Le Président. – L’ordre du jour appelle la déclaration de la Commission sur la lutte contre la tuberculose.
John Dalli, membre de la Commission. – (EN) Monsieur le Président, à l’occasion de la Journée mondiale de la tuberculose, je voudrais souligner l’engagement de la Commission de lutter contre les défis posés par cette maladie.
Nous pensions que nos succès des dernières décennies avaient permis d’éliminer les menaces liées à ce problème sérieux de santé publique. Cependant, nous avons fait l’erreur de baisser la garde et, pendant trop longtemps, nous ne nous sommes plus préoccupés de la tuberculose. En 2008, le Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies a recensé quelque 83 000 cas et près de 6 000 décès causés par la tuberculose dans l’Union européenne et dans les pays de l’AELE. Cela équivaut à environ 16 décès par jour. Ce chiffre est tout simplement inacceptable et demande une action de la part de tous les secteurs et parties prenantes concernés. Il est d’autant plus inacceptable que la tuberculose est une maladie évitable et curable qui ne devrait pas avoir des conséquences aussi dramatiques.
La tuberculose est une question intersectorielle liée à certain nombre de défis de santé publique auxquels l’Union européenne est confrontée, comme la propagation de la résistance aux antimicrobiens, l’absence de nouveaux outils efficaces pour diagnostiquer et traiter la maladie, la forte hausse du nombre de coïnfections, avec le VIH par exemple, ainsi que les inégalités, les groupes les plus vulnérables étant touchés de manière disproportionnée.
Au cours de ces dernières années, la Commission a lancé un certain nombre d’initiatives pour renforcer notre capacité de lutte contre la tuberculose. En 2000, la tuberculose a été incluse dans la liste des maladies prioritaires à placer sous surveillance dans l’ensemble de l’UE. Dans ce contexte, la Commission a soutenu plusieurs projets qui ont contribué à améliorer la coordination de la surveillance de la tuberculose dans les 53 pays de la région européenne de l’OMS. Ces actions ont permis de renforcer nos connaissances partagées et d’améliorer le suivi de la situation épidémiologique. Par ailleurs, par ses programmes-cadres de recherche, la Commission soutient également le développement de nouveaux traitements, vaccins, médicaments et outils de diagnostic afin de lutter contre la tuberculose. Depuis 2002, ce sont plus de 124 millions d’euros qui ont été alloués à ces efforts. Mais comme la tuberculose ne s’arrête pas aux frontières, il nous faut également soutenir les pays situés en dehors de l’Union européenne.
La Commission aide les pays en développement à mettre en œuvre leurs programmes de contrôle de la tuberculose au moyen du Programme européen d’action pour la lutte contre le VIH/sida, le paludisme et la tuberculose par une action externe (2007-2011). Ce soutien financier est principalement acheminé via le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, auquel la Commission a contribué à hauteur de 870 millions d’euros depuis 2002, avec une contribution annuelle équivalant à 100 millions d’euros depuis 2008. La Commission soutient en outre des essais cliniques et des activités de renforcement des capacités en Afrique subsaharienne dans le cadre du partenariat entre les pays européens et en développement sur les essais cliniques (EDCTP). Enfin, la création du Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies nous a permis de porter nos efforts à un niveau supérieur.
En mars 2007, à la demande de la Commission, le Centre a élaboré un plan d’action pour combattre la tuberculose dans l’UE. Celui-ci recense les principaux défis intersectoriels que nous devons relever dans le cadre de la prévention et du contrôle de la tuberculose et dans nos efforts visant à renforcer la surveillance épidémiologique: garantir que chacun puisse bénéficier rapidement d’un traitement efficace contre la tuberculose, élaborer de nouveaux outils de diagnostic et de traitement, alléger la charge que représente la tuberculose et réduire le risque de coïnfection avec le VIH, ainsi que résoudre le problème de la résistance croisée aux antibiotiques.
Cependant, la Commission ne peut relever ce défi à elle seule. Nous avons besoin du soutien de la société civile pour atteindre les personnes les plus vulnérables, mais aussi d’un engagement fort de la part des États membres. Sans eux, nous ne pourrons atteindre notre objectif de soutenir la lutte contre cette maladie au niveau mondial.
Elena Oana Antonescu, au nom du groupe PPE. – (RO) «La cause de décès à l’ère de l’antibiotique»: c’est le surnom qu’un groupe de chercheurs a donné à la tuberculose, ce mot que bon nombre d’entre nous pensaient disparu du langage courant, mais qui désigne une maladie qui tue encore un grand nombre de personnes.
La tuberculose est la septième cause de décès dans le monde. Malheureusement, la période actuelle est marquée par la croissance du nombre de cas impliquant un type de tuberculose résistant au traitement habituel.
En 2008, on a recensé, au niveau mondial, 9,4 millions de nouveaux cas de tuberculose et 1,8 million de décès. Chaque seconde, une personne quelque part dans le monde contracte la maladie.
Il est bon que ces chiffres soient énoncés très clairement dans un forum important de l’Union européenne, afin que nous puissions tous réaliser que cette maladie ravage encore nos sociétés et tue un grand nombre de citoyens européens.
Je viens d’un pays qui, malheureusement, occupe l’une des premières places de ce triste classement du nombre de cas dans l’Union européenne.
Bien que nous constations une légère tendance à la baisse ces dernières années et une augmentation du pourcentage de personnes ayant pu être guéries de la variante pharmacorésistante de la tuberculose, les chiffres absolus demeurent alarmants et reflètent une réalité tragique.
Nous devons mener un combat cohérent, intégré et le mieux planifié possible afin de garder ce fléau sous contrôle. Nous devons poursuivre, au niveau de l’Union européenne, les travaux que nous avons entamés pour veiller à renforcer, dans tous les États membres, le niveau de dépistage des maladies, le niveau d’accès à un traitement adéquat, la qualité du suivi du traitement et la qualité des soins médicaux dispensés aux patients.
Il faut également que tous les gouvernements prennent conscience de l’importance que revêt cette lutte et travaillent main dans la main avec les partenaires sociaux, de la manière la plus efficace possible, afin de réduire le nombre des Européens souffrant de cette maladie dont nous pensions qu’elle avait été éradiquée au cours des siècles précédents.
Par dessus tout, nous devons mener cette bataille ensemble, comme une famille, en allant au-delà de nos différences et en unissant nos forces pour surmonter ce problème.
Parce qu’au final, nous sommes l’Union européenne et que notre force réside dans notre unité.
Åsa Westlund, au nom du groupe S&D. – (EN) Monsieur le Président, de nos jours, personne ne devrait décéder de la tuberculose.
(SV) C’est ce que Ban Ki-moon a déclaré aujourd’hui, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose.
Il a évidemment raison. Néanmoins, de très nombreuses personnes dans le monde décèdent encore de cette maladie, en particulier chez les jeunes et les pauvres. C’est pourquoi nous devons augmenter notre contribution au fonds mondial qui est responsable d’une grande partie des travaux réalisés en vue de lutter contre la tuberculose, le paludisme et le VIH dans les régions les plus pauvres de la planète.
Cependant, comme l’a souligné le commissaire, en Europe aussi, des gens meurent de la tuberculose. Nous devons renforcer notre coopération pour stopper la propagation de la tuberculose multirésistante et trouver des traitements efficaces susceptibles d’atteindre tous les groupes vulnérables de la société.
Le Centre européen pour la prévention et le contrôle des maladies, qui est situé à Solna en Suède, a un rôle très important à jouer à cet égard, et je suis ravie que la Commission se soit fixé pour priorité de venir ici aujourd’hui afin de débattre de ce thème crucial.
Charles Goerens, au nom du groupe ALDE. – Monsieur le Président, le progrès de la médecine n’a pas encore eu raison de la tuberculose. Aussi la considère-t-on à tort comme une maladie des pays pauvres. C’est sous-estimer la façon dont elle progresse, notamment en Europe centrale et orientale.
À vrai dire, aucun pays n’est à l’abri de cette maladie redoutable, vieille de plusieurs millénaires. De plus, les souches multirésistantes laissent subsister peu d’espoir de venir à bout de ce fléau à court terme. La nécessité de lutter sur plusieurs fronts par la prévention, le suivi médical, la recherche et la vulgarisation des mesures de précaution et d’hygiène nous invite à agir de façon coordonnée et déterminée. Bref, il faut sans cesse pouvoir s’appuyer sur les meilleures stratégies possibles en la matière.
Quant au financement des mesures, il y a lieu de distinguer entre deux cas de figure. D’abord, dans nos pays, les systèmes de sécurité sociale devraient, en principe, être en mesure d’assurer une couverture médicale suffisante. Par contre, les malades dans les pays en développement restent tributaires de la solidarité qui, depuis 2002, s’est matérialisée de façon exemplaire dans le cadre du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.
Si l’on veut atteindre l’objectif de réduire de moitié l’impact de la tuberculose entre 2000 et 2015, il va falloir se prononcer pour l’un des trois scénarios avancés par le président du Fonds mondial, M. Michel Kazatchkine.
J’aimerais demander à la Commission sur lequel des trois scénarios elle se fonde pour faire des propositions à nos États membres pour ce qui est du financement, à l’avenir, du Fonds de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.
Maria Da Graça Carvalho (PPE). – (PT) La Journée mondiale de lutte contre la tuberculose, qui se tient aujourd’hui, est l’occasion d’appeler au renforcement du dialogue politique et de l’implication des gouvernements et de la société civile dans cette cause.
Dans l’Union européenne, le nombre de cas de tuberculose tend à se réduire. Au Portugal également, on a assisté à une réduction marquée, mais le taux d’incidence est encore supérieur à la moyenne de l’UE. Cette réduction est liée aux bons résultats du plan national de lutte contre la tuberculose. Dans certains pays, cependant, on a observé récemment une résurgence de la maladie.
Les différents plans d’action mis sur pied par la Commission européenne constituent un pas dans la bonne direction. Je voudrais rappeler le partenariat établi entre l’Europe et certains pays en développement pour la réalisation d’essais cliniques. Le soutien du programme-cadre de recherche et de développement technologique est également important dans le domaine des sciences de la vie. Il est indispensable de renforcer le rôle de la recherche clinique et scientifique dans la lutte contre la tuberculose. Il est donc essentiel de poursuivre les travaux afin de découvrir de nouveaux instruments, plus efficaces, pour combattre cette maladie et créer des technologies innovantes de diagnostic, des médicaments et des vaccins.
C’est pourquoi j’appelle la Commission et les États membres à unir leurs forces et à intensifier leurs efforts pour lutter contre la tuberculose, afin que nous puissions enfin contrôler et éradiquer cette maladie.
Vilija Blinkevičiūtė (S&D). – (LT) Nous devons lutter contre la tuberculose, car chaque année, de nombreuses personnes dans le monde meurent de cette maladie et près d’une personne sur trois est infectée. Je voudrais attirer votre attention sur le fait que la tuberculose est la maladie infectieuse la plus répandue au monde et qu’elle est étroitement liée aux problèmes sociaux et économiques, autrement dit la pauvreté, le chômage, l’alcoolisme, la toxicomanie et le VIH/sida, ainsi que le mauvais fonctionnement des systèmes de santé dans les pays pauvres et le diagnostic tardif. Afin de combattre ces facteurs qui favorisent la tuberculose, la Commission et les États membres de l’Union européenne doivent agir rapidement et de manière concrète afin d’adopter des mesures communes pour lutter contre cette terrible maladie, instaurer un dialogue politique conjoint à propos du soutien financier et adopter un plan d’action commun pour combattre la maladie.
Bien que la tuberculose figure sur la liste des maladies prioritaires, la lutte contre cette maladie ne bénéficie pas encore d’un financement suffisant. Par conséquent, nous devons réexaminer les dotations budgétaires allouées à ce programme d’action. Je vous demande également d’encourager les investissements dans la recherche scientifique visant à lutter contre la tuberculose.
Olga Sehnalová (S&D). – (CS) Nous célébrons aujourd’hui la Journée mondiale de lutte contre la tuberculose, qui nous offre l’occasion de souligner qu’en dépit des progrès réalisés jusqu’à présent dans la lutte contre cette maladie, la tuberculose demeure un problème mondial sérieux. Plus de 2 milliards de personnes sont infectées par le bacille de la tuberculose et 10 % de ces personnes souffrent de la forme active de la maladie.
L’incidence de la tuberculose et, en particulier, les différences au niveau du traitement et du suivi de la maladie, sont liées aux différentes conditions socio-économiques prévalant dans les différentes régions, mais aussi dans les différents groupes sociaux. Un diagnostic précoce de la tuberculose et un traitement efficace de la maladie, en d’autres termes, un traitement ininterrompu, d’une durée suffisante et accompagné d’un suivi approprié sont des conditions sine qua non pour réduire le risque de propagation d’une résistance au traitement et de développement des souches multirésistantes de la TBC, dont le traitement coûte extrêmement cher et est difficile à obtenir dans de nombreux pays. Il convient également d’adapter les systèmes de santé et les pratiques au jour le jour, y compris en ce qui concerne le suivi de la maladie dans les groupes à risques, mais aussi la mise à disposition d’un personnel de santé qualifié et d’équipements adéquats.
L’OMS estime qu’au cours des 10 prochaines années, il faudrait consacrer 44,3 milliards de dollars US à la lutte contre la tuberculose au niveau national, mais que, pourtant, à peine la moitié de cette somme sera disponible. Il faut donc que l’UE unisse ses forces à celles de l’OMS et de chaque pays, de concert avec leurs systèmes de santé respectifs, et fasse de la lutte contre la tuberculose l’une des priorités de l’aide au développement apportée aux pays tiers.
John Dalli, membre de la Commission. – (MT) C’est avec beaucoup de plaisir et d’intérêt que j’ai écouté les interventions des députés. Je voudrais les assurer que la Commission prend cette maladie très au sérieux et qu’elle accorde beaucoup de poids à ce qui a été dit aujourd’hui. Nous sommes déterminés à atteindre nos objectifs afin de contrôler la tuberculose. Ce type de discussion est particulièrement important pour placer cette maladie au centre de l’attention. La contribution et le soutien du Parlement européen à nos efforts sont essentiels pour combattre cette maladie dans l’Union européenne ainsi que dans les autres pays.
Le Président. – Le débat est clos.
Déclaration écrite (article 149)
Nessa Childers (S&D), par écrit. – (EN) Bien que beaucoup considèrent la tuberculose comme une maladie du XIXe siècle et parlent d’elle au passé, celle-ci continue d’exercer un impact important, que ce soit de manière directe ou indirecte, sur la vie de centaines de milliers d’agriculteurs européens chaque année. Bien que sa forme humaine ait pu être contenue dans la plupart des pays de l’UE depuis la moitié du XXe siècle, la maladie continue de décimer les cheptels et affecte, chaque année, 5 % des troupeaux de bovins dans ma circonscription de l’Est de l’Irlande.
J’ai récemment reçu une lettre d’un producteur laitier du comté de Westmeath, dont le troupeau de vaches laitières, qui avait d’ailleurs reçu plusieurs prix, avait été totalement anéanti depuis qu’il avait découvert un premier cas de tuberculose dans son exploitation il y a moins d’un an de cela. Il avait découvert cette maladie transmise par les blaireaux en juin, alors qu’il s’apprêtait à partir deux semaines en vacances, et a perdu depuis 64 des 82 animaux qui composaient son cheptel.
Bien que la tuberculose humaine ait récemment été prise à bras le corps par l’UE, la forme bovine de cette maladie, qui entraîne des pertes de revenus équivalant à plusieurs millions d’euros chaque année, devrait être sérieusement examinée pendant que nous élaborons la future législation relative à cette maladie.