ils n’aideront pas le secteur de l’élevage. La solution pourrait passer par une taxe à l’exportation de céréales européennes, comme dans le cas du blé en 1994.

Un autre problème concerne la pression de la grande distribution qui fait baisser les prix, ce qui signifie que la hausse des coûts de production ne peut être compensée par les prix de vente.

Il faut promouvoir les organisations de producteurs capables de se positionner sur le marché, en concentrant l’offre. La Commission est bien consciente du problème, mais les mesures spécifiques manquent; nous espérons qu’elles se matérialiseront dans la future politique agricole commune, à travers des mécanismes souples et efficaces de gestion du marché pour combattre et agir contre les problèmes. Cela signifie combattre la spéculation et se servir de mesures spécifiques pour promouvoir la compétitivité du secteur sur le marché et accroître son poids dans la chaîne des valeurs.

Je voudrais aussi saisir cette occasion pour demander l’activation des mesures de marché applicables au porc, aux restitutions à l’exportation et au stockage privé. La Commission ne pense pas que la situation dans le secteur le justifie. Toutefois, ces derniers mois on enregistre une baisse continue des prix et les prix que reçoivent les éleveurs sont inférieurs à la moyenne des cinq dernières années.

Je pense que la Commission est en droit d’activer les mesures existantes de gestion du marché, ainsi que certains États membres l’ont demandé au Conseil.

 
  
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  Dacian Cioloş, membre de la Commission. – Madame la Présidente, ma réponse se présentera en deux parties puisque, effectivement, le problème du secteur de l’élevage est lié d’abord à la situation de l’alimentation, et donc à la situation du marché des céréales, puis je ferai également référence aux mécanismes qui sont à notre disposition pour le secteur de l’élevage.

La Commission suit très attentivement la situation du marché des céréales et les répercussions de celle-ci sur les éleveurs. Le prix des céréales a subi une hausse importante au cours de l’été en raison des faiblesses des disponibilités, notamment dans les pays de la mer Noire. Ainsi, nous avons vu le prix de l’orge et de l’avoine remonter jusqu’à 200 euros par tonne. Actuellement, bien que la volatilité des prix soit importante, leur niveau reste nettement inférieur au record de prix enregistré en 2008. La remontée de l’euro face au dollar, qui rend les exportations de l’Union européenne moins compétitives actuellement, constitue aussi un facteur perturbateur sur le marché européen.

Au niveau mondial, malgré le déficit enregistré en Russie et en Ukraine, le niveau de la récolte de céréales est normal et les stocks sont reconstitués grâce aux récoltes record des deux dernières campagnes. Dans l’Union européenne, la production de céréales est estimée à un niveau moyen de 276 millions de tonnes, et si on y ajoute le stock de début de campagne, on obtient un excédent de près de 60 millions de tonnes par rapport aux prévisions d’utilisation.

Les stocks d’intervention - essentiellement de l’orge - s’élèvent actuellement à 5,6 millions de tonnes de céréales. Une quantité de 2,8 millions de tonnes vient d’être réservée pour la mise en œuvre du programme 2011 en faveur des plus démunis et le reste de cette quantité sera mis en vente prochainement sur le marché intérieur. La décision a d’ailleurs été déjà prise et la mise sur le marché interviendra dès la fin de ce mois.

Une certaine détente sur le marché a pu être observée dès que la Commission a annoncé cette mesure, que j’ai annoncée récemment au Conseil. Concernant la situation du marché de céréales, aucune mesure d’urgence ne se justifie donc dans ce secteur car, comme je vous l’ai expliqué, il ne s’agit pas d’un problème d’approvisionnement en céréales du marché européen puisque le prix élevé des céréales sur le marché européen n’est pas dû à un manque d’approvisionnement du marché.

La Commission suit très attentivement les développements du marché dans le secteur de l’élevage, et plus particulièrement dans le secteur de la production porcine et des volailles. Les marges dans ce secteur sont, en effet, très dépendantes des coûts des aliments. Les prix dans le secteur de la volaille sont supérieurs à la moyenne à long terme et semblent au moins partiellement compenser l’augmentation des coûts des aliments. Le prix du porc d’abattage suit la tendance saisonnière à la baisse. Il est très légèrement inférieur au niveau de l’année dernière. La production est actuellement bien absorbée par le marché intérieur et par les exportations. Entre juin et août 2010, les exportations de viande de porc ont augmenté de 10 % et celles de volaille de 21 % par rapport à la même période de l’année dernière. Par conséquent, malgré ces problèmes de prix, les producteurs de porcs et de volaille ont pu exporter pendant une certaine période tout de même.

La Commission va bien évidemment continuer à suivre les évolutions sur le marché et dès que cela s’avérera nécessaire et utile, elle utilisera les moyens à sa disposition pour intervenir sur le marché. En effet, pour le secteur de l’élevage, deux mesures sont actuellement disponibles: les restitutions à l’exportation et le stockage privé.

Concernant les restitutions à l’exportation, cette mesure ne pourrait pas être efficace maintenant compte tenu du fait que le prix mondial est plutôt élevé; donc, une subvention à l’exportation ne se justifie pas. Des problèmes d’exportation peuvent survenir tout comme un manque de compétitivité du fait du rapport entre le dollar et l’euro, mais ce n’est pas un problème qui affecte uniquement le secteur agricole. Nous verrons comment le cours entre le dollar et l’euro évolue, et en fonction de celui-ci, en cas d’excédents sur le marché communautaire, on pourra alors parler de mesures de stockage privé. Pour l’instant, il n’y a pas d’excédent de viande sur le marché communautaire, et c’est la raison pour laquelle les mesures de stockage privé ne se justifient pas actuellement, même si je suis prêt à analyser la possibilité de recourir à ces mesures en fonction de l’évolution des marchés.

Concernant la question de la volatilité, elle va être traitée dans la réforme de la PAC pour 2013, où il est envisagé de proposer des mécanismes inexistants actuellement pour traiter la question de la volatilité des revenus. Concernant la question de la transparence de la chaîne alimentaire, elle est actuellement à l’étude avec le commissaire Tajani pour voir de quelle manière des précisions dans ce domaine pourraient contribuer à clarifier la répartition de la valeur ajoutée. Tels sont les éléments de réponse que je peux apporter à ce stade.

 
  
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  Albert Deß, au nom du groupe PPE. – (DE) Madame la Présidente, Monsieur Cioloş, Mesdames et Messieurs, la proposition de résolution d’aujourd’hui contribuera à mettre l’élevage européen sur la bonne voie. Je voudrais remercier Mme García pour cette initiative. L’objectif de cette proposition n’est pas de couper l’Europe du reste du monde ni d’outrepasser les règles du marché. Il est de mettre en place pour le secteur européen de l’élevage des conditions de marché équitables qui contribueront à garantir la sécurité alimentaire à plus de 500 millions de personnes à l’avenir. Nous devons veiller à ce que le secteur agricole européen ne soit pas confronté quotidiennement à de nouvelles règles de production très détaillés et que les éleveurs ne soient pas obligés de fournir un certificat de compétence à la suite l’un de l’autre, tout en maintenant le bien-être animal et des normes environnementales élevées. Ce genre de règles ne s’applique apparemment pas aux produits agricoles importés.

C’est pourquoi je remercie les 534 membres de cette Assemblée qui ont voté à Strasbourg pour que les importations agricoles respectent à l’avenir la protection du consommateur européen, le bien-être animal et les normes de protection environnementale. Monsieur Cioloş, le Parlement est prêt à vous accorder tout son soutien. Ces normes doivent s’appliquer aux importations et c’est pour cela que mon groupe accueille favorablement et soutient cette proposition.

 
  
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  Paolo De Castro, au nom du groupe S&D. – (IT) Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, Mesdames et Messieurs, nous sommes ici aujourd’hui pour demander à la Commission de mettre en œuvre des instruments de marché appropriés, efficaces et souples pour combattre la crise dans laquelle est plongé le secteur européen de l’élevage.

Nous espérons que la proposition que la Commission présentera bientôt concernant les instruments de marché pour le secteur laitier comprendra aussi des propositions visant à limiter l’impact de la volatilité des prix sur l’ensemble du secteur agricole.

De nombreuses actions peuvent encore être menées pour envoyer un signal fort aux éleveurs européens. Nous pensons, par exemple, qu’il serait très utile que le secteur de l’élevage revoie l’interdiction actuelle concernant l’utilisation de farine animale pour les non-ruminants, par exemple pour les secteurs aviaire et piscicole. Comme vous le savez, cette interdiction a été introduite à la suite des cas d’ESB, mais maintenant, quelques années plus tard, la communauté scientifique s’accorde à dire que l’interdiction n’est justifiée que dans le cas des ruminants. Dans le cas des non-ruminants, il n’existe pas de danger pour la santé humaine et l’environnement. Nous espérons donc que cette interdiction sera levée afin d’offrir à ces animaux une plus grande possibilité de régimes plus riches en énergie.

 
  
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  Liam Aylward, au nom du groupe ALDE. – (EN) Madame la Présidente, le secteur de l’élevage représente une importante industrie agricole traditionnelle qui constitue le gagne-pain de milliers de producteurs dans l’UE. Ce secteur est capital à la contribution socioéconomique que l’agriculture apporte aux zones rurales de l’Union européenne. C’est une agro-industrie essentielle en Europe et encore plus en Irlande, étant donné que l’Irlande est le quatrième exportateur de bœuf au monde.

En particulier, les prix élevés des céréales exacerbent les problèmes de rentabilité pour les engraisseurs hivernaux, qui dépendent davantage des importations d’aliments pour animaux à base de céréales. Je voudrais souligner trois points en particulier. Tout d’abord, la nécessité pour la Commission de mettre en place des marqueurs et des mesures efficaces et flexibles afin de contrer la volatilité extrême des prix de marché. Il y a lieu également d’agir pour combler le fossé entre les prix payés par les consommateurs et les prix perçus par les producteurs.

Deuxièmement, il est essentiel que la Commission intensifie les mesures de soutien à l’élevage en particulier dans les zones défavorisées. La prochaine réforme de la PAC doit se concentrer sur la vulnérabilité particulière de certains secteurs d’élevage et sur les importants coûts de production imposés aux agriculteurs. Dans la prochaine PAC, la charge bureaucratique excessive qui pèse sur les éleveurs doit être traitée et réduite.

Enfin, les producteurs européens respectent les règles les plus strictes au monde en matière de sécurité et de qualité des aliments, d’environnement, de santé et de bien-être animal. Ces normes élevées ne doivent pas les handicaper par rapport à leurs concurrents de pays tiers. Il est essentiel pour la viabilité à long terme du secteur de l’élevage dans son ensemble que la Commission veille à ce que ses actions concernant le commerce et l’agriculture ne mettent pas en danger pas les agriculteurs européens, mais soutiennent la durabilité et la viabilité du secteur de l’élevage en Europe à l’avenir.

 
  
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  José Bové, au nom du groupe Verts/ALE. – Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, comme en 2007, les cours internationaux des céréales s’envolent et, comme il y a deux ans, les éleveurs voient leurs coûts de production exploser. La nourriture des bovins représente 60 à 80 % des charges et leurs revenus s’effondrent: 700 euros par mois, en moyenne, pour vivre! Devons-nous attendre que les crises successives détruisent l’agriculture paysanne européenne avant d’agir? Les consommateurs paient 17 euros le kilo une entrecôte au supermarché et les producteurs reçoivent 3 euros le kilo, est-ce normal?

Le Parlement s’est prononcé, le 7 septembre, en votant le rapport des revenus équitables pour les agriculteurs. Il a interpellé la Commission pour qu’elle agisse rapidement et interdise la vente à un prix inférieur aux coûts de production. Les députés se sont prononcés, à Strasbourg, pour renforcer les organisations de producteurs, pour stopper la spéculation sur les marchés internationaux et pour contrôler le poids des entreprises dans la transformation et la distribution.

Les éleveurs attendent plus encore: ils veulent la mise en place ou le renforcement des organisations communes de marché, seuls outils capables de stabiliser les coûts et d’offrir une visibilité économique à long terme. La semaine prochaine, le commissaire Cioloş présentera sa proposition de réforme de la PAC, il devra donner des réponses claires aux éleveurs. Il en va de la crédibilité de l’Europe. L’Europe a besoin de tous ses paysans.

 
  
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  Janusz Wojciechowski, au nom du groupe ECR. – (PL) Madame la Présidente, je me réjouis beaucoup du fait que nous traitions de la situation de l’élevage car elle est sérieuse. Je voudrais attirer l’attention sur le problème abordé au paragraphe 15 de la proposition, à savoir le problème du bien-être animal.

Les normes concernant le bien-être animal devraient être obligatoires et devraient être améliorées. Je suis tout à fait favorable à ce que les animaux vivent dans les meilleures conditions possibles. Toutefois, le bien-être animal implique des coûts et ce sont les agriculteurs qui supportent ces coûts. Il existe aussi un problème de concurrence déloyale quand les viandes sont importées en Europe en provenance de marchés et de pays tiers où les normes concernant le bien-être animal n’existent pas. Cela doit changer. Nous devons introduire ces normes ici, mais nous devons aussi résolument exiger des normes élevées - les mêmes que celles que nous appliquons dans l’Union - de la part de tous ceux qui exportent leur viande et leurs produits animaux vers le marché européen.

 
  
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  Patrick Le Hyaric, au nom du groupe GUE/NGL. – Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, il faut résolument tirer les leçons des politiques actuelles. Il faudrait décider de cesser cette libéralisation totale des marchés agricoles qui fait que les éleveurs gagnent, comme cela vient d’être dit, entre 700 et 800 euros par mois - 700 à 800 euros par mois! -, pendant que les prix à la consommation des viandes ont augmenté de 40 %.

Décidez de stopper ces importations abusives et cessez de faire négocier ce mauvais accord d’importation de 400 000 tonnes de viande bovine des pays du Mercosur, ce qui dévasterait des régions entières. Au contraire, ayez le courage de protéger l’agriculture européenne et cessez de laisser décider du sort de nos fermes l’Organisation mondiale du commerce.

Mettez en place des outils nouveaux pour une production régulée. Refusez la meurtrière concurrence à l’intérieur même de l’Union européenne et mettez en place des prix de base rémunérateurs et stables, en valorisant l’élevage basé sur les pâturages. Agissez pour faire cesser cette abominable spéculation sur les céréales. Monsieur le Commissaire, il y a urgence, il y a des drames qui se nouent dans nos campagnes. Le laisser-faire discrédite même le projet européen.

 
  
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  Giancarlo Scottà, au nom du groupe EFD. – (IT) Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs, la volatilité des cours des céréales entraîne de graves répercussions sur tous les secteurs de l’élevage, mais aussi sur les consommateurs.

Les exportations de céréales sont bloquées à cause de la chaleur, des incendies, de la sécheresse et des inondations - comme cela se passe aujourd’hui en Italie. Pour aggraver la situation, le Canada a réduit sa production à la suite des importantes pluies de cet été. Les cours ont été influencés non seulement par les changements climatiques, mais aussi par la spéculation sur les marchés internationaux. Les producteurs de céréales qui tablent sur une hausse des cours attendent avant de vendre leur production et la stockent, avec pour résultat que ces produits agricoles se détériorent. La spéculation et les changements climatiques graves ont conduit à une envolée des cours des céréales qui servent à l’alimentation animale et à l’augmentation des prix de la viande qui s’ensuit.

Je pense qu’il est essentiel que la Commission garantisse une action opportune et ciblée en matière de volatilité des cours des produits agricoles, au travers d’interventions innovantes sur le marché, dans le cadre de la nouvelle PAC. La Commission doit empêcher les pratiques spéculatives dans l’agriculture pour préserver les entreprises des agriculteurs et des éleveurs, et garantir aux consommateurs des produits de qualité à des prix équitables.

 
  
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  Diane Dodds (NI). - (EN) Madame la Présidente, je voudrais inviter l’Assemblée à soutenir cette proposition extrêmement importante qui nous est soumise ce matin. Il est évident pour ceux d’entre nous qui ont été élus dans des circonscriptions rurales, et pour ceux qui siègent à la commission de l’agriculture et du développement rural, que la situation dans laquelle se trouvent de nombreux éleveurs est tout simplement insoutenable.

Sans vouloir sembler crier au loup, si nous ne rectifions pas les problèmes identifiés par cette proposition, nous serons confrontés à des prix alimentaires plus élevés et nous serons plus dépendants de pays tiers. Des pays comme la Chine et les États-Unis sont tous de plus en plus conscients de l’importance de la sécurité de l’approvisionnement alimentaire et ils continuent par conséquent à augmenter leur soutien à l’agriculture.

En Irlande du Nord, le prix du bœuf est nettement inférieur au coût de production. Tant que le coût des intrants et les exigences extraréglementaires continueront d’augmenter, de nombreux agriculteurs quitteront ce secteur, ce qui aboutira à l’abandon de terres, à la pénurie d’activité économique dans les zones rurales, et à la réduction de la production alimentaire dans l’UE. Il est grand temps pour nous de reconnaître l’importance de la sécurité alimentaire et de la valeur du travail des agriculteurs en Europe.

Enfin, les négociations commerciales actuelles avec le bloc du Mercosur ont un effet déstabilisateur dans l’industrie. Couplé aux conditionnements difficiles du marché et aux coûts en augmentation, l’élevage doit supporter en plus l’incertitude créée par la reprise des négociations.

La Commission poursuit les négociations et, malgré les déclarations du commissaire au commerce, les producteurs d’Irlande du Nord pensent jusqu’à présent que les résultats ne peuvent être que négatifs pour les agriculteurs européens et la qualité de l’alimentation fournie aux Européens.

 
  
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  Rareş-Lucian Niculescu (PPE). - (RO) Je pense que nous devons dire d’emblée que ce sont les consommateurs qui sont les principales victimes de la crise dont nous débattons aujourd’hui et non pas les agriculteurs. Il est notoire que dans l’agriculture les cours des céréales influencent approximativement 80 % du prix de l’alimentation animale. Ce qui entre à son tour pour environ 70 % dans les coûts de production. Il est impossible pour le producteur d’accroître à proportion le prix de vente de la viande. Les éleveurs n’ont pas de contact avec le consommateur final, mais traitent avec les transformateurs, qui ont toujours la possibilité d’importer. En même temps, les transformateurs répercutent dans le prix de vente la grande marge bénéficiaire à laquelle ils ont été habitués jusqu’ici. Malheureusement, cette période coïncide avec une crise économique générale, et la baisse du pouvoir d’achat de la population concerne aussi la production animale.

Il faut considérer un autre facteur encore. Lorsque les agriculteurs éprouveront des difficultés à nourrir leurs bêtes en hiver, un grand nombre d’entre eux choisira de les mener à l’abattoir, ce qui contribuera à prolonger la crise de plusieurs années. Afin de maintenir des prix domestiques raisonnables et garantir que les animaux reçoivent une alimentation adéquate, il convient de libérer des stocks d’intervention. Je me réjouis par conséquent de l’annonce faite par le commissaire Cioloş aujourd’hui. Je partage l’avis de mes collègues qui ont insisté sur l’importance de la culture de nouveaux organismes génétiquement modifiés afin de pouvoir fournir une alimentation animale à bon marché et réduire la dépendance par rapport aux importations.

Enfin, le débat d’aujourd’hui est étroitement lié à l’avenir de la politique agricole commune. Nous avons besoin d’une politique agricole commune qui soit forte, bien financée et bien gérée, qui puisse accueillir à la fois des mesures de développement structurel et de modernisation, ainsi que des mesures de soutien direct et au marché.

 
  
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  Luís Manuel Capoulas Santos (S&D). - (PT) Nous sommes tous conscients des énormes difficultés que connaît le secteur européen de l’élevage, en particulier le secteur porcin. Les causes de cette situation sont très clairement exposées dans le texte de la résolution débattue aujourd’hui, et dont la plus importante est le coût élevé des céréales.

Le Parlement européen ne peut rester indifférent à cette situation. Il est donc nécessaire d’agir immédiatement à l’aide des mécanismes disponibles et à ce sujet je trouve opportune la décision de la Commission de mettre sur le marché 2,8 millions de tonnes de céréales. Cette mesure est positive, mais manifestement insuffisante. Il faut trouver de nouveaux instruments à court et moyen termes pour combattre la spéculation en particulier. En fait, le Commissaire vient de dire que c’est là le cœur du problème. Il faudra trouver des solutions à long terme dans le contexte du débat que nous allons entamer sur la nouvelle politique agricole commune. J’invite donc la Commission à prendre en considération les recommandations de la résolution signée par plusieurs groupes politiques, y compris le mien, car il faut agir et agir en fait très vite, Monsieur le Commissaire.

 
  
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  Martin Häusling (Verts/ALE). - (DE) Madame la Présidente, Monsieur Cioloş, il ne fait pas de doute que la crise doit être réglée. Toutefois, cette proposition avance des solutions que nous ne pouvons soutenir. Faciliter l’importation de soja génétiquement modifié ne contribuera pas à résoudre la crise de l’élevage. Au contraire, nous devons commencer à redévelopper nos propres sources de protéines végétales en Europe. Environ 75 % de nos protéines végétales sont importées. Ce n’est pas acceptable et nous devons introduire des changements urgents.

Je ne comprends pas non plus pourquoi de nombreuses personnes remettent en question le compromis qui a été négocié par tous les groupes et pourquoi elles veulent ouvrir la porte aux importations de soja génétiquement modifié. Ce n’est pas une solution. Nous devons également discuter du genre d’élevage que nous voulons en Europe. Une fois de plus, ce sont les petites exploitations qui ont été les plus touchées par la crise. Par ailleurs, l’élevage à l’échelle industrielle se développe en Europe; il n’est pas respectueux des animaux et il n’est pas équitable du point de vue agricole. Nous devons en fin de compte faire quelque chose dans ce domaine aussi.

Pour finir, je suis très surpris que 450 millions d’euros du budget de l’agriculture soient transférés vers le projet de fusion nucléaire ITER. Je voudrais que M. Cioloş nous explique ce que nous devons en penser.

 
  
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  Bairbre de Brún (GUE/NGL). - (GA) Madame la Présidente, la hausse substantielle des coûts qui se rapportent à l’alimentation animale crée de l’instabilité au sein de l’industrie agricole européenne. La fluctuation des prix produit un effet négatif sur une industrie de l’élevage déjà vulnérable. La hausse des coûts des aliments composés pousse les coûts de production à la hausse dans le secteur de l’élevage. Il faut plus de flexibilité en ce qui concerne l’aide à ce secteur.

Il est temps que la Commission propose des mesures de réduction de l’instabilité des prix et de stabilisation du prix des aliments pour animaux. Je me réjouis d’entendre de la bouche du commissaire qu’il envisage un nouvel instrument pour traiter de la volatilité des prix après 2013. Il faut à présent aussi des mesures et des instruments appropriés.

 
  
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  John Stuart Agnew (EFD). - (EN) Madame la Présidente, je soutiens M. De Castro dans ses remarques concernant la farine de viande et d’os; la déréglementation dans ce domaine est hautement nécessaire. Le secteur de l’élevage au Royaume-Uni se débat actuellement avec des coûts élevés des aliments pour animaux et les obstacles de la Commission ne nous aident pas. Il y a tout d’abord l’identification électronique individuelle des moutons - une règle qui n’est pas appliquée dans de nombreux autres États membres et qui n’est pas non plus requise pour l’importation de viande de mouton en provenance de pays tiers.

L’interdiction imminente des cages en batterie produit d’importantes distorsions sur notre marché des œufs, dans la mesure où des œufs de batterie provenant d’États membres non conformes peuvent se vendre moins chers que nos œufs. Certains producteurs gèrent les deux systèmes en parallèle avant la date butoir afin d’essayer de récupérer une partie des 400 millions de livres sterling que nous avons dépensés pour nous conformer à vos règles, ce qui a pour résultat, bien sûr, plus d’œufs sur le marché.

Telle une épée de Damoclès, l’ouverture de négociations commerciales bilatérales entre l’UE et le Mercosur menace tout le secteur de l’élevage britannique. Les éleveurs britanniques seront le bouc émissaire de cet accord et cela ne nous réjouit guère.

 
  
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  Béla Glattfelder (PPE). - (HU) Les raisons de la crise du secteur de l’élevage sont nombreuses. Ceux qui disent que la concurrence déloyale des importations en est une et qui mentionnent les dangers des négociations avec le Mercosur ont raison. Je voudrais soulever la question de la hausse des cours des céréales. Il était prévisible que les cours des céréales augmenteraient et je l’ai dit à plusieurs reprises ici au Parlement européen aussi. La Commission européenne n’a rien fait pour l’empêcher. Une des raisons de ce problème est la réduction de l’intervention, ce qui a été une grave erreur. Nous devons prendre conscience du fait que le commerce mondial des céréales se concentre dans les mains de moins en moins d’entreprises. Soit dit en passant, la situation est la même dans de nombreux États membres de l’UE. L’Union européenne a décidé de ne pas maintenir de stocks d’urgence, une décision qui favorisera encore la spéculation à l’avenir.

La fluctuation des cours des céréales entraîne des pertes non seulement pour les producteurs de céréales, mais aussi pour les éleveurs et les consommateurs. De plus, les contribuables européens en supportent aussi les coûts. N’oubliez pas que l’Union européenne a vendu les stocks d’intervention 2004/2005 en réalisant un énorme bénéfice. Les cours des céréales ont été bas durant la période écoulée. Si l’Union européenne était intervenue à ce moment-là, il serait possible maintenant de réaliser d’énormes bénéfices en vendant les céréales, ce qui aiderait aussi les éleveurs. Nous n’avons cependant pas de tels stocks et c’est non seulement mauvais pour les producteurs et les consommateurs, mais cela signifie aussi que l’Union européenne ne peut pas venir en aide à des pays touchés par la famine, comme le Pakistan.

 
  
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  Csaba Sándor Tabajdi (S&D). - (HU) Tout d’abord, les efforts faits par le commissaire Cioloş pour convaincre l’Union européenne de mettre enfin sur pied un mécanisme de protection approprié contre la volatilité mondiale des prix des denrées alimentaires méritent tout notre soutien. Deuxièmement, les cours élevés des céréales et de l’alimentation animale indiquent l’émergence d’une pénurie de protéines dans l’Union européenne, au sujet de laquelle M. Häusling va rédiger un rapport. Troisièmement, du fait que le système de politique agricole commune est faussé, qu’il subventionne trop les céréaliers et qu’il ne soutient ni les producteurs de porc, ni les producteurs de volailles, ni les éleveurs en général, est un autre facteur qui contribue à la crise actuelle de l’élevage. Quatrièmement, les éleveurs sont désavantagés dans la chaîne de l’offre par rapport aux transformateurs et aux négociants. Cinquièmement, les éleveurs sont forcés de consentir des investissements disproportionnés pour protéger l’environnement. C’est particulièrement grave dans les nouveaux États membres. Il faut également traiter et régler cela.

 
  
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  Herbert Dorfmann (PPE). - (DE) Madame la Présidente, Monsieur Cioloş, Mesdames et Messieurs, je voudrais remercier vivement Mme García pour cette initiative et je voudrais aussi faire spécifiquement référence à la situation de l’élevage dans les zones de montagne. Dans de nombreuses régions de l’Union européenne, il existe des alternatives agricoles à l’élevage, mais ce n’est généralement pas le cas dans les régions de montagne. S’il n’y avait pas d’herbivores dans les montagnes, une bonne partie des zones agricoles y seraient tout simplement inutiles et seraient abandonnées. Cela restreindrait non seulement les possibilités commerciales dans les régions de montagne, mais cela changerait aussi le paysage et, au final, cela réduirait la biodiversité.

Le secteur laitier joue un rôle spécial à cet égard car il crée des emplois et génère des revenus dans les régions montagneuses et dans d’autres zones. C’est pourquoi je pense que nous devons nous concentrer spécialement sur trois questions dans la réforme de la politique agricole. Il nous faut une politique agricole commune (PAC) qui prenne en considération l’élevage dans les régions montagneuses et qui fournisse des subventions aux éleveurs qui s’y trouvent. Deuxièmement, il nous faut un deuxième pilier souple pour la PAC, qui permette d’apporter un soutien spécial aux élevages dans les zones montagneuses. Troisièmement, il nous faut une politique de qualité qui se concentre, en particulier, sur les produits des régions montagneuses et qui fournisse des options d’étiquetage spécial, de sorte que le secteur de l’élevage de montagne puisse acquérir de la valeur ajoutée pour ces produits sur le marché.

 
  
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  Luís Paulo Alves (S&D). - (PT) Nous nous dirigeons probablement vers une nouvelle bulle des produits de base. Les prix ont augmenté en moyenne de plus de 16 % sur le marché international depuis juin. Le marché à terme n’a sans doute jamais connu autant d’activité, ni l’implication de sommes aussi importantes. Les taux d’intérêt extrêmement bas, et les liquidités abondantes à la recherche de bonnes affaires conduisent à une augmentation des échanges et de la spéculation financière sur les contrats à terme, sans aucun contact avec l’économie réelle. Les chiffres de la plus grande bourse mondiale des céréales, la Chicago Mercantile Exchange, sont impressionnants et les records de transactions sont battus en ce qui concerne l’achat de soja, de maïs et de blé. Dans la pratique, cela aboutit à une répercussion de ces augmentations sur les prix réels du marché, même au cours d’une année où les céréales sont largement disponibles. Ces augmentations des prix de l’alimentation animale provoquent des dommages terribles et aggravent la situation déjà difficile de bon nombre de nos éleveurs, qui, à cause de la crise, ne pourront pas répercuter les augmentations sur leurs ventes et qui ne seront pas à même de les absorber. Alors, il est temps d’agir et de protéger nos denrées alimentaires de la spéculation financière. Je voudrais savoir dès lors ce que la Commission a l’intention de faire à ce sujet.

 
  
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  Michel Dantin (PPE). - Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, chers collègues, quel monde que le monde agricole! Il y a un an, dans cet hémicycle, nous nous lamentions tous de la situation de l’ensemble des productions. Aujourd’hui, un secteur de production va mieux que les autres, à savoir le monde des céréales - je crois qu’il faut quand même s’en réjouir -, mais malheureusement, il y a des répercussions gravissimes sur un autre secteur, qui est celui de l’élevage.

La vraie question qui nous est posée aujourd’hui, c’est celle de l’incapacité du monde agricole à répercuter sur le consommateur les charges qu’il a à subir. Il nous faut donc - comme cela a déjà été dit ce matin - favoriser l’organisation des producteurs de manière à leur permettre de peser vis-à-vis de leurs clients, et notamment vis-à-vis de la grande distribution.

Mais la filière, le fonctionnement des marchés est plus pernicieux. Comment expliquer que pendant des décennies, des années, nous avons dit que les pays d’Amérique du Sud pesaient sur la production, tiraient les prix vers le bas? Et qu’aujourd’hui, alors que, dans ces pays, les prix réaugmentent, nous sommes incapables d’en avoir une répercussion auprès de nos producteurs puisque, certes, les charges ont augmenté, mais - il faut aussi le dire - que les prix à la production n’augmentent pas?

Comment passer sous silence les différentiels de charges qui existent entre nos pays? Certes, il s’agit, pour partie, de responsabilités nationales. Mais le dumping qui existe aujourd’hui entre nos différents pays participe à la déstabilisation des marchés et je crois qu’il faut que l’Europe s’attaque à ce sujet.

Oui, il faut trouver des solutions. Les céréaliers européens sont conscients, me semble-t-il, de la situation de leurs principaux clients que sont les éleveurs. Ils sont prêts à s’engager dans une politique contractuelle. Êtes-vous prêt, Monsieur le Commissaire, à soutenir cette politique?

 
  
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  Alan Kelly (S&D). - (EN) Madame la Présidente, nous débattons une fois de plus de la mise à mal du revenu des agriculteurs à cause des marchés, dont la constitution est quelque peu défaillante; des agriculteurs incapables de supporter de grands chocs comme la hausse des cours des céréales que nous connaissons. Il est certainement temps que notre système agricole et notre marché soient plus forts, et j’espère que la Commission et le commissaire noteront encore une fois que les groupes politiques de cette Assemblée lancent un nouvel appel en faveur d’un budget approprié de la PAC après 2013.

Les coûts des intrants et des réglementations insupportables rendent les exploitations agricoles de l’UE non concurrentielles et menacent la viabilité de notre secteur agricole. Notre système de production bovine, de qualité et durable d’un point de vue environnemental basé sur les pâturages, est torpillé par les importations de pays tiers. Nous devons donner à nos agriculteurs une chance équitable et, que je sache, c’est tout ce qu’ils demandent. Le manque d’autosuffisance de l’UE en céréales devient un problème sérieux, non seulement pour l’industrie bovine, mais aussi porcine et volaillère. Cette proposition montre avec quel sérieux notre Assemblée aborde les développements en cours sur nos marchés agricoles. Comme Parlement, nous devons intervenir quand nous avons le sentiment que la situation est urgente et, pour être franc, Monsieur le Commissaire, nos secteurs bovin, volailler et porcin ont besoin immédiatement d’une intervention positive. J’ai hâte d’entendre votre réponse.

 
  
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  Jarosław Kalinowski (PPE). - (PL) Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, la situation cette année nous apprend qu’un niveau approprié de réserves céréalières est essentiel pour garantir la sécurité alimentaire et la stabilité du marché. Cette sécurité devrait être garantie par des décisions appropriées au niveau de l’UE.

L’autre sujet très important concerne la recherche de nouvelles sources de protéines - c’est une très bonne voie vers l’indépendance de l’agriculture européenne. Nous devons dès lors promouvoir la culture de plantes riches en protéines. N’oublions pas cependant que notre obligation inconditionnelle est de garantir un accès permanent des agriculteurs à l’alimentation. C’est pourquoi, je soutiens la proposition faite à la Commission européenne de fixer un seuil minimal pour les variétés non autorisées d’OGM qui peuvent être tolérées dans les importations de soja. La poursuite de la politique de tolérance zéro constitue une menace pour toute la chaîne de la production alimentaire.

 
  
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  Kriton Arsenis (S&D). - (EL) Madame la Présidente, il existe actuellement deux menaces qui pèsent sur l’alimentation et l’élevage au niveau mondial. D’une part, les monopoles des semences, et nous avons vu les conséquences désastreuses des semences modifiées dans ce secteur en Inde. D’autre part, il y a l’influence des organisations financières sur les cours des produits de base.

En 2008, nous avons enregistré la plus grande production mondiale de céréales. En 2008, et c’est là que réside l’absurdité sauf à l’expliquer par des jeux financiers, nous avons connu la plus grande crise alimentaire, une crise alimentaire qui a provoqué des troubles sociaux et la perte de nombreuses vies humaines. Nous devons surveiller ces deux points. Nous devons augmenter les ressources locales, garantir que les agriculteurs bénéficient d’un accès libre aux semences et que les éleveurs paient également des prix inférieurs, et nous devons réglementer le fonctionnement des organisations financières.

 
  
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  Izaskun Bilbao Barandica (ALDE). - (ES) Madame la Présidente, les élevages agricoles souffrent des conséquences de la crise. De plus, ils doivent se conformer aux normes les plus strictes au monde et relèvent donc leurs prix de production, avec le désavantage que cela suppose par rapport à des pays tiers. Je pense dès lors que la politique agricole commune doit tout d’abord garantir un financement suffisant après 2013 afin d’assurer la viabilité des producteurs agricoles et des éleveurs. Deuxièmement, elle doit adopter des mesures spécifiques en faveur des éleveurs qui utilisent des mesures de protection durables. Troisièmement, elle doit renforcer les mesures de soutien au secteur de l’élevage dans les zones les plus défavorisées. Quatrièmement, elle doit préciser que les importations en provenance de pays tiers doivent respecter les normes de l’UE afin de prévenir la concurrence déloyale.

Enfin, je demande à la Commission de défendre les intérêts des producteurs européens dans toutes les négociations commerciales afin de ne pas mettre en danger la production du secteur de l’élevage. À défaut d’adopter ces mesures, l’Europe pourrait devenir une région dépourvue d’un secteur qui dépendrait des importations et des pays tiers.

 
  
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  Struan Stevenson (ECR). - (EN) Madame la Présidente, la crise du secteur de l’élevage dans l’UE a durement frappé les agriculteurs d’Écosse et nous pouvons faire beaucoup de choses pour les aider. Tout d’abord, nous pourrions réduire le fardeau de la réglementation. C’est une folie que d’imposer plus de paperasserie et de réglementation stricte à nos propres producteurs de l’UE que celle que nous imposons à nos concurrents en dehors de l’UE. Nos agriculteurs sont pieds et poings liés par la paperasserie et pourtant nous importons de vastes quantités de produits alimentaires obtenus dans des conditions de bien-être et d’hygiène qui constitueraient une infraction pénale dans l’UE.

Le coût élevé qu’implique toute cette paperasserie ne se reflète pas dans les prix que nos éleveurs de bœuf obtiennent pour leur bétail. Le bœuf anglais se vent à présent nettement au-dessous du coût de production; les producteurs de vaches allaitantes de plaine estiment perdre environ 260 livres sterling par vache; nos producteurs de lait ont souffert d’une longue spirale de déclin. Nous devons redresser la situation.

 
  
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  João Ferreira (GUE/NGL). - (PT) La hausse des cours des céréales est un autre facteur qui vient s’ajouter et qui exacerbe la crise de l’élevage. La politique agricole commune actuelle et les politiques commerciales de l’Union européenne ne garantissent pas un revenu équitable aux agriculteurs, en particulier aux petits et moyens producteurs, elles n’empêchent pas non plus les effets des coûts croissants des facteurs de production et la volatilité des cours des produits agricoles: elles les empirent. Les causes de cette volatilité ne sont pas seulement, ou même principalement, naturelles. L’une d’elles est la spéculation sur les denrées alimentaires. Toute mesure prise dans ce domaine sera toujours limitée dans sa portée si elle n’inclut pas l’interdiction des instruments qui la font rentable, surtout les dérivés. Protéger la production, le droit à produire, la souveraineté et la sécurité alimentaire nécessite la fin de l’assujettissement de l’agriculture et de la production alimentaire au marché et à la compétitivité. Cela nécessite des mesures efficaces de réglementation et d’intervention sur les marchés, sans lesquelles la volatilité des prix empirera, des processus de concentration s’installeront, et seuls survivront un petit nombre de grands producteurs.

 
  
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  Dacian Cioloş, membre de la Commission. – Madame la Présidente, je suis très heureux de voir l’intérêt qui se manifeste, aussi au Parlement européen, pour un secteur qui est essentiel non seulement pour l’approvisionnement du marché, mais aussi pour l’équilibre de nos territoires: il s’agit du secteur de l’élevage.

À bien des questions et des problèmes qui ont été soulevés, les réponses se trouveront sans doute dans les propositions que la Commission va bientôt faire pour l’avenir de la politique agricole commune. Ce sont des propositions que l’on aura aussi l’occasion de discuter au Parlement, pas plus tard que la semaine prochaine. Nous allons sans doute aussi y aborder la question de l’équité du niveau de soutien entre les différents secteurs, y compris le secteur de l’élevage. Nous allons aussi y aborder la question du soutien du secteur de l’élevage dans des zones plus spécifiques et plus difficiles. Nous allons aussi y aborder la question de mécanismes pour gérer la volatilité des revenus. Cependant, il y a eu des questions ponctuelles qui ont été posées auxquelles j’aimerais répondre, à commencer par le problème du prix des céréales et des stocks d’intervention.

Il est vrai que l’on n’a plus de stocks d’intervention comme on en avait dans le passé, mais c’est parce que les prix sont maintenant plus élevés. Une intervention sur le marché n’est pas justifiée si les prix sont élevés. Je pense qu’il faut qu’on réfléchisse à d’autres types de mécanismes et, si les stocks peuvent jouer un rôle, il faudra réfléchir à d’autres types de stocks que le stock d’intervention sur le marché que l’on avait par le passé, et peut-être est-ce une question qui doit être traitée à un niveau même plus large que le niveau européen seulement, compte tenu du fait que le marché est maintenant plus ouvert que par le passé.

M. Häusling, sur l’ITER, ce n’est pas parce qu’une partie du budget pour 2010 n’a pas été utilisée dans l’agriculture et va à l’ITER que nous n’avons pas les moyens d’intervenir dans l’agriculture. Je peux vous assurer que ce supplément qui va à l’ITER n’est pas pris à certains mécanismes de la PAC, mais que cet argent est resté disponible et n’a pas été utilisé parce qu’il n’y en a pas eu besoin. Mais, même avec ce transfert, je peux vous assurer que nous avons le budget nécessaire pour pouvoir appliquer les mesures dont on a besoin.

Je conclurai en disant que la question de la volatilité - et l’effet que les spéculations sur le marché ont sur la volatilité - est une question que la Commission traite d’une manière plus large, pour les produits dérivés comme pour les produits matières premières. Je travaille avec mon collègue Michel Barnier sur cette question. La Commission viendra avec des propositions.

Et sur la question de la répartition de la valeur ajoutée sur la chaîne alimentaire, pas plus tard que la semaine prochaine, nous aurons une première rencontre du groupe de haut niveau sur cette question, organisée avec le Commissaire Tajani.

 
  
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  La Présidente. - J’ai reçu, conformément à l’article 115, paragraphe 5, du règlement, quatre propositions de résolutions(1).

Le débat est clos.

Le vote aura lieu sous peu.

Déclarations écrites (article 149)

 
  
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  Sandra Kalniete (PPE) , par écrit. – (LV) Ces derniers jours, les éleveurs européens connaissent des difficultés que nous devons tous surmonter ensemble afin de permettre au secteur de l’élevage de se développer et de générer suffisamment de revenus pour les agriculteurs. Au cours des derniers mois, il y a eu une augmentation significative des cours des céréales, exacerbée par des événements extraordinaires comme les inondations au Pakistan et les incendies de forêt en Russie, par exemple. Bien sûr, nous n’avons pas d’influence sur ces catastrophes climatiques, mais il est de notre pouvoir de rédiger des propositions législatives pouvant aider les agriculteurs européens à surmonter les conséquences de ces cataclysmes. Ce qui est certain, c’est que nous pouvons et devons limiter la spéculation sur les céréales, qui est également une des causes de ces difficultés. Il est intolérable que des pratiques aussi malhonnêtes causent des pertes à un secteur qui constitue une des pierres angulaires de l’agriculture européenne. Je voudrais en outre vous rappeler qu’il est essentiel que la Commission défende les intérêts des agriculteurs européens dans ses discussions avec les pays du Mercosur concernant un nouvel accord commercial et de garantir les conditions d’une concurrence équitable. J’invite la Commission à commencer à travailler activement pour aider les agriculteurs européens à surmonter les difficultés existant dans l’élevage car notre soutien est essentiel pour les agriculteurs.

 
  
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  Franz Obermayr (NI), par écrit. – (DE) Le secteur de l’élevage présente bon nombre de problèmes pour les agriculteurs européens, y compris le coût croissant des intrants, la concurrence des importations de pays tiers, les fluctuations majeures dans les coûts de l’alimentation animale, et les prix relativement bas de la viande. Si nous voulons mettre en place une politique durable pour le secteur de l’élevage, nous devons prendre en considération toutes les parties intéressées, y compris les agriculteurs, les consommateurs et les animaux eux-mêmes. L’objectif doit être de s’éloigner d’un élevage intensif pour aller vers un élevage extensif qui respecte les animaux au sein de petites exploitations. Tout cela doit être combiné avec les niveaux les plus élevés possibles de sécurité des consommateurs sous forme de services complets de santé animale et d’un étiquetage clair de tous les produits alimentaires à base de viande, en particulier en ce qui concerne leur origine et la manière dont les animaux sont élevés. L’UE doit mettre en place les conditions de base nécessaires à sauvegarder l’avenir de nos agriculteurs de manière à ce qu’ils restent compétitifs sur le plan international et que leurs entreprises puissent rester économiquement viables, en dépit du fait que nous ayons les normes les plus restrictives au monde en matière de bien-être animal.

 
  
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  Pavel Poc (S&D), par écrit. – (CS) L’augmentation des cours des céréales est également une menace pour le secteur de l’élevage dans l’Union européenne compte tenu qu’il dépend d’aliments pour animaux importés de pays tiers. La situation est critique dans le domaine de la production porcine, où les aliments pour animaux représentent 60 % des coûts de production, mais dont les coûts croissants pourraient progressivement menacer toutes les branches de l’élevage dans l’UE. L’Europe doit par conséquent réduire sa dépendance vis-à-vis de l’importation d’aliments pour animaux en provenance de pays tiers.

La solution n’est certainement pas de passer à des aliments génétiquement modifiés et importés des États-Unis. Dans l’UE, il faut presque deux ans et demi pour autoriser de tels aliments pour animaux, en Argentine environ trois ans, au Brésil de trois à cinq ans, et la Chine adopte elle aussi des mesures strictes dans ce domaine. Par ailleurs, aux États-Unis, l’agrément ne prend que quinze mois. La crise de l’élevage dans l’UE ne doit pas servir aux fins commerciales d’entreprises américaines, qui voient un potentiel d’exportation significatif dans le marché européen.

L’Union européenne doit viser à réduire les coûts de production, veiller à ce que les pays tiers respectent les normes de l’UE, et garantir que les producteurs reçoivent un prix décent pour leurs produits. Il n’est pas acceptable que ce soient les consommateurs qui supportent les conséquences de prix plus élevés, les producteurs qui reçoivent toujours moins d’argent, et les distributeurs qui fassent de plus en plus de bénéfices.

Je ne suis pas d’accord avec le point de vue de la Commission qui considère qu’aucune mesure urgente n’est nécessaire, car nous sommes confrontés à une crise structurelle qui doit être résolue et pas seulement du point de vue de la sécurité alimentaire.

 
  
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  Daciana Octavia Sârbu (S&D), par écrit. – (RO) Les éleveurs européens sont depuis peu confrontés à des difficultés croissantes. Ils éprouvent des difficultés à réagir à la concurrence de pays tiers parce que ceux-ci ne respectent pas les normes élevées que doivent respecter nos producteurs, et ils sont toujours victimes des négociations commerciales de l’Union européenne. Toutefois, nous espérons que la Commission européenne adoptera une attitude différente à l’avenir parce qu’il n’est pas normal que les agriculteurs européens soient toujours les perdants dans les accords commerciaux. La Commission doit également être plus impliquée dans le renforcement des organisations de producteurs dans tous les secteurs de l’élevage afin de leur permettre de négocier pour leurs produits de meilleurs prix, qui tiennent compte des coûts de production. En même temps, je demande à la Commission de libérer dès que possible les stocks de céréales qui font partie des stocks d’intervention afin de pouvoir soutenir ce secteur qui a été durement frappé par la crise.

 
  
  

(La séance est suspendue pendant quelques instants)

 
  
  

PRÉSIDENCE DE M. ALEJO VIDAL-QUADRAS
Vice-président

 
  

(1)Voir procès-verbal.

Dernière mise à jour: 3 février 2011Avis juridique