Dossier
 

Petit lexique de la crise financière

Affaires économiques et monétaires - 28-05-2010 - 12:20
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Quels mécanismes se cachent donc derrière les cours de la Bourse, les faillites des banques et les déficits publics ? ©BELGA/EPA/DAI KUROKAWA

Quels mécanismes se cachent donc derrière les cours de la Bourse, les faillites des banques et les déficits publics ? ©BELGA/EPA/DAI KUROKAWA

La crise économique et financière a commencé avec la chute de la banque d'investissement Lehman Brothers en 2008. Depuis, subprimes, CDS, obligations d'Etat et taux d'intérêt se sont invités dans le vocabulaire des médias. Sans que beaucoup de monde ne comprenne pour autant ce que cela signifie. Ce petit lexique a pour but de vous aider à vous y retrouver.

Quels sont les mécanismes sous-jacents à la crise ? Qu'est-ce que le refinancement de la dette ou les contrats d'échanges sur défaut liés aux obligations souveraines ? Alors que les termes économiques ont fait leur apparition dans les médias et dans les conversations, peu de monde sait précisément de quoi il retourne.
 
Voici un petit lexique qui se propose d'expliquer, en des termes simples, le mécanisme qui a conduit à la crise financière majeure que nous connaissons aujourd'hui.
 
 
REF.: 20100414FCS72750

Etats et (dés)équilibre macroéconomique

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  • Des pays vivent au-dessus de leurs moyens, d'autres en-dessous.
  • Le système financier assure les flux de capitaux entre ces différents pays.
  • Sa sophistication et certaines pratiques douteuses provoquent des effets pervers pour l'ensemble de l'économie.
Bourse de Séoul, en Corée du Sud. ©BELGA/EPA/JEON HEON-KYUN

Bourse de Séoul, en Corée du Sud. ©BELGA/EPA/JEON HEON-KYUN

Tout a commencé par les excédents et déficits commerciaux. Un pays est en excédent s'il exporte plus qu'il n'importe, c'est-à-dire quand il produit plus qu'il ne consomme. Il est en déficit dans le cas inverse, c'est-à-dire s'il dépense plus pour importer des biens qu'il ne gagne en vendant sa propre production.
 
Les excédents et déficits persistants (tout excédent est forcément compensé par des déficits dans une autre partie du monde) engendrent un déséquilibre structurel mondial.
 
Les pays créditeurs, soit ceux qui connaissent des excédents commerciaux (Allemagne, Chine, Japon…), prêtent sur les marchés financiers internationaux l'argent qui résulte de la différence entre leurs exportations et leurs importations.
 
De leur côté, les pays débiteurs, qui souffrent de déficits commerciaux (Grèce, Etats-Unis), empruntent cet argent sur les marchés financiers pour financer leurs importations.
 
Avec ces emprunts, la dette privée, c'est-à-dire la dette des ménages et des entreprises, augmente. En effet, l'argent proposé par les pays créditeurs à des taux d'intérêt intéressants est emprunté par les ménages et les entreprises qui souhaitent consommer plus qu'ils ne produisent sont une cible évidente, via les banques et les institutions financières.
 
Il y a cependant un grain de sable dans le mécanisme : les emprunts qui ne peuvent être remboursés (bad loans en anglais). Ces dernières années, les banques ont beaucoup prêté aux ménages et au secteur de l'immobilier. Avec la hausse du chômage, cela a mal tourné puisque ces derniers n'ont plus été capables de rembourser leurs emprunts. Or si une banque ne recouvre pas l'argent qu'elle a prêté, il lui est difficile de faire face à ses obligations vis-à-vis des épargnants ou des autres banques. C'est toute la chaîne financière qui est touchée.
 
Le meilleur exemple est fourni par les crédits immobiliers à risques, plus connus sous le vocable anglais de subprimes. Ils ont été accordés à des emprunteurs qui n'auraient pu les rembourser que si les prix de l'immobilier avaient continué à augmenter et que les taux d'intérêt étaient restés bas. Ce qui n'a pas été le cas. Les emprunteurs n'ont pas pu rembourser leurs dettes et les banques ont souffert de pertes colossales. Ca a été le déclencheur de la crise.
 
Les déficits budgétaires apparaissent quand un Etat a dépensé plus (systèmes de santé, retraites, infrastructures…) que ce qu'il a gagné (impôts, taxes diverses…). Les excédents budgétaires résultent du cas contraire. Les gouvernements ayant volé au secours des banques, et leurs recettes ayant diminué du fait de la récession, les déficits budgétaires se sont creusés de façon dramatique.
 
En conséquence, la dette publique, c'est-à-dire le montant total que l'Etat doit à ses créditeurs (la somme des déficits budgétaires en somme), s'est également creusée dans de nombreux pays. Les gouvernements doivent donc contracter des emprunts.
 
Pour ce faire, ils vendent des obligations d'Etat, ou obligations souveraines. Ils s'engagent à rembourser les acheteurs de ces obligations du montant de leur investissement majoré d'un taux d'intérêt.
 
Plus l'emprunteur - l'Etat - est considéré « à risque », plus le taux d'intérêt augmente. Plus un Etat est en difficulté, plus sa dette publique lui coûte cher, ce qui ne l'aide pas à se relever.
 
L'écart de crédit ou spread de crédit mesure la différence entre le taux d'intérêt d'obligations quelconques et celui des obligations des pays les plus sûrs (l'Allemagne pour la zone euro, par exemple). Il se mesure en points de base, 100 points de base équivalent à 1 %. Si l'écart de crédit d'un pays de la zone euro est de 350 points de base et que le taux des obligations allemandes s'établit à 3 %, alors le taux dans ce pays sera de 6,5 %. Si l'écart augmente, cela signifie que les obligations d'Etat sont devenues plus risquées.
 
Le refinancement de la dette consiste à émettre de nouvelles obligations pour rembourser les investisseurs dont les anciennes obligations arrivent à échéance. C'est ce qui est fait en permanence dans le monde entier.
 
Les contrats d'échanges sur défaut liés aux obligations souveraines (Credit default swap, CDS en anglais) sont des assurances qui permettent aux investisseurs de se prémunir contre le non-remboursement d'une obligation. Si un Etat manque à ses engagements, le détenteur d'un CDS se verra remboursé par l'institution qui lui a vendu cette assurance (banques, fonds spéculatifs…).
 
Le problème vient des CDS « simples » (naked CDS) : il est possible d'acheter des CDS sans posséder d'obligations d'Etat. Les investisseurs parient ainsi sur la défaillance d'un Etat. Plus le risque de défaillance est élevé, plus le CDS afférent prend de la valeur. Plus il prend de la valeur et plus le taux d'intérêt augmente pour l'Etat qui souhaite emprunter. D'où un cercle vicieux. L'Union européenne réfléchit à l'interdiction de telles pratiques.
 
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Institutions de crédit et circuits financiers

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  • Les flux de capitaux sont gérés par les institutions financières.
  • Elles tentent de se servir au maximum au passage - mais prennent un certain nombre de risques.
  • Leur rôle central dans l'économie oblige les gouvernements à les aider si elles connaissent des difficultés majeures, alors même qu'elles les ont provoquées.
Les épargnants déposent leurs économies dans les banques - mais l'argent ne dort pas longtemps et est réinjecté dans des circuits financiers complexes et parfois risqués. ©BELGA_imagebroker_Stefan Obermeier

Les épargnants déposent leurs économies dans les banques - mais l'argent ne dort pas longtemps et est réinjecté dans des circuits financiers complexes et parfois risqués. ©BELGA_imagebroker_Stefan Obermeier

Comme vu dans la précédente section, certains pays gagnent plus d'argent avec leurs exportations qu'ils n'en dépensent avec leurs importations : ils peuvent donc prêter des fonds. C'est la même chose pour les entreprises et les particuliers : ceux qui gagnent plus qu'ils ne consomment peuvent prêter. C'est là que les intermédiaires financiers interviennent. Ils font transiter l'argent des bailleurs aux emprunteurs en prenant un bénéfice au passage.
 
Les intermédiaires financiers les plus connus sont les banques, dont les fondateurs constituent le capital ou fonds propres en injectant leur propre argent. Ils en deviennent ainsi les actionnaires. Ensuite, l'activité d'une banque est assez simple : elle rémunère les épargnants (ce qu'on appelle son passif) à un certain taux d'intérêt et prête ensuite cet argent à d'autres particuliers ou entreprises (ce qu'on appelle ses actifs) à un taux supérieur. Pour 100 € déposés, elle paiera par exemple 3 € à l'épargnant (3 %) mais touchera 5 € (soit 5 %) de la part de ceux qui auront désiré emprunter ces 100 €. Elle gagnera ainsi 2 € dans l'affaire.
 
Cela fonctionne ainsi si tout va bien. Imaginons maintenant une crise économique. Les entreprises et les ménages peuvent être dans l'impossibilité de rembourser leurs dettes. Notre banque est dans le pétrin : elle doit toujours autant à ceux qui lui ont déposé leur épargne, mais cet argent, prêté à d'autres acteurs, ne sera pas remboursé en intégralité !
 
Une panique bancaire peut s'ensuivre si les déposants perdent confiance dans la banque. Si vous avez peur que la banque ne puisse bientôt plus vous rendre votre argent, vous vous y précipitez pour retirer vos économies.
 
Si beaucoup de monde suit cet exemple, la banque peut se trouver à court de liquidités. Elle n'a plus en caisse l'argent que les déposants lui réclament, elle doit donc fermer le temps qu'elle soit remboursée des prêts qu'elle a consenti.
 
Cela peut arriver à n'importe quelle banque et cela ne signifie pas qu'elle est insolvable. Ce dernier cas intervient quand beaucoup de prêts ne peuvent être remboursés et que le montant de ce que la banque doit à ses créditeurs dépasse les prêts qu'elle a consentis. Même en vendant tous ses actifs, la banque ne pourrait alors faire face à ses obligations.
 
Quand un emprunt ne peut être remboursé, la banque subit des pertes et ses actifs perdent de la valeur. Ces pertes sont cependant habituelles si elles ne sont pas trop élevées.
 
La banque doit juste s'assurer qu'elle possède assez de fonds propres pour payer ses dettes. Rappelez-vous, c'est l'argent que les fondateurs de la banque (ses actionnaires) ont mis sur la table. Il sert à absorber les pertes éventuelles. Les fonds propres sont essentiels pour éviter les paniques bancaires car ils donnent confiance aux épargnants dans la capacité de la banque à les rembourser.
 
Le ratio de solvabilité d'une banque mesure le rapport entre les fonds propres et les actifs. S'il est de 8 %, cela signifie que la banque devra posséder 8 € pour être autorisée à en prêter 100. Si elle ne récupère que 92 € sur les prêts, elle pourra donc absorber la perte. Plus le ratio de solvabilité est élevé et plus les épargnants peuvent être tranquilles.
 
L'effet de levier se rapporte, à l'inverse, au rapport entre la dette et les fonds propres. Soyons concrets. Vous avez 50 € (vos fonds propres) que vous souhaitez miser sur un cheval dont vous êtes sûr de la victoire, ce qui vous rapporterait 100 €. Un bel investissement qui vous permet de doubler votre mise ! Mais attendez : pourquoi ne pas plutôt emprunter 50 € à un ami et miser les 100 € en votre possession ? Avec un effet de levier de 1 (un euro de dette pour un euro de fonds propres), vous pouvez ainsi gagner 200 €. Une fois votre ami remboursé, il vous reste 150 € - vous aurez triplé votre mise !
 
Le mécanisme est séducteur mais dangereux. Si vous perdez votre pari, vous vous retrouvez sans argent et avec une dette de 50 €. L'effet levier augmente tant les profits que les pertes.
 
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De manière générale, toutes les institutions financières fonctionnent de la même manière, que ce soit les banques, les fonds de pensions ou les fonds d'investissements alternatifs (hedge funds).
 
Tout d'abord, leurs propriétaires doivent apporter des fonds propres pour absorber des pertes éventuelles. Ensuite l'institution emprunte de l'argent auprès des épargnants, des banques d'investissement etc. Elle investit cet argent dans divers produits financiers (prêts, actions, obligations d'Etat ou produits dérivés) en essayant d'en tirer un profit. L'effet de levier est utilisé pour essayer d'avoir un meilleur retour sur investissement.
 
Quand les prêts ne sont pas remboursés, que les bourses plongent et que les obligations d'Etat risquent aussi de faire défaut, les pertes dépassent de loin ce que les institutions financières et les institutions de régulation des marchés imaginaient. Les fonds propres ne sont pas suffisants pour assurer la pérennité des banques, la panique se répand. Le crédit étant l'âme de l'économie et les marchés financiers son support, les gouvernements sont obligés de sauver les institutions financières avec l'argent du contribuable.
 
Pour éviter de tels abus, le Parlement européen réfléchit à une régulation plus stricte des marchés financiers.
 
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