Article
 

Le viol, arme de guerre en République Démocratique du Congo

Droits de l'homme - 02-04-2008 - 12:36
Partager
Portrait de Jürgen Schröder.

J. Schröder: "Le viol est l'expression de la situation chaotique de la société"

C’est peut-être une arme de destruction massive : le viol systématique des femmes a été utilisé à grande échelle dans le conflit qui a opposé le gouvernement et les rebelles en République Démocratique du Congo (RDC). Depuis les accords de paix de janvier 2008, la situation a évolué mais reste sensible. Suite à une résolution votée au Parlement européen, trois députés se sont rendus sur place : le chef de délégation Jürgen Schröder évoque pour nous les conclusions de cette visite.

Selon le « Plan d’Action Humanitaire 2008 pour la RDC », plus de 30 000 viols ont été signalés en RDC l’année dernière. Pourquoi le viol est-il si répandu au Congo ?
 
Jürgen Schröder : « Le viol était clairement une arme de guerre pendant le conflit, mais depuis janvier 2008 et la conclusion des accords de paix, la situation a évolué. D’une arme de guerre, le viol est devenu une arme de criminalité ordinaire perpétrée par les rebelles, par les membres de l’armée régulière congolaise et même par des civils.
 
En RDC, le rôle des femmes est malheureusement subordonné à celui des hommes. Le pays n’est pas entièrement sous contrôle gouvernemental. Dans les zones où nous nous sommes rendus, au Nord et au Sud-Kivu, le chaos domine. Les hommes de ces régions ont perdu leur dignité et ils retournent leurs armes « de mâles » contre les plus faibles - les femmes et les enfants. C’est l’expression de la situation chaotique et désolée de la société entière ».
 
Quelles sont les conséquences de ces viols pour les victimes et leurs familles ?
 
Jürgen Schröder : « Les conséquences sont désastreuses. Selon les standards de moralité et d’éthique, la réputation de la famille est ternie : les jeunes filles, les femmes et même les enfants sont rejetés par les maris, les familles ou les villages. Mais il y a aussi la douleur physique. Les auteurs de viols savent qu’ils affectent non seulement la dignité de la femme, mais qu’ils détruisent aussi la structure de la société »
 
Le Parlement européen a demandé d’allouer des fonds d’aide aux victimes. Que peut faire de plus  l’Union Européenne?
 
Jürgen Schröder : « La question du viol doit être considérée dans le contexte plus général des violations des droits de l’homme. Les auteurs de viols sont rarement jugés : l’impunité est la norme. Il faut donc d’abord travailler sur les moyens de rétablir un système judiciaire dans le pays.
 
Nous devons aussi aider les femmes, non seulement à se prémunir de ces violations de leurs droits, mais aussi à jouer un rôle actif dans la société : c’est l’une de nos conclusions majeures.
 
Les femmes sont les plus impliquées dans le renouvellement des sociétés. J’ai visité l’Indonésie et l’Afghanistan. Si vous regardez dans les yeux une femme député au Parlement de ces pays, vous avez le sentiment que vous pouvez leur parler et qu’elles peuvent comprendre. Si vous regardez dans les yeux des hommes -excusez moi d’être franc- vous ne voyez rien. Dans ces sociétés, on enseigne dès l’enfance aux garçons comment se comporter, en partant du principe que les garçons sont supérieurs aux filles. Ils sont victimes de leur éducation. Les femmes n’ont rien à perdre : on leur dit qu’elles appartiennent au rang le plus bas de la société.
 
Nous devons soutenir le processus de paix dans cette région, comme nous pouvons influencer le rôle du Rwanda et de la Chine là-bas -des acteurs majeurs. »
 
REF.: 20080331STO25211