Procédure : 2021/2982(RSP)
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Cycle relatif au document : RC-B9-0560/2021

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RC-B9-0560/2021

Débats :

Votes :

PV 25/11/2021 - 8
PV 25/11/2021 - 15

Textes adoptés :

P9_TA(2021)0482

<Date>{24/11/2021}24.11.2021</Date>
<RepeatBlock-NoDocSe> <NoDocSe>B9-0560/2021</NoDocSe> }
 <NoDocSe>B9-0561/2021</NoDocSe> }
 <NoDocSe>B9-0562/2021</NoDocSe> }
 <NoDocSe>B9-0563/2021</NoDocSe> }
 <NoDocSe>B9-0567/2021</NoDocSe></RepeatBlock-NoDocSe> } RC1
PDF 183kWORD 56k

<TitreType>PROPOSITION DE RÉSOLUTION COMMUNE</TitreType>

<TitreRecueil>déposée conformément à l’article 144, paragraphe 5, et à l’article 132, paragraphe 4, du règlement intérieur</TitreRecueil>


<Replacing>en remplacement des propositions de résolution suivantes:</Replacing>

<TablingGroups>B9-0560/2021 (Verts/ALE)

B9-0561/2021 (S&D)

B9-0562/2021 (PPE)

B9-0563/2021 (Renew)

B9-0567/2021 (ECR)</TablingGroups>


<Titre>sur les violations des droits de l’homme commises par des entreprises militaires et de sécurité privées, en particulier le groupe Wagner</Titre>

<DocRef>(2021/2982(RSP))</DocRef>


<RepeatBlock-By><Depute>Michael Gahler, Andrius Kubilius, Isabel Wiseler-Lima, David McAllister, Rasa Juknevičienė, Antonio López-Istúriz White, Miriam Lexmann, Tomáš Zdechovský, Inese Vaidere, Christian Sagartz, Elżbieta Katarzyna Łukacijewska, Peter Pollák, José Manuel Fernandes, Adam Jarubas, Tom Vandenkendelaere, Janina Ochojska, David Lega, Krzysztof Hetman, Stanislav Polčák, Ivan Štefanec, Andrey Kovatchev, Vladimír Bilčík, Radosław Sikorski, Andrzej Halicki, Michaela Šojdrová, Luděk Niedermayer</Depute>

<Commission>{PPE}au nom du groupe PPE</Commission>

<Depute>Pedro Marques, Andrea Cozzolino, Sven Mikser</Depute>

<Commission>{S&D}au nom du groupe S&D</Commission>

<Depute>Nathalie Loiseau, Petras Auštrevičius, Malik Azmani, Olivier Chastel, Vlad Gheorghe, Bernard Guetta, Irena Joveva, Ilhan Kyuchyuk, Karen Melchior, Frédérique Ries, Michal Šimečka, Ramona Strugariu, Hilde Vautmans</Depute>

<Commission>{Renew}au nom du groupe Renew</Commission>

<Depute>Viola Von Cramon-Taubadel, Hannah Neumann</Depute>

<Commission>{Verts/ALE}au nom du groupe Verts/ALE</Commission>

<Depute>Anna Fotyga, Jacek Saryusz-Wolski, Veronika Vrecionová, Charlie Weimers, Elżbieta Kruk, Ryszard Czarnecki, Bogdan Rzońca, Alexandr Vondra, Assita Kanko, Raffaele Fitto, Elżbieta Rafalska, Witold Jan Waszczykowski, Adam Bielan, Carlo Fidanza</Depute>

<Commission>{ECR}au nom du groupe ECR</Commission>

<Depute>Fabio Massimo Castaldo</Depute>

</RepeatBlock-By>


Résolution du Parlement européen sur les violations des droits de l’homme commises par des entreprises militaires et de sécurité privées, en particulier le groupe Wagner

(2021/2982(RSP))

Le Parlement européen,

 vu ses résolutions et recommandations antérieures, notamment sa résolution du 4 juillet 2017 sur les sociétés de sécurité privées[1], sa résolution du 16 septembre 2020 sur la coopération UE-Afrique en matière de sécurité dans la région du Sahel, l’Afrique de l’Ouest et la Corne de l’Afrique[2], sa recommandation du 16 septembre 2021 sur l’orientation des relations politiques entre l’Union européenne et la Russie[3] et sa résolution du 5 juillet 2018 sur la Somalie[4],

 vu le règlement (UE) 2020/1998 du Conseil du 7 décembre 2020 concernant des mesures restrictives en réaction aux graves violations des droits de l’homme et aux graves atteintes à ces droits (régime mondial de sanctions de l’UE en matière de droits de l’homme)[5],

 vu les conventions de Genève de 1949 et leurs protocoles additionnels,

 vu la convention de l’Organisation de l’unité africaine de 1977 sur l’élimination du mercenariat en Afrique,

 vu la convention internationale de 1989 contre le recrutement, l’utilisation, le financement et l’instruction de mercenaires,

 vu le document de Montreux du 17 septembre 2008 sur les obligations juridiques internationales pertinentes et les bonnes pratiques pour les États en ce qui concerne les opérations des entreprises militaires et de sécurité privées pendant les conflits armés (document de Montreux),

 vu le rapport du 1er octobre 2021 sur la mission indépendante d’établissement des faits sur la Libye instituée par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies,

 vu les déclarations des experts du Conseil des droits de l’homme des Nations unies du 31 mars 2021 sur les formateurs russes et du 27 octobre 2021 sur le groupe Wagner en République centrafricaine,

 vu la déclaration du 12 novembre 2021 de la conférence internationale sur la Libye, qui s’est tenue à Paris,

 vu le manuel opérationnel des Nations unies relatif à l’utilisation de services armés fournis par des sociétés de sécurité privées,

 vu les principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme,

 vu les rapports, communiqués de presse et lettres d’allégations du groupe de travail des Nations unies sur l’utilisation de mercenaires comme moyen de violer les droits de l’homme et d’empêcher l’exercice du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (groupe de travail des Nations unies sur l’utilisation de mercenaires), en particulier ceux du 24 mars 2021 et du 27 octobre 2021,

 vu la lettre du 25 juin 2021 adressée au président du Conseil de sécurité des Nations unies par le groupe d’experts sur la République centrafricaine, dont le mandat a été prorogé conformément à la résolution 2536 (2020),

 vu le groupe de travail intergouvernemental à composition non limitée chargé d’élaborer le contenu d’un cadre réglementaire international, sans préjuger de la nature de celui-ci, concernant les activités des entreprises militaires et de sécurité privées,

 vu le Code de conduite international des entreprises de sécurité privées,

 vu l’article 144, paragraphe 5, et l’article 132, paragraphe 4, de son règlement intérieur,

A. considérant que les entreprises militaires et de sécurité privées (EMSP) sont des entreprises commerciales privées qui fournissent des services militaires ou de sécurité, tels que la garde armée, la maintenance et l’exploitation de systèmes d’armes, la détention de prisonniers, et les services de conseil ou de formation destinés aux forces locales et au personnel de sécurité; que la dépendance des acteurs étatiques et non étatiques envers ces entreprises a considérablement augmenté ces dernières années dans les zones de conflit; que, dans les conflits du 21e siècle, à commencer par les guerres en Afghanistan et en Iraq, ces entreprises sont intervenues à tous les niveaux, du soutien logistique aux opérations de haute intensité;

B. considérant que ce secteur est actuellement réglementé par un ensemble de règles incohérentes qui varient considérablement d’un pays à l’autre; qu’en raison de leur hétérogénéité, les législations nationales et les dispositifs d’autorégulation adoptés par certaines EMSP ne suffisent pas à décourager les abus, puisqu’ils ne prévoient pas de sanctions, et ont une incidence importante sur la façon dont ces entreprises opèrent dans le cadre d’interventions multilatérales et les régions en proie à des conflits;

C. considérant que les EMSP sont liées par le droit international lorsqu’elles participent aux hostilités, en particulier par les conventions de Genève ratifiées par l’ensemble des États membres des Nations unies; que les dispositions juridiques des conventions de Genève sont considérées comme faisant partie du droit coutumier international; que l’article 47 du protocole additionnel I aux conventions de Genève donne une définition du terme «mercenaires»; que, sur cette base, les mercenaires sont définis comme étant des civils et ne sont par conséquent pas autorisés à prendre part aux conflits; que la convention internationale contre le recrutement, l’utilisation, le financement et l’instruction de mercenaires interdit d’avoir recours à des mercenaires;

D. considérant que des travaux sont en cours en vue de réglementer les EMSP, en particulier au sein du groupe de travail intergouvernemental à composition non limitée des Nations unies, chargé d’élaborer le contenu d’un cadre réglementaire international, sans préjuger de la nature de celui-ci, concernant les activités des entreprises militaires et de sécurité privées; qu’un projet de cadre réglementaire pour les entreprises militaires et de sécurité privées devrait être présenté en avril 2022; que l’Union européenne a été élue au sein du Groupe des amis de la présidence du Forum du document de Montreux;

E. considérant que d’innombrables membres d’EMSP actifs en tant que mercenaires ont commis de graves violations des droits de l’homme, y compris des crimes de guerre, à la fois contre des combattants et contre des civils, dans des conflits passés, récents et en cours; que la plupart de ces violations ont été commises en toute impunité et n’ont pas fait l’objet d’enquêtes, de poursuites ou de condamnations;

F. considérant que certains pays, tels que la Russie, la Turquie et les Émirats arabes unis, sont présents dans diverses zones de conflit ou sortant d’un conflit dans le monde entier par l’intermédiaire des EMSP;

G. considérant que le groupe Wagner est un ensemble de groupes paramilitaires et d’entreprises liés par des réseaux logistiques et de propriété qui se recoupent; que le groupe Wagner se distingue des autres EMSP par plusieurs aspects, notamment ses liens supposés avec les plus hauts échelons de l’État russe, sa présence signalée dans de nombreux États, l’ampleur de ses opérations, avec un personnel estimé à 10 000 membres, et les violations flagrantes des droits de l’homme qui ont été documentées et dont il a été accusé; que la loi russe interdit le recours aux mercenaires en vertu de l’article 359 de son code pénal;

H. considérant que ses liens avec les autorités russes ont été documentés par des organisations indépendantes telles que Bellingcat dans des rapports publiés entre janvier 2019 et novembre 2021; que le groupe Wagner s’appuierait sur les infrastructures militaires russes, partagerait une base avec l’armée russe, ferait usage d’avions militaires russes pour ses déplacements et aurait recours à des services de soins de santé militaires; qu’il est financé en partie par des contrats de restauration et de construction pour les forces armées russes d’une valeur de plusieurs millions de dollars, attribués à des entreprises liées à Evgueni Prigojine, proche allié du président russe Vladimir Poutine; que l’agence de renseignement militaire russe GRU ainsi que le ministère de la défense et les services consulaires russes sont pleinement associés au financement, au recrutement, à la formation et à la protection des agents du groupe Wagner;

I. considérant que l’Union a imposé des sanctions à M. Prigojine pour son implication dans le conflit libyen; que plusieurs entreprises placées sous son contrôle font l’objet de sanctions de la part des États-Unis car elles auraient, selon le Trésor américain, soutenu les opérations paramilitaires russes, protégé des régimes autoritaires et exploité des ressources naturelles;

J. considérant que, le 11 avril 2012, le président Poutine a déclaré dans son discours à la Douma russe qu’«un groupe d’entreprises militaires privées constituerait un outil efficace pour atteindre les objectifs nationaux sans impliquer directement l’État russe»; que le nom du groupe Wagner est progressivement éliminé afin d’éviter le contrôle public et de créer une distance entre celui-ci et M. Prigojine et le président Poutine, et que le groupe est remplacé par d’autres entités sous des noms différents; que le Kremlin, par le biais de cette construction et grâce au fait que groupe Wagner n’a pas de statut juridique, tente de nier de manière plausible les actes et les crimes commis par le groupe;

K. considérant qu’en Ukraine, le recours aux EMSP peut avoir pour but de dissimuler l’ingérence militaire, d’éviter les victimes parmi les troupes militaires régulières et ainsi de dissimuler à la population russe le coût humain des agressions militaires;

L. considérant que le groupe Wagner a été identifié pour la première fois en 2014, alors qu’il soutenait les séparatistes prorusses et aidait l’armée russe dans le cadre des hostilités dans la région du Donbass en Ukraine ainsi que de l’invasion et l’annexion illégales de la région ukrainienne de Crimée; qu’il a depuis lors été impliqué dans des conflits en Syrie, au Soudan, au Mozambique, en Libye, en République centrafricaine et au Venezuela;

M. considérant qu’en octobre 2021, des experts des Nations unies issus des groupes de travail des Nations unies sur le recours aux mercenaires, sur les entreprises et les droits de l’homme et sur les disparitions forcées ainsi que les rapporteurs spéciaux des Nations unies sur la torture et sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires ont conclu conjointement que le groupe Wagner avait commis des violations flagrantes et systématiques des droits de l’homme en République centrafricaine, y compris des exécutions sommaires de masse, des détentions arbitraires, des violences sexuelles, des pillages, des disparitions forcées et des actes de torture lors d’interrogatoires;

N. considérant que le groupe Wagner a été impliqué dans la prise de contrôle agressive de ressources essentielles telles que les produits de l’extraction minière et les recettes douanières, affaiblissant ainsi les pays en développement et les privant de ressources publiques essentielles; que, par exemple, à la suite de la signature, en 2018, d’un accord militaire entre la Russie et la République centrafricaine, la société Lobaye Invest, appartenant au groupe Wagner, a obtenu des droits d’exploration pour l’or et les diamants sur plusieurs sites miniers; qu’une enquête de juin 2021 réalisée par CNN a révélé que des mercenaires russes avaient exécuté des civils et expulsé des populations locales dans des zones d’exploitation minière;

O. considérant qu’en Libye, le groupe Wagner est impliqué depuis au moins 2018 dans des opérations de soutien logistique et de combat visant à soutenir le général rebelle libyen Khalifa Haftar; que, selon le rapport de la mission d’enquête des Nations unies en Libye d’octobre 2021, le groupe Wagner a été impliqué dans des crimes de guerre, y compris des exécutions sommaires de civils et de détenus, des pratiques esclavagistes, la pose de mines antipersonnel interdites au niveau international et le meurtre ou la mutilation de civils, y compris des enfants, par exemple dans le village d’Al-Sbeaa au sud de Tripoli; que le rapport fait état de violations multiples et répétées de l’embargo des Nations unies sur les armes et de l’utilisation d’avions-cargos militaires russes par le groupe Wagner; que le soutien apporté par les mercenaires et les instructeurs militaires russes aux groupes armés radicaux a déstabilisé davantage le voisinage méridional de l’Union;

P. considérant que, le 12 novembre 2021, les pays participant à la conférence de Paris pour la Libye ont exprimé leur opposition à toute ingérence étrangère dans les affaires libyennes et ont soutenu la mise en œuvre du plan d’action pour le retrait des mercenaires, des combattants étrangers et des forces étrangères du territoire libyen; qu’au début du mois de novembre 2021, la Turquie a envoyé environ 150 mercenaires syriens supplémentaires en Libye, en plus des 7 000 mercenaires déjà présents dans le pays et fidèles à la Turquie, malgré les demandes locales et internationales de retirer toutes les forces étrangères avant les élections législatives et présidentielles prévues le 24 décembre 2021; que, selon le rapport final du groupe d’experts des Nations unies sur la Libye, conformément à la résolution 1973 (2011), publiée en septembre 2019, la société émiratie Black Shield Security Services a recruté des ressortissants soudanais pour combattre dans le conflit libyen;

Q. considérant que des agents du groupe Wagner sont envoyés en Syrie depuis la fin de l’année 2015 pour soutenir l’armée russe dans son intervention visant à sauver le régime de Bachar Al-Assad; considérant que des mercenaires ont commis et filmé des atrocités contre la population syrienne, tels que des actes de torture, des meurtres et la décapitation de civils près de Palmyre; considérant qu’une compagnie aérienne privée syrienne, Cham Wings, a participé à l’acheminement de mercenaires de Russie vers la Libye et, plus récemment, au transport de migrants vers Minsk;

R. considérant que le groupe de travail des Nations unies sur l’utilisation des mercenaires a cité des rapports selon lesquels l’Azerbaïdjan, avec l’aide de la Turquie, aurait déployé des mercenaires syriens pour soutenir ses opérations militaires dans la zone de conflit du Haut-Karabakh;

S. considérant que trois journalistes russes qui avaient reçu des prix pour leur travail ont été assassinés le 30 juillet 2018, alors qu’ils enquêtaient sur les activités minières du groupe Wagner en République centrafricaine; considérant que la mort du journaliste russe Maxim Borodin, auteur d’un reportage sur les activités du groupe Wagner en Syrie en mars 2018, s’inscrit dans une série de décès en Russie de journalistes qui s’intéressent à des questions sensibles qui, selon le comité pour la protection des journalistes, pourraient rejaillir sur les autorités;

T. considérant que le 15 novembre 2021, Josep Borrell, vice-président de la Commission/haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a annoncé qu’un consensus s’était dégagé entre les ministres des affaires étrangères des États membres de l’Union en faveur de l’adoption de mesures restrictives à l’encontre du groupe Wagner lors du prochain Conseil des affaires étrangères de l’Union de décembre 2021; considérant que le 20 septembre 2021, il a averti de la possibilité que le groupe Wagner intervienne au Mali;

U. considérant qu’on rapporte qu’un accord entre le groupe Wagner et les autorités maliennes prévoirait d’acheminer 1 000 agents vers le pays; considérant que l’Union européenne a déployé des missions au Mali dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune (PSDC);

V. considérant que le 7 décembre 2020, le Conseil a adopté le règlement (UE) 2020/1998 établissant le régime mondial de sanctions de l’Union en matière de droits de l’homme, qui permet à l’Union d’imposer des mesures de restriction ciblées à des particuliers, des entités et des organismes – y compris des États et des acteurs non étatiques – au titre de leur responsabilité, de leur implication ou de leur contribution dans la perpétration de violations graves des droits de l’homme dans le monde; considérant qu’il incombe à l’Union européenne de faire pleinement usage de ce règlement en cas de violation des droits de l’homme;

1. exprime sa vive inquiétude face aux multiples violations des droits de l’homme et du droit humanitaire international qui continuent d’être signalées dans le cadre des activités de plus en plus nombreuses des EMSP; déplore que dans la plupart des cas, aucun responsable n’ait encore été identifié;

2. condamne avec la plus grande fermeté les crimes odieux commis par le groupe Wagner et les entités militaires privées liées; souligne les indices laissant fortement penser que l’État russe est responsable du financement, de la formation, de la gestion et du commandement opérationnel de ces groupes paramilitaires; relève que les activités du groupe Wagner coïncident temporellement et géographiquement avec l’extension de l’influence russe dans les zones de conflit; se déclare fermement convaincu que le groupe Wagner et d’autres entités fournissant des services de sécurité dirigées par des ressortissants russes devraient être considérés comme agissant pour le compte de l’État russe;

3. invite les autorités russes à faire appliquer le code pénal russe, notamment son article 359 interdisant le recrutement, la formation, le financement ou l’équipement de mercenaires ainsi que leur utilisation dans un conflit armé; prie à cet égard les autorités russes d’interdire également aux entreprises d’État d’engager des sociétés militaires privées en vue d’activités mercenaires contraires au droit humanitaire international;

4. souligne qu’il est crucial de contrecarrer la stratégie du groupe Wagner et des entités liées, notamment le brouillage de leur identité par l’utilisation de divers noms afin d’échapper à la surveillance de la communauté internationale;

5. invite tous les États qui recourent au groupe Wagner et aux entités liées, en particulier la République centrafricaine, à rompre tous leurs liens avec le groupe et ses agents; demande à tous les États de faire preuve de responsabilité en appliquant le droit international, en enquêtant sur les violations des droits de l’homme signalées et en poursuivant les entreprises établies sur leur territoire lorsqu’elles mènent des activités contraires au droit international;

6. se dit vivement préoccupé par les signes indiquant que l’autorité de transition du Mali envisage de recourir à des entreprises militaires privées, en particulier au groupe Wagner; exhorte le Mali à renoncer à ce projet; est fermement convaincu que le recours au groupe Wagner irait à l’encontre des objectifs fondamentaux des missions de l’Union dans le cadre de la PSDC et des États membres de l’Union qui agissent à la demande des autorités maliennes, à savoir rétablir la paix, la sécurité et la stabilité au Mali et protéger la population malienne;

7. estime que les missions et opérations de l’Union ne sont pas en mesure de garantir la paix, la sécurité et la stabilité dans les pays partenaires lorsque des entreprises de sécurité privées accusées de violations flagrantes des droits de l’homme opèrent simultanément dans le même pays; attire l’attention sur des campagnes de désinformation ciblant spécifiquement les missions et opérations de l’Union en Afrique, dont le groupe Wagner et les entités liées pourraient être responsables dans le cadre de la guerre hybride moderne menée par la Russie; invite les unités compétentes au sein de la task force StratCom du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) à publier un rapport sur ces campagnes de désinformation;

8. prie l’Union et ses États membres de signaler dès qu’ils en ont l’occasion aux pays concernés les risques qu’ils courent s’ils s’associent au groupe Wagner et aux entités liées, ou s’ils collaborent avec eux; leur demande de mettre l’accent sur le passif épouvantable de ce groupe en matière de droits de l’homme; encourage les gouvernements à prendre des mesures strictes en matière de respect du droit humanitaire international, de contrôle démocratique et de responsabilité dans les contrats d’assistance militaire et de services de sécurité conclus avec des EMSP étrangères; incite les États à faire preuve d’une transparence totale dans la passation de marchés relatifs à des services de soutien militaire, en particulier en ce qui concerne le nombre d’EMSP présentes sur leur territoire, les tâches qu’ils accomplissent, leurs chaînes de commandement et les équipements qu’ils utilisent pour remplir leurs contrats;

9. invite le SEAE à préparer un rapport sur les activités du groupe Wagner, afin d’obtenir une vue d’ensemble claire des différentes violations qu’ils ont commises, car il serait alors plus facile de les faire répondre de leurs nombreuses infractions et de poursuivre les responsables devant les tribunaux internationaux; affirme qu’il continuera à suivre la question de près en rédigeant un rapport et éventuellement en menant des auditions;

10. invite les États membres de l’Union et leurs alliés à intensifier l’échange de renseignements sur le groupe Wagner et les entités liées;

11. exhorte la Commission à veiller à ce que les pays bénéficiaires de fonds de l’Union ne puissent en aucun cas utiliser ces derniers pour financer des entreprises militaires privées présentant un tel passif en matière de droits de l’homme; prie la Commission d’aborder cette question dans le cadre de son dialogue bilatéral avec tous les pays concernés;

12. rappelle que l’Union européenne et ses États membres ne devraient recourir à des entreprises privées de sécurité dans les zones de conflit que pour protéger leurs locaux ou assurer la sécurité des transports, et à condition que ces entreprises respectent pleinement les droits de l’homme et le droit humanitaire international; souligne qu’aucune activité amenant à faire usage de la force et/ou à participer activement à des hostilités, en dehors de situations de légitime défense, ne devrait être sous-traitée à des EMSP; insiste pour que les EMSP ne soient autorisées en aucune circonstance à mener des interrogatoires ou à y prendre part; est fermement convaincu que la sécurité et la défense devraient être assurées en premier lieu par les pouvoirs publics;

13. souhaite que la question des activités du groupe Wagner et d’autres entreprises militaires privées en Afrique fasse l’objet de discussions approfondies lors du prochain sommet UE-Afrique;

14. réclame, à la suite de l’appel lancé le 12 novembre 2021 lors de la conférence de Paris pour la Libye, que tous les combattants étrangers, y compris les mercenaires, quittent le territoire libyen; exhorte la Russie, la Turquie, les Émirats arabes unis et tous les autres États à se conformer à cet appel, en cessant immédiatement d’envoyer des mercenaires en Libye et en évacuant ceux qui s’y trouvent actuellement;

15. prie instamment les autorités russes de retirer tous les mercenaires situés dans l’Est de l’Ukraine et en Crimée;

16. se félicite de la déclaration du VP/HR annonçant que le Conseil des affaires étrangères adopterait incessamment des sanctions ciblées de l’Union contre les personnes et entités liées au groupe Wagner ou collaborant avec eux, au titre de régimes de sanctions existants de l’Union, tels que le régime mondial de sanctions de l’Union en matière de droits de l’homme; demande que ces sanctions comprennent l’interdiction de pénétrer sur le territoire de l’Union et le gel des avoirs des agents du groupe Wagner; invite les pays partenaires, y compris les États membres de l’Union africaine, à adopter des sanctions similaires; prie l’Union de préparer et d’adopter des mesures restrictives contre d’autres EMSP qui violent les droits de l’homme;

17. presse tous les États membres des Nations unies de ratifier et de mettre en œuvre intégralement les protocoles additionnels aux conventions de Genève et de renforcer le droit international visant l’interdiction effective des mercenaires, en s’inspirant de la convention de l’OUA de 1977 sur l’élimination du mercenariat en Afrique, de la convention internationale de 1989 contre le recrutement, l’utilisation, le financement et l’instruction de mercenaires, et du document de Montreux de 2008;

18. invite l’Union et ses États membres à veiller à la mise en place d’un cadre réglementaire clair et contraignant pour les EMSP, en particulier dans le cadre du groupe de travail intergouvernemental à composition non limitée des Nations unies, notamment en ce qui concerne les grands projets situés dans des pays tiers et financés par des investisseurs ou des institutions financières établis dans l’Union; leur demande de soumettre ces projets à un suivi transparent; attend avec intérêt la diffusion de son projet de cadre, prévue pour avril 2022; exige que les entités qui passent des contrats avec des EMSP soient soumises à un devoir de diligence;

19. soutient les travaux entrepris par le groupe de travail des Nations unies; suggère aux États dans lesquels ont été signalées des violations graves des droits de l’homme commises par des EMSP d’adresser officiellement au groupe de travail des Nations unies sur le recours aux mercenaires une invitation en vue d’une visite d’urgence;

20. prie instamment l’Union et ses États membres de prendre des mesures résolues pour que les EMSP soient plus fortement obligés de rendre des comptes, y compris en ce qui concerne le contrôle et le suivi de leur transparence; rappelle à tous les États qu’ils doivent veiller à ce que les EMSP relevant de leur juridiction ou opérant sur leur territoire respectent les droits de l’homme; souligne la nécessité de garantir des recours judiciaires, y compris des sanctions pénales, pour les violations des droits de l’homme qui découlent des activités des EMSP; réclame que toutes les victimes de violations, notamment commises par des mercenaires russes, aient accès sans entrave à la justice et à des voies de recours; demande à l’Union d’encourager et de soutenir les efforts déployés par les juridictions nationales et internationales pour engager des procédures pénales visant à tenir les EMSP responsables des violations des droits de l’homme qu’ils commettent; invite donc la Russie à coopérer pleinement avec les Nations unies, l’Union européenne et les pays où le groupe Wagner aurait commis des crimes;

21. charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil, à la Commission, au vice-président de la Commission/haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, aux gouvernements et aux parlements des États membres, ainsi qu’au Parlement de la Fédération de Russie.

 

[1] JO C 334, 19.9.2018, p. 80.

[2] JO C 385, 22.9.2021, p. 24.

[3] Textes adoptés de cette date, P9_TA(2021)0383.

[4] JO C 118 du 8.4.2020, p. 113.

[5] JO L 410 I du 7.12.2020, p. 1.

Dernière mise à jour: 24 novembre 2021Avis juridique - Politique de confidentialité