L'EUROPE ET LA FORET - TOME 3
DEUXIÈME PARTIE : THÈMES SPÉCIFIQUES
Chapitre II.1 - GESTION DURABLE DES FORÊTS : APERÇU DE L'ÉVOLUTION DES DÉBATS INTERNATIONAUX INSTITUTIONNELS
RÉSUMÉ
En quelques années, la notion de gestion durable est devenue omniprésente dans tous les débats internationaux liés à l'environnement et aux forêts. Face aux atteintes flagrantes et persistantes du patrimoine forestier mondial, ce concept de gestion s'est imposé pour pallier les dégradations tout en maintenant le potentiel productif de biens et de services des forêts. Séduisant en théorie, cet objectif - plébiscité - est plus délicat à mettre en pratique et de nombreux travaux cherchent à en préciser le contenu, notamment par la définition de critères et indicateurs (C&I). Ce travail de formalisation met en lumière les difficultés d'une approche globale face à la disparité des situations et la diversité des échelles d'application (écologiques, administratives, foncières...).
Les réflexions autour de la gestion durable des forêts s'inscrivent dans la problématique plus large du développement durable de la planète. Sous l'égide de la Commission du développement durable des Nations unies, un Groupe intergouvernemental sur les forêts, créé en avril 1995, a permis de fédérer des initiatives, de favoriser les échanges et les discussions afin de proposer des actions concrètes dans le domaine forestier. Le thème des forêts est également très présent dans d'autres instances spécialisées : Convention sur la diversité biologique, Convention sur les changements climatiques, Convention sur la désertification, Organisation mondiale du commerce... En filigrane se dessinent les contours d'un instrument juridique international sur les forêts, malgré les intérêts divergents et les disparités nord-sud sous-jacentes. Une telle évolution permettrait de dépasser la Déclaration de principes non juridiquement contraignante mais faisant autorité adoptée lors du sommet de la Terre à Rio en 1992.
Au-delà des difficultés techniques, la mise en place d'une gestion durable nécessite des investissements nouveaux - ou des manques à gagner - par rapport à la situation la plus répandue d'exploitation minière d'un patrimoine forestier primitif. L'organisation du renouvellement de la ressource, l'application du principe de précaution, la prise en compte des fonctions sociales ou environnementales des forêts génèrent un besoin de financement croissant, d'une acuité particulière dans les pays en développement. Les enjeux financiers de ce nouvel objectif de gestion ne doivent pas être occultés, sous peine de reléguer la gestion durable à une simple incantation lénifiante.
Dans ces débats internationaux, l'Union européenne occupe une place exceptionnelle. Sa puissance économique, sa consommation intérieure et sa place dans les échanges mondiaux lui confèrent une responsabilité et une légitimité importantes. Mais surtout, la richesse de son histoire et l'ancienneté des rapports forêts-développement en font un terrain d'expérience privilégié où les problèmes planétaires d'aujourd'hui ont souvent trouvé une solution locale et efficace, riche d'enseignements.