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RC-B6-0189/2007

Débats :

PV 09/05/2007 - 10
PV 09/05/2007 - 11
CRE 09/05/2007 - 11

Votes :

PV 10/05/2007 - 7.14
CRE 10/05/2007 - 7.14
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Débats
Mercredi 9 mai 2007 - Bruxelles Edition JO

11. Déclaration de la Présidence (Estonie)
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  Le Président. - On m’a demandé de faire une brève déclaration sur l’Estonie, et j’ai été informé que les présidents de groupe souhaitaient faire de même après moi. J’en prends acte. La déclaration de R.Schuman du 9 mai 1950 a jeté pour l’Europe les bases d’un partenariat empreint de paix et de liberté entre des nations qui se considéraient précédemment comme ennemies. Lorsque notre continent, autrefois divisé, a pu se réunifier, l’Union européenne est devenue la garante de la paix, de la liberté et de la prospérité à travers l’Europe. Nous sommes fiers de pouvoir célébrer aujourd’hui la journée de l’Europe dédiée à R.Schuman avec les 27 États membres de l’Union européenne. Pour d’autres raisons, le 9 mai est aussi une date controversée, comme nous avons pu le constater dernièrement au travers du conflit autour du monument au soldat soviétique de Tallinn, la capitale de l’Estonie. C’est la raison pour laquelle nous rappelons notre résolution du 12 mai 2005, dans laquelle cette Assemblée notait que pour quelques nations, la fin de la Seconde Guerre mondiale a également marqué le début d’une nouvelle tyrannie, celle de l’Union soviétique. Nous gardons à l’esprit que les controverses historiques ne doivent jamais servir de prétexte à des violences, et nous condamnons fermement les débordements et les pillages.

L’actuel président de la République d’Estonie, Toomas Hendrik Ilves, qui est un ancien membre de cette Assemblée, a trouvé les mots justes en réponse aux événements survenus devant l’ambassade estonienne à Moscou: «En Europe, il n’est pas habituel d’exiger la démission du gouvernement démocratiquement élu d’un pays voisin; en Europe, il est impensable que la convention de Vienne sur la protection des missions diplomatiques soit foulée aux pieds.»

Nous rappelons notre résolution du 8 juin 2005 sur la protection des minorités et la lutte contre les discriminations frappant ces dernières, dans laquelle nous déclarions, entre autres, que les minorités nationales constituent une richesse pour l’Europe. L’Union européenne repose sur des valeurs dont la protection nous incombe à tous. Les pressions exercées à l’encontre de l’un des États membres de l’Union constituent pour nous un défi commun. L’Estonie peut compter sur notre solidarité.

(Applaudissements)

 
  
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  Tunne Kelam, au nom du groupe PPE-DE. - (EN) Monsieur le Président, je tiens à vous remercier pour votre soutien et votre solidarité.

J’exprime également ma gratitude à tous mes collègues pour leur extraordinaire manifestation de soutien et de solidarité envers l’Estonie, car les événements actuels entre un État membre de l’UE - l’Estonie - et la Fédération de Russie ne sont pas de nature bilatérale, mais concernent l’Union dans son ensemble. Cette affaire est un test qui permettra de déterminer si l’UE forme une réelle union politique ancrée dans la solidarité et l’unité. Aujourd’hui, la clarté, la rapidité et l’unité de la réaction européenne sont mises à l’épreuve. Nous attendons un ferme engagement de l’Union en faveur d’une solidarité inconditionnelle.

Premièrement, nous devons éviter de prendre nos désirs pour la réalité. La manière dont la Fédération de Russie traite un État membre de l’Union n’a rien de surprenant. Le président Poutine a présenté un programme axé sur une politique étrangère russe rénovée et bien plus assertive lors de son discours de Munich. Cette approche pourrait être appelée néo-impérialiste ou revanchiste. L’objectif est de retrouver, ne serait-ce qu’en partie, l’influence passée du pays sur ses anciennes colonies baltes, puis sur la partie de l’Europe anciennement liée par le pacte de Varsovie, en se basant sur le boom énergétique actuel qui a décuplé l’influence russe et sur la manipulation d’éléments de la population russe vivant en dehors de la Fédération.

Je tiens à préciser d’emblée que le président Poutine désigne ces Russes comme ses compatriotes, ce que je conteste vivement. Les Russes vivant en Estonie sont mes compatriotes, et je suis fier d’eux car 99% d’entre eux sont restés loyaux non au président Poutine mais à l’État estonien.

(Applaudissements)

La question n’est donc pas seulement une question de solidarité; le mot clé est celui de «souveraineté» des nouveaux États membres de la famille européenne. Nous ne ferons respecter cette souveraineté que si nous parlons d’une seule voix et agissons de concert. Lorsqu’un État membre qui décide de clarifier son propre passé et le fait de manière digne et ouverte, fait soudain l’objet de pressions concentrées de la part de son immense voisin, lorsque son ambassade à Moscou est pratiquement prise en otage pendant une semaine entière, lorsque des émeutes visant à troubler l’ordre public sont manifestement organisées sous l’inspiration et avec l’aide d’un État étranger, lorsque des fonctionnaires russes appellent un gouvernement démocratiquement élu à démissionner, lorsqu’un blocus économique est imposé, lorsque les sites internet du gouvernement estonien sont bloqués suite à de cyber-attaques massives - ce qui est une version moderne de la guerre de propagande - il convient de s’inquiéter sérieusement quant à la souveraineté de l’État en question.

En conclusion, il existe une autre forme de souveraineté que nous devons défendre: notre droit à décider de notre passé et à l’évaluer. Vous avez cité la résolution adoptée il y a deux ans par le Parlement européen, qui traitait des nombreux pays européens tombés sous le joug de la nouvelle tyrannie imposée par l’Union soviétique de Staline. Il subsiste une ligne de fracture en Europe, entre les démocraties occidentales qui n’ont jamais reconnu l’annexion et l’occupation illégales des pays baltes par l’Union soviétique en 1940 suite au pacte Hitler-Staline, et la Fédération de Russie, qui nie toujours l’existence de ce pacte et tente de dénier à ses anciennes victimes le droit de se pencher sur leur passé. Nous avons donc besoin de votre solidarité, et je vous remercie tous du fond du cœur d’avoir témoigné de cette solidarité.

(Applaudissements)

 
  
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  Le Président. - Merci beaucoup, Monsieur Kelam. En tant que citoyen et que personnalité honorable d’Estonie, vous avez obtenu deux fois plus de temps de parole que ce qui vous était imparti, mais cette exception ne doit pas être considérée comme un exemple par les autres intervenants.

 
  
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  Hannes Swoboda, au nom du groupe PSE. - (DE) Monsieur le Président, j’espère entrer dans la catégorie des gens honorables (en anglais dans le texte), même si je ne suis pas estonien. J’ai demandé au chef de notre délégation estonienne, M. Tarand, de prendre la parole. Puisqu’il s’exprimera plus tard, il m’a demandé d’indiquer clairement que l’ensemble du groupe socialiste au Parlement européen apportait son plein soutien à l’Estonie, aux députés originaires de ce pays et au peuple estonien et que nous rejetons toute intervention extérieure, et donc toute intervention de la part de la Russie.

Nous soutenons non seulement clairement le principe que les ambassades et les bâtiments diplomatiques doivent être traités avec respect, mais aussi que la souveraineté d’un pays et de son peuple doit être respectée.

J’ajouterai à titre personnel que je suis né quelques mois après la fin de la guerre dans ce qui constituait alors la zone d’occupation soviétique de l’est de l’Autriche. Je me rappelle mes parents, mes proches et mes amis m’expliquant combien ils étaient heureux de voir les soldats russes nous libérer du régime nazi, et je sais également, par expérience personnelle, que ces mêmes personnes redoutaient la possibilité de voir les troupes soviétiques rester en tant qu’occupants. L’Autriche a eu la chance - une chance offerte par l’Histoire - d’être libérée. Bien d’autres, comme les populations qui vivaient à 20 kilomètres à peine à l’est de notre maison, ont connu l’occupation plutôt que la libération.

C’est pourquoi nous pensons que la Russie devrait au moins reconnaître que, si nombre de soldats russes sont arrivés en libérateurs, ils ont amené avec eux un régime qui les a maintenus là en tant que puissance occupante et que de nombreux peuples en Union soviétique, mais aussi dans beaucoup de pays voisins, ont souffert de l’oppression. Si ce point venait à être accepté, cela faciliterait considérablement le dialogue. J’espère que tous les citoyens, de part et d’autre de l’ancienne frontière avec le bloc soviétique, reconnaîtront l’existence de cette dialectique qui a un jour prévalu.

Notre groupe a déploré de voir M. Ilves le quitter, mais nous sommes aujourd’hui ravis de constater qu’un homme aussi pondéré soit devenu le président d’Estonie. Voici deux brèves citations de sa part. Il a attiré l’attention sur le site web d’une jeune femme russe, qui avait écrit «Nous sommes russes, mais notre patrie est l’Estonie», à quoi il avait ajouté: «Merci, Maria». La dernière intervention de son discours, qui est des plus remarquables, dit ceci:

(EN) «En Europe, les différends qui surviennent de temps à autre entre États sont généralement résolus par les hommes politiques et les diplomates, et non dans la rue ou au travers d’attaques informatiques. Ce sont-là les méthodes d’autres pays ou, pourrais-je ajouter, d’autres époques et d’autres lieux, extérieurs à l’Europe.»

(DE) L’Europe a besoin de dialogue et de discussions plutôt que d’attaques d’ambassades ou de manifestations devant ces dernières, car le dialogue, précisément, est au cœur de l’identité européenne.

 
  
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  Siiri Oviir, au nom du groupe ALDE. - (ET) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, permettez-moi tout d’abord de répondre, dans l’espoir que, puisque je m’exprime au nom de mon groupe, je ne recevrai pas sensiblement moins de temps de parole que l’orateur précédent.

Nous débattons aujourd’hui des relations entre l’Estonie et la Russie. Dans ce cadre, nous devons évoquer avec clarté les événements survenus fin avril en Estonie. Nous ne pouvons pas non plus ignorer l’origine de ces événements: le Soldat de bronze. Cette statue a été érigée par les autorités soviétiques en l’honneur des libérateurs de Tallinn. En réalité, la libération de la ville a consisté en son bombardement le 9 mars 1944, qui a entraîné la destruction de 40% de ses zones d’habitation et la mort de centaines de personnes.

Cet épisode a été qualifié de libération, mais les Estoniens ont été déportés en Sibérie par vagues successives, aucune famille n’ayant été épargnée par la répression. Mon père a été déporté en Sibérie en 1941 et n’a retrouvé son foyer que 21 ans plus tard. Après la mort de Staline, mon arrière-grand-mère, elle aussi déportée en Sibérie, a entrepris de rejoindre, seule et à pied, le pays de sa naissance. Un jour, en revenant du travail, ma famille l’a retrouvée assise sur le pas de la porte. Malheureusement, elle était déjà morte. Je me rappelle encore cette période.

Érigé à la gloire d’un libérateur, le Soldat de bronze évoquait pour de nombreux Estoniens le souvenir d’expériences extrêmement douloureuses. Il a cependant trôné sur la place centrale de notre capitale pendant encore quinze ans, quinze ans après que notre pays avait recouvré son indépendance.

Que s’est-il passé le 26 avril? Que s’est-il passé cette nuit-là? La crise autour de ce monument a, en réalité, commencé il y a environ un an, lorsqu’un rassemblement d’extrémistes brandissant des drapeaux soviétiques a fait passer ce monument du statut de monument aux morts à celui de symbole de la victoire de l’occupation soviétique, le transformant de ce fait en une source perpétuelle de tensions. Depuis lors, des vétérans s’y rassemblaient tous les ans et bien que de l’alcool eût été à ces occasions consommé sur la tombe et que des participants s’y soient même quelquefois livrés à des danses, la police n’était jamais intervenue.

Toutefois, la nuit du 26 avril des émeutes éclatèrent dans le centre-ville, s’étendant par la suite, de manière moins sévère, à d’autres villes frontalières. Les émeutiers détruisirent tout ce qui se trouvait sur leur passage, surtout des vitres, mais aussi des voitures et des abribus. Des bandes de jeunes envahirent des magasins et les pillèrent complètement. Les magasins de vins et spiritueux étaient particulièrement visés, mais d’autres le furent également. Ainsi, des magasins Armani et Hugo Boss furent également pillés, ainsi que des bijouteries.

Puisque nous vivons à l’ère des médias, ces scènes ont été enregistrées et diffusées en direct à la télévision. Nous disposons actuellement d’une grande quantité de supports vidéo relatant les événements. La police n’est intervenue que quand les bandes de jeunes sont devenues trop agressives. Des matraques et des canons ont été utilisés, mais aucune arme à feu. Cette nuit-là, le Soldat de bronze a été transporté de Tõnismäe au cimetière militaire, où il est depuis hier de nouveau accessible au public. Plus tard, les attaques en provenance de Russie ont commencé, les offensives propagandistes évoquées par les précédents orateurs, qui ont culminé avec les exigences de démission du gouvernement estonien formulées par la Douma russe. Je m’arrête à présent. Veuillez accepter mes excuses, Monsieur le Président.

(Le discours é été interrompu)

Je voudrais enfin remercier tous ceux qui ont soutenu l’Estonie et qui continuent de la soutenir. Il s’agit pour nous d’un grand honneur et d’une aide considérable. Je vous remercie, Monsieur le Président, et vous présente toutes mes excuses.

 
  
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  Brian Crowley, au nom du groupe UEN. - (EN) Monsieur le Président, je tiens à m’associer à mes collègues en témoignant de notre soutien et de notre solidarité vis-à-vis du gouvernement et du peuple estoniens et en dénonçant les manœuvres d’intimidation ourdies par le gouvernement russe dans ses efforts visant à provoquer l’incertitude et l’instabilité, non seulement en Estonie, mais dans l’ensemble des pays baltes.

Les événements auxquels nous assistons constituent à de nombreux égards une forme nouvelle de totalitarisme ou d’autoritarisme, que ce soit par la manipulation des masses à Moscou en vue d’attaquer une ambassade, par le recours à la force ou aux leviers énergétiques pour faire plier les gens devant l’influence du gouvernement russe ou encore, et surtout, par la volonté continue d’imposer des symboles de domination et de soumission dans des régions qui ont conquis leur indépendance sur des régimes totalitaires.

Notre mission et notre rôle aujourd’hui consistent à écouter nos collègues estoniens et à entendre leurs supplications et leurs appels à l’aide et à la solidarité. Le plus important, cependant, dans la mesure où nous considérons la Russie comme un partenaire pour l’avenir, est d’appeler cette dernière à prendre les mesures qui s’imposent pour garantir que les droits de tous les États membres de l’UE sont également respectés, qu’il s’agisse de grands ou de petits pays, d’États voisins ou éloignés, d’anciens protectorats ou non.

Enfin, notre appel le plus ardent doit aller aux citoyens d’Estonie, afin de leur montrer qu’ils font aujourd’hui partie intégrante de l’Union européenne et qu’ils ne seront pas abandonnés comme ils ont pu l’être par le passé.

 
  
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  Daniel Cohn-Bendit, au nom du groupe des Verts/ALE. - (DE) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, nous avons eu ces discussions sur l’histoire de l’Europe à de nombreuses reprises par le passé. La dernière fois, c’était lors d’un débat sur la solution à apporter au problème des Sudètes en République tchèque. Nous avions alors affirmé - je le répète - qu’il convenait de développer une interprétation européenne de la guerre et de laisser sur le côté les représentations nationales. Dans ce cas-ci, l’interprétation européenne est aisée: l’Armée rouge a contribué à libérer l’Europe du fascisme national-socialiste. C’est ce qu’elle a fait, et elle a consenti pour cela d’énormes sacrifices. Laissons en suspens la question de la responsabilité exacte de Staline dans l’accession d’Hitler au pouvoir. C’est un autre débat.

Par la suite, cependant, l’Armée rouge est devenue une armée d’occupation, une armée qui a brisé tout élan de liberté. Cela aussi fait partie de l’histoire européenne. Loin de représenter un problème pour le paysage culturel des villes, le retrait d’hideuses statues de bronze contribue plutôt à les embellir. Dans le cadre de ce débat, nous devons cependant affirmer très clairement - et j’espère que nous l’entendrons aussi lors du débat sur la Russie - que Poutine fait tout ce qui est en son pouvoir pour fomenter la division dans la région. Nous devons tous nous déclarer solidaires avec les gouvernements de Lettonie et d’Estonie.

Dans le même temps, toutefois, et quelles que soient nos solidarités, nous devons reconnaître que les pays baltes ont effectivement un problème avec les droits de leurs minorités russes. Ce que l’histoire nous enseigne à tous, c’est que les conflits sociaux éclatent lorsqu’une minorité - et 30% d’une population constituent bel et bien une minorité - cherche à s’intégrer mais se sent privée de ses droits.

Je sais que toutes les majorités ont tendance à le nier: les Turcs nous ont toujours affirmé qu’il n’y avait pas de problème kurde en Turquie. Ce problème existe pourtant bel et bien, tout comme il existe un problème s’agissant de la minorité russe et de ses droits. Il n’est pas question de dire que la minorité russe n’a rien à se reprocher, mais en tant que minorité elle doit disposer de droits. Il sera difficile de parvenir à un consensus dans une société si ceux-ci ne sont pas reconnus.

 
  
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  Gabriele Zimmer, au nom du groupe GUE/NGL. - (DE) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, il est vrai qu’il y a aujourd’hui 62 ans, les représentants de l’Allemagne nazie ont signé la capitulation sans conditions, mettant un terme à l’un des chapitres les plus sombres de l’histoire européenne. Les peuples de ce qui constituait alors l’Union soviétique ont joué un rôle décisif dans cette victoire et lui ont payé un lourd tribut. Il convient d’apprécier ces faits à leur juste valeur et, naturellement, de réfléchir à ce qu’ils représentent. C’est pourquoi j’approuve totalement les déclarations formulées par le directeur du Centre Simon Wiesenthal à Jérusalem suite aux événements survenus à Tallinn. Il a prononcé ces paroles, qui me vont droit au cœur:

(EN) «Le Centre condamne sans équivoque les crimes commis à l’encontre des Estoniens de toutes confessions et de toutes nationalités sous le régime soviétique. Cela étant, il ne faut jamais oublier que c’est l’Armée rouge qui a effectivement mis un terme aux massacres perpétrés par les nazis et leurs collaborateurs locaux sur le sol estonien jusqu’au dernier jour de son occupation par l’Allemagne nazie. La décision gouvernementale de faire enlever le monument du centre de Tallinn témoigne donc d’un regrettable manque de sensibilité face à l’ampleur des crimes commis par les nazis et constitue une insulte envers leurs victimes.»

(DE) Mon groupe déplore au plus haut point que les désaccords à Tallinn sur les questions de politique intérieure et étrangère aient atteint ce niveau de crise et appelle toutes les parties concernées à faire preuve de modération et à renouer le dialogue. Qu’une manifestation pacifique dans la capitale estonienne puisse dégénérer en émeute et que les actions de la police aient pu entraîner la mort d’une personne et faire de nombreux blessés sont des éléments extrêmement préoccupants, et le fait même qu’ils aient pu se produire témoigne du manque de dialogue entre la majorité estonienne et la minorité russe. Je tiens à souligner que le Parlement européen porte également sa part de responsabilité pour ne pas s’être opposé avec suffisamment de conviction aux discriminations imposées à la minorité russe dans les pays baltes.

Les réponses disproportionnées de la Russie n’en sont pas moins regrettables. Mon groupe soutient donc énergiquement la demande expresse faite à la Russie de s’acquitter de ses obligations internationales en application des accords concernés et de protéger le site aussi bien que le personnel de l’ambassade d’Estonie tout en permettant l’accès normal à ces lieux. Nous appelons également la présidence allemande du Conseil à apporter sa contribution à la désescalade et à la reprise des discussions entre l’Estonie et la Russie. En prélude au sommet UE - Russie, le moment est à la construction de ponts plutôt qu’à l’érection de barrières.

 
  
  

PRÉSIDENCE DE M. VIDAL-QUADRAS
Vice-président

 
  
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  Nils Lundgren, au nom du groupe IND/DEM. - (SV) Monsieur le Président, le premier point à faire valoir - et aussi le plus important - est que l’Estonie est une nation indépendante, et non pas un État satellite de la Russie. Cela implique que nous ne pouvons commencer par évoquer à mots couverts la nécessité de comprendre la Russie et son histoire. Nous devons plutôt comprendre que le pays impose notamment un blocus de l’Estonie et exige la démission d’un gouvernement étranger. J’insiste: nous ne pouvons trouver aucune circonstance atténuante à ce comportement. Le gouvernement russe, la minorité russophone d’Estonie et tous les autres acteurs ont naturellement le droit de critiquer les actes tels que le déboulonnage d’une statue de bronze. L’Estonie, cependant, n’est pas un État satellite dans le pré carré russe, mais une nation libre et indépendante.

Les exemples présentés par M. Cohn-Bendit au début de son intervention sur des questions sensiblement différentes, comme la situation des populations minoritaires dans les trois républiques baltes, ne sont d’aucun secours. Il s’agit incontestablement d’un débat distinct, aussi intéressant soit-il. Ce que nous évoquons aujourd’hui, c’est la question de savoir si la Russie est en droit ou au contraire si elle n’a absolument pas le droit d’agir comme elle l’a fait. La victoire, en soi extraordinaire, de l’Armée rouge sur Hitler n’a pas sa place ici. Cette victoire est un épisode que nous pouvons célébrer. Plus tard, cependant, l’Armée rouge a ouvert un long chapitre de violences à l’encontre de l’Estonie.

En 1939, la Finlande se trouvait au nord du golfe de Finlande et l’Estonie au sud. Les deux pays disposaient d’une qualité de vie à peu près comparable et présentaient de nombreuses similitudes. À la fin de l’occupation russe, la Finlande était l’un des pays les plus riches et les plus prospères, tandis que l’Estonie - qui se relève aujourd’hui avec beaucoup de succès - était en plein marasme. Ces épreuves ne doivent pas être oubliées. Aujourd’hui, nous ne sommes pas tenus de comprendre la Russie. Ce que nous devons nous rappeler, c’est que nous parlons ici de l’État indépendant d’Estonie et non d’un satellite de la Russie.

 
  
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  Bruno Gollnisch, au nom du groupe ITS. - Monsieur le Président, l’histoire n’a pas encore été écrite avec, comme unique but d’approcher de la vérité. Elle l’a été d’une façon jusqu’à présent idéologique. Par conséquent, elle omet de façon constante ce fait essentiel, à savoir que l’alliance scélérate entre Molotov et Riebentrop, entre Staline et Hitler, c’est-à-dire entre le communisme et le national socialisme, a eu pour résultat l’invasion violente de l’Estonie, pour laquelle la présence de l’Armée rouge s’est traduite par des arrestations, des déportations, des exécutions arbitraires et par des décennies de privation de tout droit civique.

Aujourd’hui, tout le monde est pour la liberté des pays baltes, mais quand, en octobre 1987, au parlement français, Jean-Marie Le Pen et les députés du groupe qu’il présidait voulaient exclure du champ d’application des traités conclus avec la Russie les pays baltes, dont nous estimions que l’annexion avait été illégale parce que réalisée par la violence, tous les autres partis politiques étaient contre. En réalité, mes chers collègues, les Estoniens comme les Russes ont été les victimes du communisme. Certes, compte tenu des énormes sacrifices consentis par la suite par l’armée russe, on peut comprendre l’humiliation de la minorité russe et, surtout, des anciens combattants. Baudelaire, le grand poète français, disait: les morts, les pauvres morts ont de grandes douleurs.

Laissons l’Estonie libre trouver elle-même les modalités qui permettront d’honorer ceux dont le sacrifice n’a finalement d’autre sens légitime que celui d’avoir défendu leurs nations respectives, l’indépendance, la souveraineté, l’identité de chacune de ces nations.

 
  
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  Le Président. - Le débat est clos.

 
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