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ESPAGNE

LA SITUATION FORESTIÈRE ACTUELLE : APERÇU DU CONTEXTE ET APPRÉCIATION DES PRINCIPALES CONTRAINTES

Sommaire

1.1 - Les ressources forestières

Les superficies

La superficie forestière totale couvre 22 973 548 ha (45 % du territoire national), selon cette répartition :

La répartition ci-dessus, tirée de l'Annuaire de statistique agraire 1988, traduit un écart de 0.2 million d'ha par rapport à la superficie totale indiquée. La dernière carte des cultures et utilisations du sol résultant du second inventaire forestier national fait ressortir une superficie forestière de 24 173 272 ha, la différence avec les chiffres précités portant essentiellement sur les surfaces non arborées.

Les principales essences composant les peuplements de futaie sont les suivantes (les taillis de châtaigniers destinés à la production de bois et les taillis d'eucalyptus sont compris dans ces peuplements) :

Résineux1 000 ha%Feuillus1 000 ha%
Pin maritime1 50520.2Chêne-liège1001.3
Pin d'Alep1 18215.9Autres chênes76010.2
Pin sylvestre92212.4Eucalyptus4606.2
Pin noir d'Autriche6929.3Hêtre2883.9
Pin pignon4576.1Peuplier981.3
Pin radiata2883.9Châtaignier841.1
Autres3825.1Autres2343.1
Total résineux5 42872.9Total feuillus2 02427.1
Source :Instituto nacional para la conservación de la naturaleza. - Arnuarió de Estadística Agraria 1988-1990.

Outre les 7.5 millions d'ha de futaie décrits ci-dessus, les 8.8 millions d'ha régulièrement exploités comprennent 1.1 million d'ha de taillis et 0.2 million d'ha de peuplements mixtes. Les formations feuillues qui ne produisent guère que du bois de chauffage sont essentiellement composées de chêne vert. Si l'on considère l'ensemble de la surface boisée, feuillus et résineux occupent des superficies sensiblement équivalentes.

Les types de forêt

Trois principaux types de forêt décrivent la surface boisée.

La superficie forestière totale comprend également diverses formations arborées comme les plantations linéaires et toutes les formes de couverture végétale non cultivée, même dépourvue d'arbres ou arbustes : pâturages, steppes, landes et friches (arbustives ou non) maquis et garrigues.

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1.2 - Le reboisement

Un vaste programme national de reboisement forestier, mis en oeuvre à partir de 1940, a permis d'obtenir des résultats remarquables puisque près de 4 millions d'ha ont été reboisés depuis 1945 :

La cadence annuelle

Elle est retombée à moins de 50 000 ha de moyenne au cours du dernier plan quinquennal (1985-1989) alors qu'elle variait de 80 000 à 136 000 ha/an de 1953 à 1977 et de 60 000 à 100 000 ha/an au cours du plan précédent :

Années19851986198719881989Total
Superficie (ha)55 38351 35542 17051 51139 411239 830
Source :Instituto nacional para la conservación de la naturaleza. - Rapport national présenté par l'Espagne au Xe Congrès forestier mondial . - 1990.

Environ 50 %, et parfois plus, des surfaces reboisées le sont pour la deuxième fois à cause des incendies qui détruisent chaque année une superficie arborée notablement supérieure à celle reboisée, à tel point que de 1985 à 1989 la surface arborée a régressé de près de 300 000 ha malgré l'effort de reboisement indiqué ci-dessus. Hormis de rares opérations dans des zones de culture sèche, les reboisements concernent essentiellement des terrains montagneux, pauvres et accidentés, puisque les boisements de plaine, presque tous orientés vers la culture de peupliers, ne représentent que 4 % environ du total.

Les essences utilisées

Elles sont très différentes selon le type de propriété.

Le maximum de production escomptée sera obtenu avec les plantations de peuplier (environ 25 m3/ha/an de moyenne à 12 ou 15 ans), suivies par celles d'eucalyptus (avec 10 à 15 m3/ha/an à 15 ans environ). Avec une production moyenne de 2 à 4 m3/ha/an, les peuplements résineux des régions sèches ou froides (pin d'Alep, pin noir et pin sylvestre) seront les moins productifs.

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1.3 - La propriété des forêts

Répartition des formations boisées par type de propriétaire
PropriétaireSuperficie arboréeSuperficie de pâturages,
friches et garrigues
Superficie totale
ha%ha%ha%
Etat
Communes
(forêts d'utilité publique)
Communes
(forêts de "libre disposition")
Propriétaires privés
1 123 183
3 816 035

563 433

8 415 552
8
27

4

61
314 674
1 790 005

321 954

6 628 712
3
20

4

73
1 437 857
5 606 040

885 387

15 044 264
6
24

4

66
Total13 918 2031009 055 34510022 973 548100
Source :Instituto nacional para la conservación de la naturaleza. - Rapport national présenté par l'Espagne au Xe Congrès forestier mondial . - 1990.

L'Etat ne possédait que 316 619 ha lors de la création du patrimoine forestier de l'Etat, organisme auquel a succédé l'Institut national pour la conservation de la nature. De 1940 à 1989, la politique d'acquisition active menée par ces deux organismes s'est concrétisée par l'achat de 862 099 ha supplémentaires. Depuis 1985, les différentes communautés autonomes ont pris la relève de l'Etat central et ont acquis 88 000 ha qui sont comptabilisés comme propriété de l'Etat, de sorte qu'en ajoutant celles affectées à divers ministères, la surface forestière totale appartenant à l'Etat atteint 1 437 857 ha, soit une moyenne de 500 ha par massif.

Les communes possèdent l'essentiel des forêts publiques espagnoles, mais celles-ci sont classées en deux groupes selon leur régime juridique.

La propriété privée est très morcelée puisque le nombre de propriétaires est estimé à 5 millions environ pour 15 044 264 ha, soit une propriété forestière moyenne de 3 ha. D'une importance très variable selon les régions, la forêt paysanne propriété d'agriculteurs constitue un élément important de l'activité économique dans certaines communautés autonomes comme la Galice.

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1.4 - L'approche des différentes fonctions des forêts

Les fonctions écologiques

La protection des sols

Face aux problèmes séculaires de la géographie méditerranéenne, avec ses pluies torrentielles et ses inévitables phénomènes d'érosion et d'inondation, la volonté de restaurer le sol de la nation avait abouti dès 1940 à la mise en oeuvre d'un vaste programme d'acquisitions et de reboisement. Les problèmes de couverture végétale qui affectent des surfaces considérables et la correction de très nombreux cours d'eau à caractère torrentiel sont donc prioritaires, même si la lutte contre les avalanches n'est pas à négliger dans les zones de haute montagne. Les problèmes de fixation des sables sont peu importants et très localisés.

La biodiversité

La biodiversité y est remarquable (629 espèces vertébrées et environ 7 500 plantes vasculaires) en raison de sa situation et de sa diversité géographiques. Accentuée par l'originalité des îles Canaries, l'Espagne développe beaucoup sa politique de conservation d'un patrimoine qui représente la moitié des espèces les mieux conservées de l'Union européenne.

Les parcs et les réserves

Leur extension s'accroît régulièrement depuis la mise en oeuvre d'une politique de parcs nationaux en 1918 et l'on dénombre aujourd'hui 13 types d'espaces naturels protégés, représentant 334 sites et couvrant 2 163 085 ha, soit 4.28 % du territoire national.

Les fonctions sociales

La prise en compte des paysages dans l'aménagement du territoire et l'équipement des forêts pour l'accueil du public sont des préoccupations récentes dans un pays vaste dont la population, relativement faible, est majoritairement concentrée à proximité d'une importante façade maritime (qui a logiquement été équipée en priorité pour l'accueil et les activités récréatives des populations locales et de passage). L'urbanisation de la société espagnole et le développement d'un "tourisme vert " créent une demande nouvelle, notamment à proximité des grands centres urbains, à laquelle les communautés autonomes commencent à répondre.

Les fonctions économiques

La production de bois

Elle constitue un facteur essentiel de l'activité économique dans toute l'Espagne humide où la couverture boisée est la plus importante et constituée de forêts denses d'essences à croissance rapide particulièrement productives. C'est notamment le cas des communautés autonomes qui composent la chaîne Cantabrique (Galice, Asturies, Cantabrique, Pays basque et Navarre) où sont implantées d'importantes industries de transformation dont l'approvisionnement exige le maintien et même le développement d'une ressource abondante au plan local (50 % des industries de panneaux et 31 % des scieries se trouvent en Galice).

Les autres produits

Les autres produits dérivés du bois et les activités complémentaires de la sylviculture ont souvent un poids économique supérieur à celui de la simple production de bois dans le reste du pays. C'est essentiellement le cas pour les produits suivants.

Globalement, les fonctions écologiques, en particulier le rôle de protection, apparaissent donc prioritaires dans toute l'Espagne méditerranéenne, alors que les fonctions économiques peuvent être privilégiées, sans autant de contraintes, dans les régions de l'Espagne humide. Le rôle social des forêts est surtout prédominant à proximité des agglomérations.

Le secteur coopératif est encore très peu développé dans la plupart des communautés autonomes, mais les prestations de services réalisées en forêt par les agriculteurs sont courantes et le développement des investissements forestiers dans les zones défavorisées constitue un des moyens retenus par les pouvoirs publics pour fixer les populations rurales, en améliorant leur cadre et leur niveau de vie grâce aux activités complémentaires qui en résultent : c'est notamment l'un des volets du PER (Plan d'Emploi Rural) en cours qui prévoit des investissements dans les régions à fort taux de chômage.

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1.5 - Les industries de transformation du bois

L'exploitation forestière

Les bois sont vendus sur pied dans la quasi-totalité des cas et les acheteurs sous-traitent généralement leur exploitation à des bûcherons et débardeurs individuels, payés à la tâche et travaillant dans des conditions souvent précaires (parfois même non conformes à la législation sociale en vigueur), favorisées par un taux de chômage élevé (18 %) et par la gravité de la crise qui affecte l'ensemble des industries de transformation du bois.

La récolte, hors bois de feu, était inférieure à 6 millions de m3/an jusqu'en 1967. Elle a ensuite rapidement augmenté pour se stabiliser de 1974 à 1985 entre 11 et 14 millions de m3/an, ce dernier chiffre étant régulièrement atteint, voire sensiblement dépassé depuis, puisque la production actuelle varie de 14 à 16 millions de m3 sous écorce.

Ainsi en 1988, la récolte totale en forêt s'élevait à 11.4 millions de m3, auxquels s'ajoutaient 2.3 millions de m3 de bois non classés, produits hors forêt, et 1 million de m3 de petits bois à usage industriel. La récolte de bois de feu étant par ailleurs estimée à 3.3 millions de stères (+/- 2.2 millions de m3), le volume total exploité approchait 17 millions de m3.

Répartition de la récolte forestière par essence en 1988 (volumes sur écorce hors bois de feu)
Résineux1 000 m3%Feuillus1 000 m3%
Pin maritime
Pin radiata
Pin sylvestre
Pin d'Alep
Pin noir d'Autriche
Pin pignon
Autres
3 814
1 957
743
329
278
154
87
33.6
17.2
6.5
2.9
2.4
1.4
0.8
Eucalyptus
Peuplier
Châtaignier
Hêtre
Chênes (rouvre et pédonculé)
Autres chênes
Autres feuillus
2 905
590
118
96
60
43
184
25.6
5.2
1.0
0.9
0.5
0.4
1.6
Total résineux7 36264.8Total feuillus3 99635.2

Source : Instituto nacional para la conservación de la naturaleza. - Arnuarió de Estadística Agraria 1988-1990.

Les forêts privées fournissent près de 75 % de la récolte hors bois de feu effectuée en forêt (8.4 millions de m3 sur 11.4 millions de m3) et géographiquement la moitié nord du pays assure plus de 80 % de cette récolte, les communautés autonomes de la côte Cantabrique (de la Galice à la Navarre incluses) en assurant à elles seules près de 60 %.

Tous bois confondus, les volumes exploités en 1988 étaient évalués sous écorce à 14 millions de m3 et répartis comme suit :


Bois d'oeuvreBois d'industrieBois de feuTotal
(1 000 m3)%(1 000 m3)%(1 000 m3)%(1 000 m3)%
Résineux
Feuillus
3 657
977
26
7
3 997
3 515
29
25
284
1 578
2
11
7 938
6 070
57
43
Total des volumes4 634337 512541 8621314 008100
Source :Instituto nacional para la conservación de la naturaleza. - Arnuarió de Estadística Agraria 1988-1990.

Ces volumes devraient continuer à croître de façon significative puisque les prévisions à l'horizon 2000 varient selon les hypothèses de 20.5 à 22.6 millions de m3 sous écorce, selon les chiffres, souvent jugés très optimistes de la FAO-CEE. ( CEE-ONU/FAO. Comité du bois. - Voyage d'étude en Espagne (47e session) - Note du secrétariat. - 1989.)

La première transformation

Comprise entre 2 et 2.3 millions de m3/an de 1978 à 1986, la production issue du travail mécanique du bois est passée de 2.5 millions de m3 en 1987 à près de 3.5 millions de m3 en 1991. De 1985 à 1989, 169 scieries d'une capacité moyenne de 15 000 m3 de grumes/an ont en effet été installées et la disparition des petites unités familiales s'est poursuivie. Malgré cette évolution, les dernières statistiques disponibles fin 1990 dénombraient encore 2 612 établissements employant 16 745 salariés et représentant une capacité totale de 8 millions de m3 de grumes. La crise actuelle devrait précipiter, avec de graves conséquences sur l'emploi, la restructuration amorcée de ce secteur, jusqu'à présent très atomisé puisque l'unité moyenne emploie moins de 7 personnes et produit seulement 1 300 m3 de sciages/an.

L'industrie des pâtes et papiers

La production de pâtes de bois (1.5 million de tonnes en 1990) a régulièrement progressé depuis 1971 (0.6 million de tonnes) pour atteindre 1.7 million de tonnes en 1988-1989 dans un marché en expansion. L'Espagne, déficitaire jusqu'en 1983, est même devenue exportatrice nette à partir de cette année.

La production de papiers et cartons a aussi constamment augmenté depuis 1971 (1.5 million de tonnes), pour se stabiliser à 3.4 millions de tonnes en 1988-1990 (dont 24 % de papiers d'impression et d'écriture et 5 % de papiers journaux). La consommation interne de papier (105 kg/hab) est inférieure à celle des principaux pays européens, mais augmente rapidement (+ 8.3 %/an). Si l'Espagne doit importer certains types de papier, elle est excédentaire pour d'autres, et il est actuellement plus rentable d'importer que de produire en raison de la chute des prix ces dernières années. Elle a donc diminué sa production et le commerce extérieur est de ce fait déficitaire.

Globalement, la production de pâtes, papiers et cartons a été évaluée en 1991 à 483 milliards de pesetas, pour environ 150 établissements, représentant 20 000 emplois. Parmi ces établissements, la moitié occupent moins de 50 employés, 21 % de 50 à 100, 25 % de 100 à 500 et 3 % ont plus de 500 salariés.

Les données disponibles ne prennent pas en compte les évolutions récentes de l'industrie papetière dont les énormes difficultés sont durement ressenties en Espagne (plusieurs usines ont été fermées ou sont en passe de l'être). Le nord-ouest du pays restera néanmoins la région phare de cette activité grâce aux importantes unités qui s'y trouvent et qui, pour la plupart, sont intégrées et ont récemment fait l'objet de lourds investissements.

L'industrie des panneaux

Après avoir doublé dans les années 70 (0.9 million de m3 en 1971),la production de panneaux s'est stabilisée au niveau atteint en 1979 (1.8 million de m3), avant d'augmenter à nouveau à partir de 1986 pour parvenir au chiffre actuel de 2.3 millions de m3 grâce à l'essor des panneaux de particules (1.8 million de m3 soit 78 %). La production de panneaux de fibres (360 000 m3 soit 16 %), qui stagnait depuis 1979, redémarre lentement grâce aux panneaux MDF qui se substituent aux panneaux durs. La production de contreplaqués reste stable : 140 000 m3 (6 %).

L'accroissement de production reste néanmoins inférieur à la croissance de la consommation intérieure et l'Espagne, traditionnellement exportatrice nette de panneaux, enregistre une très forte hausse des importations en provenance du Portugal depuis l'adhésion des deux pays à la CEE en 1986. Cette concurrence contrarie le développement de l'industrie espagnole, qui a été déficitaire pour la première fois en 1988. Les productions sont détaillées ci-dessous :

Le travail mécanique du bois

Les entreprises de deuxième transformation du bois sont particulièrement nombreuses dans tous les domaines. Quelques unités modernes produisent des éléments pour l'ameublement (lattes de sommiers, panneaux massifs...), la construction (parquets, menuiseries...) le bricolage, l'emballage... mais l'essentiel du secteur est composé d'un très grand nombre de petites et moyennes entreprises, souvent familiales, notamment dans la menuiserie- ébénisterie et la production artisanale de meubles et d'objets en bois.

Globalement, les secteurs les plus importants sont ceux de l'ameublement et de la fabrication d'emballages (notamment pour les fruits et légumes). Les deux tiers des industries du meuble sont concentrés dans quatre communautés autonomes : Madrid (10 %), le Pays basque (11 %), la Catalogne (17 %) et la communauté de Valence (27 %), qui assurent également l'essentiel de la production d'emballages. La construction et les travaux publics, en forte baisse après des années très prospères, emploient beaucoup de bois de coffrage, mais le bâtiment utilise peu de charpentes en bois et les menuiseries extérieures n'ont guère de débouchés dans les régions méditerranéennes. La fabrication de petits objets en bois (souvent tournés) consomme peu de matière, mais constitue une source d'emploi certaine.


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Révisé le 1er septembre 1996
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