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Discours à l’Assemblée des Représentants du Peuples, visite officielle en Tunisie, les 30 et 31 octobre 2017

Discours
Tunis
30-10-2017

(la version prononcée fait foi)

Monsieur le Chef du gouvernement,
Monsieur le Président de l’Assemblée des Représentants du Peuple, Cher Mohammed Ennaceur,
Mesdames, Messieurs les ministres, 
Mesdames, Messieurs les députés,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

C’est pour moi un grand honneur et une immense joie de m’adresser à vous dans votre hémicycle de l’Assemblée des Représentants du Peuple de Tunisie, six mois à peine après que nous nous soyons retrouvés au Parlement européen, lors de la semaine tunisienne. Et je veux vous dire merci, cher Mohammed Ennaceur de m’avoir invité à m’exprimer au sein de votre assemblée, cœur vivant d’une démocratie qui a valeur d’exemple pour tous les pays en quête de liberté ;

La Tunisie porte l’espoir !

Et à cet égard je veux saluer le rôle des femmes parce que la femme tunisienne est le pilier de la démocratie. Qu’il me soit permis, ici même, de rendre hommage, aux femmes de Tunisie !

Oui, la Tunisie est un exemple.

 

Cet exemple il est important pour nous aussi, pays malheureusement confrontés à une fièvre, plus ou moins aiguë, de mouvements populistes, hostiles à la liberté et à la démocratie. Ces mouvements, ils font leur lit dans l’impatience et l’inquiétude de nos citoyens face à des situations complexes. Nous devons agir avec pragmatisme et célérité.

Ce défi nous y sommes toutes et tous confrontés.

Et c’est que je suis venu vous dire ; soyons les garants du pacte démocratique. Renforçons-le parce qu’il n’y a pas d’alternative à la démocratie, sinon le chaos. À cet égard il est important que les élections locales en Tunisie puissent se tenir dans les meilleures conditions. Elles sont nécessaires à l’ancrage de la démocratie locale et au développement économique des régions intérieures de la Tunisie.


Soyons aussi à l’avant-garde, ensemble, pour apporter des réponses concrètes aux préoccupations de nos concitoyens. Préoccupations face à la montée chômage, en particulier celui des jeunes. Inquiétudes face à une situation sécuritaire dégradée.

Inquiétudes face aux vagues de migrants. Crainte des conséquences du réchauffement climatique. Peur du déclassement.

Si je suis venu aujourd’hui en Tunisie, c’est pour écrire avec vous des réponses à ces défis. 

 

Cette visite officielle en Tunisie, l’une de mes toutes premières en dehors de l’Union européenne depuis mon élection à la Présidence du Parlement européen, j’ai voulu qu’elle soit construite sur deux piliers, l’un politique, l’autre économique. 

Vous savez que je crois particulièrement aux vertus de la diplomatie économique ; c’est le sens de la conférence que nous organisons demain au siège de l’UTICA, en présence du Chef de gouvernement, Son Excellence Monsieur Youssef Chahed

D’une certaine façon cette conférence s’inscrit dans le prolongement de la mission pour la croissance que j’avais conduit à Tunis, en 2012, lorsque j’étais Vice-président de la Commission européenne en charge de l’Industrie.

Le lien qui unit la Tunisie à l’Union européenne est riche d’une histoire ancienne, porteur d’intérêts et de valeurs partagés. Depuis la Révolution de 2011, nos relations denses et solides ont pris une dimension singulière. Il y a certes l’investissement de l’Union européenne dont le soutien s’élève à 3,5 milliards d’euros depuis 2011.

Il y a aussi nos rencontres régulières, je veux souligner les cinq visites européennes de haut-niveau qui se sont tenues en Tunisie depuis septembre dernier. Mais il y a surtout tout ce que nous construisons ensemble au quotidien.

 

Sécurité / Terrorisme

Les récentes attaques à Londres, Barcelone, en Finlande, à Nice et à Paris ont alourdi la liste des actes terroristes qui nous ont frappés. 25 attaques terroristes ont touché le sol européen depuis janvier 2015.

L’Europe n’est cependant pas la seule à être frappée. Le Burkina Faso, le Nigeria, le Pakistan, l’Égypte, la Somalie, la liste des récentes attaques est hélas trop longue.

Quant à la Tunisie, elle a une place particulière dans la géopolitique de lutte contre le terrorisme.

Je n’oublie pas que la première cible d’Al Qaïda dans l’après-11 septembre fut la synagogue de Ghibra à Djerba, en avril 2002. Je n’oublie pas les attaques du Bardo et de Sousse.

Permettez-moi d’avoir avec vous, une pensée pour toutes les victimes des attentats.

Je parlais du rôle particulier de la Tunisie dans la lutte contre le terrorisme. Il faut souligner que l’un des premiers revers essuyé par Daesh intervint dans le sud de la Tunisie à Ben Guerdane, en mars 2016.

Aujourd’hui, 80 % des européens pensent que l’Union européenne doit agir d’une seule voix, avec ses partenaires, pour lutter contre ce fléau. Ils ont raison, nous ne vaincrons pas le terrorisme sans une plus grande coopération. Et la Tunisie est à l’avant-poste de cette coopération, parce que la sécurité de la Tunisie est aussi celle de l’Europe.

Ce 18 octobre 2017, la Commission européenne a présenté de nouvelles mesures pour renforcer la coopération avec la Tunisie, notamment, pour lutter contre le terrorisme et le crime organisé. Ces mesures prévoient de proposer, d’ici la fin de l’année, l’ouverture de négociations en vue d’un accord sur l’échange de données personnelles entre Europol et la Tunisie.

Notre sécurité dépend de notre capacité à collaborer, à instaurer la confiance entre les uns et les autres, entre les différents services de police et de renseignement. 

Je crois aussi au travail de prévention et de lutte contre la radicalisation. La Constitution de 2014 qui fixe le caractère civil de l’État, reconnait et garantie la liberté de religion est une référence dans le monde post printemps arabe.

Enfin, nous en sommes toutes et tous convaincus, il faut œuvrer à la stabilisation de la Libye voisine.

Nous encourageons et soutenons évidemment l’action de la mission européenne d’assistance aux frontières.

Mais sans solution politique, ces efforts ne seront pas totalement couronnés de succès. C’est pourquoi, je veux saluer votre rôle, et en particulier celui du Président de la République, pour réunir les pays d’Afrique du Nord autour d’une solution politique en Libye.

Je veux personnellement m’engager aux côtés de tous les acteurs qui agissent pour la Libye.

Outre la Libye, il y a la question du Sahel. Je salue l’effort de la France, de la force G5 Sahel et de tous les acteurs régionaux pour éviter que les terroristes s’y répandent.

 

Migration 

Je ne peux pas venir en Tunisie sans évoquer la question aussi sensible de la migration. Nous sommes toutes et tous marqués par les images, trop souvent tragiques, de migrants qui tentent de rejoindre l’Europe. Nous devons être lucides et courageux et traiter cette question avec pragmatisme, avec humanité aussi, loin de raccourcis idéologiques ou populistes.

Cela sous-entend d’abord que nous ne pouvons pas laisser la gestion des flux migratoires aux mains des trafiquants d’êtres humains ou des terroristes. 

Je soutiens pleinement le « Partenariat pour la mobilité » qui a été signé entre l’Union européenne, 10 États membres et la Tunisie, et qui précisément combat la traite des êtres humains ; il faut à présent que ce partenariat soit pleinement effectif. Je veux aussi vous redire mes félicitations pour la création, cette année, de l’instance de lutte contre la traite des personnes. Il faut en effet cibler les réseaux qui exploitent les personnes vulnérables dont les migrants. 

Nous devons, j’en suis persuadé, accorder aux pays d’Afrique du Nord tels la Tunisie, la même attention et les mêmes ressources que l’Union européenne a accordées l’année dernière pour gérer les flux migratoires via les Balkans. J’encourage les États membres à accorder un financement suffisant pour les projets dédiés à l’Afrique du Nord au sein du Fonds fiduciaire pour l’Afrique, en particulier les projets liés à la gestion des flux migratoires.

 

Nous devons également avoir une approche intelligente de la migration. La question n’est pas de prendre vos meilleurs éléments, pour vous en dépouiller, mais bien au contraire de consolider une approche circulaire de la migration. C’est pourquoi nous considérons qu’une facilitation des visas pour les hommes d’affaires, les chercheurs et les acteurs culturels tunisiens reste un objectif atteignable et souhaitable pour nous tous.

C’est le sens aussi des échanges entre étudiants européens et tunisiens, grâce au programme Erasmus plus.

Je compte également annoncer mon soutien personnel à une extension du projet « Erasmus pour les jeunes entrepreneurs » aux pays africains.

Pour autant, on ne peut pas se contenter de cet arsenal de mesure. Nous avons l’obligation de nous attaquer aux causes profondes qui poussent des milliers et des milliers de gens sur le chemin de l’exode.  Il en va de notre honneur.

Nous le savons tous, les causes de ces départs sont multiples : désertification liée au changement climatique, réapparition de la famine, croissance démographique, pauvreté, maladies, terrorisme, instabilité, corruption. 

Nous avons le devoir d’agir sur tous ces fronts. 

 

Afrique 

C’est pourquoi je plaide pour un nouveau partenariat avec l’ensemble de l’Afrique. La Méditerranée ne doit pas être un fossé, mais un trait d’union entre l’Union européenne et le continent Africain, parce que la Méditerranée est le creuset des valeurs de notre civilisation et que la Tunisie joue un rôle fondamental dans cette relation particulière. 

Forts de ce lien nous avons la responsabilité de ne pas laisser le développement de l’Afrique à une Chine qui n’a pas la même conception que nous du respect de l’environnement, des valeurs démocratiques et des droits de l’Homme.

Nous devons travailler ensemble et faire fructifier notre partenariat pour que nous tenions compte du grand potentiel de croissance du continent. 

J’aimerais aussi vous livrer un chiffre. Celui d’une ambition pour l’Afrique.

Avec 40 milliards d’euros et une action encore plus forte de la Banque Européenne d’Investissement, il est tout à fait possible de changer le destin de l’Afrique. De redonner espoir et travail à ce continent, tout en créant, au même moment, de la croissance au sein de l’Europe.

Je tiens à ce que ces 40 milliards figurent au prochain budget de l’Union européenne.

Enfin, je veux rappeler la conférence à haut niveau que j’ai organisé au Parlement européen le 22 novembre prochain.

Je tenais à accueillir cette réunion avant le sommet Union Africaine - Union européenne d’Abidjan parce que, plus que jamais, nos intérêts sont liés.

 

Economie

Pour finir, j’aimerais évoquer ce qui sera au thème de la rencontre de demain après-midi, le partenariat privilégié entre l’Union européenne et la Tunisie au service de l’investissement, de la croissance et de l’emploi.

Le succès de la transition socio-économique tunisienne est impératif, tant pour la Tunisie que pour l’Europe. Sans croissance et sans emplois, nous ne parviendrons pas à satisfaire les attentes de nos citoyens.

J’aurais l’occasion de le préciser demain, il est essentiel que l’entreprenariat tunisien puisse se développer dans les meilleures conditions, à commencer en ayant la capacité de pouvoir se financer. C’est à dire que les banques doivent soutenir les entreprises de Tunisie.

 

Côté européen, je me réjouis du lancement récent du Fonds européen pour un développement durable, qui vise à soutenir l’investissement dans les pays tels la Tunisie et je salue la mise en œuvre de l’Initiative de la Banque Européenne d’Investissement en matière de résilience économique qui vise à soutenir les investissements.

Il faut en outre une réelle ambition commune et investir beaucoup plus dans les infrastructures, les transferts de technologies pour développer les Petites et Moyennes Entreprises chez vous, qui sont autant de viviers d’emplois.

Ces mêmes entreprises doivent pouvoir trouver, un climat sain des affaires, des opportunités et des débouchés. Une importante délégation d’acteurs économique m’accompagne aujourd’hui, mais au-delà de ces rencontres entre entrepreneurs, je crois que les accords commerciaux sont d’importantes sources d’opportunités. Songez au caractère gagnant - gagnant de nos accords avec la Jordanie.

Je suis à cet égard convaincu que l’accélération de nos négociations pour une mise en place rapide de l’Accord de Libre Échange Complet et Approfondi, contribuera à ce partenariat gagnant-gagnant avec la Tunisie, parce qu’il constitue un levier majeur pour le retour de l’investissement et de la croissance en Tunisie.

Je veux vous rappeler les principes d’asymétrie et de progressivité qui le guident et qui sont au bénéfice de la Tunisie. Songez au marché de 500 millions d’Européens auquel vous pouvez avoir accès, il s’agit du plus grand marché au monde !

Par extension, je veux rappeler les effets positifs de la mesure exceptionnelle d’appui au secteur clé de l’huile d’olive tunisienne. J’en parle avec d’autant plus de facilité que je viens d’un pays où ces mesures ne sont pas populaires. Mais nous tenions à ce dispositif parce qu’il fallait soutenir votre économie lourdement frappée par les pertes du secteur touristique. 

Nous devons aussi collaborer dans les domaines de la formation et de la mobilité légale, d’Erasmus Mundi, des échanges destinés aux étudiants, aux chercheurs et aux travailleurs tunisiens.

Le tourisme, enfin est un vecteur important d’activité. Je me réjouis des chiffres encourageants de cette année. Nous devons vous soutenir et vous permettre de développer ce secteur essentiel de votre économie. La richesse culturelle de la Tunisie, c’est un passé riche et profond, c’est aussi une hospitalité et une générosité.

 

Cette hospitalité, je suis heureux d’en être le témoin aujourd’hui. Je veux vous redire que nous sommes à vos côtés et qu’ensemble nous relèverons les défis de la prospérité de la Tunisie. Une Tunisie ouverte et ancrée à l’Europe.

Je vous remercie. 

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