Discours du Président Schulz à Athènes

Discours
Athènes -
18-05-2012
Politiques internes et institutions de l'UE

Mesdames, Messieurs,

Je suis venu vous rencontrer à Athènes aujourd'hui parce que j'ai l'impression qu'en Europe, nous avons beaucoup trop parlé de la Grèce récemment, et beaucoup trop peu avec les Grecs. Nous, Européens, nous devrions réapprendre à nous écouter les uns les autres.

Quand on veut changer les choses, on doit toujours commencer par soi-même. C'est pourquoi je suis ici aujourd'hui, avec vous. J'aurais pu parler de la Grèce partout en Europe. Mais je devais parler avec vous. J'aimerais vous expliquer mon point de vue. Et je vous écouterai si vous voulez me donner le vôtre. C'est pour cette raison que je suis à Athènes aujourd'hui, c'est pour cette raison que je m'adresse à vous.

En fait, j'avais prévu de venir à Athènes lundi dernier, mais j'ai reporté cette visite à aujourd'hui sur le conseil du président Papoulias. Je n'avais aucune envie de créer la fausse impression de vouloir m'immiscer dans les affaires intérieures de la Grèce à un moment critique, alors que des tentatives étaient en cours pour former un gouvernement.

Je dois dire, en toute honnêteté, que je suis consterné de l'échec des tentatives de formation d'un gouvernement et de l'annonce que de nouvelles élections doivent avoir lieu. La Grèce est à la croisée des chemins. En tant qu'ami de la Grèce, j'espère sincèrement que le peuple grec continuera à suivre la voie européenne. Il est plus important que jamais de maintenir le dialogue, sur la base d'une relation étroite et d'une confiance mutuelle et dans un véritable effort de se comprendre les uns les autres.

Je suis venu à Athènes il y a deux mois et je me suis entretenu avec la population grecque. Je suis ici aujourd'hui pour poursuivre ces entretiens.

Ce matin, j'ai parlé avec des retraités qui, après avoir travaillé dur toute leur vie, ont vu leur pension réduite.

Certains d'entre eux ne savent pas comment ils vont faire pour régler leurs factures d'électricité avec leur maigre pension.

Certains ne savent pas comment ils pourront continuer à aider des enfants adultes qui sont au chômage depuis longtemps et ne reçoivent plus d'aide de l'État.

Aujourd'hui, j'ai parlé avec des étudiants qui ont reçu un excellent enseignement, parlent plusieurs langues, sont cosmopolites - et, pourtant, contemplent l'avenir avec crainte, désespoir et colère. Pour quelle raison? Parce que, dans votre pays, une jeune personne sur deux est incapable de trouver un emploi. Parce que, même si elle trouve un emploi, elle ne gagne pas assez pour vivre.

Aujourd'hui, j'ai parlé avec des entrepreneurs. Ils cherchent désespérément des investisseurs et ne peuvent trouver de banque qui leur prêtera de l'argent. Ces entrepreneurs ne savent pas comment ils paieront leurs employés au cours des prochains mois.

Aujourd'hui, on m'a parlé de familles qui ne savent pas comment elles parviendront à nourrir leurs enfants. On m'a parlé de mères qui placent leurs enfants parce qu'elles ne sont plus en mesure de s'en occuper elles-mêmes.

En arpentant les rues d'Athènes, on rencontre des personnes sans abri; des mendiants; des personnes qui cherchent de la nourriture dans les poubelles; lors de mes déplacements précédents à Athènes, je n'avais jamais vu de telles scènes.

J'ai reçu le message cinq sur cinq: le peuple grec souffre.

Je comprends votre désespoir.

Je comprends votre résignation.

Je comprends votre colère.

La solidarité européenne exige que nous nous soutenions mutuellement.

Les citoyens de la Grèce ne sont pas responsables de la situation actuelle, et pourtant ils doivent en supporter le principal fardeau.

Mesdames, Messieurs,

Ces derniers jours, j'ai suivi la presse grecque de très près. J'ai été frappé de voir qu'on affirmait si souvent que l'Union européenne menaçait d'exclure la Grèce de la zone euro et que l'Union européenne exerçait en fait un chantage sur la Grèce en la menaçant de devoir s'en aller si elle ne mettait pas en oeuvre la politique d'austérité.

C'est pourquoi je veux le dire, ici et maintenant, en des termes aussi clairs que possible:

L'Union européenne veut que la Grèce reste dans la zone euro.

Tant dans l'intérêt de la Grèce que dans celui de l'Europe.

Et je sais que 80 % des Grecs veulent rester dans la zone euro.

Ce serait bien plus facile pour moi de vous dire maintenant ce que, peut-être, vous aimeriez entendre: que les coupes douloureuses dans les dépenses ne sont pas nécessaires, que l'on peut se passer de réformes structurelles, que tout ira mieux demain.

Je ne puis cependant vous le dire aujourd'hui.

Si je le faisais, je vous mentirais

Ce n'est pas toujours facile d'être honnête et de dire ouvertement les faits tels qu'ils sont. Pourtant, les amis, surtout eux, doivent se dire la vérité. Ils sont particulièrement tenus de le faire.

La première et dure vérité est la suivante: les mesures d'austérité et les réformes structurelles sont inévitables.

C'est une voie douloureuse à suivre car les privations qu'engendre l'austérité sont immédiatement ressenties alors que les fruits des réformes structurelles ne peuvent être cueillis que plus tard.

Nous devons le reconnaître: une dette publique extrêmement élevée de 160 % du PIB n'est pas viable. Nous devons reconnaître que l'économie grecque est actuellement incapable de faire face.

Il s'agit de faits économiques dans toute leur rigueur. Ils resteront vrais, que la Grèce demeure dans l'Union européenne - et dans la zone euro - ou non. Même si la Grèce cessait d'un jour à l'autre d'être membre de l'Union européenne ou de la zone euro, elle devrait réduire ses dettes et passer par un processus de réforme.

Je comprends tout à fait que de nombreuses personnes n'aiment pas voir un pouvoir bureaucratique à l'oeuvre dans leur pays sous la forme d'une troïka anonyme. C'est pourquoi je suis désolé que si peu de personnalités politiques de l'Union européenne soient venues en Grèce pour expliquer ces mesures et essayer de gagner votre confiance. La politique a besoin d'un visage humain pour dissiper les craintes. La troïka de l'Union européenne ne nourrit pas d'ambitions coloniales; elle met en œuvre un plan de sauvetage.

La deuxième et dure vérité est la suivante: aucun pays de l'Union européenne ne libérera la prochaine tranche du plan de sauvetage de 130 milliard d'euros si le prochain gouvernement grec ne respecte pas les engagements qui ont déjà été pris. L'Europe repose sur le principe du respect des accords: "pacta sunt servanda".

On ne fait plus confiance à une personne qui manque à sa parole. La crédibilité de la Grèce est en jeu; mais celle de l'Europe l'est aussi. La "crise de l'euro" est également le résultat d'une perte de confiance dans la volonté des gouvernements européens de satisfaire aux exigences d'une union monétaire.

Le gouvernement grec, qui représentait ce pays, a conclu un accord avec la troïka: un programme d'austérité en échange d'un plan de sauvetage. Si la Grèce veut que la troïka tienne sa promesse de verser la prochaine tranche, dont la Grèce a besoin pour la fin du mois de juin au plus tard, la Grèce doit également tenir ses promesses.

Je n'ai aucune sympathie pour les personnes qui ne paient pas d'impôts et envoient leur argent à l'étranger: aucun vrai patriote ne traite son pays - et ses compatriotes - d'une telle manière, dans une telle situation.

Dès lors, j'appelle à nouveau les riches de ce pays à ramener une partie de ce que ce pays leur a donné.

Ce n'est pas seulement en Grèce que la population souffre des conséquences de la crise économique et financière. Ces dernières semaines, je me suis rendu en l'Espagne et en Italie, où j'ai parlé à des jeunes qui ne parviennent pas à trouver un emploi et qui sont pris dans une spirale sans fin de stages non rémunérés, de contrats de courte durée et de chômage. La génération la mieux formée que notre continent ait jamais produite est désespérée. L'énorme potentiel de ces jeunes est gaspillé. Cela ne représente pas seulement une accumulation de tragédies individuelles mais également une tragédie pour la société européenne dans son ensemble. Il y a des pays de l'Union européenne qui se trouvent eux-mêmes dans une situation extrêmement difficile et qui, pourtant, s'acquittent de leur obligation de solidarité. Ils aident la Grèce en apportant des milliards d'euros sous forme de prêts.

Dans ma propre circonscription, à Aix-la-Chapelle, des gens viennent me voir pour me dire qu'ils ont perdu leur emploi à cause de la crise, ou qu'ils ont perdu leur retraite privée du fait de la crise financière et qu'ils ne parviennent plus à rembourser leur prêt hypothécaire. Il est bouleversant d'entendre comment les vies de ces personnes ont été brisées et les difficultés auxquelles elles sont confrontées. Des piscines, des bibliothèques, des théâtres, des écoles même sont fermés ou doivent restreindre leurs services: des rues ne sont pas construites ou entretenues en raison de coupes budgétaires; cela se répercute sur la qualité de vie des gens.

Pourquoi, me demandent ces personnes, donnons-nous tout cet argent à la Grèce? Pourquoi ne m'aidez-vous pas? Pourquoi n'aidez-vous pas ma communauté? Pourquoi n'investissez-vous pas cet argent ici, dans notre pays? Nous avons subi des réformes structurelles en Allemagne, avec le programme agenda 2010, et maintenant, nous devons aussi payer pour ces autres personnes?

Ces gens sont mes électeurs; j'ai une responsabilité envers eux; je dois leur rendre des comptes.

Je leur réponds ceci: oui, nous devons aider le peuple grec, parce qu'en Europe, nous formons une communauté, qui pratique la solidarité, nous nous aidons les uns les autres et nous affrontons les problèmes ensemble.

Je leur dis que nous n'aidons pas seulement la Grèce, mais chacun d'entre nous.

Parce que nous, Européens, sommes tous dans le même bateau.

Parce que c'est uniquement en nous unissant que nous pouvons résister à cette tempête.

Et parce que nous devons tous contribuer, dans un esprit de solidarité et de responsabilité.

Certains en apportant une aide sous la forme de prêts, d'autres en mettant en oeuvre des mesures de réforme.

Mon propre pays, l'Allemagne, a garanti 401 milliards d'euros au titre du plan de sauvetage. 401 milliards d’euros! C'est plus que l'ensemble du budget annuel de l'Allemagne.

Ce montant doit être approuvé au parlement allemand par les députés allemands. Leurs électeurs leur posent les mêmes questions que les miens.

Les peuples qui sont avec vous en Europe se sont engagés à faire ces énormes efforts pour vous aider. L'Europe est solidaire, à vos côtés. Prenez l'Estonie et la Slovaquie, par exemple. Leur revenu par habitant est inférieur à celui de la Grèce. Pourtant, ces pays contribuent au mécanisme de sauvetage. C'est la vraie solidarité européenne!

La confiance repose sur la fiabilité des deux partenaires. Si le prochain gouvernement grec ne tient pas les promesses qui ont déjà été faites et n'adhère pas aux accords qui ont déjà été conclus, de nombreuses personnes dans les pays voisins auront l'impression que la Grèce ne tient pas parole.

Qui, dans ces conditions, approuverait de nouveaux prêts? Il est naturel de vouloir récupérer l'argent que l'on a prêté.

Si vous laissez tomber les représentants politiques européens qui, jusqu'à présent, ont constamment appelé l'Europe à faire preuve de solidarité avec la Grèce, et si vous décevez les personnes mêmes qui étaient prêtes à vous soutenir avec l'argent de leurs impôts, les seules personnes qui resteront pour négocier avec vous seront, au final, celles qui ne voient que les chiffres, pas les êtres humains.

Je sais que vous avez souffert ces dernières années.

Je comprends que vous vous demandiez : "quelle importance si le pays fait faillite, alors que moi-même j'ai tout perdu et que je me bats pour survivre? Comment la situation pourrait-elle être encore pire?".

Pourtant, si vous abandonnez maintenant, les deux dernières années d'austérité et de sacrifices douloureux auront été vaines.

Si vous abandonnez maintenant, la prochaine tranche du plan de sauvetage ne sera pas versée. Cela signifie que l'État grec n'aura plus d'argent à l'avenir pour payer les salaires, pour payer les retraites, pour payer les allocations de chômage, pour faire fonctionner les écoles et les hôpitaux.

Les personnes qui disent qu'il suffit de ne rien rembourser oublient de signaler que la Grèce ne recevrait alors plus aucun crédit, ni des banques, ni des pays.

Ceux qui disent: nous refusons l'accord mais nous resterons dans l'euro, nourrissent un faux espoir. Ils promettent un remède; en réalité, ils mèneront le pays à la catastrophe.

Les gens qui disent que la Grèce n'a pas besoin de respecter les accords expriment peut-être ce que vous ressentez au plus profond de vous-mêmes. Je comprends ceux qui pensent: mieux vaut en finir avec l'horreur. Mais ce sentiment est trompeur.

Les gens qui disent que la Grèce n'a pas besoin de respecter les accords oublient de mentionner que cela ne peut avoir qu'une seule conséquence, à savoir le départ de la Grèce de la zone euro. Ils ne disent pas ce qui se passera ensuite ni comment la Grèce parviendra se redresser. Ils oublient de dire qu'une fois la Grèce hors de la zone euro, l'horreur ne fera que commencer pour les Grecs et que les personnes qui seront le plus gravement touchées sont celles qui, aujourd'hui, souffrent déjà le plus. La voie qui s'ouvre à vous aujourd'hui est difficile mais elle serait encore plus dure en dehors de la zone euro.

Je sais les sacrifices que vous faites chaque jour. Ne permettez pas que ces sacrifices aient été consentis en vain! N'abandonnez pas le navire alors qu'il commence enfin à changer de cap!

Tout indique un changement de cap en Europe: nous nous dirigeons vers une politique de croissance.

N'abandonnez pas le navire maintenant, alors qu'il y a enfin de l'espoir à l'horizon!

Le Parlement européen insiste depuis longtemps pour que, en plus des mesures - nécessaires - d'austérité, nous introduisions un pacte de croissance. Les mesures d'austérité ont un sens, tant qu'elles n'imposent pas un régime d'austérité si déséquilibré qu'il étouffe toute perspective de croissance. Le deuxième pilier, la politique de croissance, ne doit pas être négligé.

Nous, représentants des peuples d'Europe, avons toujours demandé qu'un équilibre soit trouvé entre politiques d'austérité et politiques de croissance. Et voilà qu'enfin, nous sommes entendus. Ceux qui nous écoutent sont notamment:

- les chefs de gouvernement de l'Union européenne, qui tiennent un sommet sur la croissance mercredi prochain;

- la Commission, dont le Président, José Manuel Barroso, a fait circuler des propositions en vue d'un pacte de croissance;

- le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, qui demande un plan décennal et une politique de croissance;

- le nouveau président français, François Hollande, qui a annoncé une autre Europe, une Europe de la croissance.

Il suffit d'être lucide pour reconnaître les signes d'un changement de direction en Europe: nous nous dirigeons désormais vers une politique de croissance.

C'est un signe d'espoir pour l'économie européenne.

C'est un signe d'espoir pour les personnes qui, partout en Europe, ont dû subir les conséquences de la crise économique et financière.

C'est un signe d'espoir pour le peuple grec, qui a dû faire des sacrifices si douloureux.

Le peuple grec a besoin d'initiatives de croissance pour promouvoir la reprise économique, créer des emplois et dynamiser la demande, tout en s'acquittant plus aisément de sa montagne de dettes.

Ces derniers mois, j'ai souligné sans cesse que je crois dans le grand potentiel économique de la Grèce. J'ai sans cesse attiré l'attention sur la position géographique favorable du pays. En tant que point de passage vers d'autres régions dynamiques dans le voisinage immédiat de l'Europe, à l'est et au sud-est, la Grèce peut réellement créer une nouvelle dynamique.

Depuis le début du printemps arabe, il y a un an, l'Afrique du Nord est entrée dans une nouvelle ère. Le sud de l'Europe est son partenaire naturel. Il est temps maintenant d'insuffler une nouvelle vie à l'Union pour la Méditerranée, de sorte qu'elle puisse réaliser les espoirs des jeunes des deux côtés de la mer Méditerranée.

La Grèce doit exploiter son potentiel, par exemple en jouant un rôle central, au moyen de ses ports, dans les échanges commerciaux.

Dès que les entrepreneurs verront que la Grèce se libère de ses entraves bureaucratiques, l'investissement privé reviendra.

Cela s'applique, en particulier, aux énergies renouvelables, y compris à l'énergie solaire. Ce secteur a un grand potentiel de croissance et d'emploi.

Au nom de mes collègues du Parlement européen qui, à travers l'Europe, chaque jour, appellent leurs électeurs à la solidarité avec le peuple grec; qui doivent doit se poser des questions difficiles et nourrir des doutes quant au sens du plan de sauvetage et qui demandent une initiative de croissance européenne depuis des mois maintenant, permettez-moi de le dire: le peuple grec n'est pas seul. Les autres peuples d'Europe ne sont pas vos ennemis; les autres pays engagent des milliards d'euros de prêts – de grandes parts de leurs budgets nationaux – pour vous.

Nous sommes à vos côtés.

Nous voulons vous aider - laissez-nous vous aider.

Nous voulons nous battre pour vous - alors battez-vous avec nous.

Mesdames, Messieurs,

Nous avons réussi tant de choses ensemble au cours des dernières décennies en Europe.

Nous avons créé, sur les ruines de la seconde guerre mondiale, un projet sans équivalent, qui combine la démocratie et la paix, la liberté et la solidarité.

Nous sommes parvenus à persuader des ennemis de se réconcilier et de devenir des amis.

Une région qui était autrefois sujette à la famine est devenue le marché intérieur le plus prospère du monde.

Des peuples se sont libérés de la dictature et ont transformé leur pays en démocratie.

Ensemble, nous avons créé ce modèle de société européen.

Pensez au nombre d'obstacles que nous, Européens, avons surmontés au cours des dernières décennies!

Soyons fiers de nos succès. Souvenons-nous que nous avons été forts chaque fois que nous étions ensemble et que nous agissions ensemble. Puissent les succès du passé nous convaincre que nous serons également capables de surmonter ensemble cette tempête. Ensemble, nous le pouvons.

Mesdames, messieurs, je vous remercie de votre attention.

Pour de plus amples informations:

europarl.president.press@europarl.europa.eu

Armin Machmer
Porte-parole
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