17. Récentes déclarations de M. Mahmoud Ahmadinejad, Président de l’Iran
Le Président. - L’ordre du jour appelle les déclarations du Conseil et de la Commission sur les récentes déclarations de M. Mahmoud Ahmadinejad, Président de l’Iran.
Douglas Alexander, président en exercice du Conseil. - (EN) Monsieur le Président, je suis ravi de pouvoir m’adresser au Parlement pour ce débat important sur l’Iran, qui arrive à point nommé, ainsi que de prendre la parole aux côtés d’une excellente amie, la commissaire Ferrero-Waldner, dans le cadre de cette importante discussion. Au cours du dernier débat à ce sujet en cette Assemblée, le 12 octobre dernier, j’ai repris ces mêmes termes en indiquant que la discussion sur l’Iran arrivait à point nommé. J’estime à présent qu’elle est peut-être encore plus à propos que celle du 12 octobre, car les préoccupations internationales concernant les politiques de l’Iran restent élevées et car j’estime que le pays est confronté à des choix cruciaux pour son avenir. Il est donc logique que l’Union soit active dans le façonnage de ce débat.
Les décisions de l’Iran quant à ses relations avec ses voisins peuvent influer sur la sécurité et la prospérité de populations vivant bien au-delà de la région du Moyen-Orient. Il importe pour la sécurité de cette région, et au-delà, que l’Iran fasse aujourd’hui des choix judicieux.
Les membres de cette Assemblée ne sont pas sans savoir que l’Iran s’est choisi un nouveau président en juin dernier. J’estime que la communauté internationale, et l’Union européenne en particulier, doivent maintenir le dialogue avec le nouveau gouvernement iranien. Nous devons encourager ceux qui sont actuellement au pouvoir à faire les choix qui soient dans le meilleur intérêt du pays et de toute la région. Comme je l’ai évoqué lors de ma dernière intervention devant ce Parlement, l’Iran est un pays au potentiel vraiment considérable. Il possède une population jeune, éduquée et entreprenante. Il dispose de formidables ressources naturelles, et en particulier de pétrole et de minéraux. J’indiquais que la combinaison de ces facteurs dans un pays devrait permettre le dynamisme de son économie et de sa société, pour autant que son gouvernement parvienne à créer une culture de l’opportunité reposant sur l’État de droit. Aujourd’hui, plus que jamais, il est vraiment indispensable d’encourager le développement d’une telle culture en Iran.
Je sais que nombre d’honorables parlementaires en cette Assemblée ont été, comme moi, scandalisés par les récentes remarques du président iranien à l’encontre d’Israël. Ces déclarations sont réellement perturbantes. Qui plus est, elles ont été proférées dans un contexte de préoccupations grandissantes quant aux programmes nucléaires et balistiques iraniens, à la situation des droits de l’homme dans le pays et à l’engagement de ce dernier en matière de lutte contre le terrorisme.
Je commencerai par aborder ces commentaires spécifiques. Comme vous le savez, le président Ahmadinejad a pris la parole le 26 octobre lors d’une conférence à Téhéran ayant pour thème «Un monde sans sionisme». Dans son discours, il aurait appelé à ce qu’Israël soit rayé de la carte et aurait déclaré: «le monde islamique ne laissera pas son ennemi historique vivre en son sein.» L’Union européenne a pris la tête de la réponse internationale, qui fut rapide et - j’en suis ravi - sans équivoque.
La déclaration de la présidence, rédigée au nom de la réunion des chefs d’État ou de gouvernement de l’Union européenne à Hampton Court le 27 octobre, a fermement condamné les propos du président Ahmadinejad. Au nom de votre honorable Assemblée, Josep Borrell a affirmé que vous étiez «profondément choqués, révulsés et révoltés par cette déclaration». Il a évoqué la totale condamnation de celle-ci par les chefs de vos différents groupes politiques. Je sais que M. Poettering, qui prendra la parole dans un instant, a également exprimé ses préoccupations quant à ces commentaires en cette occasion.
Aujourd’hui, dans le cadre de cette discussion, nous sommes invités à débattre de ces remarques et de leurs implications. Les appels à la violence et à la destruction d’un État, quel qu’il soit, sont en flagrante contradiction avec la prétention d’être un membre mature et responsable de la communauté internationale. La présidence a exhorté le chargé d’affaires iranien à Londres à protester contre ces remarques, et de nombreux gouvernements de notre Europe des 25 ont fait de même en leur nom propre. Je salue la réponse rapide de la communauté internationale au sens large, y compris de la part de gouvernements du Moyen-Orient. Saeb Erekat a apporté une réponse toute en éloquence en déclarant, au nom de l’Autorité palestinienne, qu’il espérait que le président Ahmadinejad s’appliquerait à ajouter la Palestine à la carte plutôt que d’en effacer Israël.
Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies, a parlé au nom du monde entier en indiquant qu’Israël était un membre de longue date de l’ONU, disposant des mêmes droits et des mêmes obligations que les autres. Au titre de la charte des Nations unies, l’Iran a, comme les autres membres de l’organisation, convenu d’éviter le recours à la menace ou à la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique d’un pays. J’espère que le président Ahmadinejad reconnaîtra les dommages qu’ont provoqué ces déclarations pour son image sur la scène internationale et qu’il les retirera sans conditions. Ses remarques rappellent une nouvelle fois l’impérieuse nécessité pour l’Iran de répondre aux préoccupations internationales quant à ses intentions en matière nucléaire.
Les ambitions nucléaires de l’Iran ont été débattues par les ministres européens des affaires étrangères lors de notre réunion à Bruxelles le 7 novembre dernier. Durant cette rencontre, le Conseil a rappelé ses sérieuses préoccupations quant à la reprise par l’Iran de ses activités de conversion d’uranium sur son site d’Ispahan et a appelé le pays à mettre en œuvre toutes les mesures exigées par le Conseil de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Celles-ci incluent le retour à la suspension totale de toutes les activités liées au cycle de combustion.
L’approche privilégiée par l’Union européenne reste la reprise des négociations dans le cadre accepté à Paris en novembre dernier. L’Union a appelé l’Iran à prendre les mesures nécessaires pour permettre cette reprise. Une résolution satisfaisante de la question des ambitions nucléaires iraniennes est fondamentale pour la communauté internationale. Un Iran disposant de l’arme nucléaire renforcerait considérablement l’instabilité dans la région et pourrait provoquer des dommages irréparables au traité de non-prolifération nucléaire et au reste de la structure internationale de non-prolifération.
Pour en venir aux droits de l’homme, nous restons fortement préoccupés par leurs violations graves et persistantes en Iran. Nous continuons d’entendre parler de mineurs condamnés à mort. L’Iran continue de limiter la liberté d’expression et d’incarcérer des prisonniers politiques, comme le journaliste d’investigation Akbar Ganji. Il continue de persécuter les minorités religieuses, dont la communauté bahaïe.
Je sais de par notre précédent débat sur le sujet que cette question préoccupe profondément et continuellement de nombreux membres de cette Assemblée. Nous appelons donc l’Iran à renforcer le respect des droits de l’homme et de l’État de droit. Nous déplorons que le dialogue UE - Iran sur les droits de l’homme ait été interrompu depuis juin 2004, malgré les tentatives répétées - je peux vous l’assurer - de la part de l’Union pour convenir de dates pour le prochain cycle. Il importe que l’Iran fasse les démarches nécessaires pour reprendre des discussions substantielles dans le cadre de ce dialogue.
Je salue la résolution sur les droits de l’homme déposée la semaine dernière par le Canada devant l’Assemblée générale des Nations unies. Les États membres de l’Union européenne ont accepté de la soutenir. L’Iran doit démontrer par ses actes qu’il compte renforcer le respect des droits de l’homme. Pour ce faire, il peut commencer par remplir ses obligations et ses engagements précédents en matière d’exécutions de mineurs et par libérer définitivement les prisonniers de conscience. J’espère que le gouvernement iranien s’y attellera sans tarder.
Pour ce qui est du terrorisme, le Conseil reste préoccupé par l’approche iranienne de cette menace. Le fait que les commentaires du président Ahmadinejad aient été prononcés le jour même des horribles attentats d’Hadera en Israël, revendiqués par le Djihad islamique palestinien, devrait renforcer en nous l’idée que l’incitation à la violence et le terrorisme qu’elle nourrit sont méprisables et inacceptables. L’Union européenne a encouragé l’Iran à accepter sans réserve le consensus international sur l’existence nécessaire de deux États - la Palestine et Israël - coexistant pacifiquement le long de frontières reconnues. Elle souligne que le soutien aux groupes terroristes palestiniens est inacceptable. Tous les pays sont tenus de coopérer dans la lutte contre la menace que fait peser le terrorisme international.
J’estime que nous en sommes à un stade crucial pour l’Iran et son gouvernement. Les récentes déclarations du président Ahmadinejad ont attiré l’attention sur le pays et sur sa place dans le monde. Il est impératif que cette attention se transforme de manière constructive en une influence effective sur l’Iran concernant la gestion de ses politiques en matière nucléaire, de terrorisme, de droits de l’homme, de politique régionale et d’autres questions, dont le processus de paix au Moyen-Orient.
La communauté internationale est bien plus influente quand elle parle d’une seule voix. J’estime que notre réponse commune aux déclarations du président Ahmadinejad sur Israël ont permis de mettre la politique iranienne en la matière sous les feux des projecteurs. Comme l’ont déclaré les ministres des affaires étrangères de l’Union européenne le 7 novembre, l’évolution de la relation à long terme entre l’Iran et l’Europe doit dépendre des actions prises par ce pays pour répondre de manière effective à tous les motifs de préoccupation de l’Union. Il revient à l’Iran de déterminer, par le biais de ses actions, si ses relations à long terme avec l’Union européenne s’amélioreront ou se dégraderont.
Benita Ferrero-Waldner, membre de la Commission. - (EN) Monsieur le Président, je suis consciente de répéter ce qui a déjà été dit, mais je tiens à agir de la sorte car j’estime que la gravité de la question l’exige. Toutes les institutions européennes ont en effet largement et rapidement réagi. Le président Barroso a réagi immédiatement au nom de la Commission en publiant une condamnation très ferme et extrêmement claire. Nous savons que le président du Parlement européen a également condamné ces propos avec vigueur et que le Conseil a publié une déclaration extrêmement ferme à Hampton Court, comme l’a déjà affirmé M. Alexander.
J’ai également réaffirmé en public que les propos de Mahmoud Ahmadinejad concernant Israël étaient choquants et totalement inacceptables. Ils ont en outre été condamnés à juste titre, et dans les termes les plus durs, par la communauté internationale. Je tiens également à remercier la présidence pour avoir associé nos chefs de délégations - et en particulier celles du monde arabe - à ses déclarations et à celles de la Commission. Les ministres des affaires étrangères ont eux aussi réitéré leur condamnation collective des appels à la violence et à la destruction d’un État, quel qu’il soit. Ils se sont également retrouvés dans le fait que «de tels commentaires soulèvent des inquiétudes quant au rôle de l’Iran dans la région et à ses futures intentions».
Il existe une longue et peu glorieuse série d’antécédents, de type rassemblements politiques, parades militaires et autres, qui remontent aux premières années de la révolution. Mais lorsque ceux-ci sont organisés dans le climat difficile actuel, et surtout par le chef de l’État lui-même, dans le cadre d’une conférence intitulée «Un monde sans sionisme», je pense qu’il est grand temps de tracer une ligne rouge et de rappeler au président iranien les responsabilités qui accompagnent l’appartenance au concert des nations.
Concernant la question la plus brûlante, à savoir la question nucléaire, nous estimons toujours que l’engagement est largement préférable à la stratégie de la corde raide, à la confrontation et à l’isolement. Nous soutenons dès lors les efforts de la présidence britannique, de la France, de l’Allemagne, de M. Solana et des partenaires qui partagent cette approche en vue d’amener l’Iran sur la voie d’une plus grande coopération avec l’Agence internationale de l’énergie atomique et M. El Baradei.
À cet égard, la prochaine réunion du Conseil de l’AIEA sera cruciale. Nous souhaitons naturellement tous éviter que l’Iran devienne une puissance nucléaire. Mais ce n’est pas le seul domaine dans lequel nous souhaitons des avancées de la part de l’Iran. L’attitude du pays face au processus de paix au Moyen-Orient, notamment, est extrêmement importante. Depuis le lancement de notre dialogue global UE - Iran, qui a succédé au dialogue critique, cette question a été identifiée comme l’une des principales sources de préoccupation, aux côtés des armes de destruction massive, du terrorisme et des droits de l’homme.
Durant la présidence de M. Khatami, nous avons utilisé à bon escient cette politique d’engagement. Même si l’Iran ne reconnaissait pas officiellement l’existence d’Israël, nous avons enregistré des signes positifs et une meilleure prise en considération de l’équation globale du Moyen-Orient. L’Iran affirmait notamment qu’il n’entraverait pas le processus de paix et qu’il ne tenterait pas de «se faire plus palestinien que les Palestiniens».
Les déclarations intempestives du président Ahmadinejad remettent cependant tout en question. Parmi les nombreuses condamnations qu’elles ont provoquées, j’ai été particulièrement ravie de noter celle du représentant de l’Autorité palestinienne, le négociateur en chef palestinien, M. Saeb Erekat, qui a fait preuve d’une grande diplomatie en rappelant que l’OLP et l’Autorité palestinienne avaient reconnu l’État d’Israël, avec lequel elles étaient engagées dans un processus de paix. Les mises en garde néo-révolutionnaires orageuses des autorités iraniennes à l’encontre des autres pays musulmans pour qu’ils ne reconnaissent pas Israël semblent étrangement en décalage avec le monde moderne et pourraient bien se retourner contre elles.
Ces derniers mois, l’UE a invité l’Iran à réactiver les voies du dialogue en organisant des réunions dans le cadre à la fois du dialogue global et du dialogue sur les droits de l’homme. J’espère de tout cœur que l’Iran se réengagera dans ces processus et saisira l’occasion de clarifier sa position, de dissiper les malentendus et de commencer à rétablir une confiance générale, qui a été gravement entamée par les récentes déclarations.
Bien le débat d’aujourd’hui ne porte pas sur ce point, on pourrait s’attarder longuement sur les droits de l’homme et les attentes positives soulevées initialement durant les premières années de présidence de M. Khatami, ainsi que sur la tendance négative qui a suivi et qui, malheureusement, perdure. Un besoin criant d’améliorations se fait sentir, et l’Union ne peut clairement pas faire l’impasse sur cette question.
J’estime que nous devrions tenter de construire des ponts avec le peuple iranien, et je préfère penser que tous les Iraniens ne s’identifient pas aux remarques et à l’attitude de leurs dirigeants. La liberté d’expression et d’association en Iran s’érode. Nous devrions continuer de surveiller étroitement, notamment, le traitement des dossiers individuels, tels que celui d’Akbar Ganji.
Cependant, comme l’a affirmé clairement le Conseil la semaine dernière, «l’évolution des relations à long terme entre l’Iran et l’Europe, si l’on veut éviter une détérioration, dépendra des mesures que prendra l’Iran pour répondre efficacement à toutes les préoccupations de l’UE». Celles-ci portent notamment sur l’attitude du pays face au processus de paix au Moyen-Orient. La balle est à présent dans le camp du gouvernement iranien. Nous exigeons à titre préalable que ce dernier exerce un leadership responsable, tant sur la scène nationale qu’à l’échelle internationale. L’Iran dispose d’atouts historiques, culturels et géopolitiques remarquables ainsi que d’immenses ressources naturelles et humaines. Cela implique des responsabilités spécifiques en termes de promotion de la paix et de la stabilité dans un environnement particulièrement instable.
PRÉSIDENCE DE M. DOS SANTOS Vice-président
Hans-Gert Poettering, au nom du groupe PPE-DE. - (DE) Monsieur le Président, Madame la Commissaire, Monsieur le Président en exercice du Conseil, Mesdames et Messieurs, c’est notre groupe qui a demandé ce débat, et je tiens à remercier chaleureusement les autres groupes de l’avoir accepté sans autre cérémonie.
Ce que le président iranien Ahmadinejad a déclaré le 26 octobre dernier, à savoir qu’Israël devait être rayée de la carte, est tellement monstrueux qu’il faut condamner ces propos avec la plus grande fermeté. Nous savons que l’ayatollah Khomeiny, qui a mené la révolution iranienne, a adopté une position semblable et nous sommes aujourd’hui d’autant plus reconnaissants à l’ancien président Khatami d’avoir pris ses distances par rapport à ces déclarations.
À Israël - que j’ai critiqué à diverses occasions dans cette Assemblée - nous voulons dire que lorsque quelque chose touche, comme c’est le cas ici, de telle façon à la sécurité, à la stabilité et à l’intégrité d’Israël, l’État hébreux peut compter sur notre soutien inconditionnel, et que toute attaque portée contre lui ou toute tentative pour le déstabiliser revient à essayer de mettre en danger la civilisation occidentale et constitue une déclaration de guerre à l’Europe et au monde entier. Le gouvernement iranien doit en être conscient.
Ce développement en Iran me déçoit tout particulièrement, précisément parce que j’ai passé une semaine entière en Iran au moment où Ahmadinejad est entré en fonction et que je caressais toujours l’illusion que tout ne tournerait pas aussi mal que la situation le laissait présager. Mais c’est précisément parce que les choses ont tourné aussi mal que ceux qui, faisant preuve de beaucoup de bonne volonté, voulaient donner une chance au nouveau gouvernement doivent aujourd’hui clamer haut et fort: «Étouffons cela dans l’œuf!», et telle doit être notre position.
Le plus tragique, c’est que ce comportement adopté par ce qu’il convient d’appeler le nouveau régime iranien ne rend aucunement service à ceux qu’il prétend aider, à savoir les Palestiniens. Il n’y a pas que les Israéliens qui ont le droit de vivre entourés de frontières sécurisées; le groupe du parti populaire européen (démocrates-chrétiens) et des démocrates européens a toujours reconnu ce même droit aux Palestiniens. Le président de l’Iran met en danger l’ensemble du processus de paix au Moyen-Orient, ce qui n’est pas seulement une mauvaise nouvelle pour Israël, mais aussi pour la dignité du peuple palestinien.
Suite à nos critiques d’Ahmadinejad, j’ai vu à la télévision allemande des manifestations à Téhéran, où des hommes portaient des ceintures d’explosifs, ce qui constitue en soi une incitation au terrorisme. Quand j’étais en Iran, j’ai vu un magazine appelant les jeunes à s’engager comme kamikazes ou partisans, appelez-les comme vous voudrez, mais cela n’en reste pas moins une incitation au terrorisme. J’ai appris hier que les programmes télévisés pour les enfants iraniens présentaient des enfants palestiniens portant ces fameuses ceintures d’explosifs, montrant pour ainsi dire l’exemple aux enfants iraniens et les encourageant à se porter volontaires pour ce genre de missions suicide. Hier aussi, un collègue britannique m’a dit que deux personnes avaient été pendues en Iran pour avoir eu des relations homosexuelles. Tout ceci prouve que nous assistons ici à une régression vers le pire Moyen Âge et que nous devons faire comprendre aux dirigeants iraniens à quel point ils s’égarent.
Tant le président en exercice du Conseil que la commissaire Ferrero-Waldner ont mentionné le programme nucléaire civil. L’Iran en a bien sûr parfaitement le droit, mais ce programme ne nous inspire aucune confiance et nous pouvons être pratiquement certains que le développement d’une puissance nucléaire civile conduira un jour à son utilisation pour la fabrication d’armes nucléaires. En tant que civilisation européenne et mondiale, nous ne pouvons permettre que de telles armes soient placées entre les mains de personnes dont les vues peuvent être qualifiées de médiévales.
Ce matin, j’ai insisté auprès du gouvernement russe, par l’intermédiaire de l’un de ses représentants, pour qu’il fasse tout ce qui est en son pouvoir - puisqu’il jouit d’une certaine influence sur l’Iran - afin que la lumière soit enfin faite dans toutes ces questions relatives à l’énergie nucléaire; la commissaire et le président en exercice du Conseil ont fait de même.
Nous devons nous montrer extrêmement vigilants en ce qui concerne l’Iran. Téhéran doit de son côté comprendre qu’elle est en train de gâcher toutes ses chances de jouer un rôle géographique et stratégique majeur. L’Iran a un rôle majeur à jouer dans le processus de paix en Afghanistan, dans le processus de paix en Irak, dans les relations avec la Syrie, Israël, le Liban et la Palestine. Les Iraniens sont un peuple formidable et bon nombre d’entre eux n’ont pas participé aux élections parce qu’ils craignaient le pire et ne pouvaient l’empêcher. Il y a des gens de bonne volonté en Iran, et nous ne devrions pas les oublier. L’Iran a besoin d’un bel avenir et il faut espérer que son président comprendra qu’il doit adopter une approche civilisée dans ses rapports avec les peuples et les États du monde.
Pasqualina Napoletano, au nom du groupe PSE. - (IT) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, nous aussi avons approuvé la nécessité de tenir ce débat, car nous voulons que les graves propos du président iranien Ahmadinejad sur l’existence de l’État d’Israël reçoivent une réponse ferme et unanime du Parlement européen.
Le groupe socialiste au Parlement européen estime que la gravité de ce qui s’est passé ne devrait pas être sous-estimée, dans la mesure où ces paroles ont été prononcées à un moment extrêmement sensible au Moyen-Orient. Heureusement, dans les quelques jours qui ont suivi, nous avons pu entendre les déclarations de l’ancien dirigeant, M. Khatami, qui allaient dans un tout autre sens. En fait, il est apparu opposé à toute forme de croisade, de guerre ou de violence, les déclarant immorales.
Pour en revenir au Moyen-Orient, de nouveaux espoirs sont, d’une part, nés de voir un processus de paix mener à l’émergence d’un État palestinien à côté de l’État d’Israël, solution qui n’a jamais été et ne sera jamais pour nous matière à discussion. Mais d’autre part, nous comprenons que ce processus compte de nombreux ennemis et que le terrorisme ne fait que soutenir ceux qui ne veulent pas voir de solution à cette tragique situation.
La paix, la démocratie, la liberté et la justice sociale sont les valeurs que nous voulons faire prévaloir au Moyen-Orient, et nous voulons que l’Europe joue un rôle de plus en plus prépondérant dans ce cadre. Nous nous réjouissons dès lors que l’Union européenne ait accepté la responsabilité du contrôle de la frontière de Rafah, qui nous l’espérons deviendra bientôt une des frontières de l’État palestinien.
L’Iran est un grand pays et nous ne voulons pas qu’il s’isole de la communauté internationale. Bien au contraire: nous pensons que les décisions qu’il prend, à commencer par un rejet clair et irréfutable des armes nucléaires, peuvent contribuer à apporter une stabilité pacifique dans la région.
Israël et la Palestine sont unies dans une même destinée, et l’annihilation d’Israël entraînerait l’annihilation de la Palestine. Je dis cela parce qu’il est temps que nous démasquions ceux qui contribuent à prolonger la situation tragique des Palestiniens en prétendant défendre leurs droits. Contrairement au président Ahmadinejad, nous allons nous efforcer d’ajouter un nouvel État à la carte du Moyen-Orient.
Enfin, nous devons assurer à Israël que l’Europe ne peut oublier l’Holocauste, car cela reviendrait à nier les raisons mêmes de son existence en tant que projet politique.
Annemie Neyts-Uyttebroeck, au nom du groupe ALDE. - (NL) Monsieur le Président, Madame la Commissaire, Mesdames et Messieurs, je vais me faire l’écho de ce que mes collègues ont dit avant moi, mais je pense qu’il est important de montrer que tous les groupes de cette Assemblée sont unanimes dans leur condamnation des récents événements en Iran. L’Iran est un berceau de civilisation et a apporté une contribution inestimable au patrimoine culturel, artistique, religieux, intellectuel et scientifique de l’humanité. Quand l’Iran est devenue une république islamique, elle a été isolée pendant des décennies. L’Union européenne a pris l’initiative de mettre un terme à cet isolement et a entamé un vaste débat sur des thèmes tels que les relations économiques, la coopération internationale et les droits de l’homme.
Depuis l’entrée en fonction du président Ahmadinejad pourtant, on observe un recul net et perceptible qui prend la forme de condamnations à mort de mineurs, d’un regain dans les persécutions de journalistes et d’activistes des droits de l’homme et du rappel de 40 ambassadeurs. Les récentes déclarations du président - qui a félicité les terroristes kamikazes et déclaré qu’Israël devait être rayée de la carte - sont en totale contradiction avec la Charte des Nations unies, méritent d’être condamnées et sont absolument inacceptables, non seulement d’un point de vue politique et en termes de droit international, mais aussi et surtout d’un point de vue humanitaire et moral.
Le droit d’existence d’Israël dans des frontières internationalement reconnues et en sécurité à côté d’un État palestinien viable est incontestable. L’Iran ferait bien d’aider à trouver une solution au Moyen-Orient et d’arrêter de soutenir le terrorisme international. Les dernières déclarations de son président menacent de replonger l’Iran, qui est effectivement un grand pays, dans l’isolement ou, à tout le moins, de l’empêcher de jouer un rôle prépondérant dans sa région.
Angelika Beer, au nom du groupe des Verts/ALE. - (DE) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, mon groupe, le groupe des Verts, se réjouit également de l’adoption d’une résolution unanime par laquelle le Parlement européen annonce clairement que quiconque - qu’il s’agisse d’une organisation ou d’un État est sans importance - met en doute le droit d’existence d’Israël ou prêche la haine à son encontre ne rencontrera pas l’approbation de cette Assemblée, et que ce genre d’attitudes est fermement rejeté.
La Commission et le Conseil ont eux aussi clairement expliqué la gravité des problèmes auxquels nous sommes confrontés. Les discours du président Ahmadinejad nous font clairement comprendre que nous autres Européens ne pouvons rien faire pour empêcher un marchand de haine de mobiliser des milliers de personnes à travers tout son pays; ce n’est ni notre tâche ni notre domaine d’activité, mais je demande néanmoins à ceux qui détiennent le pouvoir en Iran d’envisager de jouer un rôle positif dans la communauté internationale en soutenant le droit d’existence de la Palestine et d’Israël plutôt que de laisser leur président faire de leur riche pays un paria international.
D’où mon appel aux peuples d’Europe et à cette Assemblée: nous devons faire des distinctions. L’Iran est un pays fascinant à la société jeune et cultivée. Il y a aussi, dans la société iranienne, des organisations de femmes actives qui luttent pour les droits de la femme. L’Iran, c’est un homme comme Akbar Ganij, dont la vie est menacée parce qu’il refuse de se soumettre à la censure. L’Iran, c’est aussi une société qui regorge de webloggers et de journalistes qui s’efforcent de rester en contact avec nous et de nous révéler la vérité sur le régime en place dans leur pays. L’Iran, c’est encore le prix Nobel de la paix Schirin Ebadi, qui s’est adressée à cette Assemblée. L’Iran, c’est enfin l’avocat Abdolfattah Soltani, que nous avons invité dans cette Assemblée et qui est aujourd’hui en prison.
C’est donc à cette autre Iran que nous devons essayer de tendre la main. Nous ne devons pas commettre l’erreur de rompre maintenant les contacts avec sa société civile, de lui fermer la porte. Voilà précisément ce que des gens comme le président Ahmadinejad veulent que nous fassions, et voilà précisément pourquoi nous devons l’éviter.
Nous nous sommes engagés au respect des droits de l’homme, au maintien de la paix et à la résolution pacifique des conflits. C’est là notre façon d’agir. Ce n’est que le dialogue…
(Le président retire la parole à l’oratrice.)
Eva-Britt Svensson, au nom du groupe GUE/NGL. - (SV) Monsieur le Président, le régime iranien étouffe toute opposition de l’intérieur. Il viole les droits de l’homme et condamne avec barbarie des gens à la mort par pendaison, etc. On pourrait dresser une bien longue liste des crimes commis par le régime, mais ces crimes ne lui suffisent visiblement pas. Voilà qu’à présent, le président iranien a fait de terribles déclarations à propos d’un autre État. Il a parlé d’annihiler l’État d’Israël. Cette façon de faire est évidemment tout à fait inacceptable et doit être condamnée par tous. Je présume que nous sommes un Parlement unifié qui soutient les condamnations de cette déclaration et des violations des droits de l’homme commises par le régime iranien. La déclaration du président risque de rendre l’instauration de la paix au Moyen-Orient plus difficile encore.
D’un autre côté, nous devons aussi exiger que l’État d’Israël se plie aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, qu’il se retire immédiatement des territoires occupés et assume sa part de responsabilité dans une solution à deux États et accepte donc enfin la création d’un État palestinien indépendant avec Jérusalem Est comme capitale. Dans ce contexte, nous devons également critiquer la construction, par l’État d’Israël, d’un mur dans les territoires palestiniens. Car ce mur sépare notamment les agriculteurs de leur terre, les élèves de leurs écoles, et les malades des hôpitaux. Ce mur doit lui aussi être abattu.
Gerard Batten, au nom du groupe IND/DEM. - (EN) Monsieur le Président, l’Iran développe un programme nucléaire dont il n’a pas besoin, puisqu’il est assis sur une mer de pétrole. Ce programme vise clairement à doter le pays de l’arme atomique. Le président iranien estime qu’Israël devrait être rayé de la carte. La capacité de l’Occident à répondre à la menace posée par l’Iran a été sévèrement réduite par la guerre en Irak, une guerre dans laquelle s’est embarqué le Royaume-Uni à la suite des mensonges et des tromperies de notre Premier ministre, M. Blair. Nous espérons tous que la situation pourra être résolue pacifiquement, et cette affaire est clairement l’une de celles dans laquelle l’Occident doit parler calmement tout en adoptant la politique du bâton.
Malheureusement, le bâton du Royaume-Uni - ses forces armées - est en train de fusionner dans le cadre de ce que l’on appelle avec euphémisme l’identité de défense européenne, c’est-à-dire une armée européenne. Si cette entreprise est menée à bien, elle empêchera mon pays de s’engager à l’avenir dans toute action militaire indépendante. Cependant, une fois encore, l’Union endosse les prérogatives d’un État afin de répondre à cette question, et ses prétentions sont pleinement soutenues par un ministre du gouvernement de Sa Majesté. Entre-temps, ce Parlement appelle en permanence la France et le Royaume-Uni à démanteler leurs dispositifs indépendants de dissuasion nucléaire. S’ils s’exécutaient, ils feraient disparaître du même coup le bâton qui pourrait, en dernier recours, s’avérer nécessaire dans toute négociation avec l’Iran.
Cristiana Muscardini, au nom du groupe UEN. - (IT) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, les expressions de haine et de violence prononcées par le Président iranien, lesquelles visaient à rayer l’État d’Israël de la carte, constituent une menace pour l’ensemble du monde civilisé.
L’Iran est un pays qui compte 68 millions d’habitants, couvre une superficie de 1,7 million de kilomètres carrés et est un important producteur de pétrole. Son actuel président essaie de transformer ce pays en un État qui représente la forme la plus extrême de fondamentalisme islamiste, qui soutient ou ne condamne pas les actes terroristes et qui se prépare à produire de l’énergie nucléaire sans le soutien de la communauté internationale. Si le président iranien ne change pas clairement de position, il représentera non seulement une menace pour Israël et la région, mais aussi pour nous tous, pour la paix et la démocratie.
Une telle menace appelle la réaction la plus ferme possible. Le réarmement nucléaire unilatéral de l’Iran doit être stoppé, conformément à notre résolution du 13 octobre 2005 et aux conclusions du Conseil «Affaire générales» du 7 novembre. Nous devons également chercher une solution diplomatique afin de dissiper les inquiétudes légitimes à propos du programme nucléaire de l’Iran.
S’il n’est pas mis un terme à cette tendance menaçante dans la politique iranienne, nous devrons parler sérieusement des conséquences diplomatiques et économiques, parce que ces déclarations d’incitation à la violence à l’encontre d’un État souverain démocratique représentent un danger pour l’ensemble de la communauté démocratique. Nos institutions doivent cependant continuer à entretenir des relations avec la population.
Nous exprimons notre plus grande solidarité avec l’État d’Israël, qui a également reçu des déclarations de soutien de la partie du monde islamique qui condamne le terrorisme, ainsi que le soutien spontané des citoyens de bon nombre de nos pays. La recherche d’une paix durable implique que nous condamnions résolument et prenions les mesures nécessaires à l’encontre de toux ceux qui se font les instigateurs de la haine et de la violence.
Nous demandons à nos institutions d’accorder une plus grande attention encore aux mouvements d’opposition en Iran, qui dénoncent les méthodes auxquelles ce régime violent et répressif a recours contre son propre peuple.
Douglas Alexander, président en exercice du Conseil. - (EN) Monsieur le Président, nous venons à nouveau d’assister à un débat de grande qualité sur une question importante, comme la dernière fois que nous avons eu l’occasion de débattre de ces questions en cette Assemblée.
Plusieurs orateurs, dont la commissaire et M. Poettering, ont souligné l’importance de la déclaration du président iranien pour l’ensemble du processus de paix au Moyen-Orient. Je m’accorde sur ce point. Les propos du président Ahmadinejad ont soulevé des inquiétudes quant au rôle de l’Iran dans la région en général et à ses intentions futures. Le fait que ces commentaires ont été émis le même jour que de terribles attentats visant des citoyens israéliens devrait nous rappeler à tous que l’incitation à la violence et au terrorisme qu’ils suscitent est méprisable et inacceptable.
Ce que doit faire l’Iran est très clair. Il doit renoncer au recours à la terreur et à la violence de la part de certains groupes et mettre notamment un terme à la propagande révoltante à laquelle M. Poettering a fait référence. Il doit en outre soutenir une solution à la question palestinienne qui repose sur le principe de deux États vivant côte à côte dans la paix et la sécurité.
Rien ne permet de justifier qu’un système politique islamique tel que celui de l’Iran rejette les droits démocratiques fondamentaux tels que la liberté de choix et la liberté d’expression, et rien ne permet d’excuser un système qui viole les droits de l’homme, comme l’on indiqué clairement plusieurs orateurs dans le cadre de leur contribution à ce débat.
Plus généralement, sur la question nucléaire, l’Iran doit fournir des garanties objectives que son programme nucléaire ne sera utilisé qu’à des fins pacifiques. Les gouvernements de l’Union européenne mènent actuellement d’étroites consultations les uns avec les autres ainsi qu’avec des partenaires clés tels que les États-Unis, la Russie, la Chine, l’Inde et l’Afrique du Sud concernant les prochaines étapes. Nous attendons tous que l’Iran en revienne à la suspension de ses activités de conversion d’uranium, tel qu’accepté l’année dernière - ce qui est essentiel aux dires de l’AIEA pour restaurer la confiance. Nous appelons en outre le pays à revenir à la table des négociations en vue de conclure des accords à long terme sur la base de l’accord de Paris.
Comme l’ont indiqué certains orateurs, les ministres européens des affaires étrangères ont réaffirmé le 7 novembre dernier le soutien de l’Union à une réponse diplomatique aux préoccupations internationales sur le programme nucléaire iranien - solution qui doit passer par un accord sur des arrangements à long terme. Une telle solution contribuerait à instaurer le climat que nous estimons nécessaire en vue d’établir de meilleures relations avec l’Europe en général et l’ensemble de la communauté internationale. Le fait de travailler avec l’Iran et de s’engager vis-à-vis de ce pays constitue naturellement un défi, mais nous devons faire de notre mieux pour le relever dans les semaines et les mois à venir, qui seront cruciaux.
Nous gardons notre préférence pour l’objectif d’une relation à bénéfices réciproques reposant sur la coopération et sur nos intérêts communs, l’Europe souhaitant voir l’Iran atteindre son potentiel, croître et prospérer. C’est clairement ce que mérite la jeune population du pays, et c’est pourquoi, comme l’a indiqué Mme Beer, il importe de maintenir des liens, de sorte que l’autre Iran, tel qu’il a été décrit - la société iranienne plus ouverte à laquelle les orateurs se sont adressés aujourd’hui -, puisse saluer les efforts de la Commission et d’autres pour maintenir ce dialogue.
Cela étant, ce type de relation devra également répondre aux principales préoccupations de l’Union, dont font naturellement partie la prolifération nucléaire et les droits de l’homme.
En conclusion, permettez-moi, au nom de la présidence, d’affirmer simplement ceci: l’Iran est à la croisée des chemins. Le monde observe la manière dont son nouveau gouvernement fait face aux choix essentiels qu’il devra prendre dans les semaines, les mois et les années à venir. De notre côté, dans notre perspective européenne, nous continuerons d’encourager l’Iran à répondre aux préoccupations internationales concernant ses politiques et ses déclarations. J’espère que l’Iran suivra cette voie et que ses relations avec le reste du monde, et avec l’Union européenne en particulier, pourront dès lors évoluer dans la direction voulue, je pense, par cette Assemblée.