« La Russie ne peut plus être considérée comme un allié stratégique de l’Union Européenne »  

 
 

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« La prise de conscience de la menace russe ne cesse de croître », a déclaré la députée Sandra Kalniete à la veille d'un vote sur l'état des relations entre l'UE et la Russie le 12 mars.

Interview avec la députée démocrate-chrétienne Sandra Kalniete  

Cinq ans après l’annexion illégale de la Crimée par la Russie, quel est le message que le Parlement envoie à l’Ukraine ?

En tant que voisin proche, la stabilité, la prospérité et la démocratie ukrainiennes sont très importantes pour l’Europe. Dans notre rapport, nous soulignons que la Russie ne peut plus être considérée comme un allié stratégique de l’Union européenne. Nous avons demandé que les accords de Minsk soient parfaitement mis en place et concernant la Crimée, nous ne reconnaissons par l’annexion russe. Nous avons également un regard attentif sur le respect des droits de l’homme des Tatars de Crimée, sur la situation des prisonniers politiques détenus en Russie pour des raisons peu claires, et enfin nous demandons la libération des marins ukrainiens capturés dans le détroit de Kertch.


Vous avez également proposé une version européenne de la « loi Magnitsky ». Pouvez-vous nous en dire plus?

Inspirés par la loi Magnitsky qui est en vigueur aux États-Unis, nous avons fait une proposition de loi pour que l’Union européenne sanctionne les violations des droits de l’homme. Certains États membres ont déjà créé des listes sanctionnant les personnes responsables de graves violations des droits de l’homme ; nous souhaitons créer une liste commune européenne. C’est le 5ème rapport du Parlement qui demande une loi Magnitsky européenne.


Quels sont les enjeux autour de la dépendance européenne au gaz russe ?

Prenons le gazoduc Nord Stream 2 dont l’unique objectif est d’écarter l’Ukraine et qui, par conséquent, affecte le budget ukrainien à cause de la perte des paiements de droit de transit. À ceux qui disent que le projet Nord Stream 2 est un projet économique et qui permettra d’obtenir de l’énergie moins cher, je réponds simplement : l’argent que la Russie gagne en vendant du gaz à l’Europe servira à son industrie militaire ce qui ne fera qu’accroitre les menaces envers l’Union. Cela offrira des ressources supplémentaires aux outils de manipulation informatique et de désinformation russes.

Nous devons arrêter le Nord Stream 2. L’Union européenne a une stratégie énergétique commune très claire que ce projet contredit totalement. Ce dont nous avons besoin, c’est de diversifier notre approvisionnement en énergie.


À la veille des élections européennes, que propose le Parlement pour empêcher les cyber attaques russes et les campagnes de désinformation ?

Tout de suite après le début de l’agression russe envers l’Ukraine orientale, et quand des informations hybrides ont inondé l’Europe, nous avons demandé au SEAE de créer un groupe de travail pour résoudre le problème.

Depuis l'ingérence russe dans les élections américaines et dans le référendum du Brexit, et l'empoisonnement de l’espion Skripal, la prise de conscience de la menace russe ne cesse de croître.


Ce mois marque le début de la guerre en Syrie, il y a 8 ans. Quel est la position du Parlement sur l’intervention russe dans ce conflit ?

Puisque la Russie est intervenue en Syrie, elle est devenue un interlocuteur inévitable dans les négociations pour une solution pacifique. Pourtant, je ne vois pas la Russie comme faisant partie de la solution mais plutôt du problème. La présence de bases russes dans la mer Méditerranée est très inquiétante et dangereuse. Avec un pied dans la mer Méditerranée, Moscou renforce sa présence expansionniste dans notre région. De plus, la Russie bloque tout au Conseil de sécurité des Nations Unies et confirme une nouvelle fois qu’elle fait partie du problème.