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Discours de réception du Prix européen Charles Quint

Discours
Yuste
09-05-2018

(la version prononcée fait foi)

 

C’est avec grande émotion que je reçois ce prestigieux Prix européen Charles Quint.

En cette occasion hautement solennelle, permettez-moi d’adresser mes premiers mots à ma famille. C’est grâce à elle que je suis ici et mon nom s’ajoute à celui de tant d’illustres Européens qui ont reçu ce prix avant moi.

Je suis un journaliste qui a eu la chance de consacrer une partie de sa vie à la politique européenne. J’ai toujours agi en tâchant d’améliorer l’existence des citoyens européens. Ce sont eux qui rendent possibles la paix, la stabilité et la prospérité qu’incarne l’Union européenne. Je pense donc qu’il est légitime de leur dédier ce prix.

Je tiens aussi à remercier tout particulièrement les Espagnols pour l’affection dont ils font toujours preuve à mon égard. Elle est réciproque. En tant qu’Italien et en tant qu’Européen, je porte l’Espagne dans mon cœur.

Mesdames et Messieurs,

Aujourd’hui, 9 mai, c’est la Journée de l’Europe. Nous célébrons la plus noble et la plus courageuse des entreprises que les Européens ont réalisée au cours de leur histoire récente.

Grâce à elle, vingt-huit États démocratiques aplanissent leurs différences au sein d’institutions et au moyen de règles communes.

Nous sommes le plus grand marché au monde. Notre modèle social est le plus avancé de la planète.

De Bucarest à Lisbonne, de Cadix à Helsinki, nous n’avons jamais connu auparavant la paix et la stabilité dont nous jouissons aujourd’hui. Après des siècles de désaccords et de conflits.

Mais la grandeur de notre projet découle principalement de l’adhésion aux valeurs de liberté, de démocratie, d’état de droit, d’égalité et de respect des droits de l’homme.

Ce sont ces valeurs qui ont fait de notre continent la région la plus libre et la plus prospère au monde. C’est pour cette raison que nous devons les réaffirmer. En permanence, sans exception.

Face aux égoïsmes nationalistes. Face à ceux qui veulent dresser des frontières. Face à ceux qui cherchent à détruire notre coexistence et notre démocratie. 

(L’UE comme solution)

Au XXe siècle, deux guerres mondiales ont anéanti notre continent.

La majorité d’entre nous appartiennent à la première génération de citoyens européens qui n’ont pas connu la guerre.

Moi-même, je suis né dans une Italie libre où tout était à faire et où tout avait lieu. Á l’époque, grâce à De Gasperi, mon pays avait pris son destin en main.

Une Italie qui savait que son avenir résidait dans l’union entre Européens, garante du renouveau démocratique, économique, industriel, artistique et intellectuel de notre continent.

Séparées, nos nations sont insignifiantes et impuissantes. Unis, nous avons la force de surmonter n’importe quel défi.

(Renouvellement pour l’avenir)

Mesdames et Messieurs,

Je suis convaincu que le XXIe siècle doit être celui de l’Union européenne. Du renouvellement d’une Union plus politique, plus prospère et plus sûre, et plus présente sur la scène internationale.

En PREMIER LIEU, le renouvellement de notre projet signifie qu’il faut lutter contre l’actuelle menace qui pèse sur la démocratie en Europe

  • Contre ceux qui tentent d’influencer frauduleusement nos processus électoraux: l’Union européenne doit protéger les citoyens de l’utilisation abusive de leurs données personnelles dans le monde de l’internet.
  • Face à l’avalanche de fausses nouvelles qui inondent les réseaux sociaux et qui diabolisent l’Europe: l’Union européenne doit réaffirmer son engagement à l’égard d’un journalisme de qualité. Il fait partie du système de défense de la démocratie.
  • Face aux populistes et aux nationalistes qui ne respectent ni les lois, ni les citoyens: l’Union européenne doit défendre l’état de droit et l’espace civique dont il est le garant.

Nous devons prendre les devants pour lutter contre ces menaces.

Les élections européennes auront lieu en mai 2019. Les partisans de l’Europe que nous sommes doivent encourager le débat et la participation. En particulier chez les jeunes. La démocratie et la bonne gouvernance de l’Union européenne en dépendent.

Les trois anciens Présidents espagnols du Parlement européen, José María Gil-Robles, Enrique Barón Crespo et Josep Borrell, me font aujourd’hui l’honneur de compter parmi les présents.

Ils savent bien que le Parlement européen, seule institution élue au suffrage direct, est le principal acteur du renouveau de l’Union européenne. Non seulement parce qu’il est au cœur des débats sur notre avenir, mais encore parce qu’il exerce, comme tous les parlements du monde, le droit d’initiative législative.

En SECOND LIEU, nous devons nous convaincre qu’assurer la prospérité et la sécurité de nos concitoyens, c’est aussi défendre la démocratie. 

Quand la politique engendre la pauvreté, la démocratie se meurt. Quand les citoyens ne se sentent pas en sécurité, les ennemis de l’Europe triomphent. Après la grande récession de ces dix dernières années, la croissance est de retour. Les mesures d’austérité budgétaire et de réforme portent leurs fruits. Les mesures de sauvetage ont permis d’éviter la catastrophe.

Malgré tout, les cicatrices de la crise sont profondes. On le voit dans les chiffres du chômage, en particulier chez les jeunes.

La reprise doit s’étendre à l’ensemble de la société. L’Union européenne doit disposer des instruments concrets pour y parvenir:

Grâce à un marché unique moderne. Qui tire parti de la révolution technologique, énergétique et numérique qui transforme le monde. Qui fait en sorte que ceux qui en profitent le plus ne dissimulent pas leurs bénéfices derrière les frontières fiscales.

Grâce à un budget européen à la hauteur des nouveaux défis. Ceux qui profitent le plus du marché unique doivent aussi contribuer davantage au budget européen: que ce soit par une taxe sur les plateformes numériques, une taxe sur les transactions financières spéculatives, voire une taxe sur les plastiques, afin d’encourager le recyclage.

Grâce à une gouvernance économique européenne plus démocratique et plus transparente. Qui garantit les investissements productifs et la lutte contre le chômage.  Qui aide à la convergence économique et sociale des régions les plus défavorisées. La gouvernance économique de l’Union européenne doit arriver à maturité.

Du reste, prospérité et sécurité sont les deux faces d’une même médaille. Nous devons approfondir l’espace de liberté, de sécurité et de justice. 

La menace terroriste nécessite une plus grande coordination des forces de sécurité et des services de renseignement. Il faut veiller à ce que l’espace Schengen ne soit pas le refuge de ceux qui fuient la justice.

Le contrôle des frontières nécessite une gestion commune. Un soutien déterminé à ceux qui les protègent en première ligne.

La politique d’immigration doit être ordonnée pour que ceux qui viennent en Europe puissent contribuer au bien-être de tous.

 

En TROISIÈME LIEU, il est indispensable que l’Union assume une plus grande responsabilité dans le monde.

Le monde devient de plus en plus complexe. Nous avons besoin d’une stratégie géopolitique qui reflète nos valeurs et nos intérêts.

L’accord de Paris ou l’accord nucléaire avec l’Iran sont des exemples de l’influence positive que l’Union européenne peut avoir sur la scène internationale.

Nous devons être un moteur de stabilité et de prospérité dans le monde. Notre politique extérieure ne prête pas l’attention voulue à la diplomatie économique ou à nos entreprises. La richesse que celles-ci peuvent créer à l’étranger est fondamentale.

Trop souvent, les Européens perdent des contrats par manque de stratégie commune. En Afrique, par exemple. Un continent qui doit développer tout son potentiel.

J’ai proposé un plan européen d’investissement pour l’Afrique. Nos entreprises doivent pouvoir investir en Afrique en toute sécurité. Dans son développement économique, technologique, social. Les problèmes communs d’immigration, de sécurité, de lutte contre le terrorisme en dépendent. 

De plus, nous devons renforcer nos liens avec les pays qui s’engagent sur la voie de la démocratie et de l’ouverture commerciale. Nous devons être attentifs à ce qui se passe dans les Balkans. Nous devons encourager le multilatéralisme.

L’Amérique latine en est un parfait exemple. Nous sommes des alliés naturels, de par l’histoire, la langue, la culture et les intérêts partagés.

Ensemble, nous devons lutter contre la crise humanitaire que provoque la dictature de Maduro. Les Vénézuéliens méritent d’être libres et nous devons les y aider.

Il est temps de privilégier la dimension extérieure de l’Union européenne. En renouvelant notre engagement à l’égard du commerce international. Il est directement lié à la prospérité de toutes les nations.

Si nous ne vivons que pour nous-mêmes, ce sera l’échec du projet européen.

 (Conclusion)

Mesdames et Messieurs,

C’est la troisième fois que je viens en Estrémadure. Une région d’une beauté naturelle extraordinaire à l’héritage historique immense. Des Romains à nos jours.

C’est ici que de grandes pages de l’histoire espagnole ont été écrites. Une grande nation européenne dont la contribution intellectuelle, culturelle et humaniste à l’Europe est indéniable.

On dit de votre histoire qu’elle est marquée par trois grands débarquements: le débarquement arabe, celui de Christophe Colomb en Amérique et celui de Charles Quint en Asturies.

Mais, pour moi, il y a un débarquement essentiel: celui de toute la nation espagnole dans la démocratie grâce à la constitution de 1978.

Une mission menée par le Roi Juan Carlos et tous les partis démocratiques.

Mais surtout, une réussite de toute la société espagnole.  Il me semble juste de rendre hommage à la génération d’Espagnols qui ont permis d’y parvenir. Soyez certains que les institutions européennes et moi-même, nous défendrons toujours la démocratie et la liberté dont vous jouissez grâce à la Constitution.

Un acte de concorde civique qui a permis votre intégration dans l’Union européenne. L’aventure la plus extraordinaire de l’Espagne moderne. Sans l’Espagne, l’Union européenne ne serait qu’un rêve inachevé.

Le jour de mon élection à la présidence du Parlement européen, il y a de cela à peine plus d’un an, mes premiers mots ont été pour les victimes des tremblements de terre en Italie centrale. Je ne les oublie pas.

C’est pourquoi je souhaite donner l’intégralité de la dotation du prix que je reçois aujourd’hui aux communes de Nursie, Accumoli et Arquata del Tronto. J’ai en outre demandé que les bourses de recherche universitaire qui accompagnent ce prix, et qui porteront mon nom, soient consacrées à la prévention des catastrophes naturelles et la mise au point de mécanismes de solidarité à réaction rapide au sein de l’Union européenne.

J’ai conscience de la portée toute symbolique de ces gestes, mais ce sont précisément de tels symboles qui nous rappellent que l’Union européenne, c’est avant tout la solidarité avec ceux qui en ont le plus besoin.

Pour plus d'informations :

europarl.president.press@europarl.europa.eu

 

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