Procédure : 2021/2712(RSP)
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Cycle relatif au document : B9-0326/2021

Textes déposés :

B9-0326/2021

Débats :

PV 08/06/2021 - 12
CRE 08/06/2021 - 12

Votes :

Textes adoptés :

P9_TA(2021)0294

<Date>{07/06/2021}7.6.2021</Date>
<NoDocSe>B9-0326/2021</NoDocSe>
PDF 146kWORD 50k

<TitreType>PROPOSITION DE RÉSOLUTION</TitreType>

<TitreSuite>déposée à la suite d’une déclaration du vice-président de la Commission et haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité</TitreSuite>

<TitreRecueil>conformément à l’article 132, paragraphe 2, du règlement intérieur</TitreRecueil>


<Titre>sur la situation en Afghanistan</Titre>

<DocRef>(2021/2712(RSP))</DocRef>


<RepeatBlock-By><Depute>David Lega, Michael Gahler, David McAllister, Agnès Evren, Tom Vandenkendelaere</Depute>

<Commission>{PPE}au nom du groupe PPE</Commission>

</RepeatBlock-By>

Voir aussi la proposition de résolution commune RC-B9-0324/2021

B9-0326/2021

Résolution du Parlement européen sur la situation en Afghanistan

(2021/2712(RSP))

Le Parlement européen,

 vu ses résolutions antérieures sur l’Afghanistan,

 vu l’action conjointe pour le futur sur les questions migratoires UE-Afghanistan du 2 octobre 2016,

 vu l’accord de coopération du 18 février 2017 en matière de partenariat et de développement entre l’Union européenne et ses États membres, d’une part, et la République islamique d’Afghanistan, d’autre part[1],

 vu la communication conjointe du 24 juillet 2017 au Parlement européen et au Conseil sur les éléments d’une stratégie de l’UE pour l’Afghanistan,

 vu la communication intitulée «Relier l’Europe à l’Asie – Éléments fondamentaux d’une stratégie de l’UE», adoptée par le Conseil «Affaires étrangères» en octobre 2018,

 vu la résolution 2513 (2020) du Conseil de sécurité des Nations unies du 10 mars 2020 sur la situation en Afghanistan,

 vu les conclusions du Conseil du 29 mai 2020 sur l’Afghanistan,

 vu la conférence ministérielle internationale des donateurs de 2020 (conférence sur l’Afghanistan), qui s’est tenue les 23 et 24 novembre 2020,

 vu la résolution du 10 décembre 2020 de l’Assemblée générale de l’ONU sur la situation en Afghanistan,

 vu l’article 132, paragraphe 2, de son règlement intérieur,

A. considérant que, depuis 2001, de nombreux États membres de l’Union, partenaires de l’OTAN et pays alliés ont contribué, par des ressources militaires et civiles, à la stabilisation et au développement de l’Afghanistan, bien qu’ils aient essuyé de lourdes pertes; qu’un Afghanistan stable et indépendant, capable de subvenir à ses besoins et de fermer la porte aux groupes terroristes, demeure essentiel pour les intérêts de l’Union, de l’OTAN et de leurs États membres respectifs en matière de sécurité;

B. considérant que près de trois millions de personnes sont des déplacés internes en raison de la violence et qu’un autre million l’est en raison de catastrophes naturelles; que l’Iran et le Pakistan accueillent plusieurs millions de réfugiés et de migrants afghans;

C. considérant que la contribution de l’Union à l’Afghanistan ces vingt dernières années a conduit à des progrès substantiels en matière d’espérance de vie, d’alphabétisation, de mortalité maternelle et infantile et de droits des femmes; que l’Union a promis 1,2 milliard d’euros d’aide à long terme et d’aide d'urgence pour la période 2021-2025; qu’entre 2002 et 2020, l’Union a déboursé plus de 4 milliards d’euros; que l’Afghanistan est le pays bénéficiaire qui reçoit le plus d’aide au développement de l’Union dans le monde;

D. considérant que le gouvernement afghan contrôle dans les faits environ 55 % des districts du pays, où vivent environ 63 % de la population du pays;

E. considérant que la COVID-19 a causé des difficultés humanitaires et économiques qui sont venues s’ajouter à une pauvreté, une insécurité alimentaire et une vulnérabilité climatique déjà extrêmes;

F. considérant que le 29 février 2020 à Doha, les États-Unis et les talibans ont conclu l’accord pour ramener la paix en Afghanistan, qui prévoit des pourparlers de paix directs intra-afghans entre les talibans, le gouvernement afghan et d’autres groupes; que cet accord prévoyait un calendrier de retrait de toutes les forces étrangères d’Afghanistan d’ici mai 2021, et qu’en contrepartie, les talibans s’engageaient à faire en sorte que le territoire sous leur contrôle ne soit pas utilisé par des groupes terroristes;

G. considérant que les négociations de paix intra-afghanes entre le gouvernement afghan et les talibans ont débuté le 12 septembre 2020 à Doha en vue d’un règlement politique sans exclusive et d’une paix permanente et globale; que les négociations sont actuellement dans l’impasse;

H. considérant que la violence en Afghanistan a augmenté depuis l’automne 2020 et s’est encore aggravée en 2021;

I. considérant que le 14 avril 2021, le secrétaire d’État américain Anthony Blinken a annoncé le retrait total des troupes américaines et de l’OTAN d’ici le 11 septembre 2021;

J. considérant que la sécurité dans tout le pays reste désastreuse, compte tenu des graves violences perpétrées contre les civils et les forces de sécurité afghanes; que les capacités limitées des forces de défense et de sécurité nationales afghanes restent l’un des facteurs critiques qui influent sur la situation de la sécurité en Afghanistan; que pendant le seul mois de ramadan, plus de 220 civils ont été tués et plus de 500 ont été blessés;

K. considérant que l’Union souscrit pleinement à la résolution de l’Assemblée générale des Nations unies du 10 décembre 2020, qui ne soutient ni ne reconnaît la restauration de l’Émirat islamique d’Afghanistan;

1. estime que l’Afghanistan se trouve à un moment critique, en raison de la conjonction de plusieurs facteurs, à savoir la fragilité de la situation intérieure, la détérioration de la sécurité, l’impasse dans laquelle se trouvent les pourparlers de paix intra-afghans et la décision des États-Unis et de l’OTAN de retirer leurs troupes d’ici le 11 septembre 2021, ce qui risque d’entraîner de nouvelles incertitudes, de fragiliser la stabilité, d’intensifier les conflits internes et de créer un vide qui, dans le pire des cas, sera comblé par les talibans; craint que cela ne constitue une perspective très inquiétante pour le pays et pour la pérennité des acquis et des progrès socio-politiques des vingt dernières années; rappelle que les talibans visent à créer un gouvernement islamique théocratique et pourraient ne pas vouloir conclure un accord de partage du pouvoir avec un gouvernement démocratiquement élu;

2. réaffirme l’engagement politique de principe pris par l’Union européenne de soutenir le peuple afghan sur la voie de la paix, de la sécurité, de la stabilité, de la démocratie, de la prospérité et de l’autonomie, dans l’intérêt de tous les Afghans; rappelle qu’un Afghanistan pacifique et prospère, libéré du terrorisme, est essentiel pour la stabilité et le développement du pays lui-même, mais aussi de toute la région et au‑delà; rappelle que l’engagement de l’Union européenne ne variera pas après le retrait des troupes américaines et de l’OTAN du pays;

3. réaffirme qu’un règlement politique négocié conduisant à la paix doit s’appuyer sur les acquis économiques, sociaux et politiques des vingt dernières années; souligne que tous les acteurs afghans doivent se mobiliser de façon énergique en faveur d’un processus de paix digne de ce nom, sans exclusive et substantiel, dont les Afghans sont les dépositaires et les responsables, et qui bénéficie d’un soutien international; souligne que cela est plus important que jamais, la date du retrait des troupes américaines et de l’OTAN approchant à grands pas;

4. souligne que l’engagement et le niveau de coopération dont font preuve aujourd’hui tous les acteurs en Afghanistan, notamment les talibans, détermineront le soutien politique et financier que l’Union accordera demain à l’avenir du pays; rappelle que le soutien de l’Union est subordonné à une réelle amélioration de la gouvernance plurielle et responsable, au renforcement des institutions, du pluralisme démocratique, de l’état de droit, à la lutte contre la corruption, au renforcement des médias indépendants, des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous les Afghans, en particulier les femmes, les enfants et toutes les personnes appartenant à des minorités et à des groupes à risque; rappelle que le droit des filles à l’éducation, qui est un acquis majeur de ces vingt dernières années, ne doit pas être remis en question;

5. rappelle que pour tirer parti des résultats obtenus ces vingt dernières années, l’État afghan doit véritablement se montrer déterminé à combattre et à enrayer le terrorisme et le phénomène des bandes armées, la production et le trafic de drogue, à s’attaquer aux causes profondes de la migration illégale et à la maîtriser; à remédier à l’instabilité régionale; à œuvrer à l’éradication de la pauvreté; à prévenir la radicalisation conduisant à l’extrémisme violent; à lutter contre l’impunité des auteurs de violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire;

6. se déclare préoccupé par l’intensité des violences qui perdurent et par l’instabilité de la situation de la sécurité en Afghanistan, en particulier par le nombre élevé de victimes civiles, notamment les assassinats ciblés de journalistes, de militants civils et de fonctionnaires; exhorte toutes les parties à convenir immédiatement d’un cessez-le-feu permanent et général; se déclare préoccupé par la fragilité et l’instabilité du gouvernement afghan et par le peu de contrôle qu’il exerce dans une grande partie du pays, ce qui amplifie les conséquences de la violence pour la population civile;

7. exhorte le gouvernement afghan à rechercher les véritables responsables et à mener une enquête approfondie sur le nombre de plus en plus élevé d’attaques contre des installations civiles, notamment des écoles et des mosquées, comme l’attaque du 8 mai 2021 contre l’école de filles hazaras Sayed al-Chouhada, où 85 jeunes filles ont été tuées, ou encore l’attaque du 12 mai 2020 contre la maternité de l’hôpital Dacht‑e‑Bartchi à Kaboul, qui bénéficie du soutien de Médecins Sans Frontières;

8. relève que la sécurité et la stabilité sont essentielles au développement durable et au progrès; se déclare préoccupé par la menace que le terrorisme fait peser sur l’Afghanistan et la région, en particulier à cause de la présence continue de l’État islamique en Iraq et au Levant (EIIL-Daech) et de ses affiliés, notamment l’EIIL‑province du Khorassan et Al-Qaïda; condamne toutes les activités terroristes et tous les attentats terroristes en Afghanistan; souligne l’importance d’une lutte efficace contre le financement du terrorisme et du démantèlement des réseaux financiers soutenant le terrorisme; rappelle que l’escalade de la violence n’est pas propice à une perspective de paix viable; souligne les pertes importantes et répétées au sein des forces armées nationales afghanes et rappelle la nécessité de financer durablement ces troupes;

9. rappelle que l’Afghanistan est un pays enclavé situé au carrefour de l’Asie et du Moyen-Orient et souligne que l’appui et la coopération positive des pays voisins et des puissances régionales, en particulier la Chine, l’Iran, l’Inde, la Russie et le Pakistan, sont essentiels à la stabilisation, au développement et à la viabilité économique de l’Afghanistan; souligne le rôle crucial de ces pays dans la stabilisation de l’Afghanistan et faire en sorte que le pays ne sombre pas dans le chaos après le départ des troupes étrangères; souligne la nécessité d’une coordination renforcée entre l’Union et les États‑Unis en Afghanistan afin que chacun conserve, dans la mesure du possible, un rôle important dans le pays;

10. souligne que l’objectif final de l’aide de l’Union en faveur de l’Afghanistan est d’aider le gouvernement et l’économie du pays à éradiquer la pauvreté et à renforcer leur indépendance et leur croissance par le développement intérieur et la coopération régionale grâce au commerce extérieur et à des investissements publics durables, afin de remédier à une dépendance excessive à l’aide étrangère, en contribuant au développement social, économique et environnemental de l’Afghanistan; déplore que la pandémie de COVID-19 ait aggravé encore plus les problèmes économiques déjà considérables de l’Afghanistan;

11. souligne la question toujours non résolue de la culture, de la production, du commerce et du trafic de drogues illicites en Afghanistan, qui constitue une menace pour la paix et la stabilité dans le pays et dans la région; souligne la nécessité pour le gouvernement afghan de redoubler d’efforts pour parer à cette menace, efforts pour lesquels il devrait être soutenu sans réserve par la communauté internationale; rappelle à cet égard le problème du trafic d’êtres humains;

12. constate que la propagation de la pandémie de COVID-19 a des effets dévastateurs en Afghanistan, qui mettent à rude épreuve le système de santé du pays ainsi que sa situation socio-économique et humanitaire, et qu’elle a aggravé la crise alimentaire et augmenté la pauvreté; considère que, pour faire face aux conséquences à court et à long terme de la pandémie, il faudra le soutien de toutes les parties afghanes et de la communauté internationale; rappelle que l’Union a réuni 147 millions d’euros pour faire face à la crise sanitaire actuelle et apporter une aide humanitaire à l’Afghanistan depuis le début de la pandémie de COVID-19, ainsi que 35 millions d’euros supplémentaires au début de 2021 pour lutter contre la pandémie;

13. rappelle qu’il incombe aux gouvernements des pays qui retirent leurs troupes d’Afghanistan de protéger et, le cas échéant, de rapatrier des milliers d’employés locaux, en particulier des traducteurs qui leur ont prêté main-forte et dont la vie pourrait désormais être en grand danger;

14. charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil, à la Commission, au vice-président de la Commission et haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, à l’envoyé spécial de l’Union européenne en Afghanistan, aux gouvernements et aux parlements des États membres ainsi qu’au gouvernement et au Parlement de la République islamique d’Afghanistan.

 

[1] JO L 67 du 14.3.2017, p. 3.

Dernière mise à jour: 9 juin 2021Avis juridique - Politique de confidentialité