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Débats
Mercredi 17 décembre 2008 - Strasbourg Edition JO

7. Remise du prix Sakharov - Vingtième anniversaire (Séance solennelle)
Vidéo des interventions
PV
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  Le Président. − Mesdames et Messieurs, la séance solennelle est ouverte.

 
  
 

Mesdames et Messieurs, veuillez accueillir les lauréats du prix Sakharov suivants:

1990: Aung San Suu Kyi, représentée par Zoya Phan

1991: Adem Demaçi

1992: Las Madres de la Plaza de Mayo, représentées par Hebe Pastor de Bonafini

1993: Oslobođenje, représenté par Lidija Korać

1994: Taslima Nasreen

1995: Leyla Zana

1996: Wei Jingsheng

2000: ¡BASTA YA!, représentée par José María Alemán Amundarain

2001: Dom Zacarias Kamwenho

2002: Oswaldo José Payá Sardiñas, représenté par Adam Mascaró Payá

2004: L’Association bélarussienne des journalistes, représentée par Zhanna Litvina

2005: Femmes en blanc, représentée par Blanca Reyes, ainsi que

Hauwa Ibrahim, et

Reporters sans frontières, représentée par by Jean-François Julliard

2006: Aliaksandr Milinkevich

2007: Salih Mahmoud Mohamed Osman.

Veuillez accueillir, représentant feu le Dr Andreï Sakharov, Elena Bonner.

(Applaudissements soutenus)

 
  
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  Le Président. − Madame Bonner, chers lauréats du prix Sakharov du Parlement européen pour la liberté de pensée, Madame la Commissaire Ferrero-Waldner, Mesdames et Messieurs – puis-je dire aujourd’hui «chers amis!» Aujourd’hui n’est pas un jour ordinaire pour le Parlement européen, c’est un jour où nous rappelons une préoccupation fondamentale de l’Union européenne: le travail pour la paix, le progrès et les droits de l’homme, représentés par les lauréats du prix Sakharov. Selon les termes d’Andreï Sakharov, «il est impossible d’atteindre l’un de ces objectifs [la paix, le progrès et les droits de l’homme] si les deux autres sont ignorés».

Nous sommes réunis ici aujourd’hui, 20 ans après l’attribution du premier prix Sakharov et quelques jours après le 60e anniversaire de la déclaration universelle des droits de l’homme, pour honorer une série d’hommes et de femmes qui font preuve d’un courage particulier – militants des droits de l’homme, juristes, journalistes, dirigeants religieux, organisations – qui luttent pour les droits de l’homme avec courage, engagement et passion. Nous rendons également hommage aux femmes, aux mères et aux familles qui luttent pour les droits de leurs êtres chers.

Je voudrais en particulier souhaiter la bienvenue à tous les lauréats du prix Sakharov des années précédentes qui nous ont honorés de leur présence aujourd’hui. Nous nous réjouissons de travailler avec vous tous en plus étroite collaboration encore dans le cadre du réseau Sakharov, que nous avons officialisé la création hier. Certains autres lauréats auraient voulu être présents avec nous aujourd’hui, mais, à mon grand regret, n’ont pas pu l’être, retenus qu’ils sont par les régimes dictatoriaux dans leur pays. Aung San Suu Kyi se trouve toujours …

(Applaudissements)

… en résidence surveillée en Birmanie/au Myanmar. Oswaldo Payá et les représentantes de Femmes en blanc, Laura Pollán et Berta Soler, se sont vus signifier l’interdiction de quitter le pays par les autorités cubaines, alors que toutes les procédures nécessaires ont été lancées il y a plus de deux mois. Cette interdiction démontre clairement les conditions dans lesquelles les forces démocratiques cubaines sont obligées de travailler. Je voudrais dire, à cet égard, que cela ne correspond ni à l’esprit du dialogue politique qui a récemment repris ni à la coopération entre Cuba et l’Union européenne.

(Applaudissements)

Andreï Sakharov a fait un honneur particulier au Parlement européen quand il a, il y a plus de 20 ans, exprimé sa gratitude envers cette Assemblée pour sa décision de donner son nom à ce prix et lui a donné son approbation. Andreï Sakharov avait raison de considérer ce prix comme un encouragement destiné à tous ceux qui se sont engagés envers la cause des droits de l’homme à travers le monde.

Je voudrais aussi à présent accueillir très chaleureusement la fille d’Elena Bonner, Tatiana, dans cet hémicycle. Nous sommes heureux que vous soyez là, Tatiana!

En 1988, quand le prix a été attribué pour la première fois, le lauréat, Nelson Mandela, était en prison. La même année, un siège vide a été installé ici pour Andreï Sakharov, comme un siège vide a aujourd’hui été installé pour Hu Jia. Aujourd’hui, comme alors, nous rendons hommage à ces gens pour leur engagement héroïque malgré leur absence forcée. Aujourd’hui comme alors, des régimes autoritaires abusent de leur pouvoir et tentent de réduire au silence ceux qui veulent exercer leur droit fondamental de liberté de pensée et d’expression. Aujourd’hui comme alors, les oppresseurs échouent dans leurs tentatives de réduire au silence ces voix courageuses.

Aujourd’hui, nous allons entendre deux femmes extrêmement courageuses. Toutes deux sont épouses et mères et ont consacré leur vie à la liberté dans leur pays, portant ainsi l’espoir de millions de personnes dans leur pays d’origine et dans le monde.

Madame Bonner, votre travail pour la liberté de votre mari, Andreï Sakharov, et celle de votre pays, a contribué aux changements historiques en Europe qui étaient la condition préalable aux efforts de réunification de notre continent. Je n’oublierai jamais comment vous m’avez reçu dans votre appartement de Moscou après ma visite sur la tombe de votre mari en février 1990. Ce fut une expérience émouvante. C’est formidable de vous voir ici au Parlement européen aujourd’hui.

Nous savons les efforts que vous avez dû accomplir pour être avec nous aujourd’hui. Je suis sûr que vous savez à quel point mes collègues députés apprécient votre présence. Une fois encore, nous souhaitons aussi la bienvenue à votre fille, Tatiana, qui vous a et nous a beaucoup aidés à poursuivre l’héritage profondément humain et digne de votre mari. Je voudrais vous inviter à vous adresser à nous après la prochaine partie de cette cérémonie d’attribution.

Mesdames et Messieurs, le courage et le don de soi ont toujours été décisifs pour le développement des droits de l’homme au cours des siècles. La décision de Hu Jia d’adresser quelques mots aux participants d’une réunion de notre sous-commission des droits de l’homme était un exemple de ce grand courage. Le message qu’il va nous transmettre ce soir via son épouse, Zeng Jinyan, est un acte tout aussi altruiste. Les cyberdissidents d’aujourd’hui – dont Zeng Jinyan fait partie – peuvent être comparés aux dissidents soviétiques qui, en leur temps, communiquaient et faisaient entendre leurs idées via la littérature samizdat.

Le lauréat du prix Sakharov 2008, Hu Jia, a été nommé représentant des voix réduites au silence en Chine et au Tibet, mais aujourd’hui, nous allons entendre une autre de ces voix. Je suis sûr qu’un jour nous pourrons aussi entendre la voix de Hu Jia lui-même dans l’hémicycle du Parlement européen.

(Applaudissements)

Je voudrais à présent demander que le message reçu il y a quelques jours de l’épouse de Hu Jia, Zeng Jinyan, soit diffusé.

 
  
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  Zeng Jinyan, épouse de Hu Jia. (EN) Chers amis, je suis l’épouse de Hu Jia, Zeng Jinyan. Hu Jia est actuellement en prison et n’est donc pas en mesure de venir à la cérémonie pour recevoir son prix Sakharov.

Je n’ai pas de passeport, je ne peux donc pas venir en Europe non plus pour assister à la cérémonie en l’honneur du 20e anniversaire du prix Sakharov. Nous en sommes profondément désolés.

La bonne nouvelle, c’est que, le 10 octobre 2008, Hu Jia a été transféré de la prison de Chaobai à Tianjin à la prison municipale de Pékin, et que ses conditions de détention se sont améliorées. En ce qui concerne sa santé, il a l’air un peu mieux. Il semble être dans une forme légèrement meilleure que lorsqu’il était à la prison de Chaobai.

Il a toutefois subi deux tests sanguins en l’espace d’un mois, dont nous ne connaissons pas les résultats. Bien que nous les ayons réclamés, les résultats des tests n’ont pas été transmis à la famille. Ce comportement nous inquiète. Il nous fait craindre une aggravation de sa cirrhose.

J’ai rendu visite à Hu Jia à la prison municipale de Pékin le 21 novembre 2008. Avant notre rencontre, les autorités pénitentiaires nous ont tous deux avertis qu’il était interdit de parler du fait qu’on lui avait attribué le prix Sakharov.

Au cours de ma visite, aucun de nous n’a donc pu parler du prix. Nous n’avons pas non plus pu en discuter par lettre, puisque toute notre correspondance est censurée. Même si tout ce que nous faisons est exprimer notre point de vue sur certains phénomènes sociaux ou si Hu Jia parle de la prison, si cela ne plaît pas aux autorités pénitentiaires, nos lettres sont confisquées ou les lettres de Hu Jia lui sont retournées. Nous espérons beaucoup pouvoir communiquer plus normalement mais pour l’instant c’est très difficile.

Fin octobre 2008 ou début novembre, je ne sais plus exactement, des officiers de police de la sécurité d’État ont dit à Hu Jia qu’il avait remporté le prix Sakharov.

Et lorsque je l’ai vu le 21 novembre, j’ai pu sentir qu’il en était très heureux. Je sais que Hu Jia en a parlé à sa mère et aux policiers. Ses mots ont été plus au moins les suivants:

«Peut-être le Parlement européen pensait-il au travail que j’ai accompli dans le domaine du sida et de l’environnement, parce que ce que j’ai accompli en termes de droits de l’homme est loin d’être suffisant et je vais devoir redoubler d’efforts.»

Il a également dit que ce prix Sakharov était très important pour la Chine et qu’il était convaincu que l’avenir lui donnerait raison. Évidemment, de mon point de vue personnel, j’espère qu’il rentrera à la maison le plus vite possible. Hu Jia a dit un jour qu’il espérait être le dernier prisonnier de conscience en Chine, mais la réalité est très différente. Depuis le jour de son procès, le 3 avril, d’autres personnes, telles que Huang Qi, Zeng Honglin et Chen Daojun, ont été arrêtées par les autorités, parce qu’elles avaient exprimé leurs opinions publiquement. Et certaines d’entre elles ont été jugées et se sont vues infliger des peines de prison.

Cela montre que la situation de la liberté d’opinion est encore absolument épouvantable et qu’il n’y a aucune raison d’être optimiste.

Même dans ces circonstances, cependant, il y a aujourd’hui beaucoup de personnes exceptionnelles et de personnes de bonne volonté dans la société chinoise, qui se donnent beaucoup de mal pour trouver des moyens de faire connaître la véritable situation en Chine et pour exprimer des opinions profondément ressenties, et l’internet constitue pour elles une plate-forme très intéressante. Mais, malheureusement, le prix à payer pour cela est parfois très élevé.

Pour vous dire la vérité, le courage n’est parfois pas suffisant. Parfois, le prix à payer est extrêmement élevé. Il y a eu des cas où, après avoir exercé leur liberté de pensée, des activistes des droits de l’homme, des écrivains et d’autres ont vu des membres de leur famille se faire à leur tour harceler par la police, perdre leur emploi ou être placés en résidence surveillée. Et plus grave encore, certains ont même été jugés et condamnés.

Hu Jia a lui-même été enlevé illégalement par la police à plusieurs reprises depuis 2004, sans aucune forme de procédure judiciaire. Il était constamment suivi et, au bout du compte, il s’est vu imposer une peine de prison. Et moi qui suis sa femme, je suis souvent harcelée par la police.

D’autres sont dans la même situation, comme Chen Guangchen et sa femme, Guo Feixiong et son épouse, et même leurs enfants, qui s’est vu refuser le droit à l’éducation. Grâce à de nombreux appels de toutes parts, les enfants de Guo Feixiong ont ensuite pu retourner à l’école, mais dans des conditions qui ne sont pas très satisfaisantes.

Pour toutes ces raisons, je voudrais respecter le souhait exprimé par Hu Jia à de nombreuses reprises. Il a souvent dit qu’il aimerait créer un réseau de soutien pour aider les familles des activistes des droits de l’homme, pour apporter un soutien moral aux familles, pour soulager la pression exercée sur leur mental et sur leur vie. Pour qu’elles puissent être suffisamment fortes pour résister à la pression des autorités de manière plus active et plus optimiste, et pour décourager la cruelle vengeance qui s’exerce sur les familles.

Je ne puis faire grand-chose pour l’instant, mais je voudrais utiliser les 50 000 euros du prix Sakharov de Hu Jia comme Fonds de lancement pour créer une fondation destinée à aider les familles des activistes des droits de l’homme et pour enfin réaliser ce que Hu Jia a toujours voulu.

Pourquoi le travail en faveur des droits de l’homme de Hu Jia est-il si difficile?

Je pense que c’est principalement parce que le système juridique chinois n’est pas satisfaisant. Il y a des lois, il y a toutes sortes d’articles et de réglementations, certaines sont bien écrites, mais elles ne sont pas appliquées.

En réalité, la situation de l’État de droit est désastreuse. Le système judiciaire n’a aucune indépendance. Jusqu’en 2004, Hu Jia consacrait la majeure partie de son activité aux problèmes du sida et de l’environnement. Il a passé beaucoup de temps sur le terrain, en campagne, où les gens avaient besoin qu’il entreprenne une action concrète.

Ensuite, à partir de 2004, la police lui a régulièrement refusé la liberté de mouvement et il n’a eu d’autre choix que de participer aux mouvements pour les droits de l’homme de chez lui, en écrivant des articles et en publiant des rapports sur la situation sur le terrain.

Je pense que pendant toutes ces années, la chose la plus importante et la plus intéressante qu’il ait faite a été de constamment persister à dire la vérité. Il n’a jamais cessé d’écrire au sujet des phénomènes qu’il observait. Il n’a jamais cessé de décrire une par une toutes les réalités que les médias chinois ne peuvent pas dire. Il n’a jamais cessé de publier tout cela sur son site internet afin que le public puisse connaître la réalité de la Chine et la comprendre.

Selon moi, cela a été sa plus grande contribution.

Si vous regardez la Chine aujourd’hui, vous verrez tout le monde parler, mais le mensonge est très répandu. Pourtant, il y a des gens qui poursuivent leur quête de vérité. Parce que les manuels scolaires que nos enfants étudient, nos journaux et médias radiotélévisés, nos bibliothèques et tous ces documents et fichiers, ils ressemblent tous à ce que l’on trouve dans le roman 1984: ils sont écrits dans une autre langue pour décrire une réalité fictive.

Quelle est la situation réelle, quelle est la véritable Chine? Nous ne le savons pas.

C’est pourquoi il y a en Chine un groupe de penseurs, comme Hu Jia, qui n’ont jamais abandonné leur quête de vérité. Mais Hu Jia a payé un très lourd tribut.

Notre fille a à peine un an. C’est une période essentielle de sa vie, mais Hu Jia ne peut être à ses côtés. C’est très difficile pour moi de parler de cela, mais je pense…

Et puis Hu Jia a aussi toujours été très optimiste. Il disait qu’il pensait que la Chine traversait la période la plus ouverte de son histoire et que l’on devait saisir l’occasion de promouvoir une société plus juste, plus libre et plus démocratique.

Nous pouvons effectivement le voir dans notre vie quotidienne, même si le gouvernement exerce toujours un contrôle très étroit sur les médias et sur la liberté d’association, et peut-être un contrôle plus étroit encore sur l’utilisation des nouvelles technologies. D’un autre côté, cependant, la société civile utilise aussi les nouvelles technologies et la plate-forme que constitue l’internet pour promouvoir activement un système judiciaire plus impartial et une société plus juste et pour étudier et exposer la véritable Chine.

Et pour sensibiliser les citoyens aux droits de l’homme. C’est un réel espoir: que le gouvernement le veuille ou non, et que les figures dirigeantes en Chine ou ailleurs le reconnaissent ou non, la Chine se dirige à grande vitesse vers une société ouverte et démocratique.

Pour finir, je voudrais dire que, quoi qu’il arrive, nous devons conserver une attitude active et optimiste et poursuivre nos efforts en vue de promouvoir l’État de droit, la démocratie et la liberté en Chine.

Nous sommes pleins d’espoir de pouvoir bientôt saluer l’arrivée d’une Chine ouverte. Nous sommes pleins d’énergie pour que la Chine devienne un pays en paix.

Je voudrais, du fond du cœur, remercier nos amis du Parlement européen. Le Parlement européen a, dès le début, montré un intérêt pour le cas de Hu Jia et a déployé des efforts considérables au nom de la liberté en faveur de Hu Jia et d’autres activistes des droits de l’homme chinois, des efforts qui exigent le respect.

Il n’a jamais non plus cessé d’attirer l’attention sur la nécessité que la liberté devienne une réalité pour le peuple chinois. Merci, merci beaucoup.

Je voudrais aussi profiter de cette occasion pour remercier tous ces amis que je n’ai jamais vus. Si vous ne nous aviez pas soutenus si longtemps, si vous ne vous étiez pas intéressés à notre sort, si vous ne nous aviez pas constamment encouragés, je pense que nous n’aurions jamais trouvé le courage d’affronter une réalité sociale si difficile.

Cela nous aide à garder espoir et à poursuivre nos efforts.

Je vous remercie. Merci de tous les efforts que vous avez entrepris pour Hu Jia, pour moi-même et pour notre famille. Merci de vos efforts en faveur des activistes des droits de l’homme et de votre contribution aux progrès de la société chinoise.

Je vous remercie.

(L’Assemblée, debout, applaudit l’oratrice)

 
  
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  Le Président. − Mesdames et Messieurs, l’émouvant message de Zeng Jinyan, transmis au nom de son mari, Hu Jia, vous a poussés à vous lever pour l’applaudir. Laissons l’émouvante communication que Zeng Jinyan vient juste de nous faire son effet en profondeur.

Avant d’inviter Elena Bonner à s’exprimer, je voudrais déclarer ceci au nom du Parlement européen. Nous, les députés européens, souhaitons avoir de bonnes relations avec la Chine et attachons la plus grande importance à ces relations. La Chine est une grande nation. L’Europe a besoin de la Chine et la Chine a besoin de l’Europe. Nous exprimons notre opinion sur les droits de l’homme en tant qu’amis du peuple chinois et nous sommes bien conscients de ce que nous pouvons accomplir ensemble pour la paix et pour le progrès dans le monde. Les droits de l’homme ne doivent jamais être considérés comme une menace pour aucune nation, mais plutôt comme les droits individuels, collectifs et universels de chaque peuple; en réalité de tous les peuples.

Madame Bonner, je vous invite à présent à prendre la parole.

(Applaudissements)

 
  
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  Elena Bonner, veuve du Dr Andreï Sakharov (transcription sur la base de l’interprétation en français) Monsieur le Président, je vous remercie de me donner la parole. Il m’est très difficile d’intervenir et de m’exprimer après avoir écouté les propos tenus par cette jeune femme admirable. Il y a de nombreuses menaces qui entourent son existence, son avenir, et je pense, nous pensons, nous tous réunis dans cet hémicycle pour l’attribution du prix Sakharov par le Parlement européen, que vous avez fait tout ce qui est en votre pouvoir, vous avez fait tout votre possible pour prendre la défense au moins de Hu Jia, de son épouse, mais également de son enfant contre tout ce qui pèse sur eux.

Nous connaissons la Chine, nous savons la dimension de ce pays, tout le poids qu’il pèse aujourd’hui. Mais en principe, nous ne devrions jamais faire de concessions lorsque les droits de l’homme sont mis en cause. Nous ne devrions jamais faire la moindre concession, céder en quoi que ce soit, que ce soit face à des crises comme celles que nous avons traversées tout récemment, crise financière et crise économique, parce que c’est la base même de notre devenir, de notre civilisation que la défense des droits de l’homme, et donc de l’humanité dans son ensemble.

C’est le fondement même de notre devenir et, il faut être honnête, malgré les sentiments d’amitié que nous pouvons ressentir, malgré la proximité de ce que je ressens vis-à-vis de toutes les personnalités ici présentes, la position du Parlement européen, la position qui est celle de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe et les positions de principe adoptées par ces assemblées, je dois dire que ce prix, ce prix Sakharov, et les propos comme ceux qui ont été tenus, c’est en quelque sorte un leitmotiv qui revient, mais il appelle aussi d’autres décisions, celles qui ont le souci du pragmatisme.

Il faut davantage que les principes évoqués soient à la base de toute activité, qu’elle soit économique ou autre. Toute décision économique par exemple, ou encore quant à l’exploitation des ressources naturelles, doit être basée sur des principes. En dehors de ces principes, la société ne saurait être gagnante. C’est un premier article, une première proclamation de foi, selon Andreï Sakharov, qui proclamait que vous devez faire ce que votre conscience vous dicte et agir en conséquence.

Je voudrais maintenant aborder un sujet différent. Aujourd’hui, nous célébrons un anniversaire. Le 20e anniversaire de ce prix. Dans certains pays, les gens sont majeurs à l’âge de 18 ans, dans d’autres, c’est à l’âge de 21 ans que l’on est majeur et, en règle générale, lorsque les gens célèbrent cet anniversaire, on leur offre des cadeaux. Moi-même, je vous ai préparé un cadeau, que j’ai confectionné de mes mains. En fait, c’est quelque chose qui vient de Russie. J’ai voulu faire en sorte que l’on puisse le remettre sous forme d’un petit présent.

C’est une sorte de papyrus que je déploie ici devant vous, c’est aussi un petit peu comme ce rouleau sur lequel était gravé le texte de la Torah. Vous y voyez une liste, avec 97 titres. En fait, il s’agit là d’une liste de tous les titres obtenus par les lauréats du prix Sakharov et je pense que, lorsque l’on voudra expliquer aux enfants qui est Andreï Sakharov, et bien, vous pourrez leur montrer ce rouleau avec toutes les indications qui y figurent et ce qu’elles évoquent à travers les lauréats qui se sont vu attribuer cette reconnaissance du prix qui porte son nom.

(Applaudissements)

 
  
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  Le Président. − Je vous remercie de tout cœur pour votre message, Madame Bonner, que vous nous avez magnifiquement transmis. Mesdames et Messieurs, avant de lever la séance – et nous sommes ravis de voir ici non seulement la commissaire Ferrero-Waldner mais aussi le commissaire Figel’ – je vous demanderai de vous lever en signe de solidarité avec tous les lauréats absents qui continuent à lutter pour leurs droits et qui en conséquence en ont été privés. Montrons notre soutien non par une minute de silence, mais par une minute d’applaudissements pour la paix, le progrès et les droits de l’homme, l’héritage que nous a laissé à tous Andreï Sakharov.

(Les députés se lèvent et, debout, applaudissent en signe de solidarité)

Je vous suis très reconnaissant, chers collègues.

La séance solennelle est levée.

(La séance est suspendue quelques instants)

 
  
  

PRÉSIDENCE DE M. MANUEL ANTÓNIO DOS SANTOS
Vice-président

 
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