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Procédure : 2018/2784(RSP)
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RC-B8-0323/2018

Débats :

PV 05/07/2018 - 4.2
CRE 05/07/2018 - 4.2

Votes :

PV 05/07/2018 - 6.2
CRE 05/07/2018 - 6.2

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P8_TA(2018)0304

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Jeudi 5 juillet 2018 - Strasbourg Edition définitive
Somalie
P8_TA(2018)0304RC-B8-0323/2018

Résolution du Parlement européen du 5 juillet 2018 sur la Somalie (2018/2784(RSP))

Le Parlement européen,

–  vu ses précédentes résolutions sur la Somalie, et en particulier celle du 15 septembre 2016(1),

–  vu sa résolution du 18 mai 2017 sur le camp de réfugiés de Dadaab(2),

–  vu la déclaration du 30 octobre 2017 de la porte-parole du Service européen pour l’action extérieure sur l’attentat perpétré en Somalie, ainsi que ses déclarations précédentes,

–  vu les conclusions du Conseil du 3 avril 2017 sur la Somalie,

–  vu la stratégie commune UE-Afrique,

–  vu l’accord de Cotonou,

–  vu la déclaration universelle des droits de l’homme,

–  vu le rapport du Bureau des Nations Unies pour les droits de l’homme de décembre 2017 intitulé «Protection of Civilians: Building the Foundation for Peace, Security and Human Rights in Somalia» («Protéger les civils: construire les fondements de la paix, de la sécurité et des droits de l’homme en Somalie»),

–  vu le programme indicatif national UE-Somalie en faveur de la République fédérale de Somalie pour la période 2014-2020,

–  vu la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies du 15 mai 2018, qui prolonge le mandat de la mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM),

–  vu la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies du 27 mars 2018 sur la Somalie, ainsi que toutes ses précédentes résolutions,

–  vu le compte rendu du représentant spécial des Nations unies pour la Somalie au Conseil de sécurité des Nations unies du 15 mai 2018,

–  vu les communiqués de presse du Conseil de sécurité des Nations unies des 25 janvier 2018, 25 février 2018 et 4 avril 2018 sur la Somalie,

–  vu les conclusions du Conseil du 25 juin 2018 sur la Corne de l’Afrique, du 17 juillet 2017 intitulées «Faire face au risque de famine» et du 3 avril 2017 sur la Somalie,

—  vu les rapports du Secrétaire général des Nations unies des 26 décembre 2017 et 2 mai 2018 sur la Somalie,

–  vu le communiqué de la conférence organisée par les Nations unies et la Somalie sur la sécurité du 4 décembre 2017,

–  vu la résolution du Conseil des droits de l’homme des Nations unies du 29 septembre 2017 sur l’assistance à la Somalie dans le domaine des droits de l’homme,

–  vu la déclaration faite le 8 novembre 2017 par l’AMISOM, par laquelle celle-ci annonce son intention d’entamer le retrait progressif des troupes présentes en Somalie à partir de décembre 2017, en vue d’un retrait complet d’ici à 2020,

–  vu la déclaration commune du 4 mai 2016 de quatre experts des droits de l’homme des Nations unies, par laquelle ils se déclaraient préoccupés par l’augmentation des persécutions à l’encontre de syndicalistes en Somalie,

–  vu les conclusions et recommandations contenues dans le 380e rapport du Comité de la liberté syndicale de l’Organisation internationale du travail (OIT), daté de novembre 2016, approuvées par le conseil d’administration de l’OIT dans l’affaire nº3113,

–  vu l’article 135, paragraphe 5, et l’article 123, paragraphe 4, de son règlement intérieur,

A.  considérant qu’Al-Chabab a perpétré de nombreux attentats sur le sol somalien; que la Somalie a connu le pire attentat de son histoire le 14 octobre 2017, dans lequel, selon les chiffres officiels, au moins 512 personnes sont mortes et 357 ont été blessées; qu’Al‑Chabab et d’autres groupes terroristes affiliés à l’État islamique continuent de perpétrer des attentats contre le gouvernement somalien reconnu par la communauté internationale et contre des civils;

B.  considérant que, le 1er avril 2018, Al-Chabab a attaqué à la voiture piégée une base de maintien de la paix de l’Union africaine installée à Bulamarer et dans les villages environnants; que le 25 février 2018 deux attentats ont tué au moins 32 personnes à Mogadiscio,

C.  que des forces de sécurité du gouvernement somalien ont tué et blessé des civils en toute illégalité, à la suite d’un conflit interne entre forces gouvernementales sur un site de distribution d’aide à Baidoa, en juin 2017; que des civils ont également été pris pour cibles lors d’affrontements entre des forces régionales et des milices claniques, notamment dans les régions de la Shabeellaha Hoose, du Galguduud et de l’Hiiran;

D.  considérant que, selon le rapport du Bureau des Nations unies pour les droits de l’homme et de la mission d’assistance des Nations unies en Somalie (MANUSOM), entre le 1er janvier 2016 et le 14 octobre 2017, 2 078 civils sont morts et 2 507 personnes ont été blessées en Somalie; que la majorité de ces actes sont attribués aux militants d’Al-Chabab; que des milices claniques, des acteurs étatiques, y compris l’armée et la police, et même la mission de l’Union africaine en Somalie, sont responsables d’une partie importante des décès;

E.  considérant que la Somalie a connu deux décennies de guerre civile; que depuis 2012, date d’installation d’un nouveau gouvernement soutenu par la communauté internationale, le pays a fait d’importants progrès en matière de paix et de stabilité; que, si les opérations de lutte contre le terrorisme menées ces dernières années ont infligé de lourdes pertes à Al-Chabab, des rapports des Nations unies indiquent que la faction État islamique/Daech se développe fortement en Somalie;

F.  considérant que la Somalie a organisé le 8 février 2017 ses premières élections libres depuis l’installation du nouveau gouvernement soutenu par la communauté internationale; que le système électoral a certes apporté des améliorations en termes de participation, mais qu’il ne présentait que certaines des caractéristiques attendues en matière électorale; que le gouvernement s’est engagé à passer à un système électoral non pondéré fondé sur le suffrage universel pour les élections de 2020/2021;

G.  considérant que le mandat de la mission de l’Union africaine en Somalie a été prolongé jusqu’au 31 juillet 2018; que, selon la résolution 2372(2017) du Conseil de sécurité des Nations unies, l’effectif du personnel en tenue de l’AMISOM devrait être réduit à 20 626 agents avant le 30 octobre 2018; que des agents de l’AMISOM ont été accusés de violations des droits de l’homme, de violences sexuelles et de conduite incorrecte en service;

H.  considérant que la liberté d’expression, pilier essentiel de toute démocratie digne de ce nom, est toujours strictement restreinte en Somalie; que des journalistes, défenseurs des droits de l’homme, militants de la société civile et dirigeants politiques continuent d’être quotidiennement menacés; qu’Al-Chabab continue d’intimider, d’arrêter, de détenir sans procès en bonne et due forme et même de tuer; qu’il est rare que les autorités enquêtent sur ces affaires; que, selon la Fédération internationale des journalistes, la Somalie a été, pendant huit années consécutives, l’État d’Afrique où les journalistes et autres acteurs des médias risquent le plus leur vie lorsqu’ils y travaillent et exercent leur droit fondamental à la liberté d’expression;

I.  considérant que la liberté d’association et le droit de se syndiquer sont essentiels pour que vive une démocratie digne de ce nom; que le gouvernement fédéral de Somalie ne permet pas, dans les faits, la formation et l’existence de syndicats indépendants; que les syndicalistes et les militants des droits des travailleurs en Somalie subissent quotidiennement intimidations, représailles et harcèlement; que les campagnes de stigmatisation et de diffamation contre des syndicalistes sont monnaie courante en Somalie;

J.  que l’Organisation Internationale du Travail (OIT) a jugé d’une plainte déposée contre le gouvernement de Somalie pour violation de la liberté syndicale; que l’OIT a enjoint au gouvernement de «[reconnaître] sans délai la direction de l’Union nationale des journalistes somaliens (NUSJ) et la Fédération des syndicats somaliens (FESTU) conduite par M. Osman»;

K.  considérant que les experts des droits de l’homme des Nations unies ont déclaré que la Somalie ne remplissait pas ses obligations internationales en matière de droits de l’homme et que la situation des syndicats continuait de se dégrader en dépit des recommandations spécifiques formulées par le Conseil d’administration de l’Organisation internationale du travail, qui a prié instamment le gouvernement somalien de s’abstenir de toute nouvelle ingérence dans les syndicats établis en Somalie, en citant notamment le NUSOJ et la FESTU;

L.  considérant que les violations des droits de l’homme sont courantes en Somalie; qu’elles sont imputables majoritairement à des acteurs non étatiques (militants d’Al-Chabab et milices claniques), mais également à des acteurs étatiques; que la Somalie est le théâtre d’exécutions extrajudiciaires, de violences sexuelles et sexistes, d’arrestations et détentions arbitraires et d’enlèvements; que, selon le Bureau des Nations unies pour les droits de l’homme, l’Agence de renseignement et de sécurité (NISA) somalienne viole le droit international relatif aux droits de l’homme de manière tout à fait routinière; que cette agence opère souvent hors du cadre judiciaire et dispose de pouvoirs trop larges;

M.  considérant, cependant, que la situation politique n’est pas stable et que la gouvernance reste faible, ce qui ralentit la progression de réformes de la justice et du secteur de la sécurité; que, selon l’organisation Transparency International, la Somalie est le pays le plus corrompu au monde;

N.  considérant que les tribunaux militaires continuent de juger de nombreuses affaires, y compris des cas d’infractions liées au terrorisme, suivant des procédures qui sont loin de répondre aux normes internationales d’un procès équitable; qu’au troisième trimestre 2017, au moins 23 personnes ont été exécutées après avoir été condamnées par des tribunaux militaires, dans la majorité des cas pour des chefs d’accusation liés au terrorisme; que le 13 février 2017, dans la région du Pount, sept accusés, dont un enfant, ont été condamnés à mort pour meurtre, une sentence fondée largement sur des aveux obtenus sous la contrainte par les services de renseignement du Pount; que cinq des sept accusés ont été exécutés en avril de la même année;

O.  considérant que des intérêts étrangers compliquent encore le paysage politique; que dans la confrontation plus large entre les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, d’une part, et le Qatar, d’autre part, le gouvernement fédéral somalien a essayé de rester neutre; qu’en représailles, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ont interrompu l’aide budgétaire qu’ils versaient régulièrement à la Somalie, ce qui affaiblit encore la capacité du gouvernement à rémunérer les forces de sécurité;

P.  considérant que les enfants comptent parmi les premières victimes du conflit en Somalie; qu’on recense de nombreux cas d’enlèvement et d’enrôlement d’enfants par des groupes terroristes; qu’ils sont traités par les forces de sécurité somaliennes comme des ennemis et qu’ils sont nombreux à avoir été tués, mutilés, arrêtés et détenus;

Q.  qu’un rapport de l’organisation Human Rights Watch du 21 février 2018 souligne les abus et les violations de leurs droits subis depuis 2015 par des centaines d’enfants détenus par les autorités pour activités liées au terrorisme, qui sont notamment battus, torturés, enfermés et subissent des violences sexuelles; que, dans le Pount, des enfants ont été condamnés à mort pour infractions terroristes;

R.  considérant qu’après des années de sécheresse, des inondations causées par les récentes précipitations record ont provoqué le déplacement de 230 00 personnes dont, selon les estimations, une moitié sont des enfants; que ces déplacés se sont ajoutés aux quelque 2,6 millions de personnes dans le pays qui ont déjà souffert de la sécheresse et du conflit;

S.  considérant que les milices claniques sont responsables d’une part importante des victimes civiles; que les conflits entre clans sont généralement déclenchés par des litiges liés au sol et aux ressources, puis nourris par un cycle permanent de représailles; que la rareté des ressources et les sécheresses exacerbent ces conflits; que des éléments qui s’opposent au gouvernement les exploitent pour déstabiliser encore plus certaines zones;

T.  considérant que l’insécurité alimentaire continue de constituer un problème grave pour l’État somalien comme pour sa population; que, selon la direction générale pour la protection civile et les opérations d’aide humanitaire européennes de la Commission européenne, environ la moitié des 12 millions d’habitants de la Somalie sont en situation d’insécurité alimentaire et ont besoin d’une aide humanitaire; que l’on estime à 1,2 million le nombre d’enfants souffrant de malnutrition aigüe, dont 232 000 de malnutrition aigüe sévère qui met leur vie en péril; que de nombreuses parties du pays ne se sont pas encore complètement rétablies de la famine de 2011-2012; que les sécheresses exacerbent les problèmes d’insécurité alimentaire en Somalie;

U.  considérant qu’il existe plusieurs camps de réfugiés somaliens au Kenya, dont le camp de Dadaab qui accueille à lui seul quelque 350 000 personnes; que, devant l’impuissance de la communauté internationale à apporter un soutien approprié, les autorités kényanes envisagent de réduire la capacité de ces camps en pressant les réfugiés à rentrer en Somalie;

V.  considérant que la présence des acteurs humanitaires internationaux est essentielle pour lutter contre l’insécurité alimentaire et garantir une assistance humanitaire; qu’ils ont largement contribué à éviter une catastrophe humanitaire dans le pays; qu’il y a eu des tentatives de détourner l’aide humanitaire pour financer le conflit;

W.  considérant que l’Union européenne a, depuis 2016, augmenté progressivement l’aide humanitaire annuelle qu’elle apporte à la Somalie, notamment en réaction à la grave sécheresse qui touche le pays, en attribuant 120 millions d’euros à des partenaires humanitaires en 2017; que le plan international d’aide humanitaire n’est financé qu’à concurrence de 24 %;

X.  considérant que l’Union européenne a dégagé un montant de 486 millions d’euros, via le Fonds européen de développement (2014-2020), mettant l’accent sur la reconstruction de l’État et la consolidation de la paix, la sécurité alimentaire, la résilience et l’éducation; que l’Union européenne apporte également son aide à l’AMISOM à travers la facilité de soutien à la paix pour l’Afrique; que les 22 000 hommes de la mission de maintien de la paix de l’Union africaine (AMISOM) ont contribué à garantir une certaine stabilité dans plusieurs régions de Somalie; que d’autres régions du pays restent contrôlées, ou menacées, par le mouvement islamiste radical Al-Chabab, quand elles ne sont pas sous la férule d’autres autorités, comme c’est le cas au Somaliland et au Puntland;

1.  condamne l’ensemble des attentats terroristes perpétrés tant par Al-Chabab que par d’autres groupes extrémistes contre la population somalienne; souligne qu’aucune raison, aussi légitime soit-elle, ne peut motiver des actions terroristes; demande que les responsables d’attentats terroristes et de violations des droits de l’homme soient traduits en justice conformément au droit international applicable en matière de droits de l’homme; exprime sa profonde sympathie aux victimes des récents attentats terroristes en Somalie, ainsi qu’à leurs familles, et déplore la perte de vies humaines; rappelle aux autorités somaliennes leur obligation de garantir les droits de l’homme et de protéger la population civile en toutes circonstances;

2.  souligne que l’élimination des causes profondes du terrorisme que sont notamment l’insécurité, la pauvreté, les violations des droits de l’homme, la dégradation de l’environnement, l’impunité et l’absence de justice, voire l’oppression, sonnerait le glas des organisations et des activités terroristes en Somalie; fait observer que le sous‑développement et l’insécurité déclenchent un cercle vicieux; invite par conséquent les acteurs internationaux, notamment par le biais des programmes de développement de l’UE, à appuyer les initiatives visant à réformer le secteur de la sécurité et à renforcer les capacités, pour ainsi veiller à la cohérence de leurs politiques de développement et de sécurité en Somalie; invite l’UE à continuer de soutenir le processus de paix et de réconciliation en Somalie en se fondant sur le cadre de responsabilité mutuelle et sur le pacte de sécurité;

3.  exhorte le gouvernement fédéral de Somalie à poursuivre ses efforts de consolidation de la paix et de renforcement de l’État afin de pouvoir mettre en place des institutions fortes régies par l’état de droit, susceptibles de fournir des services publics de base, et d’être en mesure de garantir la sécurité, la liberté d’expression et la liberté d’association; se félicite que Al-Chabab n’ait pas été en mesure d’empêcher le processus électoral de 2016/17; invite le gouvernement fédéral de Somalie à veiller à la mise en place d’un système électoral fondé sur le suffrage universel non pondéré avant les élections de 2020/2021; rappelle que la stabilité et la paix durables ne peuvent être atteintes que par l’inclusion sociale, le développement durable et la bonne gouvernance sur la base des principes démocratiques et de l’état de droit;

4.  invite le gouvernement fédéral de Somalie à redoubler d’efforts pour asseoir l’état de droit dans l’ensemble du pays; fait observer que l’impunité est l’un des principaux facteurs qui alimente un cycle de violence sans fin et aggrave la situation des droits de l’homme; demande que les autorités somaliennes renvoient devant une juridiction civile les futures affaires civiles dont se seraient saisis les tribunaux militaires; invite le président somalien à commuer sans plus attendre toutes les condamnations à mort et à prendre ainsi une première mesure en faveur d’un moratoire sur l’application de ces condamnations; estime que seul l’état de droit est de nature à mettre fin au régime d’impunité; invite le gouvernement et les acteurs internationaux à poursuivre leurs efforts visant à mettre en place un système judiciaire indépendant, à mener des enquêtes indépendantes et crédibles sur les crimes commis contre les journalistes somaliens, à éradiquer la corruption et à mettre en place des institutions responsables, notamment dans le secteur de la sécurité; se félicite, à cet égard, du lancement, l’année dernière, d’un programme de formation judiciaire à l’échelle nationale par le gouvernement, en coopération avec les Nations unies et l’UE;

5.  condamne les violations de la liberté d’expression en Somalie commises par des acteurs non étatiques et non étatiques; est préoccupé par l’approche autocratique de l’administration actuelle et de certaines administrations régionales, qui aboutit à l’arrestation d’opposants politiques et de détracteurs pacifiques; considère comme absolument inacceptables l’intimidation, le harcèlement, la détention ou l’assassinat de journalistes et de militants de la société civile; demande que les autorités somaliennes cessent d’utiliser l’agence nationale de renseignement et de sécurité nationale (NISA) pour intimider les journalistes indépendants et les opposants politiques; invite le gouvernement somalien et l’Union européenne, dans le cadre de ses activités liées à l’état de droit en Somalie, à veiller à ce que la NISA soit régie par des mécanismes efficaces de contrôle; estime que le développement d’une société forte et démocratique est conditionnée par la liberté d’expression et de pensée; invite le gouvernement fédéral de Somalie à veiller au respect plein et entier du droit à la liberté d’expression; demande au gouvernement somalien de revoir le code pénal, la nouvelle loi sur les médias et divers autres textes législatifs afin de les mettre en conformité avec les obligations internationales de la Somalie dans le domaine de la liberté d’expression et de la liberté des médias;

6.  se déclare préoccupé par certains intérêts étrangers qui compliquent la situation politique; note qu’en raison de la confrontation plus large entre les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, d’une part, et le Qatar, d’autre part, le gouvernement fédéral somalien a essayé de rester neutre, ce qui l’a été privé de l’aide budgétaire régulièrement apportée versée par l’Arabie saoudite et les EAU, ce qui affaiblit encore la capacité du gouvernement à rémunérer les forces de sécurité; demande instamment aux EAU de cesser immédiatement tout acte de déstabilisation en Somalie et de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Somalie;

7.  condamne fermement les graves violations de la liberté d’association et de la liberté d’expression dont sont victimes les syndicats libres et indépendants de Somalie, et notamment la répression de longue date visant le NUSJ et la FESTU, et demande la fin des enquêtes en cours et la clôture de l’affaire ouverte par le procureur général à l’encontre M. Omar Faruk Osman, secrétaire général du NUSJ, pour avoir voulu organiser, sans l’aval du ministère de l’information, une Journée mondiale de la liberté de la presse;

8.  dénonce la répression des syndicalistes orchestrée par l’État; demande à l’État somalien de mettre un terme à toute forme de répression à l’encontre de syndicalistes; demande instamment que le gouvernement permette la formation de syndicats indépendants; est fermement persuadé qu’il est indispensable d’avoir des syndicats pour faire respecter les droits des travailleurs en Somalie; est convaincu que des syndicats indépendants peuvent contribuer de manière significative à améliorer la situation sécuritaire en Somalie;

9.  invite instamment le gouvernement fédéral de Somalie à respecter et à faire respecter l’état de droit international ainsi qu’à accepter et à mettre pleinement en œuvre les décisions de l’OIT dans l’affaire 3113;

10.  salue en tous points les travaux de l’UNSOM, notamment en ce qui concerne le respect des droits de l’homme dans le pays, et se félicite de la décision du Conseil de sécurité des Nations unies de proroger son mandat jusqu’au 31 mars 2019; salue les efforts consentis par l’Union africaine pour ramener un certain degré de stabilité en Somalie et pour organiser le processus politique transitoire; demande un suivi plus rigoureux de la part de l’Union européenne, ainsi qu’un renforcement des capacités afin que les auteurs des abus commis par les troupes de l’AMISOM répondent de leurs actes, puisque notamment l’Union européenne est responsable de la majeure partie du financement de l’AMISOM; prie instamment l'AMISOM de mettre pleinement en œuvre son mandat de protéger la population civile;

11.  assimile à un crime de guerre odieux le fait de recruter des enfants soldats en Somalie; estime que les enfants sont l’un des groupes les plus vulnérables dans ce conflit; invite tous les groupes armés à mettre immédiatement un terme à cette pratique et à libérer tous les enfants actuellement enrôlés; demande à l’État de les traiter comme des victimes du terrorisme et de la guerre plutôt que comme des auteurs, et demande à l’UE d’aider le gouvernement somalien dans ses efforts de réhabilitation et de réintégration; demande instamment aux autorités somaliennes de mettre un terme à la détention arbitraire d’enfants soupçonnés d’être illégalement affiliés à Al-Chabab; invite instamment tous les acteurs du conflit somalien à respecter les objectifs du protocole facultatif à la convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant concernant la participation des enfants aux conflits armés et invite le gouvernement somalien à le ratifier sans délai;

12.  se félicite de la sélection des membres de la commission indépendante nationale des droits de l’homme nouvellement mise en place dans le pays et invite le gouvernement somalien à procéder sans plus tarder à la nomination de la Commission; est vivement préoccupé par les informations faisant état de violations des droits de l’homme commises par les forces de sécurité somaliennes, notamment d’assassinats, d’arrestations et de détentions arbitraires, d’actes de torture et de viols ainsi que d’enlèvements; demande aux autorités somaliennes de veiller à ce que toutes les violations fassent l’objet d’enquêtes approfondies et à ce que les responsables soient traduits en justice; invite le gouvernement somalien et l’Union européenne à renforcer l’expertise technique du service des enquêtes pénales de la Somalie (CID) afin que celui-ci soit en mesure de mener des enquêtes approfondies et efficaces respectueuses des droits applicables; demande aux troupes nationales et étrangères, qui participent à la lutte contre Al-Chabab, d’agir conformément au droit international; invite le gouvernement somalien à donner suite à son engagement de mettre fin aux expulsions forcées de personnes déplacées à l’intérieur du pays, notamment dans la capitale de Mogadiscio.

13.  félicite le gouvernement somalien d’avoir lancé le processus de révision de la constitution provisoire de Somalie à la suite de l’assemblée nationale constituante qui s’est réunie durant trois jours en mai 2018 en vue de mettre en place une constitution nationale durable; invite instamment le gouvernement somalien à arrêter définitivement son plan d’action national destiné à lutter contre l’extrémisme violent (PCVE) et à prévenir le phénomène, et ce au titre de l’approche de sécurité globale (CAS) du pays, que soutient l’AMISOM;

14.  condamne les violences sexistes et sexuelles à l’encontre des femmes, des hommes, des garçons et des filles, dont sont principalement victimes les femmes et les jeunes filles, et les qualifient d’horribles crimes de guerre; invite l’État à intensifier ses efforts en vue de protéger les groupes vulnérables de la société; se félicite, à cet égard, du lancement, l’année dernière, d’un programme de formation judiciaire à l’échelle nationale par le gouvernement, en coopération avec les Nations unies et l’UE; répète qu’il est particulièrement préoccupé par le respect des droits des femmes; invite les autorités compétentes à promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes ainsi que l’autonomisation des femmes; condamne la mise hors-la-loi de l’homosexualité en Somalie et la criminalisation des personnes LGTBI;

15.  déplore la situation humanitaire désastreuse qui menace la vie de millions de Somaliens; rappelle que, lors de la famine de 2011, le bilan des victimes a été aggravé par l’insécurité et les actions de militants extrémistes d’Al-Chabab visant à empêcher les livraisons d’aide alimentaire dans les zones du sud et du centre de la Somalie qui étaient alors sous son contrôle; demande instamment à l’Union européenne et à la communauté internationale de maintenir leur assistance à la population somalienne afin d’améliorer les conditions de vie de ses éléments les plus vulnérables et de lutter contre les conséquences du déplacement, de l’insécurité alimentaire, des épidémies et des catastrophes naturelles; condamne toutes les attaques commises contre des acteurs humanitaires et les soldats de la paix; demande que l’aide de l’UE soit conforme aux principes d’efficacité du développement fixés au niveau international afin d’atteindre les objectifs de développement durable (ODD) récemment approuvés;

16.  charge son Président de transmettre la présente résolution au Conseil, à la Commission, à la vice-présidente de la Commission européenne/haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, à l’Union africaine, au Président, au premier ministre et au parlement de la Somalie, au Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, au Conseil de sécurité des Nations unies, au Conseil des droits de l’homme des Nations unies, ainsi qu’à l’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE.

(1) JO C 204 du 13.6.2018, p. 127.
(2) Textes adoptés de cette date, P8_TA(2017)0229.

Dernière mise à jour: 7 novembre 2019Avis juridique - Politique de confidentialité