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Cycle relatif au document : B7-0205/2012

Textes déposés :

B7-0205/2012

Débats :

OJ 17/04/2012 - 88

Votes :

PV 20/04/2012 - 10.4
CRE 20/04/2012 - 10.4

Textes adoptés :


PROPOSITION DE RÉSOLUTION
PDF 129kDOC 76k
17.4.2012
PE486.759v01-00
 
B7-0205/2012

déposée à la suite d'une déclaration de la vice-présidente de la Commission/haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité

conformément à l'article 110, paragraphe 2, du règlement


sur le Mali (2012/2603(RSP))


Marie-Christine Vergiat, Jacky Hénin, Younous Omarjee, Willy Meyer, João Ferreira au nom du groupe GUE/NGL

Résolution du Parlement européen sur le Mali (2012/2603(RSP))  
B7‑0205/2012

Le Parlement européen,

–   vu les conclusions du Conseil sur le Sahel des 22 et 23 mars 2012,

–   vu la déclaration de Catherine Ashton du 22 mars 2012,

–   vu la déclaration de Ouagadougou du 15 avril 2012, l'accord-cadre du 6 avril 2012 et l'engagement du 1er avril 2012 sur le retour à l'ordre constitutionnel,

–   vu l'appel des différentes agences de l'ONU: UNICEF, HCR et OMS du 10 avril 2012 pour apporter des fonds supplémentaires destinés aux millions de personnes affectées par l'insécurité alimentaire dans la région du Sahel,

–   vu l'appel lancé par l'UNICEF Mali pour obtenir 26 millions de dollars afin de lui permettre de satisfaire aux besoins de santé et de nutrition des enfants d'ici à la fin de l'année,

–   vu l'appel de fonds d'un montant de 35,6 millions de dollars pour répondre à la crise humanitaire croissante au Mali de l'Agence des Nations unies pour les réfugiés du 23 février 2012,

–   vu l'article 110, paragraphe 2, de son règlement,

A. considérant que le nord du Mali est aujourd'hui largement aux mains de groupes armés dont les Touaregs du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) et les islamistes d'Ansar Dine, que ces derniers ont pris le contrôle d'un certain nombre de villes du nord, comme Tombouctou, Kidal et Gao en terrorisant l'ensemble de la population et en se livrant aux pires exactions particulièrement sur les femmes, enlevées et violées;

B.  considérant que le MNLA a revendiqué l'indépendance pour les Touaregs du nord du Mali, et déclaré unilatéralement le 6 avril l'indépendance de l'Azawad; que de son côté le mouvement Ansar Dine et son chef Iyad ag-Ghali entendent prendre le contrôle de l'ensemble du territoire malien et y instaurer la charia;

C. considérant que plusieurs autres mouvements extrémistes sont présents dans le nord du Mali comme l'Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique), le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) ou encore le mouvement Boko Haram;

D. considérant que, deux semaines après le coup d'État, la junte militaire malienne a rendu les armes; que le président de l'Assemblée nationale, Dioncounda Traoré, a pris la tête du pays le 12 avril et devait organiser un scrutin présidentiel dans les quarante jours;

E.  considérant que le pays reste toujours en guerre et coupé en deux;

F.  considérant que les négociations des 14 et 15 avril à Ouagadougou ont permis l'élaboration d'une feuille de route pour tenter de sortir le Mali de la crise entre les différents protagonistes de la crise et avec comme médiateur le président burkinabè Blaise Compaoré;

G. considérant que des hommes armés ont procédé le lundi 16 avril au soir et le mardi 17 avril à Bamako à une vague d'arrestations d'hommes politiques et de chefs militaires dans ce qui apparaît comme une reprise en main de l'ex-junte militaire au pouvoir au Mali, qui attend toujours la nomination d'un premier ministre de transition;

H. considérant que les élections présidentielles qui devaient se tenir le 29 avril sont de facto annulées par ce nouveau putsch;

I.   considérant que le Mali est confronté à la "pire crise humanitaire de ces vingt dernières années" en raison de l'insécurité alimentaire dont souffrent environ trois millions de personnes et des déplacements provoqués par les conflits dans le nord; considérant que cette situation s'est encore aggravée depuis le coup d'État du 22 mars 2012;

J.   considérant que des incertitudes demeurent concernant la localisation et le statut de quelque 93 500 personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays dans le nord du Mali; considérant qu'il est fait état de 200 000 personnes ayant fui le nord du Mali depuis le début du conflit pour s'installer dans les pays voisins et que la situation est très difficile notamment aux frontières avec le Niger et la Mauritanie;

K. considérant qu'entre 175 000 et 220 000 enfants souffriront de malnutrition aiguë cette année et que l'accès au nord du Mali et aux zones où sont installés les réfugiés de l'autre côté des frontières est de plus en plus problématique;

L.  considérant que des armes et des équipements militaires se chiffrant en milliers de tonnes ont inondé le nord du Mali à la suite de l'intervention militaire de la France, de la Grande-Bretagne, des États-Unis et de l'OTAN en Libye et que ces armes sont arrivées au Mali sans qu'aucune autorité ne cherche à l'empêcher, contrairement à ce qui a été fait dans tous les pays voisins;

M. considérant que ces afflux massifs d'armes ajoutés à la désorganisation de l'armée malienne sont responsables des troubles qui ont éclaté à partir du 17 janvier 2012 dans le nord du Mali;

N. considérant que les Touaregs du Mali se sont soulevés à plusieurs reprises en 1963, 1990 et 2006 pour essayer d'obtenir l'amélioration de leurs conditions de vie et que les accords qui ont suivi ces rébellions n'ont que très partiellement été appliqués;

O. considérant que toute la zone du Sahel est devenue depuis une dizaine d'années une véritable zone où les trafics de toute nature et notamment d'armes et de drogues se sont développés dans l'indifférence générale;

P.  considérant que le nord du Mali est une zone qui recèle des richesses naturelles supérieures à celles du reste du pays qui ne sont pas sans exciter les convoitises à l'intérieur du Mali mais aussi dans les pays voisins et d'autres pays, y compris européens;

Q. considérant que, lors du coup d'État du 22 mars dernier mené par Amadou Aya Sanogo, les putschistes reprochaient notamment au président du Mali, Amadou Toumani Touré, son laxisme dans le règlement de la crise qui secoue le nord du pays; considérant que ce coup d'État a finalement accéléré le développement des conflits dans le nord;

1.  condamne le nouveau putsch qui vient d'avoir lieu au Mali et demande à ce que toutes les personnes arrêtées soient libérées afin de déboucher au plus vite sur une sortie pacifique du conflit garantissant la souveraineté populaire et l'intégrité territoriale du pays;

2.  s'alarme de la situation catastrophique au Mali et réaffirme sa solidarité envers les victimes et leurs familles;

3.  s'inquiète de la série d'enlèvements opérés ces derniers jours, notamment de l'enlèvement de plusieurs diplomates algériens et d'une ressortissante suisse dimanche à Tombouctou;

4.  demande qu'une enquête soit menée afin de faire la lumière sur les exactions commises ses derniers mois dans le nord du Mali;

5.  salue les négociations entreprises sous l'égide de l'Union africaine et de la CEDEAO et regrette qu'elles n'aient pas débouché;

6.  soutient les revendications des populations maliennes qui estiment qu'au vu de la situation humanitaire actuelle il est indispensable que le peuple malien retrouve la maîtrise de ses ressources naturelles et parvienne à une réelle souveraineté alimentaire;

7.  souligne la nécessité pour l'Union européenne et ses États membres de répondre à l'urgence humanitaire dans ce pays; demande par conséquent que l'Union européenne réponde aux recommandations de l'appel des différentes agences de l'ONU: UNICEF, HCR et OMS du 10 avril 2012 et débloque une aide humanitaire supplémentaire capable de répondre aux urgences de la crise humanitaire qui sévit dans cette région;

8.  estime également nécessaire que l'Union européenne et ses États membres soutiennent l'Union africaine et la CEDEAO dans leur recherche d'une sortie politique pacifique du conflit axée sur la protection des populations, en associant l'ensemble des parties prenantes et ce, sans ingérence extérieure dans les affaires politiques du pays;

9.  souligne le fait que toute volonté d'intervention et tentative d'ingérence ne ferait que fragiliser la situation et déstabiliser davantage toute cette région de l'Afrique; se déclare par conséquent particulièrement inquiet par les allégations formulées par des représentants de la société civile malienne et par diverses forces politiques dans ce pays d'implication du gouvernement français dans la situation actuelle au Mali; demande par conséquent que toute la lumière soit faite sur les responsabilités de chacun;

10. met en avant le fait que la crise que connaît aujourd'hui le Mali trouve ses origines dans les problèmes économiques et sociaux du pays et qu'il est urgent de répondre aux besoins des populations en matière d'accès à l'emploi, à la santé, au logement, aux services publics et ce de manière égale pour tous; ne mésestime cependant pas les conséquences du tracé des frontières coloniales;

11. demande que le soutien de l'Union européenne à cette région fasse l'objet d'un bilan détaillé;

12. charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil et à la Commission, à la haute représentante/vice-présidente Catherine Ashton, au Conseil de sécurité des Nations unies et au Secrétaire général des Nations unies, à l'ONUCI, aux institutions de l'Union africaine, à la CEDEAO, à l'Assemblée parlementaire ACP-UE ainsi qu'aux gouvernements des États membres de l'Union européenne.

Dernière mise à jour: 3 mai 2012Avis juridique