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Débats
Mercredi 15 septembre 2004 - Strasbourg Edition JO

2. Situation en Irak
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  Le Président. - L’ordre du jour appelle les déclarations du Conseil et de la Commission sur la situation en Irak.

 
  
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  Bot, Conseil. - (NL) Monsieur le Président, l’Irak est un thème qui préoccupe vivement les Européens depuis longtemps déjà et qui nous a par ailleurs divisés. Bien que l’évolution en Irak soit pour nous un motif d’inquiétude, il importe au plus haut point que, dans les mois à venir, l’Union européenne n’abandonne pas la population irakienne et lui offre son soutien. La violence qui continue de sévir nous préoccupe, mais les mois passés ont également permis à l’Union européenne d’envisager l’apport d’un soutien cohérent et solidaire à l’Irak. Quant à la question de savoir quel soutien l’Union pourrait éventuellement offrir, j’y viendrai dans un instant, mais je voudrais d’abord revenir brièvement en arrière, si vous le permettez.

Le mois de juin, surtout, a été crucial pour l’avenir à long terme de l’Irak et des Irakiens. Tout d’abord, le 8 juin, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution 1546 et, vingt jours plus tard, l’occupation provisoire de l’Irak a cessé et le pays a recouvré sa souveraineté. L’entrée en fonction du gouvernement intérimaire de M. Allaoui a marqué un tournant important dans l’histoire de l’Irak.

La nouvelle résolution a également ressoudé la communauté internationale et permis aux Nations unies de jouer en Irak un rôle nouveau. Il s’agit là d’un élément important, surtout en vue des élections qui auront lieu en janvier 2005.

Tout aussi important est le fait que les événements de juin ont permis de surmonter les divergences de vues qui avaient existé jusqu’alors au sein de l’UE sur certains volets de la politique à l’égard de l’Irak. Cela est apparu clairement dans les conclusions de la première session du Conseil «Affaires générales et relations extérieures» sous présidence néerlandaise, qui s’est tenue en juillet. Lors de cette session, le Conseil a approuvé la stratégie à moyen terme de l’Union européenne présentée par le haut-représentant, M. Solana, et par le commissaire Patten, ainsi que la communication de la Commission intitulée «L’UE et l’Irak - Un cadre pour l’engagement». Ces documents fournissent un cadre clair pour l’engagement de l’UE en général, mais aussi sur un certain nombre de points précis.

Comme je l’ai déjà dit, dans ces conclusions, le Conseil «Affaires générales et relations extérieures» énumère en outre un certain nombre de mesures concrètes à mettre en œuvre. Ainsi, il a notamment été convenu que l’Union européenne coopérerait activement avec les Nations unies en Irak et qu’un dialogue serait engagé avec les autorités irakiennes pour déterminer les domaines dans lesquels l’Union pourrait développer son soutien à l’Irak. Une mission exploratoire s’est rendue depuis dans ce pays pour recenser en détail ces domaines. Je reviendrai dans un instant sur les conclusions de la mission.

Il est clair en tout cas que l’engagement de l’Union européenne a pour objectif de contribuer à soutenir la reconstruction de l’Irak et son processus politique interne. À cet égard, il convient de mentionner la Conférence nationale. Malgré les importantes difficultés rencontrées lors des préparatifs, cette conférence peut être qualifiée de succès. Toutes les couches de la société irakienne y étaient représentées et de nombreuses femmes y siégeaient. Un accord a finalement pu y être obtenu concernant les représentants qui siégeront au Conseil national. La formation de ce conseil est une étape importante sur la voie menant aux élections.

Hélas, il y a aussi, à côté de toutes ces bonnes nouvelles, de nombreuses mauvaises nouvelles. Les enlèvements et les assassinats de ressortissants étrangers, notamment de l’Union européenne, en sont un terrible exemple. Toute notre sympathie va aux victimes et à leurs familles. Mais n’oublions pas que de très nombreux Irakiens sont également victimes de la violence, généralement ceux qui se sont impliqués dans la reconstruction de leur pays. Par ailleurs, la poursuite des sabotages d’oléoducs constitue une grave menace pour le redressement de l’économie irakienne.

Outre la société et l’économie irakienne, c’est aussi le processus politique en cours en Irak qui est menacé par la violence persistante. La situation à Falloudja est très préoccupante et, ces derniers mois, les événements de Nadjaf et de Bagdad ont montré que la violence couve également dans les régions chiites de l’Irak et qu’elle peut exploser à tout moment. À cet égard, nous nous félicitons de l’accord qui a récemment pu être conclu à Nadjaf. Grâce notamment aux efforts courageux déployés par l’ayatollah Al-Sistani, le rétablissement de l’ordre et de la sécurité est en vue à Nadjaf sous la conduite du gouvernement intérimaire irakien. Espérons que cela constitue un premier pas vers l’instauration de meilleures relations en Irak et une amélioration des conditions de sécurité. Il est évident, en effet, que la violence sectaire ne sert pas les intérêts de l’Irakien moyen, qui voit la reconstruction de son pays prendre inutilement du retard en raison de la terreur qui y règne.

Il va de soi que l’efficacité avec laquelle l’UE peut aider à la reconstruction de l’Irak est tributaire de la situation en matière de sécurité. Il est évident que, de ce point de vue, les conditions actuelles ne sont pas satisfaisantes. La présidence néerlandaise n’en a pas moins approuvé les conclusions du Conseil «Affaires générales et relations extérieures» de juillet dernier, ce qui a déjà permis d’intensifier la participation de l’UE au processus politique en Irak.

C’est ainsi que j’ai moi-même effectué en août une visite en Irak afin de souligner le soutien apporté par l’UE à la reconstruction économique, sociale et politique du pays. À cet effet, j’ai eu des entretiens avec le président, le Premier ministre et le ministre des affaires étrangères. J’ai par ailleurs rencontré les représentants des Nations unies en Irak.

Tous mes interlocuteurs irakiens ont souligné l’importance qu’ils attachent à ce que l’UE joue un rôle clair et visible en Irak. À cet égard, ils ont plaidé pour l’ouverture d’un bureau de la Commission à Bagdad. J’ai également fait part, au nom de l’UE, de notre préoccupation au sujet du rétablissement de la peine de mort.

M. Allaoui, qui s’est rendu récemment dans les pays voisins de l’Irak, a souligné l’importance que revêt la stabilité de l’Irak pour la région dans son ensemble. J’ai indiqué à ce propos que l’UE est disposée à apporter son aide pour assurer la sécurité et la stabilité dans la région. Je lui ai dit que l’UE apprécierait vivement une invitation à participer à la prochaine conférence des pays voisins. L’UE encourage d’ores et déjà régulièrement les voisins de l’Irak à prendre leurs responsabilités.

Lors de ma visite, les représentants des Nations unies ont indiqué que le soutien de l’UE à leurs activités est d’une importance vitale, en particulier en ce qui concerne le processus électoral.

J’ai par ailleurs inauguré en Irak la mission exploratoire de l’UE, qui est maintenant de retour en Europe. Cette mission, composée de délégués de la présidence, de la Commission et du Secrétariat du Conseil, a examiné les possibilités d’une intervention concrète de l’UE dans le cadre de la gestion civile des crises sur les points suivants: la police, l’État de droit, l’administration publique et les élections. La mission a eu des entretiens non seulement avec les autorités irakiennes, mais aussi avec les représentants des Nations unies, des États-Unis, de l’OTAN, de la force multinationale et de la commission électorale. Dans ses conclusions, la mission indique que les actions suivantes sont envisagées dans une série de domaines, qu’avec votre permission, je vais résumer brièvement:

Premièrement, formation de policiers.

Deuxièmement, dans le domaine de l’État de droit et des droits de l’homme: formation de juges et de procureurs; assistance technique pour la création d’un tribunal spécial irakien; expertise et assistance en matière de médecine légale en cas d’exhumation de corps enterrés dans des fosses communes; aide à la création d’un centre national des droits de l’homme et de la démocratie; enseignement dans le domaine juridique.

Troisièmement, administration civile; renforcement des capacités dans divers ministères et dans le système pénitentiaire.

Quatrièmement, élections: aide à l’organisation des élections et surveillance de celles-ci.

Cinquièmement, élaboration d’une législation sur le contrôle des exportations d’armes, programmes de démobilisation des milices et aide à la commission pour les demandes de restitution des propriétés.

Dans l’ensemble, il ne manque pas de secteurs dans lesquels l’UE peut intervenir. Il importe à cet égard que les actions entreprises par l’UE répondent aux besoins réels de l’Irak, qu’elles apportent une valeur ajoutée et que, si des activités existent déjà dans tel ou tel domaine, elles soient complémentaires de ces activités. Il convient en outre de veiller à assurer une synergie entre les instruments et les actions de l’UE. De même, il faudra mettre dans la balance les aspects politiques, budgétaires et techniques afin de planifier correctement les actions de l’UE, et celle-ci devra avoir la certitude de pouvoir tenir ses engagements.

Il convient à présent qu’une mission d’information se rende en Irak afin de voir plus concrètement quelles sont les actions que l’UE peut mener. En concertation avec la Commission et la présidence, le Secrétariat du Conseil va entamer la préparation de cette mission.

Je voudrais également insister sur l’importance considérable que revêt la présence des Nations unies en Irak, surtout, comme je l’indiquais, à l’approche des élections. Pour que les Nations unies puissent opérer dans de bonnes conditions, il est vital qu’elles puissent bénéficier d’une protection suffisante. La résolution 1546 le prévoit. Le Secrétaire général des Nations unies a demandé aux gouvernements de l’UE de contribuer financièrement à la deuxième ligne de protection que représente la force de protection de l’ONU. Il est apparu que les États membres jugent qu’il est important que l’UE fournisse une contribution sur ce point. La présidence met tout en œuvre actuellement pour que cette idée aboutisse. À cette fin, les États membres sont invités à verser une contribution, et on étudie dans quelle mesure il serait possible de financer une contribution à partir du budget de la PESC.

Enfin, je peux vous informer que j’ai invité le premier ministre, M. Allaoui, à assister au Conseil européen qui se tiendra le 5 novembre. Je mettrai tout en œuvre pour que nous soyons en mesure d’ici là de présenter à l’Irak une offre concrète d’aide pour la reconstruction du pays.

(Applaudissements)

 
  
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  Patten, Commission. - (EN) Il y a presque exactement cinq ans, je me présentais devant ce Parlement pour mon audition de confirmation au poste de commissaire. Depuis lors, j’ai eu le privilège de prendre part à des dizaines et des dizaines de débats - plus qu’aucun autre commissaire, paraît-il: cela prouve le vif intérêt que porte le Parlement européen aux relations extérieures. Je tiens à remercier le Parlement et les députés pour la courtoisie que l’on m’a toujours témoignée. Ce fut un plaisir que de venir devant vous. Il importe à mes yeux de s’efforcer de donner des racines démocratiques à la politique étrangère. Ce domaine de politique publique ne doit pas être laissé aux experts diplomatiques, dont le CV est, au mieux, quelque peu inégal.

En tout état de cause, tandis que je m’éloigne dans le soleil couchant, je tiens à dire que je sais gré au Parlement d’avoir tant contribué à développer - non pas par bonds et franches avancées mais, inévitablement sans doute, dans les embardées et la mêlée - la politique de relations extérieures commune de l’Europe.

La plus grosse pagaille à nous avoir assaillis ces cinq dernières années a bien sûr été le différend au sujet de l’Irak. Je ne veux pas revenir sur de vieilles disputes. Si nous ignorions encore qu’il est impossible d’avoir une politique commune si les grands États membres sont profondément divisés, nous en avons eu la preuve. D’autres preuves sont également éloquentes. Comme disait quelqu’un l’autre jour: «Ça arrive!». Le monde est-il plus sûr aujourd’hui qu’avant le renversement de l’épouvantable Saddam? Le terrorisme mondial est-il en recul? Sommes-nous plus près de jeter des ponts entre l’Islam et l’Occident? La seule superpuissance du monde est-elle plus largement respectée? Les citoyens de nos démocraties ont-ils été traités de telle sorte qu’ils seront enclins à accorder aux gouvernements le bénéfice du doute la prochaine fois qu’on leur dira que le recours préventif à la force est nécessaire pour éliminer une menace imminente? Je me contente de poser les questions. Les honorables députés y répondront eux-mêmes.

Mais nous voici aujourd’hui: Saddam est renversé, la violence fait rage à travers la plus grande partie du pays libéré, le régime a changé et le gouvernement provisoire ouvre la voie à des élections démocratiques. Quelles qu’aient été par le passé nos critiques, nous sommes tous engagés étroitement dans ce processus. Si l’Irak tourne mal, nous en souffrons tous. Nous devons donc nous efforcer de collaborer pour préserver l’unité du projet démocratique.

Hormis les contributions individuelles des États membres, que s’est engagée à faire l’Union européenne? Nous nous sommes engagés et œuvrons d’arrache-pied à déployer 200 millions d’euros cette année. J’espère sincèrement que nous parviendrons à dégager un accord pour 200 millions supplémentaires l’an prochain. Nos états de service en matière de versements de l’assistance sont exemplaires, car nous avons payé plus de 200 millions d’euros dans le cadre des fonds des Nations unies et de la Banque mondiale au cours de l’année écoulée. Notre collaboration avec les Nations unies et la Banque mondiale est bonne, et nous aidons à assurer une distribution rapide et correcte de nos ressources. Cette année, nous avons axé notre assistance sur trois domaines: les services publics fondamentaux - santé, éducation, eau et assainissement; la lutte contre la pauvreté et le développement des moyens de subsistance; la gouvernance et la société civile.

Je ne prétendrais toutefois pas que tout va bien. Comment le pourrais-je? Le climat d’insécurité - dont témoignent notamment les séries affolantes d’enlèvements, les derniers concernant des travailleurs humanitaires dévoués au bien-être des Irakiens, mais aussi l’atrocité survenue hier à Bagdad - freine évidemment le rythme des versements, au même titre que le fait que nous collaborons avec un gouvernement provisoire qui tâtonne encore en matière d’administration publique. C’est la vie - en Irak du moins -, et nous continuerons de faire de notre mieux dans les limites de la situation sur le terrain. Ce que je puis affirmer avec conviction, c’est que notre décision d’emprunter la voie multilatérale des fonds en fiducie était absolument la meilleure. La comparaison de notre taux de paiement avec celui d’autres donateurs bilatéraux, y compris celui du plus grand donateur de tous, ne fait que le confirmer.

Lorsque nous avons proposé au Parlement d’engager 200 millions d’euros pour la reconstruction de l’Irak, ce qui amenait à plus de 300 millions d’euros le montant que nous dépenserons en 2003-2004, certains honorables députés ont rétorqué que nous nous montrions parcimonieux. Ils avançaient que nous devrions faire davantage: ils affirmaient que nous devrions dépenser au moins 500 millions d’euros, mais se montraient évasifs sur la provenance de ces fonds supplémentaires.

Ce matin, j’ai lu avec intérêt un reportage de la BBC à Washington: «Le gouvernement américain souhaite réaffecter plusieurs milliards de dollars alloués à la reconstruction en Irak et les consacrer plutôt à la sécurité et à d’autres besoins immédiats. Les autorités américaines affirment que cette nouvelle stratégie s’est fait jour après plusieurs mois d’examen.» Le reportage poursuit: «Les critiques voient aussi dans cette réaffectation la preuve que les ambitieux projets à long terme pour refaçonner l’économie n’étaient tout simplement pas réalistes. Ils allèguent également que l’intensité et le degré de résistance violente ont été sérieusement sous-estimés.» Je pense que nous avons évalué correctement le montant que nous pouvions raisonnablement consacrer à l’Irak, et je pense que le Parlement a été inspiré de soutenir cette évaluation.

Au cours des prochains mois, nous continuerons de mettre en œuvre les propositions avancées dans notre communication du 9 juin, laquelle a reçu une très large adhésion. Nous nous concentrerons en particulier sur la question essentielle du soutien au processus électoral. Dès que la Commission électorale indépendante et les Nations unies auront identifié précisément ce dont elles ont besoin, nous sommes prêts à venir en aide - ainsi que je l’expliquerai au président irakien lorsque je le rencontrerai tout à l’heure. Mais je me dois d’être clair et de dire que, dans les circonstances actuelles, nous ne pouvons proposer et nous ne proposerons pas une mission d’observation électorale conventionnelle: cela serait tout simplement impossible, comme auront pu s’en rendre compte les honorables députés de cette Assemblée qui ont déjà conduit personnellement des missions d’observation électorale. Mais nous chercherons le moyen de contribuer pleinement à soutenir un processus électoral libre et équitable en Irak.

À plus long terme, il nous faudra déterminer la meilleure façon de représenter la Commission sur le terrain. Ouvrir une délégation serait évidemment difficile, onéreux et sans doute dangereux. Mais nous sommes disposés à envisager cette solution s’il apparaît clairement que l’aide que nous apportons au peuple irakien en serait d’autant plus efficace. Aussi, je serai franc: nous œuvrerons à un avenir meilleur en Irak, aussi âpres qu’aient pu être nos différends par le passé.

Il y a néanmoins un autre point d’ordre général que je souhaite souligner, dans la foulée de ces réflexions sur l’Irak. J’espère que l’Assemblée sera généreuse à mon égard et me permettra cette petite digression dans ce qui sera sans doute ma dernière intervention devant ce parlement incomparable. Il y a un peu plus de deux ans, lorsque certains d’entre nous se disaient inquiets de voir les États-Unis renoncer au genre d’approche multilatérale qui caractérisait leur politique étrangère et de sécurité depuis la Seconde Guerre mondiale, nous avons été sévèrement critiqués. Les États-Unis, nous assurait-on, entendaient toujours travailler avec leurs alliés, pour autant que ceux-ci partagent l’avis de Washington sur l’attitude à adopter face à un monde dangereux et que, globalement, ils gardent pour eux leurs éventuelles réserves.

Certains alliés ont effectivement accompagné les États-Unis à Bagdad, une entreprise qui n’a pas encore eu - comme nous l’avons vu - les conséquences agréables et salutaires que l’on prédisait et promettait à grands renforts de déclarations. La libération a rapidement dégénéré en une occupation - ou ce qui était perçu comme une occupation - qui a suscité une résistance farouche et entraîné atrocité sur atrocité. La démocratie ne s’est pas déroulée comme l’eût fait un tapis d’Orient sur les déserts ingrats du Moyen-Orient. Par-dessus tout, la paix à Jérusalem et en Palestine n’a pas été obtenue par la victoire à Bagdad. Aussi, en partie parce que l’unilatéralisme néoconservateur américain n’était pas parvenu à établir un empire de paix, de liberté et de démocratie, on nous a tout récemment avisés que les alliés et le multilatéralisme étaient à nouveau en odeur de sainteté auprès de Washington. Même les Nations unies étaient jugées utiles. Vive le ministère américain des affaires étrangères.

On passe l’éponge alors? Tout le monde est soulagé? Peut-on à présent s’apprêter à voir restaurer cette vieille idée que les alliés doivent être emmenés et non régentés, et que les institutions multilatérales peuvent être éminemment utiles, même pour la seule superpuissance du monde - que, n’en déplaise à Machiavel, il est bon d’être admiré et non pas seulement craint?

La rhétorique de l’actuelle campagne présidentielle américaine suscite inévitablement un certain nombre de questions. Je ne veux pas prendre parti. Les États-Unis élisent leur président et leur Congrès. Le reste du monde est dans l’expectative. L’Europe devrait coopérer du mieux qu’elle peut avec le vainqueur. Nous ne sommes pas partisans dans ce processus, quelles que soient nos opinions personnelles. Qui plus est, je ne suis pas naïf au point de confondre la rhétorique d’une campagne électorale et le dialogue platonicien. Après tout, n’ai-je pas été moi-même président de parti? Mais la rhétorique de campagne reflète quelque chose, et ce qui se reflète ici est assez troublant.

Dans certains quartiers aux États-Unis, si vous cherchez les applaudissements faciles, il semble qu’il vous suffise de démolir les Nations unies, les Français ou l’idée même que les alliés ont le droit d’avoir une opinion personnelle. Les multilatéralistes, nous dit-on, entendent délocaliser la politique étrangère et de sécurité américaine et la confier à une bande de poltrons chiqueurs d’ail et mangeurs de fromage. Les opinions de l’humanité - que les États-Unis devraient, selon les pères fondateurs du pays, prendre en considération et respecter - seront traitées avec mépris à moins, je suppose, qu’elles ne reflètent fidèlement le programme de l’American Enterprise Institute et de Fox TV.

Que signifie tout cela? Premièrement, que le multilatéralisme sert avant tout les intérêts des États-Unis, un point que les gouvernements précédents n’ont pas remis en question et auquel la plupart des dirigeants politiques ont souscrit ces 60 dernières années. Deuxièmement, l’intérêt national de la superpuissance est sans aucun doute de mettre ses alliés traditionnels devant le fait accompli, non pas en faisant l’impasse sur leur droit à être consultés, mais en les sondant sur ce qu’ils ont à dire et sur la manière dont ils entendent traduire leurs discours en matière de coopération en un multilatéralisme efficace, et non stérile. Comment, pour prendre un exemple, entendons-nous non seulement assécher les bourbiers qui nourrissent le terrorisme - pour emprunter un cliché -, mais aussi abattre quelques-uns des crocodiles? Ensuite, quand et comment l’Europe approuvera-t-elle le recours à la force pour soutenir l’État de droit international? C’est une question que nous éludons souvent en Europe.

Si la culture politique de l’exception américaine fait un sort à l’idée de collaborer et de dialoguer avec des étrangers, si l’impopularité, outre-Atlantique, est perçue comme un signe de distinction, une source d’orgueil, trop d’Européens feront la même erreur de croire qu’éreinter les États-Unis revient à avoir une politique étrangère et de sécurité européenne. Ce qui m’inquiète le plus, c’est que de part et d’autre de l’Atlantique, nous ferons ressortir le pire chez nos partenaires traditionnels. Le monde mérite mieux que la testostérone d’un côté et l’arrogance de l’autre. Les citoyens américains et européens méritent mieux aussi. Après tout, ils sont confrontés aux mêmes dangers et aux mêmes défis. Je veux que l’Europe soit un super-partenaire, pas un super-éreinteur - et le super-partenaire d’un leader mondial respecté. Toute autre solution n’offre que la perspective d’un avenir périlleux et sombre.

(Vifs applaudissements)

 
  
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  Salafranca Sánchez-Neyra (PPE-DE). - (ES) Monsieur le Président, mis à part la stabilisation, la réhabilitation, la reconstruction et la démocratisation de l’Irak, des tâches qui, à mon sens, Monsieur le Président, ne devraient pas relever de la responsabilité des seuls États-Unis, mais de l’ensemble de la communauté internationale démocratique, j’estime que nous sommes face à une priorité urgente que nous ne pouvons remettre à plus tard - priorité que le président en exercice du Conseil n’a pas mentionnée explicitement -, à savoir la libération des journalistes français qui ont été enlevés, MM. Malbrunot et Chesnot, ainsi que leur chauffeur syrien et les deux travailleuses humanitaires, Mlles Torreta et Pari.

Monsieur le Président en exercice, nous sommes inquiets que vous ayez déclaré que le Conseil considérait simplement ces événements comme de tristes nouvelles et que vous ayez annoncé hier à la commission des affaires étrangères que le Conseil avait décidé que la meilleure chose à faire était de ne rien faire, prouvant ainsi, selon moi, l’impuissance de l’Union européenne. Monsieur le Président en exercice du Conseil, la décision qu’a prise le Conseil de ministres en première lecture de ne pas mobiliser l’instrument de flexibilité pour financer la priorité de l’Irak, allant à l’encontre des propositions de la Commission et de ce Parlement, nous inquiète elle aussi. J’espère que cette position stratégique du Conseil sera corrigée en deuxième lecture.

Mis à part les détails techniques, Monsieur le Président, la journée d’hier a encore été tragique à Bagdad, où des dizaines de personnes ont été tuées. J’estime que le débat précédent de ce matin montre clairement que nous ne devons pas et ne pouvons pas rester indifférents face au phénomène du terrorisme, que le terrorisme nous concerne tous de la même façon, et que nous devons tous y réagir de la même façon. Aussi devons-nous être parfaitement unis face au terrorisme.

La meilleure réaction que peut avoir ce Parlement face au phénomène du terrorisme est de faire preuve d’unité dans la résolution que nous allons approuver demain sur l’Irak. Je pense que la meilleure contribution - à part les propositions contenues dans le projet d’initiative de la Commission et visant à garantir la paix, la compréhension, la réconciliation et l’harmonie en Irak, de sorte que les élections puissent avoir lieu en janvier - est de se montrer unis.

Monsieur le Président, je voudrais terminer en manifestant la gratitude de mon groupe politique envers M. Patten - j’avais assisté, en tant que coordinateur pour mon groupe politique, à l’audition de M. Patten lorsqu’il a été nommé commissaire - et le remercier pour sa disponibilité permanente et pour son attitude constamment positive et constructive à l’égard de cette Assemblée.

(Applaudissements)

 
  
  

PRÉSIDENCE DE M. TRAKATELLIS
Vice-président

 
  
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  D’Alema (PSE). - (IT) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, alors que nous discutons des perspectives pour l’Irak, nous voyons apparaître des images de ce pays. Ce sont des images de guerre, une guerre qui semble interminable, un conflit que ne laisse aucune place à l’optimisme facile.

Dans le même temps, les otages, cette odieuse forme de violence et de chantage, nous font vivre dans l’angoisse. La communauté internationale doit s’unir pour sauver ces personnes, des journalistes et des volontaires, ainsi que des citoyens d’Irak et d’autres pays. Nous devrions lancer un appel au monde islamique et arabe pour qu’ils isolent le terrorisme et réduisent le consensus autour de ce type de violence. Parallèlement, je considère que nous devrions demander au gouvernement provisoire irakien et aux forces de la coalition internationale de ne pas entraver les efforts visant à obtenir la libération de ces otages, autrement dit, de suspendre leurs opérations militaires et les bombardements, qui causent tant de victimes civiles dans les villages irakiens et ne contribuent certainement pas à créer un climat propice aux négociations susceptibles de sauver les vies de ces prisonniers.

Au-delà de la tragédie des otages, nous avons prêté attention aux discours prononcés par les représentants du Conseil et de la Commission à propos de la situation actuelle et des perspectives en Irak. Il est évident que pour en finir avec cette terrible crise, un changement politique s’impose, tant au sein de l’Irak que, plus généralement, dans la lutte contre le terrorisme, comme il en est ressorti du débat de ce matin. La guerre et l’occupation militaire de l’Irak se sont avérées être une erreur tragique. Au lieu de subjuguer le terrorisme, elles l’ont rendu plus virulent et plus dangereux; elles ont semé la haine de l’occident dans tout le monde islamique et risquent d’entraîner le monde dans un choc des civilisations, qui constitue le sol le plus fertile pour le fondamentalisme.

D’Irak en Tchétchénie en passant par la Palestine, cette mentalité de guerre, de répression brutale et de déni des droits de l’homme et des droits des peuples a nourri le terrorisme. Il est temps à présent d’emprunter une autre voie. Cela ne veut pas dire renoncer à l’utilisation de la force, mais rétablir la primauté de la voie politique et du droit international. Nous ne critiquons pas les conservateurs américains pour avoir lutté contre le terrorisme. En revanche, nous les critiquons pour avoir mené cette lutte d’une manière erronée, renforçant l’insécurité dans le monde.

Il est nécessaire d’en revenir au multilatéralisme et de reconnaître que le retour à la paix en Irak nécessitera probablement des décisions très claires et courageuses. Par exemple, il est peu probable que la présence des forces armées américaines dans le pays contribue à restaurer la paix, dès lors qu’il est évident que ceux qui voulaient la guerre et l’ont livrée suscitent, par leur présence, le terrorisme plus qu’ils n’apportent le calme. Il importe de réaliser que ces forces doivent être retirées avant les élections et être remplacées, sous l’égide des Nations unies, par des forces issues de pays non impliqués dans le conflit. Dans tous les domaines d’activité, un retour à la voie politique, au multilatéralisme et au droit international s’impose. Tel est le sentiment de l’Europe et le sentiment de ce Parlement. Nous avons besoin d’institutions fortes, capables de faire de ce sentiment une action politique cohérente et pas seulement de lancer un appel.

Pour terminer, je tiens à remercier le commissaire Patten pour son travail ainsi que pour les propos qu’il a tenus ce matin et qui, dans un discours remarquable s’il en est, ont reflété le sentiment prédominant des peuples de l’Europe.

(Applaudissements)

 
  
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  Watson (ALDE). - (EN) Monsieur le Président, au nom de mon groupe, je tiens à remercier le commissaire Patten d’avoir accepté, ces cinq dernières années, d’engager le débat avec cette Assemblée vêtu d’une cravate très légèrement bleutée. Je suis heureux qu’il apprécie la liberté politique que mon parti l’a aidé à trouver et nous lui présentons nos meilleurs vœux de réussite dans tout ce qu’il entreprendra à l’avenir.

Nombreux sont ceux dans cette Assemblée et à l’extérieur qui insistent encore pour faire le compte des responsabilités pour la guerre en Irak. Quelque forme que puisse prendre ce compte, les démocrates et les libéraux répètent qu’il ne faut pas le laisser se glisser entre l’Europe et sa responsabilité immédiate à l’égard de ce pays délabré. Lorsque la maison de votre ami brûle, vous ne vous disputez pas pour savoir qui a laissé tomber l’allumette. Débarrassé du carcan oppressant de la dictature, l’Irak a éclaté comme un barrage fissuré. Si nous ne contenons pas les eaux, elles risquent d’emporter toute la région, dévastant l’Iran, la Syrie, l’Arabie saoudite et la Turquie. Elles noieront les espoirs de démocratie au Moyen-Orient.

Tout le reste, en Irak, est tributaire de l’arrêt des tueries. L’Irak est vacant, et à Falloujah, Talafar et Bagdad, la violence et la terreur inacceptable des prises d’otages se sont ruées pour occuper l’espace laissé vacant par la chute de Saddam Hussein. Or, trop souvent, les forces coalisées et le gouvernement irakien, qui se démène, ont répondu maladroitement à la violence par la violence. Les hélicoptères de combat et les tactiques militaires lourdes déployées dans des rues urbaines bondées ne peuvent que nourrir le ressentiment et le désordre qui génèrent le militantisme.

L’Irak a besoin de l’aide internationale: un engagement profond et étendu qui ne peut se permettre d’accepter l’échec. Sous les auspices de la résolution 1546 du Conseil de sécurité des Nations unies, la communauté internationale doit apporter toute son aide au gouvernement provisoire et ensuite à son successeur souverain. Je salue l’engagement que notre expert diplomatique, M. Bot, a exprimé ici aujourd’hui.

Le groupe des démocrates et des libéraux estime que l’Union européenne a une expérience à faire valoir dans tout, depuis la restauration des infrastructures détruites de l’Irak jusqu’aux conseils en vue de rédiger la nouvelle Constitution du pays. C’est pourquoi nous avons soutenu l’appel lancé par la Commission afin de dégager 200 millions d’euros supplémentaires en assistance humanitaire. Mais l’Irak n’a pas seulement besoin d’argent. Si on parvient à briser le cycle de la violence, l’Europe peut aider à former les agents de police, les juges et les professeurs. L’Europe peut aider à reconstruire la société civile en Irak en soutenant les organisations non gouvernementales, les syndicats et les partis politiques. L’Union européenne a un rôle essentiel à jouer pour soutenir et garantir les élections à l’assemblée nationale irakienne de transition en janvier de l’année prochaine. Dans un pays où presque tous les citoyens dépendent des aides publiques, nous pouvons aider à trouver le riz et la farine de blé qui préserveront l’Irak de la famine et le savon qui le protégera contre son système d’assainissement détruit.

Nous pensons que l’Europe doit aider l’Irak à s’éloigner de l’autoritarisme. Le nouvel Irak doit être construit sur des institutions démocratiques stables. L’Irak nous lance un défi. Seul un gouvernement démocratique stable permettra de reconstruire le Moyen-Orient, et cela peut nécessiter notre engagement pendant toute une génération.

(Applaudissements)

 
  
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  Beer (Verts/ALE). - (DE) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, je tiens à remercier très sincèrement le commissaire Patten pour la déclaration claire qu’il a prononcée à la fin. Monsieur le Commissaire, vous avez clairement signifié que notre débat d’aujourd’hui ne portait pas seulement sur l’Irak, mais embrassait également une approche politique globale. Il est à présent évident que l’intérêt capital de l’Europe doit être, avant toute chose, de trouver une solution pacifique à l’Irak, et pas seulement pour l’Irak, mais aussi pour la région tout entière. Nous devons développer une politique cohérente pour l’Irak, l’Iran, la Syrie et, bien entendu, Israël et la Palestine. Aucune solution ne sera facile, mais en nous dirigeant vers une solution, quelle qu’elle soit, nous devons recourir à ce genre de débat pour clarifier et analyser, même si nous ne savons pas encore quelles seront exactement les réponses.

S’agissant de l’Irak, nous avons assisté à une violence sans borne ces derniers mois, avec des attaques préventives de la part des alliés, Guantanamo, Abou Ghraib et les lamentables tentatives de justifier la torture, les horribles attentats terroristes, l’exécution d’otages innocents et les personnes gardées en otage jusqu’à ce jour. À cet égard, permettez-moi de mentionner une nouvelle information qui m’a choquée aujourd’hui, l’information provenant de services secrets et selon laquelle la Syrie aurait testé des armes chimiques sur des Soudanais. Nous condamnons avec la conviction la plus profonde ces actes d’une force démesurée, et non seulement nous les condamnons, mais nous les combattons, et nous avons consacré cette condamnation dans la Constitution européenne.

Où en sommes nous donc aujourd’hui? À la suite de l’attentat cruel perpétré hier, qui a fait beaucoup de victimes - plus de soixante -, un coup d’œil à la presse permet de constater les différences et la perplexité qui règnent parmi le monde politique. «Quittez l’Irak!», dit le Berner Zeitung; Le Figaro déclare que «les États-Unis doivent mener la guerre jusqu’à la fin», le Kurier rapporte que «l’Irak s’effondre sous les yeux de ses occupants», et que «Bush a annoncé que l’argent destiné à des fins sécuritaires doit être utilisé maintenant, plutôt que pour assurer l’approvisionnement en eau des citoyens».

Quelles sont nos responsabilités et quel chemin devons-nous suivre? En dépit de toutes nos divergences, nous devons, à mon sens, essayer de nous rassembler pour déterminer les responsabilités politiques. Je pense que nous devons commencer à faire preuve de crédibilité, faute de quoi, les citoyens ne nous soutiendront pas et les Nations unies ne seront pas renforcées. Cela implique de condamner ce que nous devons condamner et de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour préparer, par tous les moyens démocratiques, des élections libres le plus tôt possible, de sorte que le peuple irakien retrouve sa souveraineté.

 
  
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  Agnoletto (GUE/NGL). - (IT) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, je pense que notre objectif premier à tous ici présents est de faire tout ce qui est possible pour sauver tous ces otages, qu’ils soient français, italiens ou irakiens, parce que toutes les vies ont la même valeur. À cette fin, les paroles et les déclarations génériques ne suffisent toutefois pas. Qui, en Europe, ne souhaite pas la libération des otages?

Cependant, je me demande comment oser réclamer le respect des droits de l’homme et la vie sauve pour les otages lorsque les armées de pays siégeant en cette Assemblée continuent de lâcher des bombes et de tuer des civils. Nous souscrivons à la demande des ONG de faire cesser les bombardements. Le terrorisme et la guerre se reflètent et se nourrissent mutuellement. Ils sont les véritables ennemis du pacifisme et de la solidarité qui œuvrent en Irak à la construction d’une nouvelle société. Nous ne savons pas qui a procédé à ces enlèvements, mais nous savons que plusieurs parties prenantes veulent que les ONG quittent l’Irak et ne soient pas témoins des violations des droits de l’homme qui se produisent partout.

Je n’ai pas entendu le Conseil condamner de quelconque manière que ce soit cette guerre, une guerre préventive qui a foulé aux pieds des siècles de droits de l’homme. Nous réclamons le retrait immédiat des troupes et déclarons que, si nos amendements contre la guerre et pour le retrait des troupes ne sont pas acceptés, nous voterons contre le projet de résolution qui sera présenté demain. Nous restons en phase avec les principaux mouvements et avec l’opinion publique, fermement et catégoriquement opposée à la guerre et au terrorisme.

(Applaudissements)

 
  
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  Belder (IND/DEM). - (NL) Monsieur le Président, les voix irakiennes constructives méritent que nous les écoutions. C’était le cas lors du règne de terreur de Saddam Hussein, et c’est d’autant plus vrai aujourd’hui que l’avenir de la Mésopotamie est directement en jeu. Pour l’heure, ces voix irakiennes profondément inquiètes réclament avec insistance la présence constructive des États membres de l’UE, surtout, dans leur pays et leur région. Concrètement, ils demandent une position claire et ferme de la part de tous les membres de l’UE contre l’implication continue de pays voisins de l’Irak dans le terrorisme qui s’empare insidieusement du territoire irakien, faute de quoi, l’UE elle-même sera appelée à en faire les frais. Par ailleurs, ces voix irakiennes réclament que, aux niveaux local et régional, la reconstruction du pays soit initiée de toute urgence. Des opportunités en ce sens se font jour au nord comme au sud de l’Irak. Les États membres de l’UE ne devraient pas laisser passer ces opportunités. Si cette reconstruction locale et régionale est couronnée de succès, les personnes vivant au sein de foyers terroristes pourront décider elles-mêmes ce qui leur sera le plus profitable.

Ceci m’amène enfin à la structure politique future de l’Irak. Les voisins de l’Irak se montrent très prudents quant à une solution fédérale pour maintenir l’intégrité territoriale du pays. Voici une excellente opportunité supplémentaire pour l’Europe de montrer son engagement en faveur de la stabilité nationale et régionale. J’espère et je compte bien que cet engagement sera également manifeste à l’échelon transatlantique sous la présidence néerlandaise, car nous nous occuperons alors de l’avenir de la Mésopotamie.

 
  
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  Angelilli (UEN). - (IT) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, si nous reconnaissons ses bonnes intentions, nous regrettons toutefois que l’Europe se positionne, pour l’essentiel, de façon inadaptée lorsqu’elle est confrontée aux événements tragiques de la crise internationale, à la montée du terrorisme et à la situation en Irak. Monsieur le Commissaire, si les États-Unis prennent trop de place dans les relations internationales, c’est en effet parce que l’Europe est impuissante.

En tant qu’Européens, nous voudrions déjà disposer de la Constitution, que nous avons mis tant de temps à approuver, parce que nous voudrions déjà compter sur un ministre européen des affaires étrangères qui puisse être dépêché en Irak pour mener à bien ses fonctions en toute autorité et négocier la libération des otages français et italiennes. Je tiens ici à rappeler à votre esprit les deux jeunes italiennes, Simona Pari et Simona Torretta.

Une telle forme de terrorisme, pour qui la vie n’a aucune valeur, qui tue et viole des enfants innocents, qui enlève des travailleurs humanitaires ou des civils et exerce un chantage sur les gouvernements et les peuples européens, ne mérite que notre condamnation la plus sévère et inconditionnelle. Par son œuvre de déstabilisation, une telle forme de terrorisme vise probablement aussi à retarder, voire empêcher, d’une manière ou d’une autre, la tenue d’élections en Irak, ce qui serait tout à fait inacceptable.

En conclusion, pour toutes les personnes présentes en Irak, pour les soldats envoyés en mission de maintien de la paix, pour les ONG qui, avec une persévérance admirable, ont choisi de rester et d’accomplir leur mission d’aide aux populations civiles, pour les familles des victimes et, en ce moment, si vous me le permettez, en particulier pour les familles des otages, pour tous ceux-là, je pense que cette Assemblée ici réunie à Strasbourg devrait faire entendre sa voix haut et fort en guise de solidarité et de sympathie.

 
  
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  Czarnecki, Ryszard (NI). - (PL) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, comme la grande majorité du peuple polonais, j’étais et je reste opposé à la guerre en Irak. Comme tout un chacun dans cette Assemblée, j’étais aussi opposé à Saddam Hussein. C’est pourquoi j’ai le droit de dire que l’Irak ne devrait plus diviser l’Europe et que l’UE devrait agir conjointement pour trouver un consensus de base et le faire avancer.

Je n’entends pas par là un accord artificiel ou une unité fictive, mais une entente entre les nations et les gouvernements d’Europe, tant ceux qui ont soutenu l’intervention en Irak que ceux qui s’y sont opposés, et j’entends par là une entente basée sur un objectif concret. Cet objectif, qui ne sera peut-être pas très efficace et ne résoudra peut-être pas tous les problèmes, mais qui est extrêmement concret, serait d’organiser des élections locales aussi rapidement que possible, à Nadjaf et à Karbala pour commencer, par exemple. Il faut commencer à construire la démocratie en Irak par les fondations et non par le toit. Ces fondations sont les élections locales et l’établissement d’autorités régionales dotées de pouvoir et pas seulement de fusils. Le toit sera constitué des élections nationales, et cet ordre est le seul approprié. Nous devons être conscients que les élections locales sont un remède nécessaire, mais qu’elles peuvent avoir des effets secondaires et donner lieu à une division de l’Irak en zones d’influence sunnites, chiites et kurdes. On ne peut pas le nier, mais une telle division serait préférable à une situation où tout le monde est en permanence en guerre avec tout le monde.

Enfin, la mission de l’Union européenne devrait être basée à Bagdad, pas à Amman, qui est très éloignée de la capitale irakienne. Ne laissons pas Bagdad aux États-Unis, car ce n’est pas le propre de l’UE de ne pas prendre ses responsabilités.

 
  
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  Brok (PPE-DE). - (DE) Monsieur le Président, Monsieur le Président en exercice du Conseil, Monsieur le Commissaire, Mesdames et Messieurs, sans la stabilité dans la région, la société ne pourra pas se reconstruire, il n’y aura pas de sécurité pour les investissements, et sans cela, aucun développement véritablement pacifique ne sera possible. Nous savons tous que cette stabilité n’est réalisable que si le peuple irakien voit que son gouvernement possède une autorité et une légitimité autres que celles que veut bien lui accorder l’unilatéralisme américain. C’est pourquoi les élections ont un tel rôle à jouer et c’est aussi pourquoi j’ai été à ce point choqué d’entendre les commentaires de Kofi Annan hier, selon lesquels «les Nations unies ne peuvent s’impliquer à nouveau complètement et retourner là-bas que si la sécurité est établie». C’est un cercle vicieux: si les Nations unies n’y retournent pas, il ne peut y avoir de sécurité, ce qui prouve l’impuissance générale de la communauté internationale face à cette situation. C’est la raison pour laquelle nous devons, à mon sens, faire clairement savoir que rien ne justifie le terrorisme et que nous nous opposerons toujours au terrorisme, qui, dans le cas présent, est engagé par des minorités en Irak, et que nous devons soutenir la population majoritaire.

Dans le même temps, c’est par le dialogue que nous devons y parvenir, de sorte que le terrorisme ne s’avère pas être une hydre, plusieurs nouvelles têtes surgissant chaque fois qu’on en coupe une, et nous ne devons pas créer de terrain propice à cela. Je pense que nous devons donc, au sein de l’Union européenne, faire notre possible. J’entends par là un changement, un soutien politique, en ce compris dans les domaines dont sont supposés traiter les 200 millions d’euros, l’organisation de l’aide, l’initiation du dialogue, l’établissement de structures sur la base desquelles le développement durable peut se construire. Il ne s’agit pas seulement de l’Irak, mais de la stabilité dans toute cette région, qui déterminera s’il doit y avoir un «choc des civilisations» et si nous pouvons empêcher la grande guerre entre les cultures. Pas mal d’erreurs ont été commises, et elles nous en ont déjà rapprochés très fortement.

Pour terminer, je tiens à remercier sincèrement le commissaire Patten pour sa coopération ces dernières années; peut-être en aurai-je encore l’occasion. Aujourd’hui encore, il a clairement montré que, en occident, nos politiques peuvent être fructueuses si elles sont assorties d’intégrité morale. J’ai le sentiment que notre intégrité morale est un peu faible pour l’instant en raison, notamment, de Guantanamo, en raison de la torture et de tout ce qui s’y passe. Si nous ne parvenons pas à faire preuve d’intégrité morale, nous n’aurons pas la crédibilité nécessaire pour façonner ce processus de manière raisonnable.

(Applaudissements)

 
  
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  Moscovici (PSE). - Monsieur le Président, mes chers collègues, j’ai entendu comme vous tous M. le Président du Conseil nous parler des bonnes et des mauvaises nouvelles, à mon sens en insistant peut-être un peu trop sur les bonnes nouvelles et pas assez sur les mauvaises. Je remercie le commissaire Patten de nous avoir invités avec sa subtilité et sa franchise habituelles à dépasser des clivages un peu simplistes entre l’atlantisme et l’antiaméricanisme, entre l’unilatéralisme et le multilatéralisme. Nous devrons effectivement le faire.

Mais nous sommes aujourd’hui, près de deux ans après le début de cette crise, forcés de constater que nous sommes confrontés à un échec, puisque tous les objectifs qui étaient remplis ne sont pas atteints, et je ne parle même pas des armes de destructions massives. La stabilité régionale, à l’évidence, n’est pas là, la contagion démocratique ne s’est pas réalisée, l’Irak n’est pas en sécurité et la lutte contre le terrorisme n’a pas progressé. Je dirais même au contraire que l’action militaire seule a débouché, en Irak, sur un développement du terrorisme sous toutes ses formes. Tout cela doit être condamné et mérite réflexion. De cet échec, nous ne devons pas nous réjouir, bien au contraire: nous devons agir, tirer des leçons et essayer d’être efficaces pour demain. Mais ce qui doit nous mobiliser aujourd’hui et qui doit constituer la priorité du Parlement, c’est bien sûr la question des prises d’otages en Irak, prises d’otages d’Italiens, prises d’otages de Français, pour tout dire d’Européens, mais également de ceux qui les accompagnent, qu’ils soient Irakiens ou Syriens. Nous devons nous mobiliser pour la libéralisation de ces otages parce que la liberté est un bien précieux, et parce que ce ne sont pas n’importe quelles professions qui sont attaquées, puisqu’il s’agit de journalistes, de militants de l’humanitaire, d’organisations non gouvernementales, bref de gens qui prennent des risques. Pour tous ceux-là, je crois que comme l’a dit M. Salafranca, ce sont aujourd’hui des principes d’unité et de rassemblement que doit exprimer le Parlement pour la libération de ces otages.

En même temps, nous n’en serons pas quittes ainsi avec l’Irak, il faudra se poser d’autres questions afin de pouvoir prendre le virage politique qu’évoquait Massimo D’Alema. Je me contenterai d’en formuler quelques unes. Ainsi, nous devrions demander un changement de nature des forces multinationales. Il est temps maintenant, je le crois, de placer réellement cette force sous l’égide du Secrétaire général des Nations unies. Nous devons, tous ensemble, nous préoccuper du processus démocratique. On sait que des élections sont prévues début 2005, mais force est de constater aujourd’hui qu’elles ne sont pas garanties et qu’il faut absolument veiller à ce qu’elles puissent se tenir dans des conditions libres et justes. Enfin, je crois qu’il est temps à présent d’appeler à une conférence internationale en vue de soutenir la transition politique et de favoriser la restructuration de l’Irak.

Enfin, et ce seront les derniers mots que je prononcerai à ce stade, je crois que nous devons insister davantage que nous le faisons, davantage peut-être que ne l’a fait le Conseil, sur le respect des droits de l’homme par toutes les parties en présence. Parce que c’est vrai, Chris Patten l’a dit, M. D’Alema aussi, nous sommes confrontés à des images de guerre qui sont insoutenables et qui reflètent une confrontation absolument sans issue. Voilà, chers collègues, nous devrons revenir à l’Irak. Nous devrons réfléchir à ce qui se passe aujourd’hui après le conflit. Mais la priorité, je le répète, c’est la mobilisation du Parlement tout entier pour la libération des otages et j’appelle chacun, sur tous les bancs, à accepter une résolution qui ira dans ce sens, parce qu’elle témoignera de notre rassemblement.

(Applaudissements)

 
  
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  Neyts-Uyttebroeck, Annemie (ALDE). - (NL) Monsieur le Président, le projet de résolution commune à l’examen est totalement inoffensif et coule absolument de source. Un cynique pourrait donc dire qu’on peut tout aussi bien s’en passer. En tant que femme politique pragmatique et expérimentée, j’estime que ce projet de résolution illustre à souhait le fait que notre Parlement européen et ses groupes connaissent les mêmes difficultés que la Commission et le Conseil pour s’attaquer à la question de l’Irak. À l’instar du gouvernement de mon pays, j’étais moi-même fermement opposée à l’invasion de l’Irak. Précédemment, et à plusieurs titres, j’ai moi aussi tenté de persuader les États-Unis qu’envahir l’Irak était une chose, mais qu’instaurer la démocratie en était une autre. Je leur ai aussi fait remarquer qu’envahir un pays était facile pour eux, mais que quitter un pays était bien plus difficile et dangereux. Moi aussi j’estime que le monde est aujourd’hui bien plus dangereux qu’avant le début de la guerre en Irak. La question est cependant: que faisons-nous, au sein du Parlement européen, du Conseil européen, du Conseil de ministres de l’Union européenne et de la Commission européenne, face à ce monde nettement plus dangereux? Est-ce que nous nous en lavons les mains parce que nous ne voulions pas de cette guerre? Est-ce que nous espérons - ou prions, si nous sommes croyants - que toute la situation se réglera d’elle-même, comme par miracle? Ou est-ce que nous nous réfugions derrière cette perspective désespérée de guerre des civilisations prévue depuis si longtemps par de nombreuses personnes des deux côtés de l’océan Atlantique - semblant parfois souhaiter qu’elle se produise? Nous nous retrouvons tous face à cette tâche difficile de tourner le dos à cela et de parvenir à l’unanimité sur l’avenir de l’Irak, du Moyen-Orient et du monde dans son ensemble. Naturellement, tous les otages, quelles que soient leur nationalité et la raison de leur présence là-bas, doivent être libérés sans délai, et il va sans dire que nous devons tous nous y engager.

 
  
  

(EN) Je voudrais conclure en adressant quelques mots au commissaire Patten. Il y a deux semaines, j’ai eu l’occasion de lui dire l’honneur et le privilège que cela avait été de travailler avec lui. Je voudrais lui demander, tandis qu’il s’éloigne dans le soleil couchant, de ne pas entonner la chanson «I am a poor, lonesome cowboy», mais de saisir l’occasion pour esquisser un méchant petit pas de tango!

(Applaudissements)

 
  
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  Guidoni (GUE/NGL). - (IT) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, les événements dramatiques survenus récemment et impliquant des otages - tous les otages, italiens, français et irakiens, dont nous réclamons une fois encore la libération inconditionnelle - soulignent l’extrême gravité de la situation qui s’est développée en Irak. Les commandants militaires alliés eux-mêmes admettent aujourd’hui ouvertement qu’ils ont perdu le contrôle d’une partie du territoire irakien.

La solution militaire s’avère donc totalement inappropriée pour résoudre le problème du terrorisme et pour garantir la transition irakienne vers la démocratie. Afin de jeter les bases d’un nouvel ordre démocratique, il ne suffit pas d’établir un gouvernement provisoire intérimaire, qui n’est en fait qu’un gouvernement fantoche américain et n’est donc pas reconnu par la population locale. Il n’existe qu’une seule façon de stabiliser la situation irakienne, et elle consiste à retirer les troupes immédiatement.

Il ne s’agit pas de céder ou non au chantage des groupes terroristes, mais bien d’envoyer des signes concrets de changement de stratégie, dans le cadre duquel le retrait des troupes occupantes est considéré comme une condition sine qua non pour envoyer un contingent des Nations unies constitué de forces venant de pays non impliqués dans cette guerre. La doctrine de la guerre préventive de Bush s’est avérée être une erreur tragique et a prouvé son incapacité à contenir le terrorisme, qui, au lieu, s’est propagé davantage précisément dans les zones de conflit.

Une vision du monde basée sur la suprématie politique et économique exclusive d’un seul pays n’est pas viable. L’Europe peut et doit avancer une proposition de politique étrangère indépendante et unie; elle peut et doit jouer un rôle sans cesse croissant dans la résolution des situations de crise telles que celle de l’Irak. Nous devons rendre sa place à la diplomatie et à la voie politique. Les organisations internationales doivent être présentes pour garantir des élections libres, sans aucune pression politique ou économique de la part des forces occupantes.

(Applaudissements)

 
  
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  Coûteaux (IND/DEM). - Monsieur le Président, bien entendu, Mesdames et Messieurs les représentants des États membres, l’invasion de l’Irak par la coalition anglo-saxonne n’a rien résolu. Au contraire, elle a aggravé les conditions de vie des Irakiens et surtout elle a fait progresser l’intégrisme islamique partout dans le monde arabe, en lui donnant une nouvelle base et une nouvelle légitimité.

Bien entendu, ce n’est là que l’application de la stratégie impériale américaine visant à livrer le monde à un immense conflit de civilisations, resserrant ainsi le monde développé autour de Washington. Bien entendu encore, la prétendue Union européenne, je mets «Union» entre guillemets, avec ses six malheureux projets de résolution dont aucun - souvenez-vous, c’était l’an dernier - n’a obtenu la moindre majorité, et avec son immense fatras de bonnes paroles inutiles et dérisoires, est restée muette, incroyablement passive face à une guerre et à une stratégie d’affrontement de civilisations dont elle est pourtant la première victime.

Seule la France, flanquée d’une Allemagne à vrai dire hésitante et d’une Russie, hélas, affaiblie, seule la France, au milieu du ballet des carpettes atlantistes, a une fois encore sauvé l’idée européenne. Elle l’a fait si clairement que le monde reconnaît en elle de plus en plus un signe de résistance à l’empire, et même, d’ailleurs, au sein de l’opposition américaine, elle est le symbole de la liberté des peuples, laquelle est bel et bien la condition de toute démocratie réelle.

Nous avons à présent le choix entre deux résistances: la résistance islamique que les Américains, qui seront bien obligés de déguerpir un jour comme du Viêt Nam, ont certainement l’intention de laisser derrière eux, ou bien la résistance nationale, la résistance laïque. Quant à l’Europe, l’Europe des europiomanes, elle est bien sûr incapable de choisir, mais la victoire de la résistance nationale est certainement, face à l’islamisme, la condition de la coopération méditerranéenne si nécessaire et, hélas, si improbable.

 
  
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  Romagnoli (NI). - (IT) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, l’heure d’en finir avec l’hypocrisie est venue. Nous assistons à la perpétuation des intérêts géopolitiques des États-Unis en Irak. Depuis la Seconde Guerre mondiale, l’histoire a été jalonnée d’interventions préventives unilatérales menées par les grandes puissances. Une Europe subjuguée n’a jamais voulu ou pu s’élever contre l’agressivité des vainqueurs de Yalta. Le rôle des Nations unies s’est avéré tout aussi inefficace, car toute résolution de l’ONU que les grandes puissances trouvaient impossible à digérer a été systématiquement ignorée ou esquivée. Le président intérimaire Ghazi Al-Yaouar a annulé sa visite au Parlement européen.

Il vaut la peine de se demander qui l’a voulu ou l’a élu président. Le présenter comme représentant du peuple irakien est une insulte à notre intelligence et à celle des citoyens que nous représentons. Nous devons nous retirer du conflit en Irak et réfuter toute excuse à cette occupation qui, loin de garantir la sécurité, la paix et la justice pour le peuple irakien, a engendré des combats et des actes honteux, a coûté une fortune au trésor public, a nui aux intérêts et a nourri le ressentiment, menaçant la sécurité, la paix et la prospérité des peuples européens. Monsieur Bot, tels devraient être les objectifs du Conseil, de la Commission, des gouvernements et des institutions de l’Union européenne.

 
  
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  Tannock (PPE-DE). - (EN) Monsieur le Président, la situation en Irak reste précaire, avec la mort, hier, de 47 Irakiens innocents tués par un kamikaze fanatique - essentiellement des hommes sans emploi cherchant du travail dans la police et disposés à tenter de rétablir la loi et l’ordre dans leur pays et de permettre la tenue d’élections libres en janvier prochain.

Que l’on estime que la guerre était justifiée ou pas, chacun doit à présent montrer sa sympathie pour le peuple irakien endurant, qui aspire à la stabilité pour son pays. Tous ici, nous devons condamner la poursuite d’attaques systématiques contre le nouveau gouvernement souverain du Dr Allawi et contre les forces multinationales de maintien de la paix, de même que l’enlèvement et la mise à mort barbares d’otages au seul motif qu’ils ne sont pas musulmans ou qu’ils contribuent à reconstruire le pays, comme les coopérantes italiennes.

A posteriori, il est clair que des erreurs ont été commises et que l’on a sous-estimé l’ampleur de la résistance, mais le retrait de toutes les troupes de la coalition ne ferait qu’aggraver les choses. La requête de M. D’Alema reviendrait selon moi à céder au terrorisme.

La Syrie et l’Iran n’ont également rien apporté de bon en permettant à des combattants islamistes d’infiltrer l’Irak depuis leur territoire. Je salue l’enveloppe de 300 millions d’euros pour 2003-2004 accordée par le commissaire Patten pour reconstruire l’Irak. Son éloquence caractéristique manquera à tous les groupes de cette Assemblée. J’invite les États membres qui s’opposent à la guerre - comme la France et l’Allemagne - à laisser cela derrière eux maintenant et à soutenir de nouvelles initiatives de l’OTAN pour renforcer la sécurité en Irak. Après tout, il est de notre intérêt à tous de lutter contre le terrorisme international. En enlevant deux journalistes français, les terroristes islamiques n’ont pas respecté la neutralité française, mais ont reproché à la France de défendre un laïcisme que l’on peut comprendre et auquel elle est fort attachée en interdisant le port du voile dans les écoles.

Je prie maintenant pour la libération de tous les otages. Aucune piste ne doit être négligée pour atteindre cet objectif.

 
  
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  De Keyser (PSE). - Monsieur le Président, c’est l’angoisse sur le sort des otages qui nous rassemble aujourd’hui, tous partis confondus, et je vous interroge: que peut faire l’Union européenne pour défendre ses ressortissants? Les journalistes français et les deux jeunes coopérantes italiennes prises en otages sont tous innocents dans cette guerre, et ils risquent de payer de leur vie leur engagement pour un Irak libre.

Mais au-delà de ces victimes, il ne faut pas oublier que c’est tout le peuple irakien qui est pris en otage et que chaque bain de sang entraîne de nouvelles confusions.

Ces confusions sont innombrables et je n’en retiendrai que deux. Il nous arrive, dans cet engrenage de violence, de ne plus pouvoir distinguer qui est la victime et qui est le bourreau, de confondre le résistant avec le terroriste, le sort malheureux de soldats tombés en service avec celui de victimes d’un usage de la force qu’on qualifie pudiquement d’excessif et qui sont des civils. Certes, ce sont des criminels sans scrupules qui assassinent des otages. Mais le drame et la violence qui sévissent en Irak ont d’autres origines et rien ne peut excuser, par exemple, les frappes aveugles de missiles sur le char Bradley dimanche dernier alors même que les soldats blessés avaient été évacués. Ces frappes ont tué des enfants, des civils, un journaliste palestinien. Il faudra bien un jour, au nom du droit international, que justice soit faite.

Deuxième confusion: l’islamisme a de multiples visages, mais nous le voyons souvent sous son jour le plus sombre. Or, le dénouement extraordinaire du siège de Nadjaf et l’engagement courageux des musulmans français dans la libération des otages nous montrent que l’Islam modéré peut être un facteur de paix. Nous devrons, dans d’autres contextes, nous en souvenir.

Nous vivons dans l’espoir, et peut-être dans l’illusion, que 2005 verra la tenue d’élections libres et la formation d’un gouvernement légitimé par tout un peuple. Nous demandons à la Commission et au Conseil de tout mettre en œuvre pour concrétiser cet espoir. La guerre d’Irak a été, M. D’Alema l’a dit, une erreur tragique, et on ne peut pas refaire l’histoire. Mais, Monsieur Tannock, il faut, à un moment donné, pouvoir reconnaître ses erreurs pour les réparer.

 
  
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  Nicholson of Winterbourne (ALDE). - (EN) Monsieur le Président, la guerre civile en Irak a bien sûr eu pour effet que ces derniers mois, les médias se sont concentrés presque exclusivement sur la sécurité. Mais, derrière les gros titres, un autre programme est déjà à l’œuvre et c’est là où il convient que l’Union européenne soit impliquée. Il s’agit d’une priorité absolue: construire une société pacifique.

Le renforcement des capacités, la lutte contre la corruption, le renforcement de la lutte contre le crime organisé et l’instauration des droits de l’homme et de l’État de droit - ces mots nous sont familiers. Ils sont les armes de dialogue que nous utilisons chaque jour de la semaine pour transformer des États post-communistes en États membres de l’Union européenne ou en voisins de l’Europe élargie en les éloignant du totalitarisme et de la tyrannie et en les guidant vers la démocratie.

L’Irak est précisément dans cette situation aujourd’hui. Les Irakiens sont exactement comme nous: ils partagent le même désir de liberté et d’une société stable. Sous le voile, derrière le costume traditionnel, au-delà des différences culturelles Orient-Occident, l’Irak et les Irakiens nourrissent les mêmes grands espoirs à l’égard des libertés fondamentales et de l’État de droit dont nous jouissons en Europe et aux États-Unis. Ils se tournent vers nous pour que nous les aidions à instaurer ces libertés et la liberté fondamentale des droits de l’homme. L’Union européenne devrait à présent se concentrer sur la mise en œuvre de ce programme avec l’Irak. C’est une possibilité. Cela se produit en ce moment, loin des fusils, des bombes et des missiles, et c’est à cela que nous devrions prendre part.

Je vous demande de vous rappeler que sous Saddam Hussein, les Irakiens n’avaient pas ces libertés, ils n’avaient pas accès aux droits de l’homme. C’est la raison pour laquelle, même aujourd’hui, sous les bombes et les missiles, malgré les problèmes de sécurité, la majorité des Irakiens préfèrent être débarrassés de l’ancien régime et se trouver dans la situation qu’ils connaissent aujourd’hui. Nous devons aider l’Irak à construire une société pacifique.

 
  
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  Pflüger (GUE/NGL). - (DE) Monsieur le Président, la guerre en Irak s’éternise et les troupes alliées continuent de tuer des civils et bombardent des villes quotidiennement. En termes de vie de tous les jours, on peut dire que l’Irak est une société en guerre, avec des combats, des raids, des prises d’otage et le cercle vicieux de la violence. C’est essentiellement la guerre agressive livrée contre l’Irak qui est à la base de la présente situation calamiteuse, qui s’empire de jour en jour.

Sauf erreur de l’interprète, M. Bot a déclaré que «l’occupation est terminée», ce qui constitue manifestement un non-sens. Nous réclamons qu’un terme soit véritablement mis à l’occupation, ce qui implique le retrait des forces occupantes.

Que fait l’OTAN? Que fait l’Union européenne? L’implication de l’OTAN en Irak est en cours; les troupes de l’OTAN vont-elles se rendre là-bas lorsque l’OTAN aura formé les forces de sécurité irakiennes? Il est évident que l’UE tient à être de la partie. En violation du droit international, elle cherche à faire accepter un système d’économie de marché ouvert en Irak, et de plus en plus de sociétés de sécurité privées issues des États membres de l’UE s’impliquent dans la guerre. Nous envisageons actuellement une force européenne mandatée par l’ONU. Nous devons refuser à cette éventualité, nous ne pouvons pas laisser cela se produire. Nous ne pouvons pas permettre que l’UE soit impliquée dans la guerre en Irak ou soutienne l’occupation.

(Applaudissements)

 
  
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  Giertych (IND/DEM). - (PL) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, nous discutons de la déclaration de l’UE sur l’Irak. L’idée même d’émettre une telle déclaration a rapport avec le sentiment général selon lequel l’Union européenne a un semblant de politique étrangère. Il n’y pas d’opinion publique européenne, et il ne pourrait dès lors pas y avoir de politique étrangère de l’UE. La question de l’Irak en est l’exemple le plus parlant.

Chaque État membre a sa propre politique étrangère et sa propre opinion sur l’Irak. Dans chaque État membre, on peut observer une multitude d’avis sur la politique étrangère, mais chaque État dispose de son propre gouvernement habilité par ses électeurs à diriger la politique étrangère. L’Union européenne n’a pas reçu cette habilitation.

Où donc est l’intérêt d’une déclaration sur l’Irak? Il s’agit d’une tentative de nous faire croire à tous que cette Assemblée jouit d’un mandat pour mener la politique étrangère. Ce n’est pas vrai; nous n’avons pas ce mandat. L’Union européenne peut apporter une aide humanitaire en Irak comme dans le cadre de bien d’autres conflits aux quatre coins du monde, et elle peut également offrir ses services en tant que médiateur et négociateur, à la condition que toutes les parties au conflit souhaitent qu’il en soit ainsi. Des propositions politiques seraient toutefois déplacées, dès lors que nous ne sommes pas habilités à mener une politique étrangère commune.

(Applaudissements)

 
  
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  Ibrisagic (PPE-DE). - (SV) Monsieur le Président, jusqu’à présent, le débat sur l’Irak a souvent consisté à savoir combien de temps la situation prendra pour se normaliser dans ce pays, et les critiques ont fusé de toutes parts quant aux développements en Irak. On entend des questions telles que «Les choses vont-elles mieux maintenant?», et les gens se demandent si la présence militaire conduit vraiment à la paix. À ceux qui se posent cette question, j’en ai une autre à poser: vous êtes-vous déjà trouvés au cœur d’une guerre atroce en souhaitant vraiment qu’une puissance extérieure - les États-Unis, l’UE ou l’OTAN - intervienne dans votre pays? C’est une question que je me suis posée moi-même, et j’ai une réponse catégorique à cette question: oui, une présence militaire peut conduire à la paix.

Au Parlement européen, je représente la Suède, mais je suis née et j’ai grandi dans les Balkans, une partie de l’Europe qui a connu de nombreuses guerres et beaucoup de souffrances. J’ai vécu la guerre en Bosnie, et je sais combien il est facile de commencer une guerre et combien il est difficile d’y mettre un terme. Il est encore plus difficile et plus long de reconstruire un pays, et il faut encore bien plus de temps pour que les gens se fassent à nouveau confiance.

Je pense que ceux qui critiquent à présent le processus en Irak n’ont jamais côtoyé la guerre. Cela me fait penser au proverbe: «Ceux qui ont le ventre plein ne comprennent pas ceux qui ont faim». Il est facile de voir des obstacles et des problèmes et d’identifier ce qui pourrait être fait et plus vite, mais le fait est que nombre des problèmes actuels de l’Irak ont été hérités de la dictature de Saddam Hussein. Le fait est également que l’Irak d’aujourd’hui, sans Saddam, est un Irak meilleur. Nous devons veiller à être impliqués et à apporter notre contribution pour que l’Irak de demain soit encore meilleur.

En ce qui concerne les Balkans, le monde alentours a réalisé et accepté que cela prenait du temps de reconstruire un pays, au propre comme au figuré, mais rares sont ceux qui comprennent que le chemin vers la paix et la démocratie en Irak sera long. À présent, l’UE doit se rallier autour de nos valeurs de liberté, et, unie, soutenir les forces qui souhaitent construire un nouvel Irak, un pays souverain et démocratique, qui prend sa place au sein de la communauté internationale.

(Applaudissements)

 
  
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  Siwiec (PSE). - (PL) Monsieur le Président, contrairement aux voix naïves et parfois cyniques qui se sont fait entendre dans cette Assemblée, la Commission, par l’intermédiaire de ses représentants, a présenté une évaluation rationnelle de la situation en Irak. Force est de reconnaître que l’État et les institutions sont en cours de construction. Il faut reconnaître également que l’on observe une escalade de la violence et que cette violence est utilisée comme instrument de pression politique tant en Irak que contre les pays qui ont décidé de participer militairement et politiquement à la reconstruction d’un État irakien.

Nous en sommes à un moment décisif, et soit l’Irak vaincra grâce au soutien de la communauté internationale, soit nous assisterons à une grande déstabilisation. Les chances de réussite existent bel et bien, mais, pour cela, de la détermination et une évaluation correcte de la situation sont nécessaires. Je voudrais rendre hommage aux soldats et aux civils qui risquent leur vie en Irak. Ils sont là-bas dans l’intérêt de la population irakienne et protègent la vie de ces personnes. Je voudrais également dire que, en prenant ce risque, ils agissent principalement au nom du peuple irakien.

 
  
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  Malmström (ALDE). - (SV) Merci, Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire Patten. Ce n’est pas la première fois que nous parlons de l’Irak dans cette Assemblée, et ce n’est que normal, puisque les événements qui surviennent en Irak dominent l’actualité internationale. Les informations concernant la terrible violence et le terrorisme à l’égard des femmes, des enfants et des civils - principalement irakiens bien sûr, mais aussi des journalistes, des travailleurs humanitaires, des hommes d’affaires et du personnel militaire étrangers - sont alarmantes. Les enlèvements sont absolument abominables et c’est une bonne chose que, dans cette Assemblée, nous soyons, en tout cas, cent pour cent d’accord pour demander que les otages soient libérés et que la violence cesse.

Le groupe de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe condamne évidemment tous les types de violence et en appelle à l’autorité irakienne pour qu’elle garantisse que les responsables seront traduits en justice. À cet égard, nous regrettons également la réintroduction de la peine de mort.

À l’instar de nombreux autres pays des quatre coins du monde, nous sommes divisés à propos de la question irakienne, et cela signifie que nous n’avons été capables de convenir que d’une résolution pour le moins diluée. J’espère néanmoins que nous pourrons tourner le dos au passé et regarder de l’avant. Le monde entier a la responsabilité de soutenir le peuple irakien et l’évolution vers un Irak démocratique et souverain capable de prendre sa place au sein de la communauté internationale. Dans l’UE, nous pouvons apporter notre soutien de bien des manières en coopération avec les Nations unies et les organismes internationaux. Nous avons un rôle à jouer au niveau du soutien aux élections, à l’économie, à la construction d’une société civile et à la rédaction d’une constitution démocratique.

À l’avenir, une force multinationale menée par l’ONU doit endosser la responsabilité de la sécurité en Irak, et c’est un domaine dans lequel l’UE et ses pays voisins peuvent jouer un rôle majeur. Naturellement, la responsabilité ultime incombe au peuple irakien, mais nous sommes tous responsables de la réussite de ce processus, tant pour le bien de l’Irak que dans l’intérêt de la stabilité dans cette région.

(Applaudissements)

 
  
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  Speroni (IND/DEM). - (IT) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, j’ai de sérieux doutes quant à la possibilité pour les actions du Parlement européen d’influencer la situation en Irak. Quoi qu’il en soit, ce qui se passe met en lumière les divisions au sein de l’Union européenne et l’absence de politique étrangère, en ce que 12 pays sont présents, 12 autres sont absents et un s’est rétracté. Force est de noter également qu’un sentiment commun d’identité européenne fait défaut. En réalité, chaque fois qu’on signale des tués ou des otages, personne ne demande si des Européens sont impliqués, mais les Italiens demandent s’il y a des Italiens, les Espagnols s’il y a des Espagnols, les Grecs s’il y a des Grecs, les Français s’il y a des Français, etc. Cette observation est très significative pour tous ceux qui veulent à tout prix que l’Europe ait un rôle à jouer, car une telle division l’empêchera d’en avoir un.

Enfin, en ce qui concerne la situation institutionnelle, j’estime que le principe d’autodétermination des peuples devrait être pleinement appliqué aux minorités en Irak. L’autonomie ou l’indépendance des Kurdes ou des autres peuples vivant sur le sol irakien ne devrait être décidée ni par une puissance étrangère ni par les représentants de l’ancien ou du nouveau régime.

 
  
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  Le Président. - Le débat est pour l’instant interrompu pour faire place au vote, après quoi il reprendra aussitôt.

 
  
  

PRÉSIDENCE DE M. FRIEDRICH
Vice-président

 
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