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LUXEMBOURG

LA SITUATION FORESTIÈRE ACTUELLE : APERÇU DU CONTEXTE ET APPRÉCIATION DES PRINCIPALES CONTRAINTES

Sommaire

1.0 Introduction

Le grand-duché de Luxembourg, partie de l'ancien "Département des forêts" du Premier Empire, pays de climat atlantique, est le plus forestier des pays de l'Union européenne avec un taux de boisement de 34 %. Les Luxembourgeois considèrent donc leur forêt comme une forteresse verte qui, outre sa valeur productrice, offre à chaque habitant la splendide vision de ce qui est un peu "sa" forêt.

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1.1 - Les ressources forestières

Les superficies

( Valeurs 1992 communiquées par l'Administration des Eaux et Forêts du grand-duché de Luxembourg, 1993)

Superficie du grand-duché2 586 km2
Superficie forestière88 620 ha
dont
- forêt soumise au régime forestier40 698 ha
- forêt privée47 922 ha

Les essences et les traitements

EssenceSuperficie (ha)EssenceSurface (ha)
Chêne
Hêtre
Charme
Frêne
Erable
Merisier
Saule-Aulne
Autres
11 977
25 419
1 224
198
211
21
131
2 284
Epicéa
Sapin
Pin
Mélèze
Douglas
Autres
25 828
139
2 454
740
1 693
273
Total futaie feuillue41 465Total futaie résineuse31 127
Taillis15 284Non boisé2 754
Source :Administration des Eaux et Forêts du grand-duché de Luxembourg . - Statistiques forestières 1989.

Le relief marqué, les conditions géologiques et climatiques, induisant des conditions climatiques très différentiées, permettent aux forestiers luxembourgeois de constituer une grande diversité de peuplements forestiers sur un espace relativement restreint, grâce à l'adaptation des essences à la station. Les résineux sont plus fréquents dans les forêts privées car leur sylviculture est plus simple et la production plus importante.

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1.2 - Les plantations forestières

La cadence annuelle

Au Luxembourg, par suite des conditions de milieu, de l'exposition et des risques d'érosion, le rajeunissement est basé sur la régénération naturelle, qui est partout préférée à la plantation.

Les forêts soumises

L'effort de régénération est important. Ainsi, à titre d'exemple, lors de la campagne 1988-1989, le nombre de plants mis en place dans les forêts soumises au régime forestier a atteint 1 637 761 plants, parmi lesquels un net effort privilégie les feuillus au détriment des résineux. L'utilisation massive du chêne et du hêtre que traduit le tableau ci-dessous est la preuve que le grand-duché tente de favoriser les essences autochtones, sans toutefois vouloir exclure les essences feuillues et résineuses introduites, adaptées à la station.

Composition en essences des forêts soumises
EssencesCommuneEtatEtablissements
publics
Total
Chêne
Hêtre
Autres feuillus
Epicéa
Pin
Mélèze
Douglas
Sapin
Autres résineux
371 900
424 550
163 788
50 840
2 000
5 600
35 725
6 960
950
216 400
180 800
116 548
1 000
-
7 600
2 100
2 200
-
-
40 000
500
2 000
-
-
6 300
-
-
588 300
645 350
280 836
53 840
2 000
13 200
44 125
9 160
950
Total1 062 313526 64848 8001 637 761
Source :Administration des Eaux et Forêts du grand-duché de Luxembourg . - Statistiques forestières 1989.
Les forêts privées

D'après l'inventaire de la forêt privée effectué entre 1982 et 1985, 15.2 % de la forêt privée luxembourgeoise appartient à la classe d'âge I (1 à 20 ans), dont 4.9 % de feuillus et 26.7 % de résineux, et 33.3 % à la classe d'âge II (21 à 40 ans). La classe I comporte un pourcentage de 83 % de résineux, parmi lesquels le douglas ( Pseudotsuga menziesii) et l'épicéa ( Picea abies) se taillent une place importante, remplaçant peu à peu les anciens taillis et les futaies feuillues qui sont souvent coupés à blanc étoc. Dans le déficit des forêts feuillues, celui des jeunes hêtraies est particulièrement net.

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1.3 - La propriéte des forêts

Les superficies et le nombre des propriétaires

Les forêts soumises

La forêt soumise représente 40 698 ha sur 88 620 ha, soit 46 % de la surface totale, et se décompose ainsi :

Forêts communales74 %
Forêts domaniales23 %
Etablissements publics3 %
Les forêts privées

Un inventaire de la forêt privée a été effectué entre 1982 et 1985. Le nombre de propriétaires privés est évalué à 12 000. En 1985, la forêt privée inventoriée couvrait 50 115 ha ; en 1990, ce chiffre tombe à 47 922 ha. La raison en est le rachat par l'Etat des forêts appartenant à la Société ARBED.

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1.4 - L'approche des différentes fonctions de la forêt

Les fonctions écologiques : protection des sols, biodiversité, réserves biologiques

Le ministère s'efforce d'orienter dans le sens des exigences écologiques la politique de l'Etat, tendant à subventionner un certain nombre de travaux en forêt privée, tout en assurant aux propriétaires un attrait financier suffisant.

La conservation de la forêt

L'Etat développe une politique d'acquisition de terrains boisés dans le but de conservation de grands massifs forestiers, afin d'éviter le morcellement, voire la destruction d'ensembles cohérents. Tout changement d'affectation des parcelles forestières est soumis à autorisation ministérielle, voire grand-ducale.

La biodiversité

( Administration des Eaux et Forêts du grand-duché de Luxembourg. - Rapport national sur la mise en oeuvre des résolutions de la Conférence ministérielle pour la protection des forêts en Europe (Résolution no2 : conservation des ressources génétiques forestières) - 1993.)

Un projet de loi portant approbation de la Convention sur la diversité biologique, élaborée à Rio de Janeiro le 5 juin 1992, a été déposé récemment à la Chambre des députés. Ce projet aborde :

Les réserves naturelles

Elles sont au nombre de neuf. Huit d'entre elles ont un intérêt forestier (pour 201 ha) et couvrent au total 440 ha. Elles ont été créées dans le cadre de la loi du 11 août 1982 sur la protection de la nature et les ressources naturelles.

Les fonctions sociales

La forêt luxembourgeoise fait partie de l'environnement et revêt donc un caractère d'intérêt public. Des parcours de santé ont été créés dans les forêts communales par le ministère du Tourisme. Le Service forestier entretient les sentiers et s'occupe de la fabrication de bancs de repos. D'autre part, les communes sont appelées à prendre leurs responsabilités et à continuer à assumer leur part dans l'intérêt public en participant effectivement à ce mouvement.

Il n'existe aucun parc national au Luxembourg. Cependant, une partie du parc binational allemand- luxembourgeois se situe sur le territoire du grand-duché. Ce parc a été créé le 17 avril 1964 dans le cadre d'un accord entre le Luxembourg et le Land Rhénanie-Palatinat. Ce parc couvre sur le territoire du Luxembourg une surface de 358 km2, dont environ 13 000 ha sont boisés.

Les fonctions économiques

A la lecture des statistiques forestières de l'Administration des Eaux et Forêts, parues en 1989, il apparaît que la forêt soumise au régime forestier du grand-duché coûte plus qu'elle ne rapporte. En effet, si les recettes incluant les divers revenus de la forêt sont en moyenne de 10 167 francs luxembourgeois, l'ensemble des dépenses atteint 10 499 francs luxembourgeois, laissant un déficit de compte d'exploitation de 332 francs luxembourgeois. La situation varie néanmoins selon le type de propriétaire : Etat, communes ou établissements publics.

La forêt (soumise et privée) produit globalement 326 800 m3 de grumes sur écorce de bois brut, dont 186 300 m3 proviennent de la forêt soumise et 140 500 m3 de la forêt privée. Les recettes sont de 413 783 000 francs luxembourgeois. Sur cette somme, 357 439 000 proviennent de ventes de bois, 670 600 francs luxembourgeois de produits comme des arbres de Noël et 18 739 000 francs luxembourgeois de la location de chasses.

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1.5 - Les industries de transformation du bois

L'exploitation forestière

La quasi-totalité du bois est exportée à l'état brut, faute d'unités de transformation et de valorisation.

Les industries de première transformation

Les scieries

( Administration des Eaux et Forêts du grand-duché de Luxembourg. - Rapport sur les scieries du grand-duché de Luxembourg - 1982.)

En 1982, on recensait 21 scieries, travaillant principalement les résineux. Leur capacité annuelle est d'environ 63 000 m3, dont plus de 45 % concentrés sur deux entreprises. Près de 54 % des grumes viennent de la forêt soumise, 19 % de la forêt privée ; 43 % des grumes sont destinés à la charpente et 22 % aux planches. Le niveau d'exportation des produits sciés est élevé (40 %), traduisant ainsi la faible consommation interne. L'absence de commerce ligneux accessoire a amené les scieries à créer elles-mêmes ce créneau.

Le secteur des pâtes et papier

Il n'est pas représenté au Luxembourg.

Les panneaux

Le grand-duché ne produit pas de panneaux, mais en importe de Belgique.

Le secteur de la seconde transformation

Le Luxembourg ne possède pas de grandes industries de transformation, mais de nombreuses menuiseries familiales. La principale caractéristique de la filière bois luxembourgeoise est sa faiblesse, avec sa capacité de sciage limitée presque essentiellement aux résineux, son exportation généralisée des feuillus et ses importations de produits de transformation. Cette situation s'accentue et la dépendance à l'égard des produits finis ne fera que s'intensifier au cours des prochaines années.

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1.6 - L'économie du bois

L'importance économique et sociale

Comme dans toutes les forêts nord-européennes, la filière bois est en crise car la production de bois demande de longues années avec de gros capitaux, les intérêts se perçoivent à longue échéance et les taux de placement sont très bas. Il importe donc d'abandonner les méthodes surannées de production, de travail en ordre dispersé et d'envisager des méthodes nouvelles et coordonnées en vue de la solution de ce problème difficile, dont le succès palpable ne sera estimé que par les générations futures ( LIES (E.). - Aperçu historique de la forêt luxembourgeoise - 1989.).

La forêt soumise emploie, en plus du personnel de son Administration, 381 ouvriers/an en moyenne. Les scieries employaient 146 personnes en 1982 (des statistiques plus récentes ne sont pas disponibles). En tout état de cause, le secteur forestier ne paraît pas significativement porteur d'emplois au grand-duché.

Le commerce extérieur

Le Luxembourg est un pays dont la production de bois est excédentaire (325 000 m3/an). La consommation interne est assez faible, de l'ordre de 120 000 m3. Le grand-duché exporte surtout du bois de chauffage vers la Belgique et l'Allemagne, des bois ronds de conifères et de hêtre vers ces mêmes pays (pour le hêtre également vers les Pays-Bas), des sciages (20 % des produits sciés sont exportés en Belgique et 40 % en Allemagne), quelques objets en bois, quelques caisses et emballages vers la Suisse et le Liban. Les produits connexes sont vendus en Allemagne et en Belgique à des usines fabriquant des panneaux de particules ou de la cellulose.

Des bois ronds sont importés de Belgique car la plus grande scierie du grand-duché se trouve à l'extrême nord du pays. Des panneaux de particules sont également importés de Belgique.

Les perspectives de l'industrie de transformation ne sont guère encourageantes. Les scieries étant vétustes pour la plupart, on assiste à la fermeture de certaines d'entre elles. Celles qui acceptent de se moderniser demandent l'aide de l'Etat.

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1.7 - Les contraintes, les problèmes et les insuffisances

Les principaux dommages

Le dépérissement et la pollution

( Administration des Eaux et Forêts du grand-duché de Luxembourg. Service de l'aménagement des bois et de l'économie forestière. Inventaire sanitaire national de la forêt luxembourgeoise. Rapport de l'inventaire 1992. )

Un réseau d'observation national, basé sur le maillage du système géodésique Gauss Krueger, a été mis en place en juillet 1984. Un inventaire phytosanitaire a été réalisé chaque année depuis 1984, sauf en 1990 (ouragans). Depuis 1987-1988, le taux des arbres sains a diminué de manière importante. En 1989, le résultat global s'est amélioré, mais les inventaires de 1991 et 1992 montrent de nouveau une diminution progressive du taux d'arbres sains. Le cap des 50 % d'arbres malades est dépassé cette année.

La dégradation de la situation peut, du moins partiellement, être expliquée par l'influence d'une situation météorologique particulièrement défavorable pour la végétation. Les origines du dépérissement sont toujours en cours d'étude et il est impossible actuellement de définir précisément le type de pollution responsable éventuellement de ce dépérissement.

Il est toutefois clair que les efforts de plusieurs générations de forestiers luxembourgeois risquent d'être anéantis par les pollutions atmosphériques, les excès météorologiques et les changements climatiques, lesquels agissent à un rythme tel que la forêt, soumise à des lois naturelles, ne peut suivre. Ainsi, la diminution des polluants et des déchets, tant sur le plan national que sur le plan international, doit être considérée comme l'un des plus grands défis de notre temps. Elle est vitale pour le grand-duché. A cet égard, la constitution de peuplements étagés et inéquiennes est privilégiée.

Les maladies

Suite aux chablis de 1990, le Luxembourg a connu des attaques importantes d' Ips typographus. Ces attaques, s'additionnant à la sécheresse des dernières années, ont des répercussions défavorables sur l'état phytosanitaire des forêts d'épicéas ( Administration des Eaux et Forêts du grand-duché de Luxembourg. Service de l'aménagement des bois et de l'économie forestière. Inventaire sanitaire national de la forêt luxembourgeoise. Rapport de l'inventaire 1992. ).

Les incendies

En 1990, quelques incendies ont touché davantage les forêts communales, constituées d'épicéas et de douglas, que les forêts privées. La cause principale en est l'imprudence causée sans doute par la présence de nombreux touristes, au cours d'un été particulièrement sec. Pour 1990, on ne dénombre cependant que 8.47 ha de forêts incendiés. Ce chiffre peu élevé est cependant le double de la surface incendiée en 1989 : 4.3 ha (chiffre qui a déjà lui-même doublé par rapport à celui de 1988). Cette progression préoccupante devrait amener les services compétents des Eaux et Forêts à mener une politique préventive au cours des années à venir.

Le gibier en excès

Le gibier est réduit (surtout la population de chevreuils), afin de privilégier le rajeunissement naturel et de protéger la plantation de feuillus. Malgré cette réduction, les jeunes plantations de feuillus doivent être clôturées.

Le défrichement

Tout défrichement implique des boisements compensatoires.

Les principaux problèmes

Le morcellement

Le principal problème rencontré au Luxembourg semble être la lutte contre le morcellement et l'individualisme des propriétaires privés, qui ne communiquent généralement aucune statistique de leurs forêts. Par ailleurs, le ministère veille à ce que la forêt ne soit pas transférée dans des régions reculées, qu'elle ne soit pas sillonnée par les voies de circulation et qu'elle ne soit pas consommée par les zones industrielles ou d'habitation (5 ares de surface boisée par habitant dans les zones les plus peuplées pour 23 ares de moyenne par habitant).

La pression écologique

En 1984-1985, une directive du ministre de l'Environnement interdisait la plantation de résineux en forêt domaniale et conseillait sa limitation dans les autres forêts publiques. Si cette directive n'est plus appliquée aujourd'hui, sensu stricto, par suite du changement de gouvernement, elle est cependant restée dans l'esprit de tous les forestiers.

La protection de la nature s'oriente essentiellement vers des actions de conservation, de restauration et de gestion. Intervenant dans tous les domaines de la vie, elle ne cesse de provoquer des conflits d'intérêts.

L'érosion des sols et la désertification

Ces phénomènes sont minimes et touchent certains types de sols en pente, avoisinant des terres agricoles. Le gouvernement poursuit sa politique restrictive en ce qui concerne les coupes rases étendues, les coupes excessives et les défrichements, sources d'une érosion potentielle. On ne peut parler dans ce cas de désertification du fait de la politique suivie et des conditions de milieu favorables à la forêt.

Les principales insuffisances

Nombre de forestiers luxembourgeois s'inspirent de la devise nationale " Nous voulons rester ce que nous sommes". C'est dire que la sylviculture appliquée au Luxembourg se veut "douce", limitant l'emploi des produits phytosanitaires, restreignant la mécanisation et laissant en forêt le plus grand volume de biomasse inutilisable. C'est sans doute cette méthode qui conduit à une densité des massifs trop élevée, qui place les arbres individuels dans une situation de stress.

L'industrie du bois se porte mal en cette fin de XXe siècle et il serait urgent de promouvoir une politique créatrice d'emplois dans ce secteur où la matière première est fournie en abondance.


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Parlement européen
Révisé le 1er septembre 1996
URL: http://www.europarl.ep.ec/dg7/forest/fr/lux-1.htm