déposée à la suite d'une déclaration de la Vice‑présidente de la Commission/Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité
conformément à l'article 110, paragraphe 2, du règlement
sur la situation au Mali (2012/2603 (RSP))
Charles Goerens, Louis Michel, Robert Rochefort, Ramon Tremosa i Balcells, Niccolò Rinaldi, Graham Watson, Izaskun Bilbao Barandica, Marielle de Sarnez, Johannes Cornelis van Baalen
au nom du groupe ALDE
Résolution du Parlement européen sur la situation au Mali(2012/2603 (RSP))
B7‑0204/12
Le Parlement européen,
‑– vu les déclarations de Catherine Ashton, Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, sur le coup d'État militaire au Mali,
– vu la déclaration du département de l'aide humanitaire de la Commission européenne sur la prévention de la crise humanitaire au Mali,
– vu les déclarations du Conseil de sécurité de l'ONU sur le coup d'État militaire,
– vu les accords d'Alger de 2006 pour la restauration de la paix, de la sécurité et du développement dans le Nord du Mali,
– vu l'accord-cadre signé en date du 6 avril 2012 entre la junte militaire et la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao),
– vu ses résolutions antérieures sur l'Afrique de l'Ouest,
A. considérant le putsch qui a renversé, dans la nuit du 21 au 22 mars 2012, le président malien, Amadou Toumani Touré, et qui a mis fin à un long processus démocratique entamé il y a plus de deux décennies,
B. considérant que la communauté internationale a unanimement condamné ce putsch, qui survient quelques semaines avant l'élection présidentielle prévue pour le 29 avril,
C. considérant l'accord‑cadre pour le retour à la légalité et à l'ordre constitutionnel sous la supervision de la Cedeao et de son médiateur, le président Blaise Compaoré,
D. considérant que le président renversé par la junte de Bamako a signé la lettre de démission que lui ont demandée les médiateurs, ouvrant ainsi la voie à la nomination du président de l'Assemblée nationale malienne,
E. considérant qu'après la démission du président, un gouvernement d'union nationale devra préparer de nouvelles élections dans les mois à venir et travailler à une solution dans le Nord,
F. considérant la mise en place d'une force conjointe Cedeao‑ONU pour appuyer le gouvernement de transition au Mali,
G. considérant que le Nord du Mali est sous contrôle du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA),
H. considérant qu'une fraction islamique radicale, Ansar al‑Din, s'est emparée des villes de Kidal et de Tombouctou,
I. considérant que les rebelles réfugiés dans la région de Kidal ont libéré, le 8 mars écoulé, les 22 soldats et le député qu'ils détenaient en otage depuis le mois d'août 2007,
J. considérant que la série d'enlèvements revendiqués par la nébuleuse Al‑Qaïda pour le Maghreb islamique (AQMI) est toujours en cours et qu'en date du 15 avril une missionnaire chrétienne de nationalité helvétique a été kidnappée à Tombouctou par un groupe qui détient déjà en otage 13 Occidentaux,
K. considérant qu'à la suite du pillage de leurs installations et de leurs stocks, les organisations humanitaires ont, pour la plupart, quitté la région du Nord,
L. considérant que les combats ont fait des dizaines de morts ces dernières semaines,
M. considérant que des centaines de milliers de personnes ont été déplacées et que les refugiés quittent en masse les villes de Gao et de Tombouctou vers la Mauritanie,
N. considérant que la fragilité de l'État libyen, la violence entre les tribus libyennes et l'énorme arsenal d'armes sans contrôle, à la suite du retour au Mali des mercenaires bien équipés, risquent d'avoir des conséquences néfastes sur la sécurité et la stabilité de l'ensemble des pays de la région du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest,
O. considérant que la région du Sahel, affaiblie par les sécheresses, est fragilisée par les tensions régionales, le trafic de drogue et d'armes et une grande instabilité politique,
P. considérant que la fréquence des accidents climatiques et des crises alimentaires dans le Sahel s'est accélérée depuis le milieu des années 1990,
Q. considérant que le département d'aide humanitaire de la Commission européenne a mis en garde contre une catastrophe imminente et majeure si la sécurité ne s'améliore pas,
R. considérant que l'Union européenne a débloqué 9 millions d'euros supplémentaires d'aide financière pour les 1,4 million de Maliens qui, selon les estimations, ont besoin d'une aide alimentaire,
S. considérant que l'Union a gelé l'aide au développement à la suite du coup d'État militaire,
T. considérant que l'Union a déjà accepté d'envoyer une mission civile pour soutenir les efforts afin de rétablir la sécurité au Mali,
U. considérant qu'en février, les agences de l'ONU, réunies à Rome, ont demandé une aide d'urgence d'environ 725 millions de dollars (545 millions d'euros) pour secourir la région du Sahel où quelques 12 millions de personnes sont menacées par la famine,
V. considérant les conséquences de cette nouvelle crise politique pour la démocratie en Afrique,
W. considérant que l'élection, sans heurts ni violence, de l'opposant Macky Sall à la présidence du Sénégal, dimanche 25 mars, constitue une des rares bonnes nouvelles de ces derniers temps pour la périphérie sahélienne,
1. condamne le coup d'État militaire qui a mis fin au gouvernement démocratiquement élu du Mali;
2. soutient le rôle moteur que joue la Cedeao en matière de gestion de crise, et exige une mise en œuvre de l'accord signé le 6 avril 2012 par les auteurs du coup d'État au Mali et le médiateur de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao);
3. souligne la nécessité de respecter la souveraineté, l'unité et l'intégrité territoriale du Mali;
4. exprime sa forte préoccupation quant à la menace grandissante exercée par des éléments extrémistes dans le nord du Mali et demande la libération immédiate de toutes les personnes enlevées ainsi que l'arrêt immédiat des hostilités;
5. souligne l'urgence d'une stratégie pour l'après‑Kadhafi pour la région du Sahel, qui risque de devenir une zone de non‑droit;
6. se déclare profondément préoccupé par la situation humanitaire, qui se détériore rapidement dans la région du Sahel;
7. charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil, à la Vice‑présidente de la Commission/Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, à la Commission, au Conseil de sécurité de l'ONU, à l'Union africaine, à la Cedeao et à son médiateur, le Président Blaise Compaoré, ainsi qu'à son président, Alassane Ouattara, au gouvernement algérien, aux coprésidents de l'Assemblée paritaire ACP‑UE, ainsi qu'au Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA).