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Débats
Mercredi 19 novembre 2008 - Strasbourg Edition JO

16. Tendances démographiques - Impact économique et social (débat)
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  La Présidente. – L’ordre du jour appelle les déclarations du Conseil et de la Commission sur les tendances démographiques - Impact économique et social.

 
  
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  Jean-Pierre Jouyet, président en exercice du Conseil. Madame la Présidente, chère Martine Roure, comme nous allons être appelés, pour notre plus grand malheur, à passer une partie de la soirée ensemble, j’essaierai, au nom du Conseil et aussi pour M. le commissaire Potočnik, de résumer les propos du Conseil en ce qui concerne les tendances démographiques et leur impact économique et social.

Monsieur le Commissaire, Mesdames et Messieurs les Députés, le vieillissement de la population, c’est-à-dire l’augmentation de la part des personnes âgées, est avant tout le résultat de progrès économiques, sociaux et médicaux considérables qui offrent aux Européens la chance de vivre de longues vies dans un confort de sécurité sans précédent dans leur histoire. Mais c’est aussi l’un des défis les plus importants que l’Union devra affronter au cours des prochaines années.

Ce vieillissement est le résultat de quatre facteurs. Le premier, c’est que le nombre d’enfants par femme est faible, avec un niveau de 1,5 enfant en moyenne dans l’Union, bien en dessous du taux de remplacement, légèrement supérieur à 2 – 2,1 –, nécessaire pour stabiliser la taille de la population.

Le second facteur, c’est le déclin de la fécondité dans les décennies récentes, qui a suivi le baby-boom de l’après-guerre et qui cause aujourd’hui, ce baby-boom, un gonflement de la population âgée de 45 à 65 ans.

Après avoir augmenté de huit ans depuis 1960, l’espérance de vie à la naissance - et c’est le troisième facteur - pourrait continuer à s’accroître de cinq années supplémentaires d’ici 2050, voire davantage.

Le dernier facteur, c’est que l’Europe, vous le savez, accueille un flux de migrants de plus en plus important en provenance de pays tiers. Il y a eu, en 2004, 1,8 million d’immigrés, soit un flux plus important en Europe qu’aux États-Unis, relativement à la population totale, mais cette immigration ne compense qu’une partie des effets de la faible fécondité et de l’allongement de l’espérance de vie.

Nous nous trouvons donc dans une situation où le taux de dépendance, c’est-à-dire le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans par rapport à celles dont l’âge est compris entre 15 et 64 ans, devrait doubler pour atteindre plus de 50 % d’ici 2050, ce qui fait que l’Union passera de quatre à seulement deux personnes en âge de travailler pour chaque personne âgée de plus de 65 ans.

Le changement démographique que je viens de décrire, compte tenu de ces facteurs, s’accompagne de changements sociaux profonds qui touchent la composition des familles, et tout ceci se traduit par un nombre croissant de personnes âgées vivant seules et de personnes très âgées vivant dans une situation de dépendance.

Comme vous le savez, la plupart de ces questions relèvent de la compétence des États membres. C’est le cas de la politique de la famille, des systèmes de sécurité sociale, en majeure partie de la politique fiscale, et le Conseil, dans ces conditions, est d’avis que la stratégie de Lisbonne et la méthode ouverte de coordination constituent le cadre dans lequel les États membres devraient agir dans ce domaine, la plupart d’entre eux convenant qu’aucune nouvelle structure ne devrait être mise en œuvre.

Pour le Conseil, ce qui paraît véritablement important en termes de lignes directrices, c’est que, au-delà d’une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie privée, il faut parvenir à rééquilibrer les rôles joués par les femmes et les hommes au sein des ménages et avoir une plus grande offre d’infrastructures de qualité pour la prise en charge des enfants et des autres personnes à charge.

Dans une société vieillissante, la contribution des jeunes prend toute son importance. Il faut dès lors intensifier les efforts visant à atteindre les objectifs pour lutter contre le chômage des jeunes et réduire le décrochage scolaire précoce. Investir dans les enfants, c’est la première préoccupation si l’on veut améliorer les perspectives des jeunes.

Il y a lieu de reconnaître également que l’Europe est davantage confrontée à un problème de retraites qu’à un problème de vieillissement, bien que ces tendances lourdes soient inquiétantes et que, sans finances publiques saines, il serait impossible de faire face à toutes les conséquences du vieillissement démographique.

Cela veut dire que nous devons porter une attention extrêmement forte à la viabilité des régimes de retraite et poursuivre les réformes engagées pour leur pérennisation et leur modernisation, conformément d’ailleurs à la stratégie en vigueur au sein de l’Union. Il convient aussi d’encourager les travailleurs âgés à rester au travail, notamment au moyen d’incitations adéquates.

Le Conseil est également pleinement conscient de l’ensemble de ces défis et il a, en ce sens, fait sien un avis du comité de la protection sociale sur les perspectives et les défis du changement démographique en Europe. Le Conseil a également adopté, le 30 mai dernier, des conclusions sur l’importance des politiques adaptées aux besoins des familles, établissant ainsi une série d’initiatives en faveur du soutien aux politiques familiales.

C’est dans ce contexte que s’est tenue, le 18 septembre dernier, à l’initiative de la présidence française, une réunion informelle des ministres en charge de la famille, qui s’est articulée autour de la garde d’enfants, pour faire en sorte qu’il y ait une meilleure conciliation entre vie familiale et vie professionnelle, et de la protection de l’enfance sur Internet.

En conclusion, le Conseil invite la Commission, en particulier, à considérer le premier forum sur l’avenir démographique européen qui s’est tenu à Bruxelles les 30 et 31 octobre derniers comme le point de départ d’un dialogue structuré et durable, tant dans les États membres qu’entre ces derniers, et à faire en sorte, également, que la Commission puisse apporter son soutien aux enceintes pertinentes pour réfléchir aux meilleures stratégies permettant de répondre aux conséquences de ce changement démographique.

 
  
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  Janez Potočnik, membre de la Commission. − (EN) Madame la Présidente, il se peut que j’aie besoin d’un peu plus de temps, mais je vous promets de compenser cela dans ma deuxième réponse.

La demande du Parlement invitant le Conseil et la Commission à faire une déclaration sur les tendances démographiques arrive à point nommé. Ce vendredi, les services de la Commission présenteront leur deuxième rapport démographique - à temps pour le forum européen sur la démographie des 24 et 25 novembre.

L’Union européenne connaît actuellement une transformation démographique majeure. Dans tous les États membres, les progrès scientifiques, économiques et sociaux ont provoqué un allongement de l’espérance de vie et une baisse de la fécondité. Les Européens vivent plus longtemps et en meilleure santé que leurs ancêtres, et nous pouvons nous attendre à ce que l’espérance de vie continue d’augmenter.

Le vieillissement de la population européenne n’est plus un scénario abstrait inscrit dans un avenir lointain. Le baby boom a commencé il y a 60 ans, et les premiers baby boomers arrivent aujourd’hui à l’âge de la retraite. L’évolution démographique de l’Union européenne a donc atteint un tournant. À partir de maintenant, le nombre de personnes âgées de 60 ans et plus va augmenter de 2 millions chaque année pendant les 25 prochaines années.

Parallèlement, la croissance de la population en âge de travailler ralentit rapidement et s’arrêtera carrément dans six ans environ. À l’heure actuelle, dans les 27 États membres, on compte quatre personnes en âge de travailler - entre 15 et 64 ans – pour une personne de 65 ans ou plus. En 2060, ce rapport ne sera plus que de 2:1.

Certains considèrent le vieillissement comme une menace et dressent un tableau sombre du conflit entre les générations. Mais le changement démographique n’est pas nécessairement une menace, il est aussi porteur d’opportunités. Les citoyens qui vivent plus longtemps et en meilleure santé peuvent également rester actifs plus longtemps. La plupart des baby boomers sont mieux éduqués et mieux formés que les générations précédentes. Aujourd’hui, ils sont encore en forme et en bonne santé.

Je suis convaincu que le changement démographique se prête à un renforcement de la solidarité entre les générations. Mais je ne m’attends pas à ce que cela se fasse tout seul. La société va devoir utiliser à meilleur escient les capacités de toutes les générations et donner à chacun la possibilité de développer pleinement son potentiel. Il nous faudra pour cela moderniser nos politiques sociales conformément à l’agenda social renouvelé adopté par Commission en juillet dernier. L’agenda social renouvelé identifie le vieillissement de la société européenne comme un domaine d’action prioritaire et recommande plusieurs réponses au niveau politique. Notre objectif est d’aider les États membres à tirer le meilleur parti possible des opportunités et de gérer efficacement l’impact du vieillissement de la société.

Les approches et recommandations de la communication «L’avenir démographique de l’Europe, transformer un défi en opportunité», adoptée par la Commission en 2006, restent valides. Cette communication exprimait la confiance de la Commission dans la capacité de l’Europe à s’adapter au changement démographique. Mais elle soulignait aussi la nécessité d’agir dans cinq domaines: favoriser le renouveau démographique de l’Europe en créant les conditions qui permettent à nos concitoyens d’avoir des enfants s’ils le souhaitent, en contribuant notamment à concilier la vie professionnelle et la vie privée et familiale; valoriser l’emploi en Europe en améliorant la quantité et la qualité de l’emploi et en permettant aux citoyens de travailler plus longtemps afin d’instaurer un meilleur équilibre entre la population active et la population inactive; promouvoir une Europe plus productive et plus dynamique en optimisant les compétences à tous les âges; accueillir et intégrer les migrants en Europe en attirant les travailleurs qualifiés et non qualifiés en provenance de pays tiers et en facilitant leur intégration afin de combler les pénuries de main-d’œuvre; assurer la viabilité des finances publiques en consolidant les budgets et réformer les régimes de sécurité sociale afin de garantir à l’avenir une protection sociale et des services publics adéquats.

La stratégie de Lisbonne couvre les principaux éléments de ces réponses politiques, mais elle se focalise moins sur le long terme que le débat démographique. C’est pourquoi la Commission a proposé des outils supplémentaires sous la forme de rapports bisannuels sur la situation démographique en Europe et de forums bisannuels sur la démographie.

Le rapport de 2008 sera axé sur le potentiel de la génération du baby boom. Un nombre croissant de personnes âgées de plus de 60 ou 70 ans voudront sans doute continuer à jouer un rôle actif dans la vie sociale et économique.

Le taux d’emploi des personnes âgées a augmenté ces dernières années, inversant la tendance passée qui allait dans le sens de retraites toujours plus précoces. Mais il faut en faire plus: seuls 40 % des hommes et 30 % des femmes de 60 ans ont encore une activité professionnelle. Pourtant, la plupart des personnes de cet âge sont encore en forme et parfaitement capables de contribuer à l’économie et à la société. Les baby boomers vieillissants peuvent également contribuer de façon significative à la société en tant que bénévoles et prestataires de soins informels. Leur contribution mérite d’être reconnue et soutenue par des politiques publiques. Il est indispensable de permettre aux personnes âgées, toujours plus nombreuses, de mener une vie autonome le plus longtemps possible.

L’un des objectifs clés des forums démographiques est de promouvoir l’apprentissage mutuel basé sur les bonnes pratiques des États membres. Le prochain forum démographique européen, organisé les 24 et 25 novembre prochains à Bruxelles, se focalisera sur les politiques familiales et le vieillissement actif. Il sera aussi l’occasion de faire le point sur l’état de préparation des États membres vis-à-vis du changement démographique et d’identifier les principales possibilités d’action.

Au début de l’année prochaine, la Commission présentera un rapport sur les conséquences du changement démographique pour l’avenir des dépenses publiques, notamment en ce qui concerne les pensions, la santé et les soins de longue durée. Ce rapport s’appuiera sur les nouvelles projections démographiques d’Eurostat.

Pour terminer, je tiens à souligner qu’il incombe à chaque État membre de mener les politiques qui s’imposent face au changement démographique. Mais le changement démographique est un défi que nous devrons relever tous ensemble. Les États membres ont beaucoup à apprendre des échecs et des réussites des uns et des autres face à ce changement démographique. C’est pour cette raison que la Commission encourage un débat à l’échelle européenne sur le changement démographique et propose une plateforme destinée à l’échange d’expériences et à l’apprentissage mutuel.

 
  
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  John Bowis, au nom du groupe PPE-DE. – (EN) Madame la Présidente, les deux discours d’introduction ont décrit à juste titre la longévité comme le changement démographique le plus important. Cela signifie évidemment que les gens vivent plus longtemps et en meilleure santé, mais ils deviennent aussi plus fragiles avec le temps, physiquement et mentalement.

Cette longévité s’accompagne d’une augmentation considérable des cas de maladies neurodégénératives, dont le traitement est extrêmement coûteux. Dans de nombreux pays, les médicaments contre la maladie de Parkinson coûtent plus cher que les médicaments contre le cancer. Des recherches menées au Royaume-Uni prévoient une augmentation de 154 % des cas de démence sénile d’ici 2051.

Soins de longue durée: ces soins interviennent plus tard aujourd’hui. Autrefois, ces soins commençaient à être nécessaires au-delà de 70 ans. Ces soins concernent désormais des personnes de plus de 80 ans, voire de plus de 90 ans, ce qui coûte de plus en plus cher aux personnes concernées et à leurs familles, avec un impact sur leurs économies.

Le défi est de faire en sorte que la longévité soit une récompense et non une punition. Nous devons revoir nos hypothèses et notre attitude face au vieillissement, remplacer la question «Quels soins apporter?» par «Comment promouvoir la bonne santé à un âge avancé»?». Cela nécessite évidemment un style de vie plus sain avant le troisième âge: éviter le tabac et les drogues, boire avec modération, manger sain, faire de l’exercice, mais aussi gérer son stress.

Des vies professionnelles flexibles: du temps pour les loisirs et la famille. Il faut pour cela préparer la vie après le travail, avec des âges de départ à la retraite et une retraite progressive, comme je l’ai vu faire aux Pays-Bas. Cela signifie aussi un meilleur soutien social assuré de façon nouvelle et innovante, avec davantage de services à domicile afin que les gens puissent continuer à vivre chez eux plus longtemps. Des services et des dispositifs adaptés à des besoins changeants.

Quand ma mère a eu 80 ans, elle a eu besoin d’un télécopieur pour communiquer. À 90 ans, elle a eu besoin d’un monte-escalier électrique. À 100 ans, il a fallu la stimuler face à la détérioration de son ouïe, de sa vue et de sa mobilité. Mais elle gardait l’esprit vif, et il fallait le protéger et le stimuler pour qu’elle puisse continuer à vivre pleinement.

 
  
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  Jan Andersson, au nom du groupe PSE. – (SV) Madame la Présidente, la diminution du nombre de personnes actives par rapport au nombre de personnes âgées est dramatique, mais le fait que nous vivions plus longtemps et en meilleure santé est une évolution positive.

Cette tendance nous pose cependant un certain nombre de défis. Permettez-moi d’en décrire quelques-uns. Il naît moins d’enfants aujourd’hui que par le passé. Cette situation varie cependant considérablement d’un pays à l’autre. Nous voyons que la situation est plus favorable dans les États membres qui possèdent des systèmes permettant aux parents, femmes et hommes, de concilier vie professionnelle et vie familiale. Nous devons profiter mutuellement des enseignements tirés par les autres à cet égard.

Malgré le vieillissement de notre population, la tendance à long terme est au raccourcissement de la période professionnellement active. Cela s’explique par le fait que les gens commencent à travailler plus tard, mais aussi - bien que la tendance ait changé dans un sens positif ces dernières années - par le fait que les carrières se sont raccourcies. Nous devons attaquer les deux côtés de ce problème afin de prolonger la vie active et, surtout, trouver des solutions flexibles à l’approche de la retraite.

Nous avons discuté de la «carte bleue» aujourd’hui, mais nous devons faire en sorte que tous ceux qui viennent ici depuis d’autres régions du monde souffrant d’un chômage élevé puissent s’intégrer et intégrer le monde du travail, y compris les personnes souffrant d’un handicap ou d’autres problèmes. Nous devons faire tout cela dans le cadre du processus de Lisbonne afin de pouvoir relever ces défis sur le long terme.

 
  
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  Marian Harkin, au nom du groupe ALDE. – (EN) Madame la Présidente, la discussion de ce soir soulève de nombreux problèmes, mais je voudrais me concentrer sur un seul d’entre eux: les soins et les soignants.

Si nous avons la chance de vivre suffisamment longtemps, nous aurons très certainement besoin de soins. Bien que la situation varie selon les États membres, il s’agira probablement en grande partie de soins informels.

Les soignants sont le fondement des soins formels et des soins sociaux, et ils sont un élément indispensable des soins à long terme. Si nous voulons que les soignants continuent à apporter des soins - et c’est bien ce que nous voulons -, il faut que l’élaboration des politiques en matière de santé et de soins tienne systématiquement compte de leurs besoins.

Dans ce contexte, je me réjouis de voir que le site web de la DG SANCO possède une brève section consacrée aux soignants. Je suis certaine que c’est là le résultat des commentaires que le groupe de défense des intérêts des soignants du Parlement a formulés sur le programme de travail annuel de la DG SANCO.

Mais les soignants ont besoin de plus qu’une simple mention. Nous pensons que le moment est venu de concevoir un nouveau contrat social qui dépasse largement la notion traditionnelle d’un contrat entre l’État et l’individu et qui réclame de nouveaux engagements de la part des employeurs, des agences locales et des communautés. L’arrêt récent de la CJE sur la discrimination par association montre la voie.

Ni le soignant informel, ni l’État membre ne peuvent assumer seuls la responsabilité des soins. Faute d’un soutien adapté, le système des soins informels risque de s’effondrer. Une approche entièrement fondée sur l’État entraînera quant à elle des coûts tout simplement prohibitifs. C’est pourquoi nous avons besoin de ce contrat social élargi.

Enfin, il y a environ 100 millions de soignants dans l’Union européenne. Ils ne sont pas payés, ils ne sont pas reconnus à leur juste valeur et, bien souvent, ils ne bénéficient pas d’un soutien adéquat. Je me réjouis que le site web de la DG SANCO les mentionne, mais ce n’est là qu’un premier pas. Par son ampleur, ce problème concerne toute l’Europe, et les actions devront être coordonnées par les différents États membres.

La politique relative aux soignants devrait faire partie du travail de la DG SANCO, mais aussi de la DG Emploi et affaires sociales.

 
  
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  Guntars Krasts, au nom du groupe UEN. (LV) Merci, Madame la Présidente. Les habitants de l’Europe vieillissent! Parallèlement, la croissance organique de la population pourrait devenir négative. Telle est déjà la réalité de nombreux États membres. Dans tous les États membres, la population active diminue par rapport au nombre de retraités. L’effet combiné d’une faible natalité, de l’augmentation de l’espérance de vie et de l’immigration pèse sur les régimes de pension, la protection de la santé et les services sociaux. Il existe pourtant aussi des États membres qui sont parvenus à inverser la tendance démographique négative observée en Europe.

Ces pays ont su trouver un équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée. Ils permettent aux parents d’élever leurs enfants sans sacrifier leur carrière et de bénéficier des avantages économiques et sociaux liés à ces carrières. Je suis convaincu que les États membres devront trouver les principales solutions économiques, sociales et culturelles pour lutter contre le vieillissement de leurs populations. Il reste cependant certaines tâches qui relèvent du niveau européen. Le marché du travail européen dissimule encore des réserves énormes. Nous devons lever tous les obstacles à la libre circulation des travailleurs sur le marché intérieur. Aussi compliqué que cela puisse être, nous devons revenir à la libéralisation du marché des services et nous devons réviser la directive «Services» adoptée. L’exercice de ces deux libertés fondamentales devrait contribuer à compenser les déficits financiers causés par l’évolution démographique. Bien sûr, nous devons également adopter une attitude non discriminatoire en matière de genre et d’âge. Merci.

 
  
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  Jean Lambert, au nom du groupe des Verts/ALE. – (EN) Madame la Présidente, il est intéressant de constater que nous considérons souvent la baisse de la natalité, etc. comme un problème. Ce n’est pas nécessairement le cas si cette évolution nous oblige à partager une partie des richesses disproportionnées de l’Europe avec des personnes originaires d’autres pays. Elle peut également nous pousser à innover, à augmenter la productivité et, qui sait, à renoncer à fabriquer une partie de la camelote qui pollue actuellement nos vies et la planète.

Bien sûr, il faut aussi utiliser le mieux possible la main-d’œuvre potentielle. C’est pourquoi les directives antidiscrimination dans le domaine de l’emploi sont d’une importance capitale, et c’est pourquoi il est essentiel que les États membres les appliquent correctement. Les États membres doivent également se pencher sur les obstacles qui se posent à une retraite progressive, par exemple: si je réduis mon temps de travail, quel sera l’effet sur ma pension? Quelles en seront les conséquences pour ma vie et pour mes droits sociaux?

Nous devrions également réfléchir au lien entre la crise financière actuelle et une grande partie de nos idées dans ce domaine. Il faut nous attendre à ce qu’un nombre disproportionné de travailleurs âgés soient licenciés du fait de la mauvaise application de la législation contre la discrimination. Ce licenciement sonnera la fin de la vie active pour beaucoup d’entre eux, avec toutes les conséquences que cela entraîne.

À l’autre extrémité, d’autres auront plus de mal encore à entrer dans le monde du travail ou à obtenir une promotion pour se constituer une pension: autant de conséquences du chômage, même temporaire. Il y a le problème de la frustration des jeunes qui n’arrivent pas à trouver du travail, et pour qui la vie devient plus difficile, et évidemment les problèmes auxquels de nombreux citoyens seront confrontés lorsque leurs plans de pension personnels ou ceux de leur employeur n’apporteront pas le rendement attendu.

Nous devons donc aussi envisager la situation démographique dans le contexte de la crise actuelle et réfléchir à la façon de profiter de cette opportunité pour renforcer la formation. Nous devrions profiter de cette crise pour aider les travailleurs à améliorer leurs compétences, ce qui leur permettra peut-être de trouver un travail moins pénible physiquement – il y a déjà longtemps que nous insistons sur la nécessité de cette mesure. Nous devons réfléchir à la façon de permettre à ceux qui n’en ont jamais eu la possibilité dans leur jeunesse d’obtenir une qualification de l’enseignement supérieur.

Nous avons aujourd’hui l’occasion de nous pencher sur certains problèmes connus et de regarder vraiment de l’avant pour gérer la situation démographique.

 
  
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  Pedro Guerreiro , au nom du groupe GUE/NGL. – (PT) Nous pensons qu’au lieu d’être intitulé «Tendances démographiques - Impact économique et social», ce débat devrait plutôt avoir pour titre «Impact des politiques économiques et sociales sur les tendances démographiques».

Les projections démographiques pour un pays ou une région sont indissociables des politiques adoptées par ce pays ou cette région, puisque ces politiques déterminent et déterminent l’évolution démographique.

Les projections à 50 ans reposent sur des hypothèses qu’il conviendrait d’expliquer, y compris en ce qui concerne les politiques économiques qui sous-tendent les scénarios avancés. En d’autres termes, étant donné les prévisions, nous devrions discuter aujourd’hui des conséquences sur l’évolution démographique du chômage, de la précarité croissante des emplois, de la déréglementation des heures de travail et d’une politique monétaire focalisée sur la modération et la dévalorisation des salaires. Nous devrions discuter aujourd’hui des conséquences de la politique européenne en matière de taux d’intérêts sur les milliers de familles qui ont contracté un emprunt hypothécaire pour acheter une maison, des conséquences de la libéralisation et de la privatisation des services publics, ou encore des conséquences de pensions insuffisantes pour l’autonomie et la qualité de vie de millions de retraités. Nous devrions discuter des politiques qui favorisent la centralisation et la concentration des richesses et l’augmentation des inégalités sociales.

Le véritable enjeu est en fait le respect ou le non-respect des droits de l’homme tels que le droit à la nourriture, à l’emploi, à un salaire décent, au logement, à la santé, à l’éducation et aux loisirs.

 
  
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  Kathy Sinnott, au nom du groupe IND/DEM. – (EN) Madame la Présidente, l’Europe est face à une crise à laquelle nous ne trouverons pas de solution tant que nous n’aurons pas admis qu’elle est le fruit de nos propres actions.

Dans l’Union européenne, nous tuons chaque année plus d’un million et demi d’enfants avant leur naissance. Nous détruisons notre avenir, et après cela nous sommes surpris de subir une crise. Nous parlons d’un problème de fécondité, mais il ne s’agit pas d’un problème de fécondité: il s’agit du refus de laisser vivre des millions de bébés conçus. Nous ne trouverons pas de solution sans identifier honnêtement le problème. La solution consiste à respecter la vie et à soutenir la famille afin que cette vie bénéficie d’un environnement nourricier. C’est en prenant ces mesures que nous pourrons commencer à lutter contre le déséquilibre démographique. Les choses ne vont pas s’améliorer du jour au lendemain, mais à ce stade nous pouvons encore éviter le désastre.

Nous devons tirer les leçons de ce qui est arrivé au Japon. Il y a vingt ans, le Japon était la deuxième économie mondiale et l’une des plus avancées. La population japonaise a atteint son point maximal en 2007 avant d’entamer un déclin. En 1995, douze ans avant le tournant, le ralentissement démographique a commencé à produire ses effets et le Japon est entré dans une période de déflation. Il n’en est jamais sorti. Le Japon a 20 ans d’avance sur l’Europe sur ce point, mais il a aussi légalisé l’avortement 20 ans avant les pays européens. Nous atteindrons notre maximum démographique en 2025, soit dans 17 ans à peine. Je me demande si la période de déflation dans laquelle nous entrons aujourd’hui, en 2008, va persister, avec une crise démographique succédant à la crise bancaire jusqu’à ce que nous apprenions à respecter à nouveau la vie.

 
  
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  Philip Claeys (NI).(NL) Madame la Présidente, je suis ravi que le Conseil et la Commission fassent une déclaration sur l’impact économique et social des tendances démographiques actuelles. De nombreux politiciens ont la mauvaise habitude de réfléchir à court terme et de négliger la politique à long terme. Notre défi démocratique constitue un grave problème à long terme, et il nécessite donc des solutions à long terme. Le taux de natalité moyen de l’Union européenne est d’1,5 enfant par femme, ce qui est trop peu pour renouveler les générations actuelles. C’est là aussi qu’est le problème. Une option possible est de rechercher une solution facile à court terme en plaidant pour une vague d’immigration encore plus importante en provenance de pays non européens. Bien que cela puisse sembler une bonne idée en théorie, la réalité quotidienne de nos grandes villes témoigne de l’échec total de la politique d’immigration laxiste menée depuis 30 ans. L’Europe compte 20 millions de chômeurs, et pourtant la Commission voudrait importer encore plus d’immigrants. Puis-je faire remarquer que le taux de chômage est nettement plus élevé parmi les immigrés non européens que parmi la population indigène des États membres?

Le temps qui m’est imparti ne suffit pas pour décrire les problèmes sociaux provoqués par l’immigration à grande échelle, comme par exemple l’effondrement de la cohésion sociale. Ce dont nous avons besoin, c’est que les États membres mènent une politique qui soutienne les jeunes familles européennes dans leur désir d’avoir des enfants. Les États membres doivent prendre des mesures fiscales incitant les citoyens à avoir des enfants. Il faut améliorer et étendre l’offre en matière d’accueil des enfants. Nous devons également avoir le courage d’envisager de verser un salaire au parent qui reste au foyer et qui consacre le plus clair de son temps à l’éducation des enfants.

 
  
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  Othmar Karas (PPE-DE).(DE) Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs, je me félicite de ce débat parce qu’il sensibilise au lieu d’alarmer. Nous devons agir aujourd’hui sans attendre demain.

Le changement démographique a ses causes, ses conséquences et ses défis, parmi lesquels la baisse de la population, la diminution de la population active et la probabilité de vivre plus longtemps. Les enfants qui naissent à l’heure où nous parlons pourraient bien vivre jusqu’à 100 ans. Ce sera d’ailleurs le cas pour la moitié d’entre eux. La population vieillit et nous avons moins d’enfants. Cela entraîne une modification radicale de la pyramide des âges et de la structure de la population. Le Parlement devra répondre à de nouveaux besoins en termes d’infrastructures et à de nouvelles demandes vis-à-vis des services publics et des entreprises, ou encore des systèmes éducatifs et de sécurité sociale. Notre continent vieillit. Jean-Claude Juncker a dit un jour: «Si nous ne modifions pas rapidement nos régimes de sécurité sociale, de pensions et de soins de santé pour les préparer à l’avenir, nous serons les perdants de la mondialisation au lieu d’en être les gagnants.»

Que faut-il faire? Il y a fort à faire. Rétablir l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée. Ne plus forcer les gens à partir à la retraite. Il faut de nouvelles formes de soins, d’accueil des enfants et de services mobiles, comme par exemple la livraison de repas à domicile. Dans tous les États membres, la responsabilité du financement des soins doit être retirée aux systèmes d’assistance sociale et devenir une responsabilité solidaire. Nous sommes face à un défi dans le domaine de l’éducation. Notre objectif devrait être de devenir le continent qui respecte le mieux les enfants et la personne humaine dans le monde entier. Nous devons reconnaître la valeur du temps passé à élever les enfants et à assurer des soins, parce que 80 % des soignants sont des membres de la famille. Le principe du salaire égal à travail égal est lui aussi important. Il reste fort à faire, et nos problèmes ont de nombreuses causes différentes.

 
  
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  Françoise Castex (PSE). –Madame la Présidente, Monsieur le Ministre, en quelques mots: le point d’achoppement de ce défi démographique que nous aurons à relever, c’est bien évidemment, d’un point de vue économique et social, la diminution de la population active. Deux chiffres: en 2010, nous serons 217 millions de personnes en âge de travailler, en 2050, 180 millions de personnes, soit un déficit de près de 36 millions de personnes.

Peut-on craindre une pénurie de main-d’œuvre? Peut-on craindre un déséquilibre entre la population active et la population dépendante?

À ce problème, nous proposons deux réponses qui vont vers la gestion la plus optimale de la ressource humaine. Dans un premier temps, le plein emploi. Nous devons aller vers le plein emploi. Il existe actuellement d’importantes possibilités d’emplois, compte tenu du sous-emploi des jeunes, des femmes, des seniors à partir de 55 ans et des personnes sous-qualifiées. Nous assistons à un immense gâchis de compétences. Nous voyons que si le taux d’emploi des femmes et des seniors entre 55 et 65 ans atteignait, d’ici 2050, les meilleurs taux d’Europe, nous pourrions compenser ce déficit de main-d’œuvre.

Enfin, l’éducation et la formation tout au long de la vie. Nous voulons aller vers des cycles de vie active optimisés. Il n’est pas normal qu’un ouvrier, qu’un agent de maîtrise, qu’un cadre de 50 ans n’ait pour seule perspective de carrière qu’une stagnation de sa progression de carrière. Il en va de la responsabilité sociale des entreprises.

(La présidente retire la parole à l’oratrice)

 
  
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  Marco Cappato (ALDE).(IT) Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, Mesdames et Messieurs, la population mondiale a doublé en quelques décennies, avec des conséquences désastreuses pour la planète. Dans cette perspective, le fait que l’Europe connaisse une tendance en partie différente est un point positif.

Cette évolution pose évidemment des problèmes en termes de sécurité sociale, mais la solution n’est pas de pousser les citoyens à avoir plus d’enfants. Il faut plutôt augmenter l’âge de la pension et éliminer les discriminations à l’encontre des travailleurs âgés dans des pays tels que l’Italie, où les mesures de dissuasion visant à empêcher le travail au-delà de l’âge de la retraite sont telles que la pension est davantage une obligation qu’un droit.

Sur la scène mondiale, je demande en particulier à la présidence de prendre des mesures pour organiser enfin la nouvelle Conférence des Nations unies sur la population. Voilà des années que l’organisation de cette nouvelle conférence est bloquée par des États tels que le Vatican et par ceux qui craignent des politiques responsables d’éducation sexuelle et de planning familial.

 
  
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  Ewa Tomaszewska (UEN).(PL) Madame la Présidente, voilà déjà une douzaine d’années que l’Europe présente des tendances démographiques alarmantes. Le taux de fécondité de remplacement est de 2,16. En Pologne, le taux actuel est de 1,2. Parallèlement, les progrès de la médecine et l’adoption d’un style de vie plus sain font que les gens vivent plus vieux. L’Europe vieillit, mais elle est aussi en train de disparaître. D’ici 2030, le rapport entre la population active et la population non active sera de 2:1.

L’évolution démographique négative de l’Europe est notamment due aux politiques socio-économiques hostiles aux familles, à la promotion de modèles familiaux avec peu d’enfants et des mariages sans enfants dans les médias, mais aussi aux politiques qui favorisent la désintégration familiale. Les principales conséquences de ces politiques seront une pénurie de main-d’œuvre sur le marché du travail qui mettra en péril le développement économique, une diminution drastique de l’efficacité des régimes de pension et une augmentation des coûts des systèmes de soins de santé en raison des besoins spécifiques d’une société vieillissante.

 
  
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  Irena Belohorská (NI).(SK) Je me félicite du débat sur ces questions et j’estime qu’il est particulièrement important aujourd’hui, alors que nous sommes confrontés simultanément à une crise financière et à une crise économique. Les tendances démographiques indiquent que notre population vieillit, grâce aux progrès des soins de santé et du fait d’une chute de la natalité. Nous devons donc nous préparer à cette réalité et prendre des mesures dans les domaines concernés.

Dans le domaine social, il va devenir plus difficile de financer les pensions. Dans le domaine de la santé, nous devons réfléchir à la façon d’assurer les traitements nécessaires, notamment pour les maladies liées à l’âge. Nous savons, par exemple, que près de deux tiers des cancers surviennent après 60 ans.

Pour que le système de sécurité sociale reste viable, il va falloir augmenter, améliorer et mieux adapter les opportunités et les conditions d’emploi des personnes âgées. Ceci concerne principalement les femmes âgées de plus de 55 ans et les hommes entre 55 et 64 ans. Il est possible de compenser le déclin démographique par l’immigration de jeunes originaires de pays tiers, mais nous devons avant tout essayer de stabiliser la population des jeunes gens hautement qualifiés qui quittent aujourd’hui l’Europe pour les États-Unis.

Eu égard à la détérioration de la santé génésique des jeunes femmes, nous devons soutenir la procréation assistée. Beaucoup de jeunes familles ne peuvent pas se permettre ces traitements. Je pense que nous ne serons pas en mesure de respecter la stratégie de Lisbonne. Essayons au moins de relancer l’idée d’une alliance européenne d’aide aux familles, que ce soit par des incitants fiscaux ou par l’amélioration des structures d’accueil pour enfants en bas âge. Le congé de maternité devrait être payé au salaire plein et non à un niveau minimal.

 
  
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  Gabriela Creţu (PSE).(RO) Monsieur le Ministre, excusez-moi de vous contredire, mais nous avons plusieurs problèmes et non un seul. Nous avons non seulement un problème démographique, mais aussi un problème politique, social et éthique. Nous disons vouloir un taux de natalité plus élevé, mais 30 % des enfants qui naissent actuellement vivent déjà sous le seuil de pauvreté. Les conséquences pour l’avenir seront une éducation médiocre, des emplois peu attrayants, une productivité moins élevée et des cotisations modestes aux régimes d’assurance.

La position du Conseil concernant la directive sur le temps de travail est absolument incompatible avec le maintien d’un équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée. L’Organisation mondiale de la santé reconnaît la stérilité comme une maladie, mais ce n’est pas le cas de nombreux États membres. Par conséquent, l’assurance médicale ne couvre pas les coûts des traitements. En Roumanie, une seule tentative de fécondation in vitro coûte neuf mois de salaire moyen. Il faut en moyenne 3 à 4 tentatives pour réussir à concevoir, suivis de neuf mois de grossesse jusqu’à la naissance.

Chers collègues, la solution la plus efficace serait de promouvoir une politique cohérente dans tous les États membres et de faire en sorte que les paroles soient suivies d’actes.

 
  
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  Samuli Pohjamo (ALDE).(FI) Madame la Présidente, les défis posés par les tendances démographiques semblent particulièrement marqués dans les régions faiblement peuplées du Nord. Les jeunes générations éduquées quittent ces régions, ce qui entraîne un vieillissement rapide des populations. Il en résulte une augmentation des coûts liés aux services sociaux et aux soins de santé, un problème rendu plus grave encore par les longues distances. Les nouvelles technologies et l’innovation ont cependant permis de mettre en place de nouveaux services d’aide à la population vieillissante, et ces solutions pourraient être mises à profit dans l’ensemble de l’Union européenne.

La politique régionale est un autre moyen de transformer ces défis en opportunités. Une politique régionale efficace permet d’exploiter les opportunités qu’offrent ces régions, de créer de nouveaux emplois et d’apporter une valeur ajoutée à l’Europe dans son ensemble. Il est aussi possible de transformer l’évolution démographique en un phénomène plus positif.

 
  
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  Jan Cremers (PSE).(NL) Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, Monsieur Jouyet, Mesdames et Messieurs, quand cette Assemblée a discuté des effets de l’évolution démographique avant l’été, la crise économique n’avait pas encore atteint son ampleur actuelle. Cette crise va solliciter plus encore nos régimes de sécurité sociale. Face à la montée prévue du chômage, on peut sans doute s’attendre à une certaine détente à court terme sur le marché du travail. Mais cela ne résoudra pas à long terme les problèmes spécifiques liés au vieillissement de la population.

Si la détérioration du climat économique pousse les travailleurs âgés à partir prématurément à la retraite, nous retomberons dans les erreurs du passé. Nous devons mettre l’accent, aujourd’hui comme à l’avenir, sur des systèmes flexibles de départ à la retraite et sur une organisation du travail qui encourage à rester actif plus longtemps La crise financière a montré une fois de plus la nécessité de gérer avec sagesse les fonds de pension. Nous devons accorder la priorité à la viabilité à long terme des régimes de pension. Ceux-ci doivent être adaptés aux évolutions démographiques et économiques et reposer sur des stratégies d’investissement peu risquées à long terme. Par ailleurs, la Commission devrait envisager de réglementer et de contrôler les produits de pension paneuropéens.

 
  
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  Miroslav Mikolášik (PPE-DE).(SK) L’évolution du style de vie des jeunes fait qu’une fois les études terminées, ils veulent tous voyager pendant quelques années avant d’entamer leur carrière. Après cela les jeunes, y compris les jeunes femmes, ont plus de 30 ans et la plupart n’ont qu’un enfant. La famille est perçue aujourd’hui comme une charge négative, et en plus de cela, les jeunes hommes ne sont pas en mesure de promettre aux femmes mariage et sécurité.

Le nombre d’avortements a atteint un niveau record et de nombreuses femmes utilisent des contraceptifs hormonaux. Par conséquent, très peu de femmes sont physiologiquement en mesure de concevoir. L’indice de fécondité des pays européens varie entre 1,1 et 1,3. Seule la France, qui a une longue tradition de soutien financier aux familles, présente un indice proche de 2. Un congrès européen sur la famille organisé à l’université de Ružomberok...

 
  
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  Mairead McGuinness (PPE-DE).(EN) Madame la Présidente, il semble que nous vivions tous plus longtemps mais que nous ayons moins de petits-enfants. J’imagine que les raisons en sont complexes et variées. Je pense que les enfants sont perçus comme un «problème», on le remarque bien en discutant avec des personnes sans enfants. Nous parlons aussi du «problème» de l’accueil des enfants, et jamais de solutions.

Les personnes âgées se perçoivent elles aussi comme un fardeau et s’inquiètent de savoir qui va s’occuper d’elles à l’avenir. Je pense que ceux d’entre nous qui se trouvent entre ces deux extrêmes craignent une catastrophe imminente parce qu’il y aura encore moins de travailleurs pour payer nos pensions et pour s’occuper de nous quand nous n’en serons plus capables.

Marian Harkin a fait remarquer à juste titre que le rôle des soignants dans la société était complètement sous-estimé, et il faut que cela change. Et en écoutant le débat de ce soir, je me demande, dans le contexte de la crise financière et économique, si la Commission peut éventuellement répondre à cette question et nous dire si la situation dans laquelle nous nous trouvons désormais risque d’aggraver ce problème démographique. Ce serait regrettable.

 
  
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  Silvia-Adriana Ţicău (PSE).(RO) Madame la Présidente, Monsieur le Commissaire, l’Union européenne doit se préparer à relever les défis démographiques. L’Europe sociale doit pouvoir répondre aux attentes de ses citoyens en proposant une éducation de qualité, un système de soins de santé efficace et accessible et des emplois permettant de vivre décemment avec la garantie d’une pension décente à la retraite.

La population de l’Union européenne vieillit. Parallèlement, rares sont les États membres qui ont connu une augmentation de leur taux de natalité. Les exceptions sont l’Irlande et la France, qui ont obtenu de bons résultats dans ce domaine grâce à l’adoption de politiques spécifiques. D’un autre côté, alors que le taux de mortalité infantile est descendu à 4,7 sur mille habitants dans la Communauté, ce taux est encore de 12 sur mille habitants dans certains pays.

L’Europe doit investir dans la santé, l’éducation et la sécurité sociale. En garantissant des emplois bien payés, on assure non seulement une vie décente aux travailleurs, mais on garantit aussi les ressources nécessaires pour payer les pensions. Le régime de pension repose sur la solidarité intergénérationnelle.

 
  
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  Toomas Savi (ALDE).(EN) Madame la Présidente, l’Union européenne est une société vieillissante. De nombreuses personnes dans l’Union européenne décident de se concentrer sur leur carrière au détriment de leur vie familiale, et ce jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour avoir des enfants.

Étant moi-même devenu grand-père récemment, je suis un fervent partisan de la politique estonienne de planning familial qui permet à l’un des parents de rester au foyer pendant 18 mois après la naissance de l’enfant en bénéficiant d’une allocation parentale à peu près égale à son salaire avant le congé.

Je suis fermement convaincu que si nous ne voulons pas que nos enfants croulent sous les impôts, il faut adopter une approche similaire dans toute l’Union européenne. Cette politique a permis à l’Estonie d’arrêter le déclin apparemment interminable de sa population.

 
  
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  Avril Doyle (PPE-DE).(EN) Madame la Présidente, le travail le plus important de tout citoyen est d’élever la génération suivante. Et, sans faire la leçon ni la morale aux jeunes femmes d’aujourd’hui, mariées ou non, nous devons rendre la liberté de choix à toutes les femmes qui souhaitent rester au foyer pour avoir un deuxième ou un troisième enfant et faire en sorte que les circonstances économiques et financières ne les obligent pas à continuer à travailler.

Nous devons garantir le maintien des droits à la pension ou prévoir une pension parentale ou maternelle pour les femmes qui travaillent à la maison afin d’assurer leur stabilité financière à l’âge de la retraite. Il faut que l’État les récompense correctement, elles qui font le travail le plus important pour nous tous: élever la génération suivante.

Sur un autre point, vu l’augmentation du nombre d’années en bonne santé dont profiteront la plupart d’entre nous, il faut modifier d’urgence l’âge obligatoire de la retraite - 65 ans. En moyenne aujourd’hui, les femmes ont leur premier enfant bien au-delà de la trentaine. Nous devons réexaminer cette situation le plus rapidement possible.

 
  
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  Czesław Adam Siekierski (PPE-DE).(PL) Madame la Présidente, nous avons bien conscience du vieillissement de la population européenne, mais avons-nous conscience des conséquences que ce vieillissement aura pour notre économie et notre marché du travail? La mondialisation donne une tout autre dimension aux problèmes démographiques. C’est pourquoi l’Union européenne a besoin d’actions intégrées à de nombreux niveaux.

Nous devons réaliser les objectifs de la stratégie de Lisbonne, augmenter le taux d’emploi, augmenter la participation des femmes au marché de l’emploi et renverser la tendance à la retraite précoce. Nous devons également accorder une plus grande importance à l’éducation, notamment dans les domaines essentiels pour une économie de la connaissance que sont l’ingénierie et les technologies de l’information. Il est également essentiel de promouvoir l’éducation tout au long de la vie et de préparer les travailleurs à s’ouvrir à de nouveaux défis.

 
  
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  Jean-Pierre Jouyet, président en exercice du Conseil. Madame la Présidente, je vais essayer de respecter vos consignes. Monsieur le Commissaire, Mesdames et Messieurs les Députés, le débat a été extrêmement riche et on voit bien à travers les différentes interventions que la résolution de ce défi démographique est multiple.

Il y a des pistes d’action qui sont extrêmement complémentaires, j’y reviendrai. Dans une certaine mesure, c’est vrai qu’il faut augmenter les taux d’emploi, c’est vrai que nous aurons également besoin d’une immigration pour résoudre le déficit démographique et il est important, dans ce cadre, qu’elle reste maîtrisée et organisée. Il est vrai aussi qu’il nous faut des politiques familiales et de soutien de la natalité qui existent; il est vrai qu’il y a des exigences de solidarité à l’égard des personnes âgées et que leur prise en charge doit être renforcée. Il est vrai aussi que nous devons, dans ce cadre, faire extrêmement attention au développement d’infrastructures collectives en matière d’éducation, en matière de prise en charge des enfants et aussi en matière de prise en charge des risques de dépendance pour les plus âgés.

Comme le soulignaient aussi plusieurs orateurs, nous devons prendre en compte les atouts qui sont les nôtres, notamment l’apparition de nouvelles technologies d’information avec les efforts en matière de recherche et de développement, avec toutes les flexibilités qui peuvent exister en matière d’assistance médicale et sanitaire, avec aussi tout ce qui peut être fait pour prévenir et aider au diagnostic prénatal, tout ce qui peut être fait pour l’aide à la petite enfance et à sa prise en charge collective. Donc, il y a un ensemble de défis mais aussi d’atouts qui existent pour relever ce défi démographique.

Nous devons être aussi prêts à veiller aux conséquences qu’a cette transformation démographique, cela a été aussi souligné au cours du débat, sur la viabilité de nos systèmes de protection sociale et sur la viabilité du régime des retraites, qui sont une des caractéristiques du modèle de solidarité européen. Nous devons prendre des mesures à long terme, en dépit de la crise économique et financière que nous traversons, pour assurer cette viabilité et nous devons aussi, bien évidemment, prendre en compte les conséquences de ce changement démographique profond sur les différentes formes d’organisation du travail. M. Cappato a insisté à travers un exemple précis sur ce fait et il a entièrement raison.

Pour conclure, je crois que la Commission, mais le commissaire Potočnik le dira, le Parlement et le Conseil doivent poursuivre le dialogue dans l’esprit de ce débat. Il s’agit sans aucun doute du défi à long terme que l’Europe doit le plus certainement anticiper, organiser et devant lequel tout ce qui a trait aux préoccupations qui sont les nôtres dans le cadre de la crise économique et financière ne doit pas nous empêcher de poursuivre notre action et notre adaptation.

 
  
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  Janez Potočnik, membre de la Commission. − (EN) Madame la Présidente, nous avons entendu aujourd’hui un message clair qui confirme le grave défi qui se pose à nous, celui du vieillissement de la société.

Le XXIe siècle est une époque fragile à bien des égards, et nous devons y faire face. Nous devons faire tout notre possible. Ainsi qu’il a été indiqué, la longévité doit être une récompense et non une punition. Il a également été dit qu’il serait cohérent d’agir dans le cadre du programme de Lisbonne, et je suis d’accord. Nous pouvons comprendre le programme de Lisbonne dans sa simplicité: il s’agit de progresser vers une société de la connaissance et de se préoccuper de la durabilité, que celle-ci concerne la sécurité sociale, l’environnement ou l’économie. Cette crise nous a appris que même les profits devaient être durables.

La crise financière actuelle ne doit donc pas nous détourner des problèmes dont nous avons discuté patiemment ces dernières années, y compris celui dont nous débattons aujourd’hui. Il ne s’agit que d’un problème de plus. Quand nous y aurons fait face, il faudra sortir de la crise financière avec une structure capable de relever tous les défis que nous apportera le XXIe siècle. Dans ce contexte, il importe donc d’avoir conscience de tous les aspects de la durabilité: durabilité de la planète sur laquelle nous vivons, des êtres vivants de cette planète, des êtres humains et d’une génération à l’autre, ce qui est au cœur même de la question démographique que nous examinons aujourd’hui.

Nos politiques doivent absolument en tenir compte. Le forum démographique organisé les 24 et 25 novembre prochains, dont j’ai parlé dans mon introduction, offre clairement une bonne occasion de le faire. Nous devons poursuivre le dialogue entre le Conseil, les États membres, le Parlement et la Commission. Vos discussions d’aujourd’hui prouvent que ce débat arrive à point nommé. Je vous remercie au nom de la Commission pour les opinions exprimées. Tous les éléments que vous avez mentionnés sont extrêmement importants: promouvoir le renouveau démographique, concilier la vie professionnelle et la vie familiale, la question des soignants, la mobilité, la lutte contre les discriminations et les autres politiques. Tous ces éléments sont à prendre en compte quand nous discutons de ce problème.

 
  
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  La Présidente. – Le débat est clos.

 
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