Grand angle
 

Visite de délégation au Danemark: les députés rencontrent les demandeurs d'asile

Immigration - 18-04-2008 - 11:20
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Jeanine Hennis-Plasschaert encourage une femme dans le centre de Sandholm au Danemark ©Kongsted Uff

Rencontre entre députés européens et demandeurs d'asile au Danemark

Dans quelles conditions les demandeurs d’asile sont-ils accueillis dans les différents pays européens? A l’heure où l’Union Européenne prépare une politique commune de l’immigration, la Commission des Libertés civiles du Parlement a décidé d’enquêter. Depuis plusieurs mois, ses membres se rendent dans les centres de détention à travers l’Europe: leurs conclusions devraient être adoptées courant 2008. La Une a suivi la dernière délégation au Danemark: retrouvez dans ce dossier tous nos articles.

Trouvez ici les réponses aux questions suivantes :
  • Quel bilan les députés européens ont-ils tiré de leur visite au Danemark ?
  • Vivre au quotidien dans un centre de réfugiés, c'est comment ?
  • Les enfants de réfugiés sont-ils suffisamment protégés ?
  • Que pense le chef de délégation de l'impact de ces visites ?
Cliquez sur chacun des liens ci-dessous pour accéder aux articles.
 
 
REF.: 20080415FCS26634

Les députés font le bilan de leur visite dans les centres danois de réfugiés

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Les députés en visite : au centre Panayiotis Demetriou, à gauche Martine Roure. ©Kongsted Uff

Les députés ont visité trois centres danois pour demandeurs d'asile

Après s'être rendue au Danemark dans trois centres de détention pour migrants, la délégation de la Commission des Libertés civiles tire aujourd'hui ses conclusions. Si les députés reviennent globalement satisfaits, ils se disent néanmoins inquiets de la durée de détention de certains demandeurs d'asile. La délégation avait visité plusieurs centres de réfugiés pour y observer les conditions de vie, mais elle y a aussi rencontré des représentants d'ONG locales…Bilan.
 
Les trois centres de réfugiés sont situés dans la région de Copenhague, au Danemark : les 10 et 11 avril 2008, c’est au centre de Sandholm, au centre Ellebæk et dans celui de Kongelunden qu’une délégation de la Commission des Libertés civiles s’est rendue pour y observer les conditions de vie des demandeurs d'asile.
 
La Croix-Rouge fait un travail remarquable, mais…
 
La plupart des députés membres de la délégation ont estimé, après leurs visites dans les centres, que les conditions de vie y étaient plutôt confortables comparées aux autres pays membres.
 
Dans les centres danois, les migrants ont par exemple accès à l'éducation et à l'aide médicale, grâce au travail des Organisations Non-Gouvernementales : « La Croix-Rouge fournit un travail extraordinaire », raconte la députée danoise Britta Thomsen (Parti socialiste européen), « en offrant aux demandeurs d'asile dans les centres des conditions de vie normale ».
 
…la détention est trop longue
 
Pourtant, les députés européens se sont inquiétés de la durée de détention des réfugiés dans ces centres. Sans assurance aucune sur leur avenir, sans non plus pouvoir travailler ni participer à la vie dans la commune, certains demandeurs d'asile ont ainsi séjourné plus de huit ans dans le centre de Sandholm!
 
« Le problème ici, selon moi, concerne la durée de détention des gens dans ces centres, suite au refus de leur demande d'asile », juge le chef de délégation, le Chypriote Panayiotis Demetriou (Parti populaire européen et des Démocrates européens), en soulignant que les conditions de vie sont plutôt meilleures qu’ailleurs. Comme lui, la française Martine Roure (Parti socialiste européen) se dit « très inquiète pour les personnes qui séjournent des années et des années dans ces centres, sans aucune possibilité de travail ». Dans le cas de familles, « cela peut engendrer des enfants socialement handicapés », ajoute-t-elle.
 
Les députés européens auraient souhaité pouvoir discuter directement de ces préoccupations avec la ministre danoise de l'intégration, Birthe Rønn Hornbech. Mais celle-ci a décliné l’invitation : « Nous aurions aimé parler avec la ministre de ces lois qui, apparemment, obligent certaines personnes à passer plusieurs années dans les centres de détention au Danemark » confie, un peu amer, le chef de la délégation Panayiotis Demetriou.
 
Comme pour le Danemark, la Commission des Libertés civiles a déjà visité plusieurs centres de réfugiés, avec pour même objectif de vérifier que les normes européennes y sont bien appliquées : l'Italie, l'Espagne, la France, Malte, la Grèce, la Belgique, le Royaume-Uni, les Pays Bas et la Pologne ont déjà fait l'objet de visites de délégation. La prochaine aura lieu à Chypre.
 
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Zina, Irakienne, depuis trois ans dans un centre danois pour réfugiés

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Zina Rasam, son mari et sa fille ont passé trois ans dans le centre de Sandholm

Zina Rasam, son mari et sa fille ont passé trois ans dans le centre de Sandholm

L'attente du statut de réfugié n’est pas facile à vivre au quotidien ; surtout quand cette attente dure plusieurs années. Zina Rasam, réfugiée irakienne dans le centre de Sandholm au Danemark, a passé les 3 dernières années à espérer une régularisation de sa situation. Elle était l’une des participantes à la rencontre organisée à Copenhague entre députés européens et ONG locales. A l’issue de la réunion, elle a pu nous raconter sa vie et celle de sa famille dans ce centre, loin de son pays.
 
Elle a voulu rejoindre son mari, avec sa petite fille de 10 ans : c’est ainsi qu'en 2005, Zina Rasam a quitté l’Irak pour le Danemark. Son rêve ? Obtenir l’asile et changer de vie. Après un premier refus, l’administration danoise a accepté de réétudier son cas : Zina attend à nouveau le verdict qui décidera de son sort.
 
Le pire ? L’incertitude
 
Les conditions de vie dans le centre pour réfugiés sont les mêmes qu’en prison, raconte Zina, « le plus dur étant de ne pas savoir quand on peut partir ».
 
Passer des années dans un centre a en effet des conséquences sur la santé physique et mentale des réfugiés, a confirmé la psychiatre Bente Reich lors de la rencontre à Copenhague. Pour Zina, cela créé « du stress et de la nervosité. Des maladies comme les maux de tête, les brûlures d’estomac ou une pression sanguine trop élevée sont courantes », raconte-t-elle.
 
Dans les centres pour demandeurs d’asile, certaines études ont montré que les taux de suicide sont près de six fois plus élevés que dans une société « normale ».
 
« Notre espoir est de contribuer à la société »
 
Pour Zina Rasam, le plus frustrant est de ne pas pouvoir travailler et ce, malgré son diplôme d’ingénieure civile. « Mon espoir le plus grand », explique-t-elle, « est de pouvoir un jour contribuer à la société ».
 
L’espoir, affaibli par un premier refus, renaît pourtant : sa demande d’asile va être réétudiée. « J’espère pouvoir rester ici, au Danemark, avec mon mari et ma fille. Notre avenir n’est pas en Irak. J’espère apprendre bientôt à parler danois - ma fille le parle déjà très bien et elle veut rester ici ».
 
Comme Zina et sa famille, de très nombreux Irakiens sont venus frapper à la porte danoise pour obtenir l’asile. Mais pas seulement : il y a aussi des Iraniens, des Serbes, des Afghans ou encore des Indiens. Le nombre de permis de résidence accordés à des demandeurs d’asile s’est accru l’année dernière : 1275 personnes ont obtenu l’asile danois en 2007.
 
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Pas de refuge pour les enfants de réfugiés

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Britta Thomsen et Jeanine Hennis-Plasschaert ont visité la maternelle du centre de Sandholm©Kongsted Uff

B.Thomsen et J.Hennis-Plasschaert ont visité la maternelle du centre de Sandholm

Les enfants sont les « grands perdants » de la vie prolongée dans les centres pour réfugiés, a estimé une psychiatre la semaine dernière, lors de la visite de la délégation européenne au Danemark. Souvent traumatisés par des expériences difficiles avant leur arrivée, les enfants demandeurs d’asile sont aussi victimes de l’instabilité familiale liée à l’incertitude sur leur statut. Plus de la moitié des 11-16 ans souffrent de maladies mentales.
 
Au Danemark, les enfants en attente d’asile passent en moyenne 2,4 années dans des centres pour réfugiés. Même avec leur famille, les enfants doivent souvent subir l’instabilité de leur situation et le désespoir des parents. Et ce, pendant des années.
 
« Les enfants sont les grands perdants », a ainsi expliqué la psychiatre Bente Reich aux députés européens, la semaine dernière, « car ils sont très dépendants de leur environnement familial. Si par exemple les parents sont suicidaires, les enfants feront tout pour les protéger ». Entre 2001 et 2007, 43 parents ont tenté de se donner la mort dans les centres danois pour réfugiés.
 
Leur (re)donner un avenir
 
« La première chose à faire pour aider à leur réhabilitation est d’offrir à ces enfants un avenir certain », ajoute la psychiatre. Pour cela, il est déjà bien que les enfants de réfugiés aient le droit d’aller à l’école, affirme Gerd Gotlieb de l’ONG « Les grands parents pour les réfugiés ». Mais elle déplore aussitôt que dans les faits, la très grande majorité des enfants n’aient pas accès à l’éducation en dehors des centres.
 
« Les enfants sont les créatures les plus vulnérables », juge le député européen Panayiotis Demetriou (Parti Populaire Européen-Démocrates Européens), « et au-delà des lois et des règlements, nous devons y faire plus attention quand nous traitons avec eux ». Sa collègue française, Martine Roure (Parti Socialiste Européen) a rappelé qu’un séjour prolongé dans des centres pouvait créer des « enfants socialement handicapés ».
 
Lorsqu'ils apprennent qu'ils doivent retourner dans leur pays, de nombreux enfants disparaissent, a ajouté Inger Neufeld de l'ONG "Save the children". Ce qui les rend très vulnérables aux trafics d'êtres humains.
 
Merna Samir, 20 ans : « mon rêve est de devenir juriste »
 
Elle a passé près d’un tiers de sa vie dans le centre de Sandholm au Danemark : Merna Samir a aujourd’hui 20 ans. Voilà six ans qu’elle a fuit l’Irak, où son père a été assassiné par le régime de Saddam Hussein.
 
« Mon rêve est de devenir juriste », nous a confié la jeune femme, qui n’a jamais été en contact avec le système éducatif danois en dehors du centre. Elle reste réaliste : « dans les circonstances actuelles, mon rêve ne pourra pas se réaliser ». Comme tous les autres jeunes, elle espère pourtant « un jour, pouvoir faire partie de la société ».
 
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Panayotis Demetriou: appel pour une politique commune de l’immigration

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Pannayiotis Demetriou était le chef de la délégation qui s'est rendue au Danemark

Pannayiotis Demetriou, chef de la délégation qui s'est rendue au Danemark

La semaine dernière, huit députés européens de la Commission des Libertés civiles du Parlement européen se sont rendus au Danemark, pour y observer les conditions de vie des demandeurs d’asile. Après leur visite dans des centres de détention, nous avons parlé au chef de la délégation, le Chypriote Panayotis Demetriou : il évoque pour nous ses impressions et l’utilité des observations de la Commission des Libertés civiles.
 
Comment jugez-vous les conditions de détention des demandeurs d’asile au Danemark, comparé au reste de l’Europe ?
 
« Les conditions de vie dans les centres danois pour réfugiés sont plutôt bonnes. Mais le confinement reste le confinement : c’est une privation de liberté, d’une vie normale.
 
La durée de ce confinement, l’incertitude totale quant à l’avenir et les règles extrêmement strictes de l’asile au Danemark sont des sources de souffrance psychologique pour ceux qui vivent dans ces centres. Le manque d’éducation normale pour les enfants aggrave la situation. »
 
Plusieurs visites de délégations ont eu lieu dans plusieurs pays européens : que ressortira-t-il de ces visites ?
 
« La plupart des centres que nous avons visités à travers l’Europe accueillaient des immigrés illégaux. Au Danemark, la plupart des centres où nous nous sommes rendus sont réservés aux demandeurs d’asile dont les demandes ont été rejetées ou sont en voie de l’être. Psychologiquement, l’atmosphère est différente entre un centre pour demandeurs d’asile et un centre pour immigrés clandestins.
 
La variété des règles et des pratiques est illustrée par les différentes conditions de vie que nous avons observées dans les centres à travers l'Europe. Voilà pourquoi une politique commune de l’immigration doit être adoptée au plan européen le plus vite possible. »
 
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