Article
 

Etiquetage alimentaire : explication d'une décision contre-intuitive, par Renate Sommer

Consommateurs - 22-06-2010 - 17:12
Partager
  • Le Parlement européen a adopté de nouvelles règles sur l'étiquetage des produits alimentaires la semaine dernière.
  • Il a néanmoins rejeté une proposition des députés Verts et de gauche visant à introduire des « feux de signalisation » pour mieux indiquer les quantités de sucre, de sel et de graisses.
  • Interview du rapporteur sur le sujet, l'Allemande Renate Sommer (Parti populaire européen).
Renate Sommer lors de notre interview, le 22 juin 2010.

Renate Sommer lors de notre interview, le 22 juin 2010.

Alors que les députés européens souhaitent rendre plus claires et lisibles les étiquettes des produits alimentaires, ils ont rejeté la semaine dernière une proposition visant à introduire un système de visualisation automatique des quantités de sucre, de sel et de graisse. Pourquoi cela ? Renate Sommer explique les raisons de ce choix et de quelle façon il protège le consommateur - malgré les apparences.

Les socialistes, les Verts et la gauche ont proposé d'indiquer les teneurs en graisses, sucre et sel dans les aliments au moyen de feux de signalisation, rouge si c'est trop élevé, vert si c'est faible. Pourquoi vous êtes-vous opposée à cette idée ?
 
Renate Sommer : Cela a été rejeté par les deux tiers des députés européens et il y a plusieurs raisons à cela. Tout d'abord, ce système a été créé en Angleterre pour les produits cuisinés et il ne fonctionne pas pour les aliments de base.
 
Je peux vous en donner des exemples. Le Coca light obtiendrait un feu vert car il est fait avec des édulcorants à la place du sucre, alors que le jus de fruit sans sucre ajouté obtiendrait un feu rouge du fait de ses sucres naturels. Il n'y aurait pas de différence entre le beurre et la margarine allégée car les deux produits sont gras. Des produits très sains obtiendraient des feux rouges, comme les noix qui sont pleines de minéraux et de vitamines.
 
Ces exemples montrent que le système ne marche pas pour les produits de base. Notre tâche est de trouver un système d'étiquetage qui convienne pour tous les produits alimentaires et les boissons non-alcoolisées.
 
Ensuite, l'exemple anglais montre que les producteurs tendent à modifier leurs produits pour avoir une meilleure notation. Ils remplacent par exemple le sucre par de l'amidon de façon à ce que le produit semble moins calorique. Ou ils remplacent le sucre par des édulcorants, c'est-à-dire par des ingrédients artificiels, ou le sel par du glutamate de sodium. Ce n'est pas sain du tout, c'est tromper les consommateurs.
 
La valeur calorique, les niveaux de sucre ou de graisses sont déjà sur de nombreux emballages alimentaires. Qu'est-ce qu'une nouvelle législation changerait ?
 
RS : Les indications seront rendues obligatoires. Jusqu'à maintenant, elles sont inscrites de façon volontaire par les producteurs et les distributeurs, et ne sont donc pas cohérentes. Vous pouvez marquer ce que vous voulez sur un emballage.
 
Très souvent, le problème est aussi celui de la lisibilité. Par exemple, il existe déjà une liste d'ingrédients qui doit obligatoirement figurer sur les emballages, mais dans la plupart des cas ce n'est pas lisible.
 
Il y aura aussi un tableau nutritionnel au dos des emballages, indiquant les apports en nutriments les plus importants pour 100 grammes ou 100 millilitres. Vous aurez ainsi la possibilité de comparer les produits dans les supermarchés. Sur le devant de l'emballage, il y aura toujours, en grands caractères, la valeur calorique du produit.
 
Aujourd'hui, le problème est que les consommateurs ne lisent pas les informations qui figurent sur les emballages. Nous espérons améliorer cela.
 
Quels seront les autres avantages de la nouvelle législation pour les consommateurs ?
 
RS : Il y aura une mention spécifique sur l'emballage si le produit est une imitation. Il y en a de plus en plus sur le marché, comme le fromage qui est fait à partir de graisse végétale : il a le goût et l'apparence du fromage mais ce n'est pas du fromage. Le consommateur a le droit de savoir ce qu'il achète.
 
Pour que ces règles entrent en vigueur, elles doivent être approuvées par les Etats membres, réunis au sein du Conseil de l'UE. C'est peu probable en première lecture. Quand pensez-vous que ces règles pourront s'appliquer ?
 
RS : J'espère que nous trouverons un accord en deuxième lecture. Mais ensuite il y aura une période de transition, je pense donc que cela n'entrera en vigueur qu'en 2014 au plus tôt.
 
Mais les producteurs et les distributeurs connaîtront déjà les nouvelles règles qu'ils devront appliquer, ils pourront donc les mettre en œuvre avant qu'ils y soient légalement obligés.
 
L'interview a été réalisée en anglais.
 
REF.: 20100618STO76328