Allocution prononcée devant le Conseil national de la République slovaque - 18 septembre 2012

Discours
Bratislava -
18-09-2012
Politiques internes et institutions de l'UE

Monsieur le Président Pavol Paška

Madame la Vice-Présidente Jana Laššáková,

Madame la Vice-Présidente Renáta Zmajkovičová,

Monsieur le Vice-Président Ján Figel,

Madame la Vice-Présidente Erika Jurinová,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Chers collègues,

Je me réjouis d'être parmi vous aujourd'hui.

Dans la patrie de Peter Sagan, donc j'ai suivi les sprints avec enthousiasme durant le Tour de France.

Tout particulièrement dans cette assemblée, le Conseil national de la République slovaque.

Nous autres Européens sommes les héritiers d'une longue et vénérable tradition de démocratie parlementaire. Votre assemblée appartient à cette tradition.

En des temps comme les nôtres, des temps de crise qui exigent d'agir rapidement et, par conséquent, sont toujours des périodes où l'exécutif tient le devant de la scène, il est particulièrement important d'évoquer rappeler avec fierté notre histoire parlementaire. En effet, sous la pression des événements qu'il faut gérer au cœur de la crise, les parlements nationaux tout comme le Parlement européen sont de plus en plus relégués. Les assemblées sont considérées comme la cause de fâcheuses pertes de temps, voire comme des facteurs de perturbation, de sorte que les représentants des peuples se trouvent écartés de la prise de décisions, ce qui revient à priver la démocratie de son sens. Il y a là une évolution qui m'inquiète beaucoup.

Mesdames et Messieurs,

L'Europe est au milieu des turbulences. Touchée par une crise financière qui est née sur le marché immobilier des États-Unis, puis a porté l'endettement des États à des sommets et plongé l'économie de plusieurs pays dans la récession, l'Europe est désormais confrontée à une crise sociale, comme en témoigne la montée de la pauvreté et du chômage. Les citoyens ont de moins en moins confiance dans les institutions politiques.

Les sommets de crise se succèdent à un rythme effréné, nous passons en hâte d'un mécanisme de sauvetage à un autre, mais nous marquons trop rarement une pause pour nous demander pourquoi nous faisons cela.

L'intégration européenne nous a permis de connaître la période de paix et de bien‑être la plus longue de l'histoire de notre continent.

L'Union européenne a surmonté définitivement la séparation de notre continent par le Rideau de fer.

C'est grâce à cette communauté des États et des peuples que nous pouvons, chaque jour, mieux vivre ensemble. L'Union européenne est la réponse à un passé jalonné de conflits ET le meilleur instrument pour forger notre avenir sous le signe de la mondialisation.

L'Union européenne est fondée, en effet, sur la conscience que les Européens doivent apprendre à vivre ensemble et à agir collectivement s'ils veulent tout simplement survivre.

L'Union européenne repose sur la perception que les intérêts de chacun sont désormais indissociables de ceux de ses voisins.

À vous, dont le pays tire 85 % de son produit intérieur brut des exportations, je n'ai pas besoin d'expliquer tous les avantages économiques qu'apporte une monnaie unique.

Je n'ai pas besoin de vous représenter les effets dévastateurs que des récessions frappant d'autres pays peuvent exercer sur une économie dépendante des exportations. Non plus que de vous exposer les incalculables réactions en chaîne auxquelles on assisterait si un pays cessait d'être membre de la zone euro.

Vous le savez bien: notre Europe est une communauté de destin. C'est d'autant plus vrai pour les pays qui se sont donné une monnaie commune: nous sommes une communauté de destin dans laquelle les uns se portent garants des autres. Nous sommes une communauté de solidarité.

Les Slovaques ont prouvé qu'ils étaient de grands Européens. Le peuple slovaque a déployé un énorme effort pour aider, dans un esprit de solidarité, d'autres peuples dans le besoin.

J'ai conscience des sacrifices que vous avez consentis, des privations que vous avez subies pour être en mesure d'entrer en 2009 dans la zone euro. Je tiens à saluer aujourd'hui ce que vous faites pour d'autres populations en difficulté, les actes concrets de solidarité que vous accomplissez, alors que votre pays souffre lui aussi de la crise économique. Aussi méritez‑vous toute notre considération.

La Slovaquie a connu dans le passé et éprouvera encore, dans l'avenir, la solidarité européenne. Vous vous montrez aujourd'hui solidaires d'autres peuples, témoignant ainsi d'un véritable esprit européen!

Chers collègues,

je vous rends hommage également car je sais toute la difficulté de prendre de telles décisions et de les défendre. Des gens viennent me voir aussi, dans ma circonscription d'Aix-la-Chapelle, pour m'expliquer que la crise les a privés d'emploi et qu'ils ne peuvent plus payer les mensualités de remboursement de leur maison. Ces personnes, mes électeurs, me posent la question suivante: pourquoi donnez-vous tout cet argent pour les plans de sauvetage?

Je leur réponds ceci:

parce que l'Europe est une communauté de solidarité, que nous nous portons garants les uns des autres et affrontons les problèmes collectivement.

Parce que les Européens sont dans le même bateau et ne pourront traverser la tempête que tous ensemble.

En effet, dans le monde de l'interdépendance que nous connaissons aujourd'hui, nous ne pouvons plus nous réfugier dans l'abri prétendument plus sûr de l'État-nation. Au contraire, dans la tempête des marchés financiers mondialisés, rester isolé est le plus sûr moyen de périr. Les crédits et les garanties ne sont pas des aumônes octroyées charitablement à des voisins en difficulté, mais contribuent à la stabilité de la communauté et permettent à chacun d'y trouver son compte. La règle qui vaut en Europe est la suivante: soit nous perdons tous ensemble, soit nous gagnons tous ensemble.

Dans le langage usuel de la politique européenne, nous parlons de méthode communautaire. Il s'agit de résoudre les conflits par le dialogue et le consensus. De substituer au droit du plus fort la solidarité et la démocratie. De ménager un équilibre des intérêts entre les petits et les grands États, entre le Nord et le Sud, l'Est et l'Ouest, et de placer le bien de tous au-dessus des intérêts particuliers. La méthode communautaire implique aussi que les plus forts aident les plus faibles à devenir plus forts.

Pour accomplir cette tâche, l'Union européenne doit disposer d'un budget raisonnable. Les résistances à ce sujet vont croissant dans certains États membres.

Exiger haut et fort des réductions du budget de l'Union permet sans doute de se rendre populaire, mais c'est une attitude irresponsable. En effet, le budget de l'Union n'est pas de l'argent destiné à Bruxelles. Le budget européen, c'est de l'argent qui va aux Européens. C'est le principal instrument de stimulation de la croissance, dont nous avons particulièrement besoin en cette période de crise pour créer de la croissance et des emplois.

Il est prévu de créer en Slovaquie, avec l'appui de dotations provenant des Fonds structurels de l'Union européenne, 14 500 postes de travail dans le secteur des transports, les petites ou moyennes entreprises et les communes. Ces actions sont destinées précisément à offrir des emplois aux jeunes et à dessiner pour eux des perspectives d'avenir. Ces projets ne verront pas le jour si des coupes claires sont effectuées dans le prochain budget de l'Union. C'est pourquoi le Parlement européen lutte, au cours des négociations avec les chefs de gouvernement, en faveur d'un budget raisonnable! Pour les Européens!

Alors que le chômage s'étend, les investissements pour la croissance et les emplois sont particulièrement indispensables.

La situation du marché du travail est, il est vrai, dramatique pour de nombreux jeunes en Europe, y compris dans votre pays: le taux de chômage des jeunes atteint 35 % en Slovaquie!

Un taux de chômage aussi élevé risque de détruire le tissu social d'une société. Il engendre la frustration et la colère, la résignation et le sentiment de rejet. Il porte atteinte à la légitimité de nos institutions démocratiques. Les gens doutent manifestement de la validité d'un système dans lequel un petit nombre empoche les gains et laisse la collectivité supporter les pertes. Un système dans lequel on a l'impression que des agences de notation anonymes de

New York sont plus puissantes que des institutions démocratiquement élues.

Représentants des peuples, nous avons le devoir de regagner cette confiance perdue. Nous ne pouvons pas nous borner à imposer des mesures d'économie et des politiques d'austérité. En clair, nous devons réduire les dettes, et votre pays se comporte à cet égard d'une manière exemplaire. C'est aussi une question de justice entre les générations, car nous ne pouvons pas léguer à nos enfants des montagnes de dettes. Cependant, il faut compléter l'assainissement budgétaire par des programmes de croissance, de manière à leur laisser entrevoir de nouveau des possibilités d'emploi et à leur offrir des perspectives d'avenir. L'Europe a besoin d'un changement de direction, faute de quoi nous connaîtrons de sombres temps. Notre continent donnera alors naissance à une génération perdue et nos enfants paieront la crise en étant privés de toute possibilité de construire leur vie.

Surtout, il faut cesser de parler d'une démocratie conforme au marché ! Ce qu'il nous faut, c'est un marché conforme à la démocratie!

Soumis à la pression des événements qu'engendre la crise, nous devons certes agir vite. Ce peut être acceptable sous tel ou tel aspect, mais la crise ne doit pas servir de prétexte pour évacuer dans divers domaines la dimension parlementaire. Les députés nationaux, comme les députés européens, doivent résolument lutter ensemble contre une telle dérive.

Prenons l'exemple du semestre européen et examinons ce qu'il implique concrètement.

L'une des effets secondaires positifs de la crise est que nous mesurons de plus en plus nettement que nous autres Européens sommes dans le même bateau.

La mauvaise conduite d'un pays en matière budgétaire produit des dommages dans les autres pays. Nous avons, en Europe, appris cette leçon.

Aussi le semestre européen est-il en soi une bonne chose: il s'agit de contrôler le respect de la discipline budgétaire convenue dans le pacte de stabilité et de croissance, de veiller à la correction des déséquilibres macroéconomiques et à la mise en œuvre de la stratégie Europe 2020. C'est là une démarche sensée, qui nous rapproche de l'avènement d'un gouvernement économique européen, dont nous avons un besoin urgent en complément de notre monnaie commune.

Cependant, que signifie le semestre européen dans la réalité concrète?

En premier lieu, le ministre des finances d'un pays adresse son projet de budget non à son parlement, mais à la Commission européenne, à Bruxelles.

La Commission analyse le projet de budget d'abord au niveau des fonctionnaires, non au sein du collège. Elle le fait selon des critères que les fonctionnaires de la Commission ont définis dans les lignes directrices de l'examen annuel de la croissance de l'Union européenne ou dans les grandes orientations de politique économique, sur lesquelles aucun parlement n'a jamais été appelé à se prononcer!

Franchement, je ne comprends pas comment les chefs de gouvernement peuvent admettre qu'un projet de budget soit présenté à la Commission avant même que leur parlement en ait eu connaissance.

C'est une atteinte au droit souverain des parlements d'arrêter le budget! Représentants du peuple, nous ne pouvons pas accepter cela!

Représentants des peuples européens, nous tenons à exercer pleinement notre rôle institutionnel d'organe de contrôle de la Commission et notre mission de colégislateur.

Pour combler le déficit de démocratie qui marque la coordination des politiques économiques, il faut surtout assurer une étroite collaboration avec les parlements nationaux.

Aussi voulons‑nous intensifier le dialogue économique et instaurer une semaine parlementaire au cours de laquelle des députés nationaux et des députés européens débattraient ensemble de l'examen annuel de la croissance et des directives applicables au budget. Les parlements nationaux pourraient ainsi prêter leur concours à l'accomplissement de la mission incombant au Parlement européen de contrôler la Commission et influer sur la politique européenne.

Rendre plus étroite la collaboration entre les parlements nationaux et le Parlement européen est une priorité de mon mandat.

C'est seulement ensemble que nous pourrons préserver la démocratie européenne.

C'est seulement ensemble que nous pourrons défendre les intérêts des citoyennes et des citoyens.

C'est seulement ensemble que nous pourrons obliger le pouvoir exécutif à rendre compte de ses décisions.

Vous envers votre gouvernement dans cette assemblée et nous à Bruxelles en luttant pour faire jouer la méthode communautaire et obtenir la création d'un gouvernement économique contrôlé par le Parlement européen.

Faute de méthode communautaire, c'est la méthode de l'Union qui s'applique: elle signifie tout simplement que les chefs de gouvernement décident au Conseil en dehors de tout contrôle parlementaire. Les grands disent aux petits ce qu'ils doivent faire.

Chers collègues,

Dans le combat quotidien pour faire vivre et prospérer la démocratie parlementaire, nous sommes non pas des rivaux mais des partenaires.

Une collaboration satisfaisante avec les parlements nationaux est, à mes yeux, d'autant plus précieuse que, représentants européens ou nationaux des peuples, nous avons le souci de placer les intérêts de nos citoyennes et de nos citoyens au cœur de notre action. En Slovaquie comme dans les autres pays européens, les gens ont besoin de nous maintenant.

Pour que nous luttions en faveur de la croissance et des emplois.

Pour que nous ouvrions à nos enfants des perspectives d'avenir.

Je veux que mes enfants puissent vivre dans une Europe pacifique et unie, démocratique et solidaire. Nous voulons lutter ensemble pour cela.

Je vous remercie de votre attention.

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