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Compte rendu in extenso des débats
Mardi 22 avril 2008 - Strasbourg Edition JO

11. Hausse des prix des produits alimentaires dans l'Union européenne et dans les pays en développement (débat)
Procès-verbal
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  Le Président. – L’ordre du jour appelle les déclarations du Conseil et de la Commission sur la hausse des prix des produits alimentaires dans l'Union européenne et dans les pays en développement.

 
  
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  Louis Michel, membre de la Commission. − (FR) Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs les parlementaires, Mesdames, Messieurs, la hausse brutale, depuis le début de l'année, des prix des denrées alimentaires a provoqué une prise de conscience planétaire du défi alimentaire mondial.

Dans quelques heures doit commencer à Londres une réunion qui rassemble les acteurs principaux du domaine de l'aide alimentaire. Début mai se tiendra une conférence internationale sur la révolution verte en Afrique. Tous les acteurs politiques, tous les opérateurs et spécialistes du secteur sont désormais mobilisés. Or, cela fait plusieurs années que le monde fait face à une augmentation soutenue des prix des denrées alimentaires.

Depuis 2000, les prix en dollars du blé ont triplé, ceux du riz et du maïs ont doublé, et le début de l'année 2008 correspond à une nouvelle augmentation de 20 %, ce qui se traduit dans nos pays industrialisés par des inquiétudes sur le pouvoir d'achat et se traduit évidemment dans les pays en développement par le risque de famine pour des populations entières. Quand vous vivez avec moins d'un dollar par jour et que vous consacrez l'essentiel de vos revenus à l'alimentation, de telles hausses sont évidemment tout simplement insupportables.

C'est d'ailleurs la racine profonde des émeutes de la faim qui se sont produites durant ces dernières semaines à travers le monde, en Haïti, au Mexique, en Égypte, au Maroc, au Cameroun, au Sénégal, en Côte d'Ivoire, en Guinée, en Mauritanie, en Éthiopie, en Ouzbékistan, au Yémen, aux Philippines, en Thaïlande, en Indonésie, et j'en passe. Toutes les analyses indiquent que l'ère de l'alimentation à bas prix sur le marché international est révolue. Les prix des produits alimentaires ne reviendront pas à leur niveau d'antan et leur volatilité risque d'augmenter si des mesures ne sont pas prises rapidement.

Le contexte actuel de flambée des prix alimentaires constitue une grave menace de déstabilisation politique, financière, économique et sociale pour de nombreux États à travers le monde, et la réaction doit donc nécessairement être rapide. Et cela va bien au delà des seules capacités de la Commission européenne, voire même de l'Union européenne. C'est la communauté internationale tout entière qui doit se mobiliser.

Notre analyse des solutions possibles nous amène à identifier deux grandes voies. D'abord une première voie, pour sauver des vies et répondre aux crises sociales créées par la flambée des prix et parfois amplifiées par des contextes politiques nationaux tendus, et ensuite l'autre voie, qui est évidemment à moyen et à long terme. J'insiste sur la nécessité d'une action sur ces deux fronts. La plus grande erreur, évidemment, serait, en effet, de donner à un problème structurel, la sécurité alimentaire, une réponse humanitaire sous forme d'aide alimentaire. Sans doute cela soulagerait-il la mauvaise conscience de certains, à court terme, mais il est évident que l'aide alimentaire urgente ne suffit pas à régler un problème conjoncturel.

À court terme, il est donc évidemment nécessaire, en complément des réponses nationales qui visent à assurer un meilleur contrôle des prix alimentaires, de répondre aux besoins alimentaires des populations les plus vulnérables qui se trouvent dans une véritable détresse humanitaire. C'est pour cela que nous devons mobiliser l'aide humanitaire d'urgence supplémentaire, pour accroître les capacités d'intervention d'ECHO permettant d'apporter une aide alimentaire urgente.

Mais nous n'avons pas affaire à une crise alimentaire classique. Il s'agit d'une crise du pouvoir d'achat qui frappe avant tout les plus démunis qui n'ont plus les moyens de s'acheter de quoi manger. Notre réponse doit donc aussi reposer sur d'autres formes d'assistance alimentaire destinées par exemple à contrecarrer les effets négatifs sur la malnutrition infantile, et à soutenir le pouvoir d'achat des foyers les plus vulnérables. Il conviendra également de favoriser la croissance rapide de l'offre agricole locale permettant l'accès des paysans aux intrants agricoles, aux semences et aux engrais.

Compte tenu de l'ampleur de la crise et de sa probable persistance, il est absolument crucial que l'Union européenne s'engage également à une approche à moyen terme de soutien à des politiques de protection sociale mises en œuvre ou à mettre en œuvre dans les pays les plus exposés, notamment sur le continent africain.

À moyen et à long terme, la seule réponse qui vaille c'est de tout faire pour assurer une réponse de l'offre agricole. La production doit augmenter globalement pour suivre le rythme de la demande mondiale, mais ceci ne doit pas être seulement le fait des grands pays exportateurs. L'Union européenne a déjà pris les mesures concrètes dans ce sens. Ainsi, la jachère a été gelée, le niveau des quotas laitiers a été relevé et les droits de douane sur les céréales ont été supprimés.

Le continent africain doit nécessairement jouer sa partition avec notre soutien et mettre en place une véritable révolution verte qui lui permettrait de limiter sa dépendance globale vis-à-vis du marché international. L'agriculture africaine est à ce jour la moins productive du monde mais elle présente un énorme potentiel de développement, à condition que des politiques en faveur des petits exploitants familiaux soient menées dans la durée et que priorité soit donnée aux investissements, à l'accroissement de la productivité, à la facilitation de l'accès du monde paysan aux marchés nationaux et régionaux.

La Commission accorde d'ores et déjà, pour sa part, une forte priorité à cette approche. Nous fûmes les premiers à remettre en avant l'importance de l'agriculture dans les politiques de développement, bien avant d'autres acteurs internationaux. Nous avons revu nos propres programmes en fonction de ceux de l'Union africaine, en proposant d'aligner l'assistance européenne dans le domaine de l'agriculture et du développement rural sur le programme détaillé pour le développement de l'agriculture en Afrique de l'Union africaine, dans une communication de juin 2007.

Lors de la programmation du dixième Fonds européen de développement, nous avons fait en sorte que le secteur du développement rural dans son ensemble puisse bénéficier d'un doublement des montants – 650 millions d'euros sur le 9e FED, 1,250 milliards d'euros sur le 10e FED – mais cela n'a pas été si simple, parce que vous devez savoir, et vous le savez d'ailleurs, qu'il appartient aux partenaires en développement de choisir eux-mêmes les secteurs de concentration. C'est une augmentation importante, un doublement en chiffres absolus, mais si on le transpose en pourcentage, ça n'est pas une augmentation en pourcentage de la part consacrée à l'agriculture et au développement rural. Il y a un doublement de la masse d'argent mais le pourcentage par rapport au Fonds européen de développement reste plus ou moins le même.

Dans ce contexte, nous notons donc aujourd'hui avec satisfaction le regain d'intérêt général de la communauté des donateurs vis-à-vis du secteur agricole, fortement délaissé durant les 25 dernières années. La Commission dans son ensemble, et moi en particulier, en tant que commissaire en charge du développement et de l'aide humanitaire, nous sommes bien conscients de l'importance politique majeure de la crise actuelle. J'ai eu l'occasion d'en parler avec le secrétaire général des Nations unies lors de la dernière réunion du Africa MDG Steering Group à New-York le mois dernier. J'en ai également parlé avec le président de la Commission de l'Union africaine M. Ping. C'est d'ailleurs dans la foulée de cette rencontre que j'ai utilisé l'expression «tsunami humanitaire», parce qu'il me paraissait nécessaire de provoquer un choc des consciences pour que les responsables politiques aillent enfin au-delà des discours et des professions de foi.

Les causes de la crise sont multiples et complexes, même s'il faut faire attention à ne pas se perdre dans trop de subtilités. Il y a la hausse de la demande, notamment en Asie, en raison de l'amélioration du niveau de vie de beaucoup de gens qui peuvent se permettre de manger plus et mieux. Il y a aussi l'augmentation des prix du pétrole qui agit directement sur le coût des transports et des engrais. Ajoutons à cela des problèmes du côté de l'offre à cause des conséquences du changement climatique et on a là, déjà partiellement, la recette de la crise actuelle.

Que fait la Commission? Elle travaille sur le long terme, je vous en ai parlé, c'est crucial. Mais les résultats ne se traduiront pas avant 24 mois sur le terrain. L'augmentation de la production agricole, ce n'est pas juste une question d'ouvrir davantage le robinet, donc nous nous mobilisons aussi sur le court terme et l'urgence. En mars dernier, on a déjà décidé de mobiliser 160 millions d'euros en aide alimentaire; on vient de décider de libérer 57 millions d'euros de plus, qui étaient budgétisés pour 2008 mais qui seront mis à disposition beaucoup plus tôt dans l'année. On mobilisera 60 millions d'argent frais qui proviendront soit d'un redéploiement au sein de la rubrique 4, soit d'une demande qui vous sera adressée pour mobiliser la réserve d'urgence.

Enfin, je voudrais signaler que la Commission continuera de suivre de très près cette situation et se tient prête, sur la base de l'évolution des besoins, à envisager des émissions complémentaires si nécessaire.

 
  
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  Janez Lenarčič, Président en exercice du Conseil. – (SL) Tout d’abord, je prie Mmes et MM. les députés de bien vouloir m’excuser pour mon arrivée tardive. Je reviens à l’instant d’une réunion de la conférence des présidents et je vous suis reconnaissant d’avoir organisé ce débat de manière à ce que je puisse m’y exprimer maintenant.

L'Union européenne est très préoccupée par la hausse des prix des produits agricoles, qui devient un problème non seulement pour la seule Union européenne mais ailleurs dans le monde également. Nous sommes conscients de la gravité et de l’ampleur de ses conséquences potentielles, surtout pour les pays les plus défavorisés du monde.

Quelles sont les raisons de cette hausse? Du côté de l’offre, les prix augmentent principalement à cause d’une diminution des rendements, due en partie à l’incidence du changement climatique, notamment dans le cas des céréales, et à l’élévation des coûts de production. D’autre part, la croissance de la population mondiale et le développement rapide de plusieurs grands pays, comme la Chine, l’Inde et le Brésil, font pression sur la demande. L’accroissement du pouvoir d’achat et l’amélioration des conditions de vie dans ces pays induisent des changements des habitudes alimentaires. L’augmentation de la demande de viande et de produits laitiers a un effet indirect sur les prix des céréales fourragères.

Beaucoup citent également comme raison le marché en expansion des biocarburants et la demande concomitante de produits agricoles à des fins non alimentaires. C’est justement pour cette raison que nous, dans l'Union européenne, nous nous efforçons, au travers des groupes de travail créés spécifiquement à cet effet, d’établir des critères de durabilité précis qui faciliteront la production durable de biocarburants avec un impact minimum sur des facteurs tels que les prix des produits alimentaires.

Étant donné que, du point de vue de la demande comme de l’offre, les raisons avancées pour expliquer la hausse des prix sont de nature structurelle, on peut s’attendre à ce que les prix et les augmentations de prix restent, même à long terme, à un niveau plus élevé que celui auquel nous nous étions habitués pendant la dernière décennie. Globalement, la hausse des prix alimentaires a un effet particulièrement négatif sur les pays où les produits agricoles et alimentaires représentent une part importante des importations. Cette question est ressentie de manière très aiguë par les pays à produit intérieur brut faible et moyen et dont les structures sont moins compétitives en termes de production et de commerce de produits alimentaires.

Pour assurer l’approvisionnement en produits alimentaires de base, il est nécessaire, entre autres, d’encourager la production agricole dans les pays pauvres. Parallèlement, les pays plus favorisés devraient être incités à alimenter des fonds d’aide au développement des pays les plus pauvres et à devenir plus activement impliqués dans les organisations humanitaires.

L'Union européenne s’efforce d’infléchir la hausse des prix alimentaires par divers moyens. Les récentes réformes de la politique agricole commune ont pour but de rendre l’agriculture européenne plus durable et mieux adaptée au marché. L'Union européenne a déjà adopté l’exigence de gel des terres pour 2008, augmentant ainsi la superficie des terres arables consacrées à la production alimentaire dans l'Union européenne. L’abolition définitive de cette obligation et la suppression des primes aux cultures énergétiques ont également été proposées dans le cadre de la révision de la politique agricole commune.

Les efforts de promotion de la recherche dans le domaine de la production de biocarburants de deuxième génération sont également importants. Les sous-produits comme la paille, les résidus et les déchets en général, pourraient être utilisés dans leur production.

De plus, dans le cadre des négociations de l’Organisation mondiale du commerce, l'UE a l’intention de supprimer les subventions à l’exportation d’ici 2013. Quoi qu’il en soit, la question de l’instabilité des marchés agricoles devient l’un des principaux défis à relever pour la politique agricole de l'Union européenne.

Considérant l’ampleur que pourraient prendre les conséquences, le Conseil «Agriculture et pêche» de l'Union européenne a discuté de la question de la hausse des prix lors de sa réunion d’avril. Il en discutera très probablement lors de futures réunions et les ministres s’attaqueront également au problème dans d’autres formations du Conseil.

Les organisations internationales comme l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Fonds international de développement agricole, le Programme alimentaire mondial et d’autres agences s’emploient elles aussi activement à juguler la hausse des prix alimentaires. La présidence slovène participera à la conférence internationale sur la sécurité alimentaire mondiale et les défis du changement climatique et des bioénergies qui aura lieu début juin à Rome sous les auspices de la FAO.

Pour conclure, la hausse des prix alimentaires est un problème planétaire; par conséquent, elle doit être dûment prise en compte et tous les domaines qui y sont liés doivent faire l’objet d’efforts redoublés. Notre but est de restaurer la stabilité des prix du marché.

(Applaudissements)

 
  
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  Joseph Daul, au nom du groupe PPE-DE. − (FR) Monsieur le Président, Monsieur le Président du Conseil, Monsieur le Commissaire, je peux souscrire à votre rapport et, surtout pour l'Afrique, vous avez totalement raison. Le groupe du PPE-DE est très préoccupé par le phénomène de la pénurie alimentaire, qui affecte nombre de pays pauvres dans le monde, mais aussi par la hausse importante du coût du panier du consommateur en Europe. Et là, on n'en parle pas assez.

Cette crise alimentaire appelle tout d'abord les mesures d'urgence pour répondre aux populations qui ont faim. Et je salue à cet égard le déblocage de fonds au profit du programme alimentaire mondial. Mais ces mesures, aussi positives soient-elles, n'apporteront que des remèdes très temporaires au problème. C'est en réalité l'agriculture mondiale qui doit faire l'objet de réformes structurelles profondes. La crise alimentaire est l'occasion de lancer une réflexion approfondie sur la place que nous voulons accorder à l'alimentation et à l'agriculture dans l'économie mondiale et européenne.

Aujourd'hui, l'Europe prend conscience qu'elle a plus que jamais besoin de l'agriculture pour assurer sa sécurité alimentaire. Et pour répondre à la demande accrue des économies émergentes, il faut promouvoir le développement agricole de ces pays. Et le défi majeur est celui de l'autosuffisance alimentaire pour les pays pauvres. Il faut donc les aider à établir une agriculture économiquement viable.

Le gel de la production en Europe n'est plus adapté, vous l'avez dit. En termes de jours de consommation, vous savez que les stocks de céréales dont dispose actuellement l'Europe à vingt-sept ont été divisés par deux depuis 2005, et en cas de crise, ils seraient épuisés en un mois. Les importations ne seraient pas suffisantes, dans la mesure où nombre de pays tiers tendent à réserver leur production au marché domestique. Et ils ont raison. Les matières premières sont devenues objet de spéculation. Une tonne de blé se revend plusieurs fois avant d'arriver chez le meunier.

Concernant les agro-carburants, beaucoup les considèrent comme responsables de la crise alimentaire actuelle. Or, c'est loin d'être le cas. Ils ne représentent que 2 % de la production agricole actuelle en Europe. Ce que je voudrais dire, je ne veux pas défendre ici le lobby en faveur de cette agrochimie, mais n'abandonnons pas, tout de suite, tout. Gardons ces 2 %, pour que nous participions aussi en Europe au développement de l'agrochimie pour le futur.

Et il nous faudra recourir à des variétés qui résistent aux nouvelles donnes du changement climatique, ainsi qu'à la raréfaction des ressources en eau. Pour cela, nous devons investir dans la recherche agronomique et, ne nous voilons pas la face, nous devons aussi réfléchir de manière réaliste et responsable, je dis bien réfléchir, à la question des OGM. Le bilan de santé est un moment idéal pour lancer un vrai débat sur la politique agricole et alimentaire de l'Europe.

Souvenons-nous de la politique américaine quand on y était. Deux politiques sanctuarisées, que personne ne peut toucher, c'est ce qu'on nous a dit au Congrès: défense et sécurité alimentaire. Cessons de prôner des solutions simplistes et purement économiques qui n'apportent pas de réponses durables à la crise actuelle. Mais soyons aussi conscients que le soutien au problème alimentaire ne peut être que mondial. L'Europe doit trouver des solutions en collaboration avec les instances internationales comme la Banque mondiale, le FMI et, bien sûr, l'OMC. Il nous faut trouver un moyen de limiter les effets néfastes de la spéculation financière alors que les populations crient famine. Certains pays disposent de stocks considérables dont ils continuent à limiter les exportations. Les spéculateurs jouent avec la vie des populations. Il faut tout faire pour casser ces phénomènes et fluidifier les échanges.

Enfin, une enquête est nécessaire pour déterminer pourquoi la hausse des prix est si forte, alors même que les matières premières agricoles ne représentent qu'un très faible pourcentage du prix total des produits alimentaires transformés. Les responsabilités ne sont pas encore clairement définies et il semblerait que la crise alimentaire ne soit pas défavorable à tous.

Monsieur le Commissaire, il faut que nous prenions les choses en main, que nous fassions les différentes études nécessaires pour qu'il n'y ait pas de gens qui s'enrichissent sur le dos des plus pauvres, et aussi sur les plus bas revenus de nos concitoyens européens.

 
  
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  Martin Schulz, au nom du groupe PSE. – (DE) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, mon groupe a demandé la tenue de ce débat parce que nous pensons qu’il est urgent d’agir. Le commissaire Michel a fait certaines remarques pertinentes et judicieuses sur ce que la Commission peut faire dans l’immédiat. Toutefois, nous avons également demandé la tenue de ce débat parce que nous voulons discuter des principes fondamentaux qui sous-tendent la hausse des prix et des conséquences qui en découlent.

Les explications sont nombreuses. La population mondiale augmente, la superficie de terres cultivables est limitée, le niveau de vie - c’est-à-dire la capacité d’acheter et de consommer des produits alimentaires – augmente dans de nombreuses régions du monde. En soi, c’est une évolution positive. La consommation de viande en Chine, par exemple, augmente rapidement. Toutefois, ceci a pour effet de réduire les quantités disponibles. La hausse des prix de l’énergie et les objectifs politiques - y compris nos objectifs politiques relativement au climat, par exemple le fait que la production de biocarburants devient plus attractive, tout concourt aux résultats que M Daul vient de décrire.

Les explications que je viens d’évoquer nous sont familières. Toutefois, il y a un point que je voudrais aborder et qui, à mon sens, n’est mentionné que rarement. Dans leurs remarques mes collègues entreront dans les détails des différents points que je viens de décrire, mais je voudrais parler d’un aspect de nos délibérations dont nous ne parlons pas du tout et dont je pense qu’il est essentiel dans cette crise: il s’agit des grands fonds mutuels qui se sont emparés de tous les niveaux de la vie économique et brassent chaque jour des centaines de milliards de dollars dans le monde entier - ces fonds mutuels, les hedge funds, ont pris le contrôle du secteur des produits alimentaires.

Je ne critique pas les gens qui pratiquent le commerce international des matières premières depuis 140 ans. C’est tout à fait normal, mais ce qui est en train de se passer en ce moment n’est plus dans la normalité, à savoir que d’énormes sommes sont engagées, que des paris gigantesques sont pris sur les augmentations des prix des produits alimentaires. Ceci signifie que les banques, en Europe conseillent à leurs clients: «Tirez parti au maximum de l’augmentation des prix des produits alimentaires de manière à faire fructifier vos investissements». Implicitement, ceci veut dire: «Provoquez des pénuries alimentaires de manière à ce que les prix montent et que vous puissiez faire un bénéfice». Mesdames et Messieurs, ce que nous observons n’est rien moins qu’un «capitalisme de casino», qui nous préoccupe à tous les niveaux, qui s’assoit à la table des pauvres du monde entier. Là est le véritable scandale moral sous-jacent à cette crise et c’est pourquoi nous voulons en discuter dans ce forum.

Cette crise met plus que jamais en lumière la nécessité d’un contrôle international des marchés financiers. Je peux vivre des énormes profits réalisés en quelques secondes dans n’importe quel secteur, le commerce de l’or, si vous voulez, mais pas quand il s’agit de nourrir d’importantes proportions de la population mondiale. C’est de l’immoralité poussée à l’extrême et cela ne devrait pas être sous-estimé dans ce débat.

À ce stade, nous devons discuter des conséquences immédiates que ceci a pour nous. Quelles répercussions cette crise a-t-elle sur la réforme de la politique du marché des matières premières agricoles ici en Europe? Quel rôle joue notre politique de subventions à l’exportation? Nos exportateurs contribuent-ils aux pénuries alimentaires parce que les régions affectées du monde ne peuvent développer suffisamment leur agriculture? Quelle est notre réponse à la question d’une plus grande disponibilité en bioénergie? Ceci doit-il automatiquement s’accompagner de pénuries et de limitations de la production d’aliments? Ou bien la prochaine génération verra-t-elle des développements technologiques dans le domaine de la biochimie - et ici M. Daul a raison - tels qu’ils nous mèneront jusqu’au point où nous n’aurons même plus besoin d’utiliser toute la terre qui a été utilisée jusqu’ici pour produire des denrées alimentaires?

Nous devons réfléchir à toutes ces questions, mais elles ne doivent pas nous faire oublier une chose, à savoir que nous ne pouvons pas permettre à un système financier en déroute d’aggraver le problème de la faim dans le monde, uniquement pour que quelques capitalistes puissent faire des profits encore plus grands.

(Applaudissements)

 
  
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  Graham Watson, au nom du groupe ALDE. (FR) Monsieur le Président, Louis Michel a pris la parole pour la Commission mais à la place du Conseil. Il jouit d'une grande expérience dans les deux institutions, heureusement, dont nous sommes les bénéficiaires.

Monsieur le Président, nous avons assisté l’an dernier à des pics stupéfiants du coût des matières premières alimentaires, au point que 100 millions de personnes ont basculé dans la pauvreté et que des centaines de milliers d’autres risquent de mourir de faim. La menace est si grave qu’elle va anéantir tous les progrès vers l’objectif visant à réduire de moitié la pauvreté dans le monde d’ici 2015.

L’élévation du niveau de vie en Europe a été rapide, si rapide que même ma génération se rappelle que sur notre continent peu de choses poussaient dans les jardins, sauf l’appétit des jeunes enfants. Nous ne devons pas rester indifférents, campés sur notre position privilégiée, alors que la catastrophe se déroule devant nous. Nous devons donner tout de suite plus d’argent au Programme alimentaire mondial, pour qu’il puisse nourrir les déshérités, et mon groupe salue les engagements du commissaire à cet égard.

Beaucoup accusent les biocarburants. Ainsi le rapporteur spécial des Nations unies a-t-il appelé les biocarburants un «crime contre l’humanité». Cependant, les raisons de la récente flambée des prix alimentaires sont nombreuses et variées, et telles doivent être également les réponses de la communauté internationale.

Croissance de la population mondiale, médiocrité des conditions de culture due au changement climatique, perte de terres arables au profit de l’industrie, spéculation immorale sur les matières premières agricoles et changement des habitudes alimentaires, tous ces éléments ont contribué à la crise actuelle. La consommation de viande en Chine, par exemple, est passée de 20 kg en 1980 à 50 kg en 2007 par personne et si on précise chaque kilogramme de bœuf nécessite 2 000 m² de terrain et 13 000 litres d’eau, alors que le même contenu nutritionnel peut être obtenu avec le soja en utilisant 1 % de cette quantité de terre et d’eau, nous commençons à comprendre la complexité du problème.

La plus grosse part de responsabilité est à attribuer à la distorsion du marché, qui piège les agriculteurs pauvres dans un cercle vicieux de pauvreté et ne les incite guère à accroître la production alimentaire. Les normes de durabilité élevée en matière d’intrants et de fabrication, inscrites dans les propositions l'Union européenne pour les biocarburants, protègent efficacement l’Europe contre une utilisation non durable. Alors plutôt que de faire des biocarburants un bouc émissaire, nous devons nous employer à mettre fin au protectionnisme agricole et aux restrictions aux exportations; nous devons aider le développement agricole dans les pays les plus pauvres et favoriser le succès du cycle de Doha pour le développement pour encourager des échanges commerciaux agricoles libres, équitables et durables au plan mondial niveau.

C’est la politique agricole commune, non les biocarburants européens, qui sont à l’origine de ce problème, et c’est la réforme de la PAC, et non l’abandon des objectifs en matière de biocarburants, qui le résoudra.

Nous devons également peser de notre poids collectif pour veiller à ce que le changement climatique et les critères de durabilité soient intégrés à la politique commerciale. La vérité, c’est que nous avons les moyens de nourrir le monde et, comme l’a dit Dominique Strauss-Kahn, la coopération mondiale peut fournir le cadre macroéconomique et les encouragements nécessaires au traitement du problème.

Mon groupe pense qu’avec une bonne volonté politique et une bonne coopération internationale, la mondialisation peut être une solution, non un problème. C’est à l'Union européenne de montrer la voie.

 
  
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  Eoin Ryan, au nom du groupe UEN. – (EN) Monsieur le Président, je voudrais simplement dire que je ne vais par revenir sur les raisons pour lesquelles nous en sommes arrivés là; la raison pour laquelle le monde souffre ou va souffrir de graves pénuries alimentaires a été abondamment expliquée par de nombreuses personnes. Mais tenter d’éradiquer la faim de la planète d’ici 2015 représente un défi à de nombreux titres. Je crois qu’un énorme défi nous attend, ici, en ce moment.

C’est un problème mondial qui va nécessiter une réponse mondiale. Nous avons traité d’autres problèmes, et nous avons essayé de nous attaquer à d’autres problèmes comme le réchauffement planétaire à ce niveau. Je pense que la seule manière de nous attaquer à ce problème est d’y apporter une réponse mondiale.

Comme cela a déjà été dit, les raisons sont multiples – augmentation de la population - et, oui, je crois qu’il est important que nous augmentions l’aide immédiatement. Mais nous devons rechercher une solution à plus long terme, essayer de trouver exactement pourquoi le marché des produits alimentaires en est arrivé là. Comme je l’ai dit, de nombreuses raisons ont déjà été évoquées, mais je crois que nous devons chercher une solution à plus long terme, et je pense que cette Assemblée en a la volonté politique.

L’entité que nous devrions encourager à en faire davantage, ce sont les Nations unies. L’organisation devrait convoquer une conférence sur la situation actuelle et nous devrions la soutenir autant que nous le pouvons. C’est le seul moyen d’essayer de faire quelque chose, car beaucoup disent que le problème vient peut-être des hedge funds, ou des spéculateurs, ou de la sécheresse, mais quelle que soit la cause je crois que nous allons devoir regrouper toutes nos ressources et toute notre volonté politique pour essayer de nous attaquer au problème dans les années à venir, parce que c’est un problème très grave, surtout pour les populations les moins favorisées partout dans le monde.

 
  
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  Friedrich-Wilhelm Graefe zu Baringdorf, au nom du groupe des Verts/ALE. – (DE) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, dans les années et les décennies passées, nous avons connu des prix désastreusement bas pour les produits agricoles et il était essentiel et urgent qu’ils augmentent partout dans le monde. Cette hausse est une très bonne chose, parce que le niveau des prix était inférieur aux coûts de production pour l’agriculture biologique/rurale, ce qui a entraîné la perte des moyens d’existence de centaines de millions d’agriculteurs, non seulement dans le tiers monde mais également ici dans l'Union européenne.

Si, comme M. Schulz le dit, ce problème est alimenté par la spéculation, alors il a un rapport avec le fait que maintenant, après que l'Union européenne a supprimé les subventions à l’exportation et autorisé la diminution des primes, nous avons quelque chose qui ressemble à un mécanisme d’intervention, où les produits alimentaires destinés à la consommation humaine et animale sont liés au prix du pétrole, parce que nous commençons à fabriquer de l’essence à partir de matières premières agricoles humaines et animales. Ceci favorise la spéculation parce que, dans le monde entier, la possibilité et la nécessité de transporter les produits alimentaires augmente.

L'Union européenne est le plus grand importateur mondial de produits alimentaires destinés à la consommation humaine et animale, ce qui signifie que nous n’avons pas d’excédents et que le mécanisme selon lequel nous convertissons les importations - qui s’élèvent à 50 millions de tonnes de grain, achetées presque en-dessous du seuil de pauvreté à des pays du tiers monde - en produits alimentaires qui font ensuite l’objet d’un dumping et sont exportés au prix de milliards puis vendus à perte sur les marchés régionaux dans des pays du tiers-monde, a finalement détruit l’agriculture rurale et l’agriculture vivrière régionale.

En conséquence, nous devons considérer ceci comme une opportunité. Ceci ne veut pas dire que je pense que les biocarburants sont la panacée, parce que le solde énergétique est négatif et que cela donne lieu à de la spéculation, mais nous devons essayer de transformer les matières actuellement disponibles, en tant que déchets, en énergie. Pour parler plus crûment, nous devons faire de l’or avec de la saloperie plutôt que de penser que nous essayons d’être compétitifs avec des produits alimentaires destinés à la consommation humaine. Il est impossible que chacun dans le monde ait des réservoirs remplis d’essence et des assiettes remplies de nourriture uniquement avec les plantes qui poussent. Ce serait peut-être possible en Europe parce que nous sommes assez riches pour acheter ces produits et ces récoltes pour nous-mêmes, mais le reste du monde finirait par avoir faim.

Pour conclure, je voudrais ajouter encore une remarque: il y a 850 millions de personnes qui ne mangent pas à leur faim et ces 850 millions de personnes avaient déjà faim quand les prix étaient désastreusement bas. Ce qui s’est passé maintenant, c’est que le pouvoir d’achat des classes moyennes des pays du tiers-monde a diminué, de sorte que ces gens ont maintenant des difficultés à acheter d’autres biens de consommation. Ceci va à l’encontre de la stratégie de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. Aujourd’hui les gens demandent plus d’argent, mais les 850 millions de personnes affamées avaient déjà besoin de cet argent.

 
  
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  Luisa Morgantini, au nom du groupe GUE/NGL. (IT) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, la nourriture est un droit et ne devrait donc pas être soumise uniquement à la loi du marché ou à la spéculation financière. Nous assistons à une crise et à des protestations qui rappellent les émeutes du passé pour le pain, lorsque des gens étaient tués parce qu’ils avaient faim.

Les causes sont nombreuses et ont déjà été mentionnées: hausse du prix du pétrole, subventions pour la production de biocarburants, mauvaises conditions climatiques, augmentation de la consommation de viande, spéculation à terme sur les produits alimentaires. Quelles sont nos responsabilités? M. Ziegler résume bien le problème quand il dit que la mondialisation monopolise les richesses de la planète. Les multinationales sont responsables de la violence structurelle; elles ont construit un monde d’inégalité et d’horreur. Nous devons faire cesser tout cela, dit-il. Saurons-nous l’écouter?

Outre les règles de l’OMC, l'Union européenne a opté pour une politique agricole commune subventionnée qui semblait déjà inadéquate au départ et qui s’avère aujourd’hui destructrice de l’équilibre international. L’application de quotas à notre production céréalière, ainsi que les mesures de gel des terres, sont également responsables de la situation à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui.

Méfions-nous de l’appel séduisant d’un lobby pro-OGM qui promet de débarrasser le monde de la famine; ce n’est au contraire qu’un raccourci éphémère qui causerait d’énormes dommages. On a dit de la législation britannique que c’était une folie parce que, bien qu’elle soit peut-être moins polluante, elle inclut certainement des quotas de biocarburant qui n’empêchent pas la destruction des habitats naturels.

Parmi les actions possibles, je soutiens la suggestion de M. Ziegler d’un moratoire de cinq ans sur la production de biocarburants. Nous devons tenir notre promesse de réduire de moitié d’ici 2015 le nombre de personnes qui meurent de faim, et Louis Michel a raison: même si c’est notre devoir, augmenter le financement du Programme alimentaire mondial n’est pas la solution et nous saluons le paquet d’aide d’urgence et les 10 millions de dollars alloués à Haïti.

En ce qui concerne le financement qui a déjà été annoncé pour l’agriculture africaine, je me réjouis d’entendre Louis Michel - si je l’ai bien compris - dire qu’il ira aux petits producteurs, donc qu’il servira à aider l’agriculture vivrière, ce qui contribue à surmonter la crise, notamment pour les plus pauvres, et pas seulement les multinationales axées sur l’exportation, ce qui, en fait, rendrait les pays encore plus pauvres et plus dépendants des importations.

 
  
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  Graham Booth, au nom du groupe IND/DEM. – (EN) Monsieur le Président, l'UE a décidé que désormais nous pouvons faire pousser du combustible et raconte aux pays en voie de développement qu’au lieu de cultiver des produits alimentaires ils devraient cultiver des combustibles de façon à ce que l’UE puisse continuer à rouler dans ses limousines. Depuis que je suis député européen, je ne me souviens pas d’une question qui ait provoqué une telle avalanche de lettres que la question des biocarburants. J’ai reçu plus d’une centaine de demandes de voter contre la cible de l’énergie renouvelable décidée par la Commission.

Je n’ai guère eu besoin d’en être convaincu, car en tant que député européen membre de l’UKIP je vote de toute manière contre toute imposition de cible communautaire à mon pays. Toutefois, à cette occasion, je me réjouis de voter contre, parce que la ruée vers les biocarburants, élément essentiel de la stratégie de la Commission, est un facteur essentiel de la flambée des prix des produits alimentaires dans le monde entier.

Le professeur John Beddington, conseiller du gouvernement britannique, a déclaré que la non-durabilité des biocarburants pose de réels problèmes. Il a raison. Nous sommes tellement obsédés par le réchauffement planétaire que le véritable désastre se déroulant sous notre nez, la crise alimentaire planétaire, nous a échappé. Pour les agriculteurs de régions comme l’Afrique, il y a maintenant moins de terres disponibles pour la culture des plantes alimentaires parce que beaucoup de gens font maintenant pousser des combustibles. Ceci conduit aussi à la destruction de forêts primaires, avec les effets dévastateurs que l’on sait. Or moins de terre pour l’alimentation signifie moins de nourriture, mais une augmentation de l’offre [de la demande?] des populations, ce qui conduit inévitablement à une augmentation des prix des produits alimentaires. Partout dans le monde et surtout en Europe, les prix des produits alimentaires ont augmenté beaucoup plus vite que l’inflation.

L'UE s’enorgueillit d’être un leader des questions environnementales. Sera-t-elle une pionnière en reconnaissant que les biocarburants ne sont pas une solution? Les biocarburants font monter les prix des paniers à provisions dans le monde entier. Nous, les Occidentaux, nous allons faire contre mauvaise fortune bon cœur; mais dans le monde en développement c’est une question de vie ou de mort. L'UE n’a jamais été une amie du monde en développement. Des navires-usines géants ont vidé de leurs poissons les mers de l’ouest africain. Le dumping des surplus agricoles subventionnés a réduit à néant les marges bénéficiaires de nombre de leurs agriculteurs et maintenant, alors que leurs populations augmentent, leurs terres, plutôt que de leur permettre de se nourrir, sont utilisées pour permettre à nos voitures de continuer à rouler.

Il y déjà eu dans le monde de violentes émeutes alimentaires où des populations affamées et désespérées s’attaquent aux silos à grain et aux supermarchés. Dans certains pays, l’armée patrouille dans les rues pour protéger la nourriture qui reste. Les politiques de l'UE attisent le risque de guerre civile et de conflit armé entre États: du moment que l'UE reste en paix… De quoi un villageois africain a-t-il le plus besoin? D’un réservoir plein d’essence ou d’un estomac plein? Retrouvez votre bon sens et inversez immédiatement votre politique en matière de biocarburants.

 
  
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  Peter Baco (NI). – (SK) La hausse des prix des produits alimentaires est due à l’actuelle volatilité des marchés agricoles qui, de toute manière, sont naturellement instables. Les politiques agricoles ont donc toujours eu, et continuent à avoir pour principal objectif d’éliminer cette instabilité.

Nous devrions nous souvenir du récit biblique des sept vaches grasses et des sept vaches maigres: il y a des milliers d’années, la société était déjà capable d’organiser des marchés agricoles, donc de prévenir les fluctuations de ces marchés et d’assurer à l’Égypte les conditions nécessaires à sa prospérité, alors que d’autres sociétés étaient accablées par la famine et la guerre à cause du manque de nourriture.

Au cours de son histoire, l’humanité s’est dans une large mesure développée en fonction de la capacité de chaque société à accepter de donner la priorité aux politiques agricoles. Toutefois, les luttes auxquelles nous assistons actuellement dans le cadre de l’OMC et qui sont centrées sur des politiques militaires et de contrôle ou sur des intérêts commerciaux et économiques nationaux, confirment malheureusement que les politiques agricoles d’aujourd'hui ont des priorités complètement différentes.

Assurer la stabilité des marchés agricoles doit donc devenir une priorité pour l’OMC, si l’on veut que les politiques nationales, y compris notre politique agricole commune, aient un sens. Sinon, Mesdames et Messieurs, nous allons perdre notre peine et notre temps et il en sera ainsi jusqu’à ce qu’une crise alimentaire mondiale nous fasse adopter des mesures radicales, ce qui se fera évidemment au détriment des agriculteurs et du public mais au bénéfice des spéculateurs. Le plus important, c’est donc d’avoir assez de courage pour prendre le taureau par les cornes.

 
  
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  Mairead McGuinness (PPE-DE). – Monsieur le Président, je crois que ce débat est l’un des plus importants qui se soit tenu dans ce Parlement depuis le début de mon mandat. Toutefois, je voudrais demander à chacun d’en finir avec les blocages, les idées fausses et même les concepts, car s’en prendre à la PAC - nous mortifier nous-mêmes à cause de la situation où nous nous trouvons - ne résoudra pas le problème.

Personne n’aurait imaginé que nous serions ici - aucun des experts de la Commission n’a prédit que la sécurité alimentaire allait devenir un problème, aucun des grands leaders politiques n’en a jamais parlé - mais tout à coup les Européens paient les produits alimentaires plus cher et ils sont terrifiés. Or il se peut que ce soit une bonne chose que nous en soyons là, parce que cette expérience nous permettra peut-être de prendre vraiment en compte les besoins des damnés de la terre, pour qui s’alimenter coûte actuellement les yeux de la tête.

Je voudrais faire quelques suggestions en commençant au plan européen, ce qui pourrait effrayer certains de ceux qui ont déjà parlé. Si les prix des matières premières augmentent, je me permets de vous demander de réfléchir au fait qu’il en est de même pour les coûts de production. Pour faire pousser des plantes les agriculteurs utilisent du carburant et de l’énergie, dont les coûts augmentent. Les agriculteurs n’augmenteront leur production que s’ils font un profit, et là nous avons un vrai problème. Voyez le prix des engrais et les tendances en ce sens. Voyez le changement climatique: il nous a bel et bien contraints à réduire la production alimentaire en Europe. On ne peut pas tout avoir.

Mais permettez-moi d’en revenir aux pays en développement. En d’autres occasions - pas dans cette Assemblée, mais ailleurs - j’ai dit que l’Afrique avait besoin d’une politique agricole commune. C’est ainsi que l’Europe a développé sa production alimentaire de base - c’est ainsi que nous nous nourrissons - et il nous faut admettre, comme cela a été fait dans cette Assemblée aujourd'hui, que nous avons sous-investi dans la recherche agricole, dans le développement et dans les services de conseils.

Je le répète: c’est une bonne chose si les prix élevés des produits alimentaires en Europe nous font réaliser que nous devons investir dans les fondements mêmes de la civilisation, c’est-à-dire la production d’aliments, et que nous devons avant tout nous occuper des pays en développement. Alors, si je suis venue ici avec un sentiment d’anxiété à cause de la situation dans laquelle nous nous trouvons, je viens aussi dans l’espoir qu’en fin de compte nous pourrions vraiment faire quelque chose et prendre au sérieux la question de la sécurité alimentaire mondiale. Mais ne malmenez pas la PAC!

 
  
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  Hannes Swoboda (PSE). (DE) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, plusieurs facteurs objectifs contribuent à la hausse des prix ou la provoquent. Il y a aussi la spéculation, comme M. Schulz l’a expliqué en détail. Tout ceci signifie-t-il que nous sommes dans une situation désespérée et que tout ce que nous pouvons faire c’est de nous contenter d’observer ce qui va se passer? Je ne le pense pas. Le commissaire et les représentants de la présidence du Conseil ont mentionné certains points. Je voudrais maintenant vous demander, Monsieur le Commissaire, d’élaborer avec vos collègues de la Commission un plan complet pour les prochaines semaines exposant quelles réponses nous pouvons fournir, en tant que citoyens - mondialement et en Europe - quelle réponse à la question de savoir ce que nous pouvons faire et ne pas faire.

Il y a un aspect qui est vital, c’est le développement d’une agriculture prospère et durable. Je ne veux pas répéter ce qui a déjà été dit, mais simplement ajouter un bref commentaire supplémentaire: nous étions récemment au Kosovo, où l'Union européenne, qui est pourtant présente en de nombreux endroits du territoire, ne fait rien pour aider les populations qui y vivent à développer une agriculture appropriée. Nous devons donc en faire plus dans notre région d’influence - dans les Balkans, en Ukraine et dans d’autres pays - pour promouvoir le développement d’une agriculture durable.

Deuxièmement, nous ne pouvons pas nous contenter de dire: «Bon, les prix montent, c’est comme ça», parce que nous savons quels sont ceux qui sont le plus affectés. Nous savons que ce sont les plus pauvres, qu’ils doivent consacrer la majeure partie de leurs revenus à la nourriture et qu’ils sont les plus gravement touchés. Nous devons donc envoyer des signaux clairs en matière de répartition et de conscientisation à la protection sociale, de sorte que lorsqu’il y a des augmentations de salaires, et surtout des augmentations des retraites, celles-ci soutiennent en particulier les groupes à faibles revenus ici en Europe. Il va de soi que nous devons également soutenir les populations à faibles revenus du monde entier.

Nous devons aussi souligner que, bien qu’il y ait des troubles sociaux, la réponse à la famine et aux pénuries est évidemment bien meilleure dans les pays démocratiques. Le développement de la démocratie dans tous nos pays mais surtout dans le tiers monde, est un aspect important lorsqu’il s’agit de remédier à ces privations.

Quatrièmement - ainsi que cela a déjà été mentionné - il y a les effets de la spéculation. Cela signifie-t-il, alors, que nous ne pouvons rien faire? L’Europe ne pourrait-elle, peut-être dans le cadre du PNUD, de la Banque mondiale, etc., être proactive de sorte qu’en stockant et en écoulant adéquatement des réserves, nous pourrions, au moins en partie, réduire les effets de la spéculation? Nous ne pouvons pas nous contenter de dire: «Tiens, la spéculation, c’est donc comme ça que ça marche», mais nous devons voir ce nous pouvons faire dans ce domaine. Le même principe est peut-être applicable au pétrole et au gaz; dans ce domaine aussi il y a beaucoup à faire.

Lorsqu’il s’agit de nos objectifs de politique énergétique, nous ne devons pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Il est parfaitement vrai que certaines attentes sont exagérées, notamment en ce qui concerne le premier couple de technologies à avoir été développé. Toutefois, c’est précisément dans ce domaine que nous devons développer la recherche énergétique, laquelle conduira à une deuxième ou à une troisième technologie - ce que j’approuve chaleureusement - et surtout à l’utilisation de la biomasse et d’autres matières premières n’ayant pas d’effet de substitution dommageable comme c’est actuellement le cas. Dans ce domaine aussi, la Commission doit se joindre à nous pour réfléchir et ne pas renoncer aux objectifs mais plutôt les adapter.

Enfin, je réitère fermement et clairement mon message: aidons les plus déshérités du monde entier, mais également d’Europe, à accéder à une nourriture plus saine malgré cette situation difficile. C’est notre but social-démocrate essentiel.

 
  
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  Thierry Cornillet (ALDE). (FR) Monsieur le Président, les orateurs précédents ont largement débattu le sujet mais enfin, il vaut mieux se répéter que de se contredire.

Lorsque vous avez un dollar par jour pour vivre et que vous consacrez 75 centimes de ce dollar pour vous nourrir, lorsque cette part-là augmente de 40%, vous n'avez plus aucune marge de manœuvre. Il n'est même pas question de reventilation, donc vous réduisez la ration alimentaire, d'où des problèmes de santé, vous envoyez moins vos enfants à l'école parce que ça coûte et qu'il faut d'abord les nourrir et vous avez bien naturellement tous les problèmes sociaux qui s'y rattachent.

C'est très exactement le problème humain ramené à l'individu que nous rencontrons. Les raisons ont été largement évoquées. Je pense qu'il faut éviter d'avoir une lecture idéologique de ces raisons, parce qu'elles ne peuvent pas avoir qu'une lecture univoque. Certes, les biocarburants peuvent être une cause mais, M. Daul l'a dit, c'est 2% de la production, 1% des surfaces, alors ne surdimensionnons pas le topinambour.

Les changements climatiques ne sont pas nécessairement néfastes partout, même s'ils ont des conséquences néfastes dans certains pays. Quant au changement d'habitudes alimentaires, moi je considère que c'est plutôt une bonne nouvelle de savoir qu'une partie de l'humanité mange mieux qu'avant. Et quant à la spéculation, bien sûr que nous devrions trouver les moyens d'empêcher des capitalistes occidentaux de faire l'argent que ne font surtout pas des producteurs de riz du Vietnam, bien entendu.

Donc, ce problème d'argent va se résoudre. Nous trouverons bien sûr les 315 millions d'euros qui s'ajouteront aux 2,9 milliards qu'a le PAM. Mais la vraie solution, et M. le commissaire dans son rapport l'a bien dit, la solution est dans les problèmes de production. Il faut impérativement développer l'agriculture, développer la productivité de l'agriculture et particulièrement l'agriculture de l'Afrique, ce qui suppose bien sûr des investissements en recherche dans les hybrides, et cessons de diaboliser les OGM qui peuvent être une partie de la solution.

Il faut investir dans la formation des hommes. C'est M. Dumont qui avait dit qu'il valait mieux apprendre à pêcher que donner un poisson et je pense que ça peut s'appliquer là aussi. Et surtout des investissements en infrastructures, parce que développer l'agriculture, c'est développer l'irrigation, c'est développer le transport, la possibilité pour une marchandise d'aller du point A au point B pour se vendre, développer le stockage et développer la chaîne du froid, si l'on veut exporter ladite marchandise.

C'est donc une mobilisation de tout le monde et pas seulement des fonds humanitaires. Tous les instruments d'intervention, le FMI, la Banque mondiale, la BAD et d'autres, doivent être mobilisés pour remettre l'agriculture au cœur de la stratégie du développement. C'est l'occasion aussi pour nous de repenser la sécurité alimentaire dans l'intervention humanitaire. Ayons l'humilité de savoir que des années d'assistance humanitaire n'ont pas suffi à réduire la dépendance. Il faut donc s'interroger peut-être sur l'aide humanitaire pour se donner bonne conscience. Là non plus, pas de lecture idéologique. Interrogeons-nous sur les causes externes, la concentration des populations, les catastrophes naturelles, la déperdition du capital humain avec le VIH et le sida et, surtout, sur les liens entre mauvaise gouvernance et conséquences humanitaires.

 
  
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  Janusz Wojciechowski (UEN). – (PL) Monsieur le Président, il n’y a pas si longtemps, la principale préoccupation de l'Union européenne était la surproduction alimentaire et nos débats se concentraient principalement sur la question de savoir comment produire moins. Découpler les subventions de la production, supprimer les primes à l’exportation et maintenir les quotas de production, toutes ces mesures ont contribué à limiter le potentiel de l’agriculture européenne.

La réalité a vérifié cette politique. Les premiers signes de crise alimentaire sont apparus plus rapidement que l’on ne l’imaginait. Les produits alimentaires deviennent plus chers, nous produisons nous-mêmes de moins en moins d’aliments et les importations deviennent de plus en plus chères et de moins en moins sûres. Cette situation résulte principalement de cette politique, qui consiste à persuader le secteur agricole de produire moins.

Nous devons changer radicalement notre approche de la politique agricole. Nous devons reconnaître que l’agriculture est l’un des piliers de la sécurité européenne. Avec la sécurité physique et la sécurité énergétique, la sécurité alimentaire est un pilier sécuritaire fondamental aussi bien pour les populations que pour les États et pour chaque individu. Cessons de déraisonner avec l’agriculture. Reconnaissons-la comme un pilier de notre sécurité et appliquons ce principe en la soutenant de manière à ce que la sécurité alimentaire de l’Europe soit garantie et que la nourriture soit accessible à tous.

 
  
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  Claude Turmes (Verts/ALE). – (EN) Monsieur le Président, les biocarburants ne sont pas la principale cause de cette crise. Cependant, encourager en un tel moment la production de la première génération de biocarburants, qui sont inefficaces, n’est pas un bon choix politique. Alors imposer 10 % de biocarburant est un mauvais choix politique.

Nous devrions nous rappeler l’origine des biocarburants. Il s’agissait d’un compromis entre la pression du secteur de l’automobile sur la Commission pour l’inciter à être moins ambitieuse en matière d’efficacité des voitures et à acheter ou à compenser cette politique moins ambitieuse par une cible plus exigeante en matière de biocarburants. Ceci perpétue un mythe, à savoir que dans un monde où des millions de jeunes Chinois et de jeunes Indiens rêvent également d’avoir une voiture, nous suggérons que l’on peut continuer à construire d’énormes berlines fonctionnant avec des biocarburants.

Ceci est matériellement impossible sur une planète dont les ressources sont limitées. C’est pourquoi je demande instamment à la Commission de reconsidérer cette question. Soyez plus ambitieux en matière d’efficacité des automobiles. Nous devons passer d’une politique unidimensionnelle des biocarburants à une politique holistique d’énergie à partir de la biomasse, et concentrer la biomasse là où son efficience est maximale, c’est-à-dire dans l’électricité et la production de chaleur. D’ailleurs, ceci revient moins cher que d’utiliser des biocarburants qui sont inefficients.

 
  
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  Dimitrios Papadimoulis (GUE/NGL). – (EL) Monsieur le Président, d’après les Nations unies, la hausse des prix, tel un véritable raz-de-marée, menace de famine plus de 40 pays et plus de 100 millions de personnes. Mesdames et Messieurs les membres de la Commission et du Conseil, elle affecte également les défavorisés de l'UE beaucoup plus rapidement que l’inflation générale. C’est pourquoi vous devez passer des constatations à une intervention publique coordonnée. Nous ne sommes pas une institution théorique dont la seule responsabilité est l’analyse. Une action coordonnée est nécessaire au niveau européen. Le Conseil de sécurité des Nations unies doit également être convoqué d’urgence.

Vous devez cessez de sous-évaluer constamment la PAC. Vous devriez changer votre politique en matière de biocarburants, et veiller à ce que les prix des produits alimentaires cessent d’être le jouet d’un marché non contrôlé et de la poursuite du profit.

 
  
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  Koenraad Dillen (NI). – (NL) Monsieur le Président, on peut lire aujourd'hui à la une du quotidien français Le Monde: «Pour un euro, tu n’as plus rien». La hausse des prix des produits alimentaires, l’inflation et la flambée du prix du pétrole dévorent les budgets familiaux. Les conséquences sociales de la récession se font de plus en plus sentir. L’analyse du Monde vaut sans aucun doute pour d’autres États membres également. Certains orateurs ont déjà fait remarquer, dans le cadre de ce débat, qu’on oublie trop souvent que le problème du pouvoir d’achat est également un problème pour l’Europe. Nous sommes - y compris moi-même - pour la solidarité avec le tiers-monde. Mais comme le dit le vieil adage: charité bien ordonnée commence par soi-même. Si nous l’oublions, les Européens risquent à nouveau de tourner le dos à une politique qu’ils ne comprennent pas, surtout si elle ne s’adresse pas directement à eux.

Nous l’avons bien entendu: la Commission contrôle la situation. La Commission a alloué des centaines de millions d’aide d’urgence aux populations les plus affectées. Nous ne pourrions qu’applaudir à tous ces gestes de bonne volonté, si ce n’était le fait qu’une fois encore ils attestent de cette maladie typiquement européenne du Kurieren am Symptom. À ce stade, je voudrais mettre en lumière deux paradoxes. La Commission dit qu’elle fait tout ce qu’elle peut pour mettre fin au déclin du pouvoir d’achat. Mais comment allez-vous expliquer aux Européens que vous voulez maintenir le pouvoir d’achat, quand ils sont les seuls qui devront lever 200 euros par famille et par an pour financer un ambitieux plan climatique? Comment avez-vous l’intention de développer les biocarburants pour satisfaire nos besoins énergétiques tout en luttant contre les pénuries alimentaires? Ce ne sont que deux des éléments d’un débat majeur auxquels on prête trop peu d’attention.

 
  
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  Andreas Schwab (PPE-DE). – (DE) Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, Mesdames et Messieurs, la discussion est déjà bien avancée. Je voudrais donc me concentrer sur deux points. Je pense que M. Schulz a parfaitement raison de souligner que les marchés - notamment les marchés de capitaux et d’investissement - ont réagi très fortement aux incertitudes croissantes, non seulement à la crise des subprimes, et pas seulement en Europe ces derniers mois, et que de nombreux investisseurs se sont donc tournés vers des investissements à plus long terme et plus fiables. En fin de compte, ceci a des conséquences réellement dramatiques pour les consommateurs dans le monde entier parce que les prix des produits alimentaires, entre autres, ont également fortement monté.

En observant les fonds de matières premières, par exemple, on s’aperçoit que certains ont fait jusqu’à 30 % de profit ces dernières années. Toutefois, un monde où nous commençons par gonfler nos prix, où le marché de capitaux fait monter les prix des matières premières et des produits alimentaires et où nous essayons ensuite de nouer des liens de solidarité avec les nations d’Afrique australe et d'Amérique du Sud afin d’y expédier des produits devenus forcément plus chers, ne correspond pas à notre idée d’un monde équitable ni, évidemment, d’une politique durable.

Certes, nous devons essayer d’appeler la BCE et les marchés internationaux de capitaux à faire tout ce qu’ils peuvent pour restaure la confiance dans les opportunités existantes d’investissement conventionnel pour que les investisseurs se tournent à nouveau vers ces stratégies, vers ces opportunités d’investissement. Malheureusement, M. Schulz n’a donné aucune indication concernant la manière d’arriver à ce but. Je ne pense pas que nous en sommes incapables, je ne crois pas que nous soyons complètement dépourvus d’opportunités, mais je pense que nous devons avant tout créer l’impression que la Banque centrale européenne joue un rôle central dans cette affaire.

Mon deuxième point est que je pense que nous devons nous garder d’un alarmisme disproportionné. Bien sûr, la hausse des prix des produits alimentaires est substantielle, pour le moment - notre collègue l’a souligné - elle est même d’une ampleur considérable pour les consommateurs européens et elle provoque des coupes sombres dans les budgets. Néanmoins, je pense qu’il nous incombe de recommander ici au Parlement également un traitement réaliste solidement fondé - certains collègues en ont aussi parlé - avec les différentes sources d’énergie, si nous voulons réellement que ces objectifs soient les nôtres.

 
  
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  Josep Borrell Fontelles (PSE). – (ES) Monsieur le Président, une crise financière et immobilière au Nord et une crise alimentaire au Sud viennent de révéler brutalement toutes les contradictions d’une mondialisation déréglementée.

Tout à coup, les marchés ont commencé à spéculer sur les produits alimentaires, parce que les marges de profit sont énormes. Quand le prix du riz passe de 400 à 1 000 dollars en sept semaines, aucun volume de biocarburants ne peut justifier cette hausse massive. C’est purement et simplement le marché, le sacro-saint marché, qui, ayant spéculé sur le logement et ruiné des millions de personnes endettées, spécule maintenant sur les produits alimentaires, parce que c’est là qu’on peut faire de l’argent: 1 000 dollars pour une tonne de riz!

Ceci n’a rien à voir avec un problème rationnel structurel pouvant s’expliquer par une augmentation de la demande chinoise ou par une diminution de l’offre due à la sécheresse.

Notre monde a besoin d’un peu moins de marché et d’un peu plus de règlementation. La mondialisation ne peut continuer à progresser en assénant des coups qui provoquent des catastrophes telles que celles-ci; elle doit être gouvernée, et gouverner la mondialisation signifie désormais, entre autres, renforcer les capacités de production agricole de l’Afrique.

Comme l’a dit le commissaire à très juste titre, un continent comme l’Afrique ne peut importer des produits alimentaires. L’Afrique doit être auto-suffisante et pour y parvenir nous devons changer de nombreuses politiques pour permettre aux Africains d’améliorer leur productivité et les aider à faire ce qu’ils savent et peuvent faire, et ce qu’ils feraient s’il n’y avait les conditions du marché - toujours le marché - cette frénésie de compétitivité à tout prix qui a entraîné de gigantesques tragédies humaines.

Haïti importe 80 % du riz qu’elle consomme. Or il y a quelques années, elle était entièrement auto-suffisante. Pourquoi importe-t-elle tout à coup du riz produit aux Etats-Unis et qui est fortement subventionné? Pourquoi l’avons-nous mise dans cette situation d’extrême dépendance? Il est vrai que les biocarburants ont provoqué une hausse du prix du maïs américain. Si 30 % de la production est détournée, il va de soi que les prix vont fluctuer.

Toutefois, ce n’est pas à cause des biocarburants que le prix du blé a changé: un volume de 1 % ne peut être à l’origine de tels changements. Nous ne pouvons pas arrêter le développement technologique de ce qui est désormais une alternative - la seule, peut-être - aux carburants liquides. Évitons une diversion excessive, mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain, ne cherchons pas des boucs émissaires à des problèmes qui ne sont pas dus à des changements technologiques ou à des variations de la demande, mais à des mouvements spéculatifs que le monde ne devrait pas autoriser et que nous devrions combattre, avec toutes les forces politiques.

 
  
  

PRÉSIDENCE DE M. BIELAN
Vice-président

 
  
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  Niels Busk (ALDE). – (DA) Monsieur le Président, depuis son introduction en 1957, la politique agricole commune nous fournit des produits alimentaires en abondance à des prix raisonnables. Mais les consommateurs sont maintenant confrontés à de très fortes augmentations de prix du pain et du lait dues à la croissance de la demande, notamment parce qu’il y a eu plusieurs années de très médiocres récoltes dans le monde. Les Européens commencent maintenant à le ressentir financièrement, et pour les moins favorisés ceci donne déjà lieu à des situations difficiles. Pour les nations en développement les plus pauvres et pour celles qui dépendent des importations de produits alimentaires, la situation est carrément insoutenable. En revanche, les prix élevés bénéficient aux pays en développement exportateurs de produits alimentaires, qui voient leurs revenus augmenter.

Je voudrais souligner le fait que nous devrions faire une distinction entre pénuries alimentaires et prix élevés. Les pénuries alimentaires sont à prendre au sérieux et nous devons y apporter une réponse. Toutefois, tant qu’un litre de coca-cola coûtera plus cher qu’un litre de lait, je ne pense pas que le prix du lait soit élevé dans une mesure irréaliste. La Banque mondiale estime que la demande en produits alimentaires va augmenter de 60 % d’ici 2030, surtout à cause de la demande accrue de pays comme la Chine et l’Inde, où la demande en produits alimentaires augmente parallèlement à la croissance de la prospérité. N’oublions pas non plus que nos réserves de céréales n’ont jamais été aussi basses depuis 60 ans - les stocks sont descendus aujourd’hui à un niveau critique. Ainsi, une récolte à nouveau médiocre en 2008 pourrait conduire à une pénurie alimentaire que personne n’aurait pu imaginer.

Nous devons prendre la mesure de la gravité de la situation; nous devons négocier, et nous devons saisir les opportunités qui s’offrent à nous. Nous devons trouver le juste équilibre entre la sauvegarde de l’environnement et la nécessité de produire suffisamment de nourriture pour satisfaire la demande. À ce propos, nous ne pourrons pas progresser sans discuter des biotechnologies et sans répondre par des informations objectives à la crainte du public concernant les aliments génétiquement modifiés. À mon avis, les biotechnologies offrent plusieurs solutions potentielles à la situation actuelle. La peur des OGM qui prévaut en Europe a des conséquences complètement absurdes. Au lieu d’importer de la nourriture animale sous forme de soya et de maïs, nous nourrissons nos animaux avec des produits céréaliers qui pourraient être utilisés pour l’alimentation humaine. Tenir les biocarburants pour responsables de l’augmentation des prix alimentaires doit également être le résultat d’un manque de connaissance des faits, car les plantes vivrières ne sont généralement pas utilisées pour fabriquer des biocarburants en Europe.

Nous disposons de nombreux et bons outils. Tout d’abord, nous devrions utiliser le secteur agricole, qui est prêt à relever le défi. Nous devrions développer le secteur agricole au lieu d’avoir tendance à le réduire, comme c’était le but de la politique ces dernières années. Il faut conserver les bénéfices environnementaux que nous avons acquis, mais nous avons de nombreuses possibilités de les préserver tout augmentant la production. Par exemple, la quantité d’engrais à utiliser dans un champ de maïs fait l’objet d’une décision politique. Or ce sont des considérations factuelles et objectives qui devraient, bien évidemment, prévaloir.

 
  
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  Zdzisław Zbigniew Podkański (UEN). – (PL) Monsieur le Président, vers 2050 le nombre d’habitants vivant sur notre planète dépassera neuf milliards. Outre la croissance de la population, nous verrons augmenter la demande de produits alimentaires, déjà insuffisants aujourd’hui et ce, pas uniquement dans les pays tiers, mais dans les pays européens aussi. L’Europe et le monde peuvent s’attendre à une crise alimentaire majeure.

Basée sur des ordres, des interdictions, des quotas et des contingents, la politique agricole commune de l'Union européenne signifie qu’en cas de crise alimentaire certains États sont gagnants tandis que d’autres sont perdants. Seuls quelques pays de l'UE tireront leur épingle du jeu de la crise actuelle. Malheureusement, la grande majorité enregistrera des pertes, notamment la Pologne - il y a peu de temps encore troisième producteur d’aliments de l'UE et qui, dans le passé aurait pu couvrir deux fois les besoins alimentaires de sa population.

Les pénuries alimentaires vont de pair avec l’augmentation des coûts. Selon la Banque mondiale, les prix des produits alimentaires ont augmenté au total de 83 % au cours des trois dernières années; ils montent encore et vont continuer à augmenter.

Le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et les gouvernements de nombreux pays savent que les pénuries alimentaires menacent la sécurité biologique des populations. Suite aux interventions de nombreux représentants, notamment de Pologne, l'Union européenne a libéré 2 900 000 hectares de jachères pour la production de céréales et augmenté les quotas laitiers de 2 %. Ceci n’a cependant pas résolu le problème. La politique agricole à courte vue de l'UE est encore en place. Des usines de transformation sont fermées, des zones de cultures disparaissent, on plante des arbres sur des terres arables et de nombreuses autres mesures qui limitent la production alimentaire sont prises.

Qui nous fournira à l’avenir une nourriture saine et abordable? On peut certes compter sur les producteurs américains, mais leurs produits ne sont pas sains puisqu’ils sont génétiquement modifiés. Alors qu’attendons-nous? Nous savons déjà avec certitude que la politique agricole de l'UE, telle qu’elle est mise en œuvre pour satisfaire les attentes de certains groupes d’intérêt, ne mène nulle part, ou pire, qu’elle mène à une perte de sécurité biologique dans l'UE et à une détérioration de la situation dans le monde. Par conséquent, nous n’avons pas seulement besoin d’une révision de la politique agricole commune, mais également d’une renégociation des Traités conclus et d’une nouvelle solution pour l’avenir.

 
  
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  Marie-Hélène Aubert (Verts/ALE). – Monsieur le Président, l'Union européenne, la communauté internationale, le FMI, la Banque mondiale poussent des cris d'alarme, se mobilisent, et c'est tant mieux, par rapport à cette crise alimentaire, mais se comportent comme des pompiers pyromanes.

En effet, je pense qu'il faudrait quand même dresser le bilan des politiques qui ont été menées depuis maintenant vingt ans au Nord comme au Sud: les plans d'ajustement structurel menés par les grandes institutions financières internationales qui ont conduit à l'affaiblissement des capacités des États à organiser et à réguler leurs propres économies, le désengagement et le désintérêt pour l'agriculture, dans le cadre de l'aide publique au développement, la dérégulation, ça a été dit, la libéralisation précipitée des échanges mondiaux et des flux financiers qui ont conduit à une forme de dumping social écologique, à la spéculation. Ce qui me met mal à l'aise, c'est donc qu'on donne des conseils, des pistes de solution, mais qu'on ne fait pas beaucoup la critique de ce qui a été fait au cours des décennies précédentes.

Donc, plutôt que de parler de sécurité alimentaire, il faudrait surtout permettre aux pays concernés, à l'Afrique notamment, de développer sa propre agriculture, d'organiser ses marchés régionaux et de les protéger, oui, de les protéger d'une certaine façon, comme l'Union européenne l'a fait d'ailleurs quand elle a construit sa politique agricole commune. Pour ce faire, il faut aussi écouter bien davantage les organisations paysannes de ces pays qui prennent des initiatives, qui ont des idées, qui ont des demandes simples qui pourraient être soutenues avec des moyens pas forcément faramineux, mais commençons d'abord par écouter les acteurs de terrain qui proposent toute une série d'initiatives qui mériteraient d'être encouragées et soutenues par l'Union européenne notamment.

 
  
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  Diamanto Manolakou (GUE/NGL). – (EL) Monsieur le Président, plus l’exploitation des travailleurs est impitoyable, plus les richesses s’accumulent entre les mains de quelques-uns. C’est cela, le capitalisme. Les affamés qui manifestent d’Afrique au Moyen-Orient et d’Asie du Sud-Est en Amérique latine, scandent un seul et même slogan: «Nous avons faim!»

Des manifestations ont été réprimées dans le sang en Égypte, en Somalie, au Bangladesh, en Inde et ailleurs. Il y a eu des morts, des blessés et des centaines d’arrestations. À Haïti, déjà occupée par des forces impérialistes, les forces de répression étaient les forces de maintien de la paix des Nations unies, qui ont même tiré sur des enfants. Car l’impérialisme n’est rien moins que l’occupation, l’appropriation et l’assujettissement. La rage des manifestants n’a pas seulement pour cause le prix de la nourriture, de l’essence ou du biocarburant; c’est la protestation des populations contre la pauvreté et la misère, aggravées par la barbarie capitaliste.

Les organisations et associations impérialistes sont préoccupées par les insurrections de la faim; elles appellent à des mesures à peine différentes de celles qui font mourir de faim des millions de personnes. Vos mesures sont fragmentaires. Vous ne voulez pas que les besoins humains fondamentaux soient satisfaits, ni que ces mesures les satisfassent, parce que si c’était le cas, vous perdriez des richesses. Il existe une solution: la désobéissance et la résistance réelles, qui conduiront à l’élimination de la barbarie exploiteuse du capitalisme.

 
  
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  Luca Romagnoli (NI). – (IT) Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, je ne suis pas d’accord avec ce qui a été dit sur la flambée des prix. Que l’on puisse avoir l’idée de nourrir les pays en développement en leur faisant cultiver des plantes pour en faire du carburant plutôt que de la nourriture me semble absurde. Je suis absolument contre le lobby pro-OGM, parce que les biocarburants sont une chose et les produits alimentaires une autre chose; ce qui me préoccupe surtout c’est le monopole extra-européen sur les brevets et les semences, qui rend de nombreux agriculteurs fortement dépendants des agriculteurs américains et européens.

À mon avis, la hausse des prix n’est due ni au changement climatique ni à la cherté du carburant, qui a certes un impact, mais pas aussi fort que les gens le disent; il faut rappeler, entre autres, que nous bénéficions d’un taux de change euro/dollar favorable. Je suis convaincu au contraire qu’elle est due à la spéculation pratiquée par le secteur de la distribution, surtout les gros détaillants, sinon comment expliquer qu’en Italie les prix des produits agricoles ont peu changé au cours des sept dernières années et certainement très peu en comparaison de l’augmentation des prix à la consommation?

En Italie, les grands distributeurs multinationaux aussi bien que les coopératives pratiquent une stratégie de cartel extrêmement spéculative aux dépens des consommateurs. Le pouvoir d’achat se sera restauré, je pense, que moyennant un moratoire sur les prix à la consommation. Je suis d’accord: moins de marché, moins de concurrence et moins de mondialisation pour favoriser la productivité et la consommation. En conséquence je voterai contre la déclaration du Conseil et de la Commission.

 
  
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  John Bowis (PPE-DE). – Monsieur le Président, pendant 30 ans le monde a connu une relative stabilité au plan alimentaire, mais cette période vient de prendre fin. C’est une fin spectaculaire et brutale, une fin choquante aussi. Nous avons assisté à des émeutes de la faim, nous avons entendu parler de Haïti où 20 personnes ont été tuées, et des prix du riz, des haricots, des fruits, qui ont augmenté de 50 % en un an.

Bien sûr, le problème est dû en partie à l’augmentation de la population: depuis que je suis né, le nombre d’habitants de la planète est passé de deux milliards et demi à six milliards et demi. Nous n’y pouvons pas grand-chose. C’est aussi en partie une conséquence de la nouvelle richesse de pays comme la Chine où, pour citer un exemple, la demande de chocolat augmente de 15 % par an, ce qui est insoutenable pour l’offre. Nous n’y pouvons pas grand-chose non plus.

C’est en partie la faute du changement climatique, de la désertification, des changements de la grille des précipitations, de la récurrence des inondations et ainsi de suite, et nous essayons de faire quelque chose dans ce domaine. Nous avons élaboré un paquet de mesures pour traiter ce problème et naturellement nous avons les mesures dont le commissaire nous a parlé aujourd'hui: aide alimentaire et soutien à l’agriculture des pays les plus défavorisés.

C’est en partie la faute, aussi, du «rush» vers les biocarburants: la proposition de l'UE de passer à 10 % de biocarburant dans le carburant utilisé dans les transports; en Amérique, 30 % des récoltes de maïs vont maintenant à l’éthanol, ce qui réduit les terres disponibles pour la production alimentaire et fait monter le prix de la farine de maïs.

Dans ses déclarations, Jean Ziegler a mis en lumière les conséquences de ce crime contre l’humanité. C’est peut-être exagéré, mais il y a un élément de vérité, et il est certainement vrai que nous devons nous tourner vers les biocarburants de deuxième génération. Nous devons envisager des biocarburants d’origine forestière plutôt que liquides pour les transports. Nous devons rendre la production des biocarburants durable. Si nous procédons ainsi - en renonçant à la monoculture - alors les biocarburants pourraient faire partie de la solution. Mais pour le moment, ils risquent fort de constituer une partie du problème.

 
  
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  Luis Manuel Capoulas Santos (PSE). (PT) Nous savons tous que l’Europe et le monde ont été pris a dépourvu par un problème dont l’ampleur et les conséquences économiques et humanitaires exigent une approche et une réponse multiformes à l’échelle européenne et internationale. Il ne s’agit manifestement pas d’une question agricole, mais c’est un problème qui ne se résoudra pas sans l’agriculture.

Nous sommes tous au courant des différentes causes, mais nous sommes loin de savoir la contribution de chacune de ces causes à la situation actuelle: nette augmentation de la demande, biocarburants, simple coïncidence de mauvaises récoltes dans plusieurs régions du monde, conséquences du changement climatique, spéculation pure suscitée par les causes ci-dessus? La Commission doit prendre des mesures pour nous donner rapidement des réponses détaillées à ces questions. De plus, il faut ajouter à ceci l’importance d’approfondir et d’accélérer le débat ajourné sur le bilan de santé et les négociations à l’OMC.

En tant que décideurs politiques, cette crise nous oblige à répondre à certaines questions, dont la suivante, que je souligne: le modèle libéral qui a été progressivement appliqué à la politique agricole commune est-il assez efficace pour traiter ce type de problème? Comment pouvons-nous produire plus sans mettre en danger la durabilité des ressources et quelles autres solutions peut-on trouver, surtout en matière d’alimentation animale? Quels nouveaux mécanismes d’intervention devrions-nous adopter pour empêcher le remplacement des stocks publics stratégiques par des réserves spéculatives privées? Les priorités de coopération politique de l'Union européenne avec les institutions internationales sont-elles les bonnes?

Nous devons agir rapidement pour éviter d’être pris au dépourvu de manière encore plus soudaine ou par des situations encore plus graves. Les socialistes et notamment ceux qui sont impliqués dans les questions agricoles, sont conscients de leurs responsabilités et sont prêts à participer à ce débat et à contribuer à la recherche de solutions efficaces à ce qui pourrait rapidement devenir le problème mondial le plus important.

 
  
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  Andrzej Tomasz Zapałowski (UEN). – (PL) Monsieur le Président, l’accroissement de la population mondiale et la demande en produits de meilleure qualité dans les pays développés a conduit à une flambée des prix des produits alimentaires. Nous aurions pu prévoir cette hausse. Nous ne devrions pas en être si surpris. Ce problème ne peut que s’aggraver, puisque la population va continuer à augmenter et que les habitants des pays développés vont rechercher de la bonne nourriture sans contamination génétique, ce qui coûtera nettement plus cher.

Pendant ce temps, au lieu de nous demander comment nous pourrions faire baisser les prix de l’alimentation dans l'UE, nous subventionnons une agriculture coûteuse dans les anciens pays, alors que dans les nouveaux États membres nous ne soutenons que dans une mesure limitée la production moins chère de produits alimentaires sains, ce qui ne va pas manquer de limiter toute croissance de la production dans ces pays. L’Europe se trouve face à une excellente occasion d’équilibrer le solde négatif du commerce extérieur avec des pays comme la Chine et l’Inde, puisque le niveau de vie dans ces pays s’améliore progressivement et que le nombre d’habitants y augmente rapidement et régulièrement: ils vont avoir besoin de beaucoup plus de produits alimentaires.

 
  
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  Horst Schnellhardt (PPE-DE). – (DE) Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, Mesdames et Messieurs, nous avons deux rapports concernant la discussion d’aujourd'hui. Premièrement, il y a eu de violentes manifestations contre la hausse des prix des produits alimentaires à Haïti, au Bangladesh, en Égypte et dans d’autres pays. Deuxièmement, les agriculteurs européens manifestent contre la chute des prix dans le secteur laitier. Selon toute apparence, ces deux rapports sont contradictoires, mais ils se rejoignent et prouvent que cette crise présente de multiples facettes. Il nous faut un paquet de mesures, car la tentation de recourir au protectionnisme par le biais des producteurs d’aliments et des chaînes de vente au détail est un aspect qui devrait être pris sérieusement en considération et une politique doit être déterminée d’abord dans ce domaine.

Contrairement à M. Borrell, je ne pense pas que nous devrions réglementer, mais que nous devrions créer les conditions d’une plus forte concurrence. C’est le point crucial! Je ne vois donc pas la connexion souvent citée entre les prix des produits alimentaires et la culture de matières premières renouvelables. Ceci est disproportionné et non ciblé. Le fait est que la demande de produits alimentaires a augmenté, notamment en Chine et en Inde. Nous ne pouvons l’éviter, mais néanmoins nous devons constater qu’il n’y a pas encore de pénurie alimentaire pouvant justifier cette hausse des prix.

Toutefois, je pense réellement que nous devons introduire des mesures pour augmenter la production alimentaire. L’octroi de prestations à nos agriculteurs devrait donc être augmenté en ce sens. Je pense que la révision de notre politique agricole est une erreur; elle doit être développée davantage - c’est un principe important.

Cependant, nous devrions également examiner notre législation pour voir si elle est bien compatible avec une augmentation de la production. Nous avons une masse de règlements qui restreignent l’utilisation des engrais et des pesticides, qui créent des obligations et des contraintes dans la directive-cadre sur l’eau. Or celles-ci, aujourd’hui, ne causent pas d’augmentations de prix. Dans ce domaine, là encore, nous devrions réfléchir quant à savoir si des développements importants sont nécessaires.

La question de la jachère doit également être approfondie, bien sûr. La jachère doit être abolie. Nous devrions cultiver des produits alimentaires dans ces zones.

 
  
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  Alain Hutchinson (PSE). (FR) Monsieur le Président, face à la crise alimentaire actuelle, la Commission européenne vient d'annoncer qu'elle renforcerait significativement son aide alimentaire d'urgence. C'est très bien mais c'est aussi, et surtout, en se focalisant sur ces causes structurelles que la Commission montrera qu'elle a saisi toute l'ampleur de la crise et qu'elle reconnaît que sa responsabilité et celle de l'Union sont clairement engagées dans ce qui arrive aujourd'hui.

Pour nous, socialistes européens, la crise actuelle ne relève pas de la fatalité, elle n'est que le résultat de choix politiques très clairs qui sont pris par les pays du Nord en général dans toute une série de domaines. Car il faut quand même bien se rendre compte de ce que, pendant que l'on s'émeut des émeutes de la faim, à juste titre d'ailleurs, la Commission, qui parle de plusieurs voix, continue dans le même temps de subventionner l'exportation de ses produits agricoles au détriment de millions de petits producteurs du sud incapables de concurrencer ces produits.

Il faut savoir aussi que certains, au sein de l'Union européenne, diminuent les montants de leurs aides publiques au développement alors que l'on ne cesse de promettre et de proclamer le contraire. Il faut savoir encore que la Commission continue de tenter d'imposer aux pays ACP les plus pauvres du monde, des accords dits de partenariat économique dont ils ne veulent pas, tant il leur paraît évident qu'ils contiennent les germes d'autres crises à venir.

La liste est encore longue des décisions que l'Union et la Commission européenne ne cessent de prendre et qui sont en contradiction flagrante avec les objectifs affichés en matière de coopération au développement. Que dire en outre du système, de notre système, dans lequel le riz ou le blé deviennent des valeurs-refuges? Est-il vraiment normal de voir des banques européennes proposer à leurs clients des produits de placement spéculant sur la hausse des cours des matières premières et agricoles?

Par ailleurs, acceptons-nous sans réagir que, pour rouler proprement et les yeux rivés sur nos espaces verts, nous affamions des millions de personnes? Nous ne l'acceptons pas. C'est d'ailleurs pour cela que nous en appelons à une plus grande cohérence entre les différentes politiques de l'Union européenne et que nous plaidons de toutes nos forces auprès de la Commission et de M. Barroso pour que l'on arrête cette course folle aux biocarburants en œuvrant à l'application d'un moratoire, à l'instar de ce qu'a proposé Jean Ziegler aux Nations unies, à la fois sur leur utilisation et leur production, tant qu'ils entreront en concurrence avec l'alimentation.

Je voudrais terminer en disant à mon collègue Thierry Cornillet que la citation du poisson est de Mao Tsé Toung et pas de René Dumont.

 
  
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  Maria Martens (PPE-DE). – (NL) Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, Mesdames et Messieurs, il a été dit que chaque jour environ 850 millions de personnes souffrent de la faim ou sont sous-alimentées. Chose curieuses, la majorité de ces personnes vivent à la campagne et, le croiriez-vous, elles produisent elles-mêmes des aliments. C’est vraiment bizarre. Il y a là quelque chose qui ne tourne pas rond du tout. Nous sommes maintenant confrontés à une vertigineuse augmentation des prix des produits alimentaires. Ceci est dû à divers développements qui ont déjà été précisés. La prospérité croissante en Chine et en Inde et une demande croissante de produits carnés, les objectifs européens et américains en matière de biocarburants, les prix énergétiques à la hausse… la liste est longue. Le Programme alimentaire mondial a besoin de sept millions de dollars supplémentaires cette année pour aider le même nombre de personnes que l’an dernier. Les conséquences sont considérables pour les plus pauvres.

De nouvelles stratégies vont être nécessaires, tout d’abord à court terme. Dans un proche avenir, il nous faudra suppléer aux insuffisances du Programme alimentaire mondial. Je me réjouis également des promesses du commissaire de déployer des ressources supplémentaires dans ce but, par exemple en avançant les dépenses en aide alimentaire anticipées pour plus tard cette année et en faisant appel aux réserves d’aide humanitaire.

Toutefois, comme dit un excellent proverbe, mieux vaut prévenir que guérir. C’est pourquoi nous devons tous nous pencher sur les mesures politiques à long terme. Comment pouvons-nous garantir la sécurité alimentaire des pays en développement? Que pouvons-nous encourager et comment pouvons-nous leur donner l’espace nécessaire? Savons-nous laquelle de nos politiques ou de celles du FMI ou de la Banque mondiale soutiennent ou constituent une menace pour la sécurité alimentaire? Pouvons-nous en faire plus par le biais de notre politique agricole? Je voudrais demander à la Commission dans quelle mesure, au cours des dernières années, la sécurité alimentaire figurait dans le programme de travail jusqu’ici, parce qu’après tout la mondialisation n’est pas tombée du ciel.

En ce qui concerne le fait qu’il vaut mieux prévenir que guérir, je voudrais mentionner la bonne formule du Hunger Project, une organisation internationale qui a déjà obtenu d’excellents résultats durables dans plusieurs pays par le biais d’une approche intégrée. Je voudrais également souligner la mise en œuvre de la stratégie commune UE-Afrique. Cette stratégie est axée spécifiquement sur un partenariat pour le développement du secteur agricole africain. J’aimerais savoir quelle action la Commission a entreprise également à cet égard.

 
  
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  Reino Paasilinna (PSE). – (FI) Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, Mesdames et Messieurs, le secteur de l’énergie est aujourd’hui confronté à un défi éthique. L’énergie et le pain sont désormais en conflit l’un avec l’autre. Ceci n’est rien moins que la différence entre prospérité et pauvreté.

Les conséquences de la spéculation sont que le coût des céréales est pratiquement lié au prix du pétrole. Plus celui-ci est élevé, plus les céréales seront utilisées comme carburant, à moins que nous n’intervenions. Aujourd’hui environ 2 % seulement des céréales sont utilisés dans la production de biocarburant, mais ce chiffre est en augmentation. L’organisation pour le développement économique et les Nations unies ont estimé que si le prix du pétrole atteignait 56 dollars, la production de céréales pour l’alimentation diminuerait de plusieurs points de pourcentage et que le prix des céréales, c’est-à-dire de l’alimentation, augmenterait d’environ 10 %. Qu’en sera-t-il si le prix du pétrole continue à monter pour atteindre 100 dollars, niveau auquel il se trouve actuellement ? Nous avons besoin d’urgence de normes et d’accords internationaux, pour que la hausse du coût de l’alimentation puisse être contenue, de même que le passage de l’utilisation des céréales pour fabriquer du pain à l’utilisation des céréales pour fabriquer du carburant pour les 4x4 qui circulent sur nos routes.

Nous pourrions imaginer toutes sortes de scénarios inquiétants, mais il y a quelques bonnes nouvelles. La Russie travaille à un plan pour produire de l’énergie renouvelable compétitive pour le marché européen. Ceci veut dire énergie hydroélectrique, l’utilisation de réserves d’eau et de biomasse forestière à grande échelle - en fait, la plus grande échelle du monde.

 
  
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  Karl-Heinz Florenz (PPE-DE). – (DE) Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, je suis fortement d’avis que nous avons un grave problème sur les bras. Toutefois, je conseillerais vivement de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, mais plutôt d’identifier les vraies raisons à l’origine de ce problème.

Je suis assez étonné que ce débat sur les produits alimentaires soit une surprise pour beaucoup de mes collègues. La population mondiale augmente régulièrement depuis les 20 dernières années. Chaque année il y a 80 millions de terriens en plus. Par conséquent ceux qui sont surpris devraient se demander où ils avaient la tête récemment.

Nous devons examiner quels sont les points où nous pouvons faire quelque chose et ceux où ne pouvons probablement rien faire. Je pense que l’un des sujets désagréables est celui de la spéculation internationale du marché d’actions sur les céréales et le cacao. Les marchés boursiers drainent des actifs énormes et maintenant les spéculateurs s’y engouffrent au lieu d’investir dans les matières premières. Naturellement ceci entraîne une hausse des prix et de la souffrance humaine. À propos, les éleveurs de bétail européens sont également affectés. Nous devons prendre des mesures énergiques dans ce domaine.

Les allègements fiscaux pour exportation est cher à nos cœurs et tout le monde dit que cette facilité doit maintenant être abolie. C’est ce que nous avons d’ailleurs déjà fait, ils expirent en 2013. Toutefois, nous ne devrions pas oublier de dire aux États-Unis que de leur côté ils doivent supprimer leurs subventions aux produits alimentaires, car ce ne sera que lorsque nous le ferons ensemble que l’instrument fonctionnera. S’il fonctionne, alors nous devrons guider la politique et la production agricole dans les pays difficiles du monde. Pour cela, il nous faut nouer des relations politiques stables dans ces pays. La mauvaise gestion est décevante pour de nombreux agriculteurs, les droits de propriété ne sont pas clairs, d’énormes impôts de base doivent être payés à des gouvernements corrompus. Il y a malheureusement des conflits raciaux et il n’y a pas d’égalité du tout en ce qui concerne les semences et les tracteurs. Comment un agriculteur - je le suis moi-même - peut-il cultiver s’il n’a pas de semences? Nous devons nous pencher sur ce problème.

Je pourrais envisager la nécessité d’une politique agricole étrangère européenne. L'Union européenne doit peser de tout son poids dans l’équation afin de remédier à ces lacunes.

 
  
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  Bernadette Bourzai (PSE). (FR) Monsieur le Président, Monsieur le représentant du Conseil, Monsieur le Commissaire, mes chers collègues, je tenais d'abord à souligner la gravité de la crise alimentaire et ses conséquences dramatiques en termes d'aggravation de la pauvreté et des famines pour les populations des pays en voie de développement.

Mais les populations les plus défavorisées des pays occidentaux, dont nous sommes, sont également touchées par la hausse des prix alimentaires et souffrent depuis des mois de la montée des prix au quotidien. Il faut apporter une réponse d'urgence à cette situation mais aussi des réponses adaptées à plus long terme via une véritable réorientation de la politique agricole commune vers une politique d'aide au développement et une politique commerciale à l'OMC permettant d'éviter les abus de position dominante de la grande distribution en Europe et les spéculations sur les produits alimentaires, car l'agriculture n'est pas un secteur économique comme les autres. Les risques de famine et de déstabilisation sociale et politique sont trop grands et je rappelle que le droit à l'alimentation est le premier droit de l'homme. On ne peut pas livrer l'agriculture aux seules règles du marché, et aujourd'hui, aux spéculateurs à la recherche de valeurs refuges après la crise immobilière et la crise des matières premières énergétiques et minérales.

On doit donc se doter d'outils de régulation des marchés, de politiques publiques agricoles et alimentaires solides et cohérentes et reconstituer dès que possible des stocks d'intervention pour pouvoir réagir à ce genre de situation d'urgence. On doit aussi donner la priorité à la production agricole destinée à l'alimentation et aux cultures vivrières dans les pays en voie de développement par rapport aux productions non alimentaires et notamment aux agrocarburants.

 
  
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  Gunnar Hökmark (PPE-DE). – (SV) Monsieur le Président, la crise alimentaire à laquelle nous sommes confrontés en ce moment menace de reporter l’humanité une décennie en arrière en termes de pauvreté et risque de causer de l’instabilité et de la misère humaine dans une grande partie du monde.

Je pense qu’il est important de le souligner, et aussi de constater que nous, dans le secteur de l’agriculture, nous n’avons pas connu le même développement rapide que celui des autres parties de l’économie mondiale qui ont été mondialisées. Ce que nous voyons, c’est l’échec des marchés agricoles réglementés, l’insuffisance de libre-échange et une réglementation qui interdit aux agriculteurs d’exploiter leurs terres. Il est clair que, si nous en avons la volonté, nous pouvons également décider de nous attaquer aux nombreux problèmes ardus qui nous assaillent actuellement. Dans le cadre du combat pour un meilleur climat, utiliser plus largement les terres disponibles à la surface du globe est une bonne chose.

Augmenter les récoltes est positif aussi bien pour les biocarburants que pour l’alimentation. Toutefois, en même temps, ceci offre la possibilité d’ouvrir les portes au développement économique dans le monde en développement. Parallèlement, ceci donne à l’Europe l’opportunité d’ouvrir la voie à un secteur agricole plus dynamique et plus ouvert.

Toutefois, la réponse à ces problèmes ce n’est pas plus de règlementation et plus de subventions. Au contraire, elle se trouve dans une plus grande liberté pour les agriculteurs européens et les agriculteurs du monde entier de produire les aliments et les biocarburants dont le monde a besoin. C’est-à-dire une agriculture plus libre, des agriculteurs plus libres et le libre-échange.

Si nous parvenons à atteindre ce but, nous pourrons aussi faire davantage de progrès dans les négociations internationales de Doha, les négociations de libre-échange, tout en travaillant, en même temps, en faveur d’un meilleur climat et d’un monde meilleur.

 
  
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  Csaba Sándor Tabajdi (PSE). – (HU) Monsieur le Président, les tensions sociales en Europe, la catastrophe humanitaire sur d’autres continents et l’effet des hausses de prix des produits alimentaires en Europe, qui affectent principalement les zones urbaines défavorisées, touchent maintenant également les classes moyennes. Sur le continent européen, il y a environ cent millions de personnes pauvres dans l’Union, et en Hongrie il y a environ trois millions de personnes qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté et dont la situation difficile est aggravée par l’effet conjugué de la hausse des prix des produits à base de fruits et des pénuries de viande. Les programmes de l'UE déjà en place, comme les programmes «lait scolaire» et «fruits scolaires», sont donc extrêmement importants. La crise actuelle montre que nous avons besoin d’une nouvelle politique agricole pour 2013. L'UE doit produire la majeure partie de ses produits alimentaire, des produits de bonne qualité, et elle doit également aider les pays tiers en leur transmettant le savoir-faire, en y transférant les connaissances nécessaires au développement de la production agricole, pour que ce problème mondial d’austérité en aggravation constante puisse être résolu. Merci de votre attention.

 
  
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  José Albino Silva Peneda (PPE-DE). (PT) Monsieur le Président, l’augmentation de la demande des économies émergentes, la flambée des cours du pétrole et le changement climatique sont autant de facteurs qui ont contribué à la hausse des prix des produits alimentaires partout dans le monde. Cependant, ces facteurs n’expliquent pas tout. La hausse chaotique des marchés financiers a contribué à favoriser la spéculation, attisée par les rendements offerts par les fonds de matières premières. La preuve en est l’augmentation, non seulement des prix des produits alimentaires, mais également des cours du nickel, de l’argent et de l’or.

Les prix des produits alimentaires se sont envolés de 83 % depuis 2005, ce qui, conjugué au pourcentage élevé de leur revenu que les plus pauvres consacrent à leur alimentation, signifie que nous sommes face au plus important facteur d’accroissement de la pauvreté et de l’inégalité. Mais plus grave encore, il se peut que nous soyons à la veille d’une tragédie mondiale aux proportions incalculables, qui pourrait entraîner une famine mortelle pour des millions de personnes.

Le Fonds monétaire international avait lancé un avertissement concernant cette situation en déclarant que si les prix des produits alimentaires restaient à leurs niveaux actuels, plus de 100 millions de personnes pourraient en mourir, dont une majorité en Afrique. Une intervention internationale concertée est nécessaire d’urgence pour accélérer l’apport de l’aide aux plus indigents, parce qu’il y va de la vie de millions de personnes. Mais ceci ne suffit pas! Il faut créer des mécanismes de réglementation du commerce international et de supervision efficace des marchés financiers pour prévenir les opérations de spéculation qui ne bénéficient qu’à une petite minorité aux dépens de centaines de millions de personnes pauvres et sans défense. L'Union européenne a le devoir de prendre la tête de ce processus au niveau mondial, car ce n’est qu’au moyen d’une telle initiative que l’objectif consistant à éradiquer la pauvreté et à promouvoir la paix dans le monde entier cessera d’être une utopie.

 
  
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  Riitta Myller (PSE). – (FI) Monsieur le Président, si nous accordions aux forces du marché plus de liberté pour opérer sur les marchés des produits alimentaires sans règlement, comme cela a été proposé ici, je ne pense pas que les personnes défavorisées des pays en développement s’en trouveraient mieux. S’il s’avère que l’origine de la crise alimentaire est liée aux spéculateurs des marchés boursiers, le capitalisme mondial va tout droit à la crise morale.

Certains ont parlé ici de biocarburants et de la manière dont ils sont en concurrence pour les terres avec la production alimentaire. Certains ont déclaré ici que cette concurrence n’a pas été très vive, du moins jusqu’ici. Néanmoins, le problème nécessite une analyse minutieuse, même si nous ne devons pas en tirer des conclusions hâtives.

Nous avons besoin de carburants pouvant être produits à partir de sources renouvelables, mais naturellement pas d’une manière qui prive d’espace la production d’aliments. Différent pays et instituts de recherche dépensent actuellement des sommes considérables en recherche sur les biocarburants de deuxième et troisième génération. Ces carburants ne sont pas en concurrence avec la production alimentaire. On estime que la nouvelle génération de carburants arrivera sur le marché d’ici quelques années. Il n’y a pas de raison d’empêcher la recherche dans ce domaine. C’est pourquoi nous avons besoin d’établir des critères précis de durabilité pour les biocarburants et de produire des biocarburants de deuxième et troisième génération de manière durable.

 
  
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  Anna Záborská (PPE-DE). – (SK) En cherchant une solution aux problèmes tels que celui dont nous discutons aujourd'hui, nous devrions tout d’abord faire une pause pour réfléchir à leurs causes. L’évolution démographique, la traite des êtres humains, le réchauffement planétaire, le cancer ou le terrorisme ne sont pas apparus par hasard ni du jour au lendemain, pas plus que ce problème de hausse des prix des produits alimentaires.

De même, en nous penchant sur la hausse des prix des produits alimentaires et son impact sur la population, nous avons le plus souvent tendance à remédier aux effets sans penser aux causes. Mais la vérité, c’est que nous ne pourrons empêcher la crise de s’aggraver que si nous nous attaquons à la racine du problème. En traitant la hausse des prix des produits alimentaires et les crises alimentaires qui sévissent dans certaines régions du monde nous devons également traiter les questions de la qualité et de la quantité des produits alimentaires, qui sont l’un des aspects fondamentaux de la vie de chaque homme, femme, famille ou nation sur cette planète.

Comment un jeune peut-il se développer physiquement, intellectuellement et spirituellement s’il n’a pas accès à une nourriture adéquate? Comment une mère et un père peuvent-ils pourvoir aux besoins de leur famille s’ils ne peuvent se procurer la nourriture nécessaire? Nous ne devons pas oublier que les pays les plus riches sont ceux qui ont autrefois exploité, souvent sans scrupule, les richesses des pays non développés sans aucune compensation. Ils n’ont pas respecté l’équilibre écologique et aujourd'hui nous pouvons constater l’impact de leurs actions sur les populations les plus pauvres.

Nous n’avons peut-être pas besoin d’aller très loin. Nous devrions nous tourner vers nos institutions, qui jettent chaque jour au rebut des masses de nourriture à cause de règles internes, alors que des gens souffrant de la faim vivent juste à côté. Partout dans le monde, les gens qui ont faim font en général de mauvais partenaires.

 
  
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  James Nicholson (PPE-DE). – (EN) Monsieur le Président, nous avons maintenant un défi supplémentaire à relever: assurer notre approvisionnement alimentaire. Nous avons assisté à une hausse massive des prix des produits alimentaires et cette situation est installée pour une longue période. L’époque de la disponibilité de produits alimentaires bon marché est terminée. J’ai toujours été de ceux qui pensent qu’il n’y a rien de tel que la nourriture à un prix abordable, mais si on retire les céréales de la production alimentaire pour produire de l’énergie, alors on modifie l’équilibre. Ce à quoi nous assistons actuellement n’est que la conséquence de ce bouleversement.

Nous en connaissons tous la raison, mais ce seront les pays qui en ont le moins les moyens qui seront les plus affectés. La jachère est devenue inutile et nous avons maintenant le devoir moral d’encourager nos agriculteurs à produire plus pour prévenir une spirale haussière des prix échappant à tout contrôle et une famine qui pourrait accabler de nombreuses régions du monde.

Nous devons réexaminer le bilan de santé pour nous assurer que nous pouvons répondre à ce changement de situation. Ceci aura un effet aigre-doux sur les agriculteurs et leurs familles. Pendant des années, on s’est moqué de leurs océans de lait et de leurs montagnes de beurre. Où sont-ils aujourd’hui? Ils sont tous partis. En Europe, nous n’avons plus aujourd’hui que 27 jours de réserves de nourriture, comme M. Daul nous l’a dit antérieurement cet après-midi.

Oui, je pense que nous devons examiner la situation concernant les normes pour les OGM. Nous ne pouvons plus ignorer cette question désormais. Nous nous imposons à nous-mêmes trop de règles sans tenir compte du marché. Nous avons imposé tant de contraintes à nos agriculteurs que nombre d’entre eux ont tout simplement renoncé et quitté le métier. Il faut augmenter la production, sinon il y aura un désastre. Nous devons encourager nos agriculteurs à produire ces produits alimentaires supplémentaires. Ce n’était pas prédit, personne ne l’avait prévu, peu importe que certains essaient maintenant de revenir en arrière et de nous dire qu’ils nous avaient prévenus. Ce qui est certain, c’est que le problème est là et que nous devons y faire face.

 
  
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  Albert Deß (PPE-DE). – (DE) Monsieur le Président, Monsieur le Commissaire, Mesdames et Messieurs, les contes de fées commencent généralement par les mots «Il était une fois». Je voudrais aussi commencer mon intervention de cette manière. Il était une fois une organisation mondiale du commerce appelée l’OMC, qui voulait créer un équilibre mondial entre l’offre et la demande grâce à des échanges commerciaux entièrement libres. Elle promit aux populations des pays les plus pauvres une amélioration substantielle de leur niveau de vie et aux peuples des pays riches une nourriture à bon marché grâce à la libéralisation du commerce. Tel est le conte de fées, mais la réalité est un peu différente.

Le libre-échange mondial appliqué à l’agriculture n’est pas la bonne solution pour lutter contre la faim et la pauvreté de manière soutenue. Il faut que la Banque mondiale et l’OMC en aient conscience. Le libre-échange mondial dans l’agriculture n’est favorable qu’à un très petit nombre de conglomérats agricoles, qui exportent des produits alimentaires à partir des pays les plus pauvres sans aucune considération pour la situation alimentaire qui y prévaut. La pauvreté ne peut être combattue efficacement par le biais des échanges agricoles mondiaux. Les populations des régions défavorisées n’ont plus les moyens de payer des prix agricoles élevés et les agriculteurs des régions hautement développées ne peuvent plus produire des aliments à bas coûts parce que ce n’est pas rentable à ce niveau. Les deux parties sont face à une incompatibilité. Quant à savoir si M. Zoellick de la Banque mondiale, M. Lamy de l’OMC et - malheureusement je dois le dire - mon collègue M. Hökmark de mon propre groupe saisissent ces connexions, j’en doute beaucoup. Par conséquent, la situation ne va guère évoluer dans un proche avenir.

En ce qui concerne les prix agricoles en Europe, en 1961 je recevais 26 cents pour un kilo de céréales. Il y a deux ans j’ai reçu huit cents. Les prix agricoles ne peuvent donc être la cause de la hausse des prix alimentaires!

 
  
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  Mihael Brejc (PPE-DE). – (SL) Je crois qu’une restructuration fondamentale de la politique agricole en matière de quotas, d’allocations de quantité, de restrictions et de différents encouragements à ne pas produire d’aliments, est nécessaire. J’aimerais aussi beaucoup savoir combien de terre arable non cultivée il reste encore en Europe. Je soutiens pleinement la déclaration de M. Nicholson, selon laquelle la production agricole en Europe devrait être stimulée et que des encouragements à mettre fin aux limitations dans le secteur agricole devraient être envisagés. Les jeunes quittent la campagne, alors qui restera-t-il pour travailler la terre?

Le fait qu’il y ait pénurie de produits alimentaires ne signifie pas qu’il faille ouvrir grand la porte aux produits agricoles génétiquement modifiés. Je crois aussi que nous devons réviser nos attentes en matière de biocarburants, et qu’en ce qui concerne les marchés domestiques, nous devons examiner comment il se fait que les prix élevés profitent toujours le plus aux supermarchés. Bref, je compte sur la Commission européenne pour préparer des mesures immédiates, ainsi qu’une stratégie pour répondre à cette situation nouvelle.

 
  
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  Neil Parish (PPE-DE). – (EN) Monsieur le Président, nous n’avons pas vu arriver la situation dans laquelle nous nous retrouvons aujourd’hui, parce que pendant trop longtemps la nourriture était trop bon marché: elle valait moins que son coût de production. Il y trois ans le blé valait 90 euros la tonne, c’est-à-dire un prix inférieur au coût de production. Aujourd’hui il vaut environ 270 euros la tonne, et il est rentable d’en produire.

Je ne suis pas pessimiste comme de nombreux orateurs aujourd'hui, parce que si le marché paie le juste prix pour les produits alimentaires, alors on les produira. Il nous faut donc libérer ce marché. L’Europe peut produire de la nourriture: les agriculteurs européens réclament la possibilité de produire des aliments, mais depuis 20 ans on leur dit qu’il y a trop de nourriture dans le monde et que, par conséquent, la production alimentaire doit être réduite. Nous devons donc recourir à la biotechnologie pour nous aider à augmenter la production alimentaire, nous devons alléger le fardeau administratif et en même temps nous devons aider les populations les plus défavorisées du monde à surmonter cette crise à court terme, car ce n’et rien d’autre que cela. Dans un pays comme le Zimbabwe en Afrique, il s’agit aussi de bonne gouvernance: un pays contrôlé par un fou ne mangera jamais à sa faim.

 
  
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  Bogdan Golik (PSE). – (PL) Monsieur le Président, ce débat à la fois politique et économique est l’un des plus importants tenus ici au Parlement, comme le confirme la diversité d’horizon de ceux qui y ont contribué aujourd'hui. Ce débat concerne non seulement la hausse des prix des produits alimentaires, mais aussi les victimes de la famine. Les interventions d’aujourd'hui dans cette Assemblée et les analyses alarmantes sont claires. Le prix du blé a augmenté de 130 % rien que l’an dernier, celui du soja de 87 % et celui du riz de 74 % - ce sont des faits. Au cours des 30 dernières années, nous avons fait baisser les prix, mais ce qui s’est passé l’an dernier a dépassé tous les signaux d’alerte.

Les faits sont les suivants: il y a une pénurie mondiale de produits alimentaires; il y a la faim: 850 millions de personnes n’ont pas suffisamment à manger. Il y a eu des émeutes dans une douzaine de pays ou plus, et cela va empirer. Les forêts tropicales ont été abattues en masse, ainsi que la forêt tropicale humide amazonienne; autrement dit, le désir de biocarburants l’emporte sur le désir de réduire la faim dans le monde. Au cours des prochaines années, il y aura une pénurie mondiale de 200 millions de tonnes de céréales. L’inflation mondiale va s’aggraver, le déficit hydrique sera permanent et les consommateurs européens devront sortir de leur porte-monnaie 30-40 % d’argent de plus que l’an dernier.

Que devrions-nous faire? Réformer d’urgence la politique agricole commune, car il y a des millions d’agriculteurs en Europe qui souffrent également de la pauvreté, et organiser dès que possible une conférence internationale qui prendra certaines décisions et tirera certaines conclusions de cette discussion et de ce problème.

 
  
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  Robert Sturdy (PPE-DE). – (EN) Monsieur le Président, je suis membre de cette Assemblée depuis 1994, et je dois dire que je ne pense pas avoir jamais entendu autant d’hypocrisie de la part des gens.

Comme l’a dit Jim Nicholson, il y a des années nous avons été critiqués à cause de la surproduction de produits agricoles. Aujourd’hui nous sommes critiqués parce que le prix des produits alimentaires a atteint ce qui est probablement un niveau réaliste et véridique.

Mais que pouvons-nous y faire? Hé bien, Monsieur le Commissaire, il y a quelque chose que vous pouvez faire, et que vous pourriez faire demain si vous en aviez la volonté. C’est, tout d’abord, d’abroger la législation anti-dumping sur les phosphates et la potasse, notamment, et sur l’azote, qui entrent dans l'Union européenne et vont vers le reste du monde.

M. Mandelson a introduit cette législation et elle cause un énorme problème parce que, pour produire des aliments il faut trois choses: du soleil, de l’eau et aussi de l’azote, des phosphates et de la potasse. Les pays du tiers-monde ne peuvent produire des aliments s’ils ne peuvent pas se les procurer à un prix abordable, or en ce moment ce prix est passé de 80 livres la tonne à environ 500 livres la tonne. Si vous faites quelque chose à ce sujet, alors vous aiderez le reste du monde.

 
  
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  Czesław Adam Siekierski (PPE-DE). – (PL) Monsieur le Président, voilà plusieurs années maintenant que nous discutons à l'Union européenne et à l’OMC de la libéralisation du commerce, qui était censée faciliter le commerce, mais en réalité nous mettons en place des restrictions à la production agricole. En Europe, et pas seulement en Europe, nous limitons systématiquement la production depuis un certain temps.

La hausse mondiale des prix des produits alimentaires résulte d’une hausse des coûts de production, des coûts de l’énergie et du carburant et des coûts des engrais et de la main-d'œuvre. N’oublions pas, toutefois, qu’il y a un peu plus d’un an le prix du baril de pétrole était de 70 dollars, la profitabilité de la production agricole était différente, de même que la profitabilité des biocarburants, alors qu’aujourd'hui le baril de pétrole coûte 115 dollars. Les biocarburants ne sont cependant pas la cause de la crise. Les biocarburants ne représentent que 2 % de la production agricole, donc ils ne sont que partiellement à blâmer.

Je constate une grande préoccupation aujourd'hui, voire de la crainte, même ici dans cette Assemblée, mais une action soudaine, inconsidérée ne servira à rien. Il nous faut une politique agricole stable, mais nous devons chercher à stabiliser non seulement l’agriculture, mais aussi les marchés financiers. L’insuffisance de contrôle des marchés financiers favorise la spéculation et la survenance de situations dangereuses, d’abord sur le marché du crédit immobilier, puis sur le marché des produits alimentaires. Stabilisation des marchés financiers.

 
  
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  Janez Lenarčič, président en exercice du Conseil. − (SL) M. Dillen, membre du Parlement européen, a dit qu’en ce qui concerne la situation du marché des produits alimentaires, nous ne devrions pas uniquement calmer les symptômes, mais soigner la maladie. Pour ce faire, nous devons poser le bon diagnostic. À mon avis, ce débat a été très utile et il aidera également le Conseil à établir le diagnostic et à trouver les bonnes réponses et le bon traitement.

Toutefois, quelles sont les raisons à l’origine de la situation sur le marché mondial des produits alimentaires et de la hausse spectaculaire des prix des produits alimentaires? La principale raison est l’augmentation de la demande. Comme cela a déjà été mentionné, la population mondiale a augmenté et ceci est dû pour une bonne part à un niveau de vie plus élevé. Or personne n’a le droit de s’attendre à ce qu’ils retournent à leurs maigres régimes alimentaires précédents.

Quelle réponse donner à cette demande accrue? Augmenter l’offre. Je voudrais mentionner ici que le Conseil a déjà adopté certaines mesures. Comme je l’ai dit dans mon allocution d’ouverture, en supprimant temporairement l’obligation de la jachère nous garantissons que les agriculteurs européens peuvent utiliser de manière productive un supplément de 10 % de terres agricoles. L’importance de ce fait ressort également clairement de la déclaration de Joseph Daul sur la superficie de terre actuellement consacrée aux biocarburants en Europe. J’en dirai plus à ce sujet plus loin.

Nous avons également augmenté les quotas laitiers de 2 %. Ce ne sont là que quelques-unes des mesures adoptées par le Conseil pour augmenter l’offre. En plus d’augmenter l’offre dans l'Union européenne elle-même, il faut naturellement agir pour augmenter la production alimentaire dans d’autres parties du monde, notamment dans les pays en développement.

Une autre motif de cette hausse est la production plus chère à cause des prix énergétiques plus élevés, entre autres. Pour trouver des réponses, nous devons nous tourner vers une recherche plus intensive, la rationalisation, les nouvelles technologies et une production agricole innovante.

Le changement climatique est assurément une autre raison. Les longues périodes de sécheresse subies par l’un des plus grands producteurs mondiaux de céréales et de riz ont réduit les rendements du pays et sa contribution à l’approvisionnement du marché mondial. C’est dans ce domaine que l'Union européenne cherche des réponses, selon l’orientation qui a été indiquée dans le paquet législatif sur l’énergie en cours de négociation et pour lequel la présidence s’est fixé comme objectif ferme d’obtenir un accord d’ici la fin de l’année.

Je voudrais dire quelques mots sur les biocarburants. Il y a certainement un rapport, mais il n’est pas possible d’affirmer qu’il s’agit de l’une de principales raisons de la situation actuelle du marché des produits alimentaires. Malgré cela, le monde considère aussi cet aspect avec la plus grande attention. C’est pourquoi, à l’initiative de la présidence slovène, un groupe de travail ad hoc a été récemment formé; sa principale tâche consistera à définir des critères permanents pour la production de biocarburants. L’objet de ces critères serait de faire en sorte que la production de biocarburants ne remplace pas la production alimentaire, que les aspects sociaux et l’impact de la production des biocarburants soient pris en considération et que la biodiversité soit préservée. Toutefois, ces détails ne représentent qu’un aperçu des activités du Conseil et de son approche de ce grave problème.

Je voudrais ajouter encore une chose. La combinaison de prix des produits alimentaires élevés et de la pauvreté est la pire des combinaisons possibles. C’est une combinaison mortelle qui induit des troubles sociaux dans plusieurs pays en développement; c’est une combinaison qui aboutit à la famine. Étant donné que nous serons probablement confrontés à des prix élevés des produits alimentaires pendant un certain temps, nous devons en faire plus pour éradiquer la pauvreté, et la présidence slovène fera des efforts à cette fin. À notre avis, l’un des thèmes importants pour la prochaine session du Conseil européen sera les objectifs de développement du millénaire. Les progrès de l’Europe vers la réalisation de ces objectifs marquent le pas. Nous voudrions donner à l'Union européenne un nouvel élan pour atteindre ces objectifs et, comme je l’ai dit plus tôt, à notre avis ce sera l’un des sujets importants du Conseil de juin de l'Union européenne.

Je vous remercie encore une fois pour ce débat. Je voudrais répéter que je suis convaincu qu’il permettra au Conseil de poser le bon diagnostic et de trouver les bons remèdes.

 
  
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  Louis Michel, membre de la Commission. − (FR) Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs les parlementaires, je voudrais, vu le peu de temps dont je dispose, répondre très brièvement. Mais je vais épingler certaines choses.

Je peux évidemment partager bien des réflexions et des considérations qui ont été émises, pas toutes, cependant, et donc, je vais essayer de me focaliser sur un certain nombre d'éléments qu'il me paraît important de clarifier.

Tout d'abord, je suis évidemment d'accord, c'est très éclairant et cela saute aux yeux, pour dire que les réponses ne peuvent pas être mises en œuvre avec efficacité uniquement par l'Union européenne. Il est clair que les réponses doivent être apportées par tous les grands acteurs du monde et je crois que cette mobilisation-là est en cours.

Je voudrais quand même le dire: j'ai entendu ici, c'est très bon pour la démocratie et pour la vigueur du débat contradictoire, mais j'ai quand même entendu ici des prises de position idéologiques, parfois extrêmement radicales dans un cas précis, assez sommaires. Mais je respecte cela, je n'ai absolument aucun a priori sur le sujet, mais s'il y a un élément qui, de mon point de vue, n'apportera pas de solution à la crise alimentaire, c'est en fait la rhétorique idéologique bornée ou bloquée; je ne crois pas qu'elle apportera une réponse, parce que la réponse est multiforme, la réponse est «multiface». Il y a toute une série de réponses à apporter à toute une série de causes, le ministre l'a dit, il n'y a pas une seule cause.

Si, par exemple, vous parlez des biofuels, je vous dirai qu'il faut quand même rappeler que la Commission européenne a toujours insisté sur l'importance de s'assurer que les investissements associés au développement des biocarburants se traduiraient en effets tangibles sur la réduction de la pauvreté, particulièrement dans les zones rurales. Jamais nous n'avons préconisé ou nous n'avons dit de faire du biofuel partout. On peut faire du biofuel là où il y a d'évidence une surproduction possible. Dans les pays où il n'y a pas autosuffisance, il est bien sûr extrêmement dangereux et absolument peu recommandé de faire du biofuel. Donc, ce n'est pas aussi sommaire que cela, les réponses.

Je voudrais dire autre chose aussi; c'est que je ne comprends pas, dans le fond. J'entends des parlementaires européens qui, je pense, portent en quelque sorte quand même, l'efficacité, l'honneur, les valeurs de l'Europe, une certaine fierté aussi d'être Européens. Je les entends en permanence faire des lamentos et des mea culpa. Tout ça, dans le fond, ce serait la faute à l'Europe. Non, je ne suis pas d'accord avec ça. Quelqu'un a dit que l'Europe n'aimait pas ou n'aidait pas les pays en voie de développement.

L'Europe, aujourd'hui, c'est 56% de l'aide mondiale. L'Europe, aujourd'hui, par exemple, quand elle aide au niveau alimentaire, elle finance des produits sur les places locales et elle n'amène pas dans les pays en voie de développement ses surplus agricoles! Ça doit être dit aussi, il faut cesser de raconter n'importe quoi sur la responsabilité politique de l'Europe! Moi, je suis assez fier de ce que l'Europe a fait depuis 50 ans, notamment vis-à-vis des pays en voie de développement et, si personne ne le dit, il me semble que moi, je dois finalement le dire.

Les biofuels, j'ai déjà réglé cette question-là. L'OMC, il est évident que l'OMC doit être réformée, qu'avec l'OMC, on doit aller plus loin. Mais s'il n'y avait pas l'OMC, que serait le monde? Que serait la pauvreté dans le monde? L'OMC est la première organisation mondiale qui essaie de mettre un peu d'ordre éthique dans les échanges commerciaux! Je veux le rappeler parce qu'il est quand même un peu trop facile de jeter l'enfant avec l'eau du bain. Voilà un a priori idéologique auquel je veux faire un sort. Il faut être un peu raisonnable tout de même.

Les OGM. Là, je dois évidemment parler à titre personnel parce que c'est très, très, mal vu de s'engager unilatéralement dans cette question. Moi, je ne suis pas de ceux qui pensent que cette question-là est déjà vidée. Et dire, comme ça, a priori, que les OGM c'est mauvais, c'est un a priori idéologique. C'est une forme de scientisme, une forme de scientisme improvisé. Je crois que continuer à faire de la recherche pour essayer d'assurer plus facilement l'autosuffisance alimentaire, surtout dans les pays pauvres, il n'y a rien de mal à ça. C'est intellectuellement rationnel et faire le contraire, ça n'est pas intellectuellement rationnel et ça n'est pas de l'ouverture d'esprit. Je crois que c'est important aussi de le dire.

Je ne vais pas revenir, Monsieur Hutchinson, parce que j'ai vraiment beaucoup d'admiration et beaucoup d'estime pour vous, je ne vais pas de nouveau revenir sur votre sempiternel refrain sur les APE. Voulez-vous que je vous dise, si je suis favorable aux APE, aux accords de partenariat économique pour créer des marchés régionaux, c'est justement parce que je crois que notamment pour affronter la question de la sécurité alimentaire, les accords de partenariat économique sont plus que probablement un élément de la réponse, parce que tant que vous n'aurez pas des marchés régionaux intégrés économiquement, vous ne donnerez pas la possibilité aux pays en voie de développement de profiter des bienfaits de la mondialisation. Voilà ma réponse, on n'est pas d'accord, on ne sera, à mon avis, jamais d'accord, mais je crois quand même qu'il est important que je vous rappelle ma position.

J'ai entendu parler ici de barbarie capitaliste. Je ne sais pas très bien ce que c'est. Le capitalisme, pour moi, c'est un mécanisme économique, c'est une machinerie économique qui, jusqu'à preuve du contraire, a montré ses effets positifs plus que tous les autres systèmes. Bien entendu, je l'ai déjà dit souvent, je ne suis pas amoureux du capitalisme. Le capitalisme n'est pas un objet de mon affection, c'est simplement un moyen.

D'ailleurs, il me plaît souvent de faire la distinction entre capitalisme et libéralisme. Évidemment, mes amis socialistes font volontiers l'amalgame. Ce n'est pas tout à fait la même chose, mes chers amis. Je dois quand même le dire. Mais soit, le capitalisme est un moyen, ce n'est pas autre chose et je suis d'accord pour dire que l'économie de marché et le capitalisme ne peuvent jamais être vertueux s'il n'y a pas une puissance publique pour établir des règles, les faire respecter et pour redistribuer correctement et équitablement la richesse créée. Mais ne restons pas, s'il vous plaît, dans des simplismes idéologiques, car on n'aura pas de réponse à cette crise. Je crois qu'il faut le dire.

Voilà ce que je voulais, en gros, dire sur ce sujet. Le sujet n'est pas épuisé. J'ai entendu à gauche comme à droite des éléments pertinents, importants. Le ministre l'a dit, il faut que l'on continue la réflexion mais, dans l'immédiat, je suis confronté à une urgence, c'est qu'il faut aider le PAM à avoir les moyens d'éviter les catastrophes alimentaires immédiates et la deuxième urgence, dans le moyen terme, c'est d'aider fortement, massivement, les pays en voie de développement qui n'ont pas l'autosuffisance, de produire plus. Je voudrais quand même dire que, lorsque j'entends tous ces gens ici qui veulent réglementer, établir, je me demande s'il faudrait dans le fond corseter l'économie de marché.

Il faut quand même que je vous rappelle que notre agriculture est un des rares secteurs économiques qui a fait l'objet de beaucoup de réglementation et je dirais même, pour utiliser un terme particulier de dirigisme improvisé. Le dirigisme, quand il n'est pas improvisé, peut donner des résultats, mais le dirigisme stop and go et improvisé, lui est un peu dangereux. Alors on peut se demander si, dans le fond, comme ça été dit tout à l'heure, si les effets de cette politique-là dans le monde agricole n'ont peut-être pas été totalement convaincants, ce n'est pas justement parce qu'il y avait trop de dirigisme improvisé par rapport aux règles de la mondialisation.

Je ne suis pas un partisan de la mondialisation, je dis simplement qu'elle est là, la mondialisation, on ne peut pas contraindre la mondialisation. Alors, que l'on puisse établir des règles, au travers justement de l'OMC, au travers des Nations unies, au travers de toute une série d'instances internationales, oui, mais dire que l'on pourrait du jour au lendemain réglementer tout ça et régler la question de tous les dévoiements d'un système par des règlements dont vous n'avez pas le pouvoir de les établir, je ne sais pas très bien comment on peut faire.

J'ai aussi, quant à moi, une mission de pragmatisme. Donc, on va mettre le paquet et on a déjà mis le paquet pour augmenter la production dans les pays en voie de développement; ça me paraît la seule vraie solution pour lutter contre ce phénomène que j'ai voulu dénoncer, c'est vrai. J'ai voulu que l'on choque véritablement les consciences parce que, si rien n'est fait, oui il y aura un tsunami alimentaire de nature humanitaire catastrophique avec des conflits, avec des situations vraiment ingérables.

Je vous remercie de ce débat, je crois que nous y reviendrons. Il a été extrêmement fructueux, il a été extrêmement intéressant. Moi, ce que j'en retiens, c'est que je vais essayer de prendre à gauche comme à droite les meilleurs arguments que j'ai entendus pour défendre une cause qui est, quand même, au bout du compte, une cause commune.

(Applaudissements)

 
  
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  Président. − Le débat est clos.

Le vote aura lieu pendant la session de mai 2008 à Strasbourg.

Déclarations écrites (art. 142 du règlement)

par écrit. – (PL) Mon pays, la Pologne, que je représente ici dans ce forum du Parlement européen, pourrait être un producteur important de produits agricoles, et de produits beaucoup plus sains que les aliments produits actuellement à l’Ouest. Suite aux erreurs faites par nos négociateurs lors de notre adhésion à l'UE, nous avons été obligés, du fait des limites qui nous ont été imposées, de respecter des restrictions significatives de la production agricole polonaise. Cette politique de restriction artificielle de la production alimentaire a aujourd’hui de graves conséquences pour l’ensemble de l’Europe. Ce sont les retraités qui ressentent le plus durement l’augmentation des prix des produits alimentaires, plus l’inflation galopante des prix énergétiques. La zone de pauvreté s’étend de manière alarmante en Europe et englobe un nombre croissant de personnes, notamment des familles nombreuses qui ont beaucoup de mal actuellement à survivre d’un mois à l’autre.

Dans les nouveaux États membres, dont la Pologne, il y a beaucoup de terres qui, à ce jour, n’ont jamais été exploitées. En les utilisant, l’industrie pourrait, par exemple, commencer à produire des biocarburants, qui ont une incidence notable sur l’actuelle hausse des prix des produits alimentaires. Toutefois, ceci exige un changement radical de la manière dont les responsables de la Commission européenne abordent le problème, ainsi que la prise de mesures immédiates pour utiliser la production potentielle des nouveaux États membres.

 
  
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  Ilda Figueiredo (GUE/NGL), par écrit. – (PT) Les causes de la hausse des prix alimentaires dans l'Union européenne et les pays en développement sont diverses, mais nous ne pouvons ignorer la contribution de la PAC et de la déviation de l’agriculture vers la production de biocarburant.

Plusieurs entités mettent en lumière cette question. Ainsi, le comité scientifique de l’AEE a déclaré qu’il pense que l'UE devrait suspendre la cible de 10 % d’utilisation de biocarburant d’ici 2020. Même le président de la Banque mondiale a parlé des pays confrontés à des pénuries alimentaires et appelés les producteurs de matières premières pour biocarburant à cesser temporairement leur culture. La FAO elle-même a déjà émis une mise en garde concernant les émeutes de la faim. Il y a eu des manifestations et de graves tensions sociales dans divers pays africains et asiatiques à cause des pénuries alimentaires. Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, a déclaré que la production de masse de biocarburants était un crime contre l’humanité à cause de son impact sur les prix mondiaux des produits alimentaires.

Il est donc d’autant plus stupéfiant que la Commission européenne ait confirmé qu’elle s’en tiendra à la cible de 10 % du carburant utilisé dans les transports routiers généré par la biomasse ou des huiles végétales.

 
  
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  Silvia-Adriana Ţicău (PSE), par écrit. – (RO) Selon Eurostat, en 2007, les prix réels des produits agricoles ont augmenté de 5 % dans l’Union par rapport à 2006, et la plus grosse augmentation (15,8 %) a été enregistrée en Roumanie.

En Europe, l’augmentation du prix du lait et du poulet a été de 7,8 % et la hausse des prix de produits agricoles la plus forte a concerné les céréales (45,4 %) et les plantes fourragères (11,5 %). Dans ce cas également, la Roumanie a enregistré la plus forte augmentation (29,2 %).

L’an dernier en Europe, les prix à la production des produits agricoles ont augmenté de 4,6 %, tandis que les coûts de production enregistraient une hausse de 5,3 %, et les subventions une baisse de 3,1 %. Dans les nouveaux États membres, les coûts de production agricole ont augmenté spectaculairement et les subventions sont très basses. Le déclin le plus fort en matière de revenu par agriculteur a été enregistré en Bulgarie (-18,6 %) et en Roumanie (-16,1 %). La faible valeur, le non-paiement des subventions agricoles et l’accès difficile aux prêts agricoles n’ont pas permis la mise en œuvre des technologies agricoles, ce qui a fortement affecté les rendements à l’hectare.

La concurrence pour l’utilisation des terres agricoles contribue également à la hausse des prix des produits alimentaires et, en 2007, la zone désignée pour les cultures de biocarburant a augmenté de 13,6 % par rapport à 2006 et de 31,5 % par rapport à la période 2002-2006.

 
  
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  Iuliu Winkler (PPE-DE), par écrit. – (RO) Les derniers développements survenus sur les marchés mondiaux de produits agricoles ont créé une situation que peu de gouvernements sont préparés à traiter. Les augmentations spectaculaires de prix, surtout ceux des principales céréales, constituent un risque de famine pour des millions de personnes.

Cette nouvelle réalité devrait recevoir une réponse des gouvernements et des institutions européennes.

Le niveau atteint par les prix agricoles représente de nouvelles opportunités pour les producteurs, y compris pour ceux des États membres de l'UE. En Roumanie, 40 % de la population vit dans une zone rurale, nombre de ces habitants étant des producteurs agricoles.

Les nouvelles conditions des marchés de produits agricoles représentent pour ces populations une chance d’améliorer leurs résultats économiques et, implicitement, d’augmenter leur niveau de vie.

Malheureusement, le segment agricole réagit très lentement aux changements de prix sur les marchés mondiaux. La charge administrative des petits producteurs est lourde et ils sont désavantagés lorsqu’ils négocient des contrats d’achat face à de grandes chaînes de distribution ayant une position dominante sur le marché.

L'UE devrait soutenir les petits producteurs agricoles de manière à ce qu’ils puissent tirer un revenu plus élevé de leur travail. L’accès des petits producteurs agricoles aux marchés devrait être facilité et les distributeurs mondiaux devraient être soumis à une réglementation transparente, propre à prévenir des comportements anticoncurrentiels.

 
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