Der Präsident. − Sehr geehrter Herr Präsident Sall, liebe Kolleginnen und Kollegen! Ich freue mich sehr, Herr Präsident, Sie heute im Plenum des Europäischen Parlaments begrüßen zu dürfen. Sie sind der Präsident eines Landes, das für uns von großer Bedeutung ist. Seit der Unabhängigkeit 1960 ist Senegal eine stabile Demokratie, ein Rechtsstaat, ein Staat, der die Menschenrechte achtet. Zuletzt wurde diese demokratische Tradition Ihres Landes durch den friedlichen Machtwechsel im April 2012 bestärkt, aus dem Sie als Präsident Ihres Landes hervorgegangen sind.
Sehr geehrte Kolleginnen und Kollegen! Senegal und die Europäische Union sind durch historische, politische, wirtschaftliche und kulturelle Bande eng verbunden. Für die Europäische Union ist Ihr Land, Herr Präsident Sall, ein strategischer Partner.
Ich möchte drei Beispiele kurz herausgreifen, in denen ich das Engagement Ihres Landes und auch Ihr persönliches Engagement für außergewöhnlich halte. Zum einen leistet Senegal einen wichtigen Beitrag für die Stabilität und die Wahrung des Friedens in der Region. Dabei war für uns alle hier besonders eindrucksvoll die Teilnahme Ihres Landes an der UN-Mission in Mali.
Zum anderen kommt Senegal eine Schlüsselrolle zu, wenn es darum geht, den religiösen Fanatismus und den Drogenhandel zu bekämpfen und aktiv gegen die sich ausweitende Hungerkatastrophe vorzugehen.
Und drittens: Senegal ist ein Vorbild, wenn es darum geht, die Situation von Frauen zu verbessern. Erst im vergangenen Monat war hier bei uns im Hause eine paritätisch besetzte Delegation der senegalischen Nationalversammlung zu einem Arbeitsbesuch, der ein großer Erfolg war. Mehr als 40 % der Mitglieder der senegalesischen Nationalversammlung sind Frauen. Ich glaube, dass sich manches europäische Land daran ein Beispiel nehmen kann.
(Beifall)
Herr Präsident, als Sie mich vor etwa einem Jahr kurz nach Ihrem Amtsantritt in Brüssel besuchten, diskutierten wir die Frage, wie das Europäische Parlament dazu beitragen kann, die Demokratie und den Parlamentarismus in Senegal zu stärken. Ihr Engagement, Herr Präsident, hat dazu beigetragen, dass wir heute eine intensive Zusammenarbeit und ein Abkommen über technische Kooperation zwischen dem Europäischen Parlament und der Nationalversammlung Senegals haben. Diese Zusammenarbeit wird über unser Büro zur Förderung der parlamentarischen Demokratie organisiert. Ich freue mich darauf, dass ich bei meinem Besuch in zwei Monaten, zu dem Sie mich eingeladen haben, die konkreten Resultate dieser Zusammenarbeit selbst in Augenschein nehmen kann.
Lieber Herr Präsident Sall, herzlich willkommen im Europäischen Parlament! Ich erteile Ihnen das Wort.
Macky Sall, Président du Sénégal. − Monsieur le Président, honorables députés, Mesdames, Messieurs, à l'entame de mon propos, je voudrais avoir une pensée pieuse pour les victimes de la tragédie de Lampedusa et m'incliner devant leur mémoire.
(Applaudissements)
En me recevant en séance solennelle du Parlement européen, expression plurielle de votre vieille tradition démocratique, vous faites honneur au peuple sénégalais. Je remercie le Président Schulz pour son aimable invitation et l'accueil si convivial qui m'a été réservé ainsi qu'à la délégation qui m'accompagne, dont des députés de la majorité et de l'opposition. Je vous exprime en même temps notre gratitude pour la précieuse contribution de votre institution au renforcement des capacités de travail de l'assemblée nationale sénégalaise. Je me réjouis d'être parmi vous en ces lieux symboliques de la diversité et de l'harmonie européenne, ici à Strasbourg, ville carrefour où l'Europe des institutions façonne patiemment le destin collectif de ses peuples.
Je m'adresse à vous, venant d'un pays ami de l'Europe, qui partage avec elle les valeurs essentielles de paix, de liberté, de démocratie, de respect des droits de l'homme et de la diversité. Ces valeurs, nous les avons portées ensemble aux dernières échéances électorales, quand l'Union européenne a accompagné le Sénégal, de la réforme de nos instruments électoraux à la publication des résultats, et même à l'évaluation des élections.
Je salue le représentant de votre Parlement, qui a été à Dakar pendant ces événements, qui a participé et qui a vécu en direct ce changement en douceur. Au nom des idéaux partagés, je renouvelle mes félicitations à l'Union européenne pour le prix Nobel de la paix qui lui a été fort justement décerné l'année dernière. Ce choix porte le symbole du dépassement et de la réconciliation, car l'Europe, qui a connu la guerre, a su faire la paix pour se consacrer à la seule œuvre humaine qui vaille, celle du développement économique et social dans la coexistence pacifique et la stabilité.
Au commencement, il y avait la Communauté européenne du charbon et de l'acier, dont l'objet était de rendre la guerre non seulement impensable mais aussi matériellement impossible, selon la formule de Robert Schuman. Que de chemin parcouru, de cette communauté de six nations à l'Union de vingt-huit qui a vu l'Europe édifier, sur les débris de la guerre, les fondements communautaires d'une vie meilleure! C'est dire que votre trajectoire est aussi une source d'inspiration et d'espoir. Quand la volonté se conjugue avec la persévérance, la guerre et le sous-développement cessent d'être une fatalité.
Source d'inspiration, ai-je dit, car après le discours du monde et de l'Europe sur l'Afrique, pour paraphraser Arnold Toynbee, il y a urgence pour l'Afrique de produire un discours sur elle-même. Inventer un discours africain sur l'Afrique, c'est déconstruire le modèle dépassé reposant sur des clichés.
Des générations post-indépendance, comme la mienne, sont averties des torts faits à l'Afrique dans le passé. Mais nous sommes tout aussi déterminés à aller de l'avant en surmontant ce handicap pour forger, de nos propres mains, les instruments de notre destin.
Dans cette quête du renouveau, j'ai conscience des défis à relever en ces temps où la tentation du repli sur soi est si forte. Mais à se replier sur eux-mêmes, les peuples comme les civilisations perdraient ainsi l'essence des solidarités qui fondent la complémentarité et l'interdépendance si caractéristiques de nos sociétés modernes.
À la faveur des enseignements de l'histoire, l'heure des destins solitaires me semble révolue. À l'échelle des États et des peuples, nul, en effet, ne peut plus vivre dans la seule logique de la préservation de soi. La question se pose alors de savoir comment, dans cette dynamique de mutation profonde, l'Europe et l'Afrique pourront-elles construire ensemble les bases d'un partenariat revitalisé, porteur de stabilité, d'opportunité et de prospérité mutuellement bénéfique.
La réponse me paraît double. Il y a d'abord la particularité de notre histoire commune, une histoire faite de larmes et de sueur, de peines et de joies, d'ombre et de lumière. Il y a ensuite que l'Afrique et l'Europe sont liées par une proximité géographique. Tous ces liens nous portent naturellement les uns vers les autres par une dialectique singulière dans laquelle le besoin d'Europe en Afrique appelle et répond à un besoin d'Afrique en Europe. Nos destins sont à la fois croisés, solidaires et indissociables.
Quand l'Europe est en crise, l'Afrique en porte les stigmates, et une Afrique affaiblie et appauvrie ne fait pas non plus l'affaire de l'Europe. L'épisode douloureux que vient de vivre le Mali, avec ses répercussions sur le Sahel et au-delà, en porte témoignage. L'Europe et l'Afrique ne peuvent pas laisser le Sahel à la merci du terrorisme, des prises d'otages, du trafic de drogue et d'autres formes de criminalité transfrontalière.
Ensemble, prenons la pleine mesure des enjeux. Sans la paix et la sécurité humaine, tout devient fragile et aléatoire: la démocratie, l'état de droit, le développement économique et social; et s'il y a nécessité d'intervenir militairement pour rétablir la paix, il est aussi primordial, de mon point de vue, de soutenir le socle de stabilité et de démocratie en Afrique, comme c'est le cas du Sénégal, qui n'a jamais connu de coup d'état de son histoire.
(Applaudissements)
Je souhaite en conséquence que l'Europe et l'Afrique ouvrent un véritable chantier de paix et de sécurité dans une dynamique préventive pour le renforcement des moyens de défense, de contrôle et de surveillance des frontières dans l'espace sahélo-saharien. Le sommet de l'Élysée de décembre prochain et la conférence Afrique-Union européenne d'avril 2014 nous en donnent l'occasion.
Dans la construction de ce vaste chantier de paix et de sécurité, l'Afrique trouve les ressources nécessaires dans son riche patrimoine historique et culturel. À l'instar de la charte du Mandé, un des textes fondateurs de l'histoire des droits humains, promulguée sous le règne de l'empereur du Mali, Soundiata Keita, en 1236. Ce texte, comme la Magna Carta anglaise, traite des questions fondamentales touchant à la sauvegarde de l'intégrité physique et morale de l'homme, aux libertés publiques, aux règles de coexistence pacifique en société mais également aux rapports entre l'homme et l'environnement, un des soucis majeurs de notre civilisation. Voilà pourquoi la charte du Mandé, inscrite au patrimoine immatériel de l'UNESCO, est reconnue parmi les instruments juridiques précurseurs de la Déclaration universelle des droits des hommes.
Monsieur le Président, honorables députés, le monde traverse une crise profonde qui fait vaciller des économies jusque-là prospères. Malgré cette conjoncture difficile, l'Europe garde son statut de premier partenaire d'une Afrique dépositaire du tiers des ressources naturelles du monde, disposant d'une vibrante jeunesse, et qui se positionne désormais comme l'un des marchés les plus prometteurs de l'avenir.
De part et d'autre, une occasion historique s'offre à nous de raffermir nos relations et de stimuler le commerce et l'investissement pour plus de croissance, d'emplois et de prospérité partagée. Dans un contexte d'ouverture et de globalisation, il nous faut aussi garder à l'esprit la compétition qui ouvre l'Afrique au reste du monde, et le reste du monde à l'Afrique. C'est en améliorant nos procédures et nos méthodes, en réduisant les délais de conception et de réalisation de nos projets et programmes que notre partenariat sera à la hauteur de nos ambitions et des exigences de la compétitivité.
En même temps, travaillons ensemble pour mener à bien les négociations des accords de partenariat économique. Ce chantier, chers amis, n'est pas des plus faciles. Vu d'Afrique, je peux vous dire qu'il suscite inquiétudes et interrogations pour l'impression qu'il donne de remettre en cause une solidarité asymétrique convenue. La crainte est en effet grande que ces accords affectent négativement nos recettes douanières et mettent à mal notre tissu industriel encore embryonnaire. Mais, entre partenaires de bonne foi, je crois à la vertu du dialogue pour cerner l'impact des APE, définir les mesures d'accompagnement prévisibles et efficaces pour servir nos intérêts communs. La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) s'y prépare avec la tenue, dans quelques jours, à Dakar, d'un sommet extraordinaire. C'est l'occasion, pour moi, de saluer le travail remarquable que l'Assemblée paritaire ACP-UE mène dans ce sens.
J'ai foi dans une coopération afro-européenne renouvelée mettant au cœur de ses priorités l'accès à l'énergie, la modernisation de l'agriculture, le développement des infrastructures, l'éducation, la formation et l'emploi des jeunes. Favoriser la formation et l'emploi des jeunes ne relève pas seulement d'un idéal de justice sociale, c'est aussi et surtout prémunir la jeunesse du sentiment d'abandon et de désespoir qui fait le lit des dérives extrémistes et alimente les réseaux d'immigration clandestine dont le dernier drame de Lampedusa est une illustration tragique.
Je souhaite également vous entretenir de la priorité élevée que nous accordons à l'énergie et aux infrastructures comme facteurs de croissance et d'intégration en Afrique. Et c'est l'objet du programme pour le développement des infrastructures en Afrique, le PIDA, contenant 51 projets prioritaires pour un coût global de 68 milliards de dollars dans la période 2012-2020. En tant que président du comité d'orientation du NEPAD, j'invite nos partenaires européens, qui connaissent l'Afrique mieux que quiconque, à se joindre à nous dans la réalisation de cette nouvelle initiative, car l'esprit du NEPAD, c'est moins l'aide que l'investissement dans des projets rentables pour un partenariat gagnant-gagnant.
Monsieur le Président, honorables députés, lorsque mes concitoyens m'ont investi de leur confiance l'année dernière, ils ont affirmé une forte aspiration au changement dans la gouvernance publique du pays. Avec mon équipe, je me suis attelé à la tâche en mettant en œuvre un vaste programme de bonne gouvernance et de réformes institutionnelles pour consolider notre tradition démocratique, promouvoir le développement et asseoir les bases d'une meilleure justice sociale. C'est à ce titre que j'ai pris la décision exceptionnelle d'initier une réforme de la constitution pour ramener le mandat de sept ans pour lequel j'ai été élu à un mandat de cinq ans renouvelable une fois.
(Applaudissements)
Mon ambition pour le Sénégal, c'est de travailler au raffermissement de notre démocratie, pour une société qui combat l'impunité, l'injustice et la mal-gouvernance, une société qui se nourrit de nos valeurs de solidarité et de partage. Et dans cette marche du Sénégal et de l'Afrique vers le progrès, il y a de la place pour l'Europe et chacune de ses nations ici représentées, au nom de notre communauté de destin, au nom de nos valeurs partagées, et en vertu des liens de fidélité, de fidèle amitié, qui nous unissent.