Paul Crutzen, Prix Nobel et partisan d'une troisième voie pour sauver le climat

Lutter contre le réchauffement climatique en envoyant des particules de soufre dans l'atmosphère… L'idée semble originale mais elle vient d'un scientifique éminent, Prix Nobel de chimie en 1995. Le professeur Paul Crutzen était présent au Parlement européen en décembre dernier pour défendre sa vision dans une conférence sur « un futur sans pétrole ». Nous l'avons rencontré.

Paul Crutzen, Prix Nobel de chimie 1995, était au Parlement européen le 7 décembre 2010.
Paul Crutzen, Prix Nobel de chimie 1995, était au Parlement européen le 7 décembre 2010.

Le concept de « géo-ingéniérie » est au cœur de vos recherches. Pouvez-vous nous l'expliquer ?


Paul Crutzen : L'idée est très simple. Les particules de l'atmosphère renvoient les radiations dans l'espace [et protègent ainsi la Terre du réchauffement dû au rayonnement solaire, ndlr]. Ces particules peuvent être produites par l'oxydation de dioxyde de soufre ou par le sel marin pour les basses altitudes - différents projets sont en cours. Ce n'est pas un secret, un scientifique russe l'avait déjà découvert il y a trente ans et je l'ai juste repris et rendu plus scientifique.


Y a-t-il des risques associés à ces projets ?


PC : Oh oui. Il n'y a pas de solution parfaite, à part émettre moins de CO2. On ne voit pas beaucoup d'améliorations dans ce domaine ces dernières années donc on doit penser au refroidissement que peuvent permettre ces particules.


Aujourd'hui, nous travaillons à une modélisation théorique du climat et nous regardons les dommages collatéraux sur l'ozone. Par exemple, augmenter la quantité de particules dans l'atmosphère pourrait abîmer la couche d'ozone et ce n'est évidemment pas le but que nous recherchons. Si nous ne limitons pas les émissions de CO2, nous devrons peut-être lancer de grandes expériences de refroidissement. Cela prend du temps et je ne pense pas que ça se passera au cours des dix prochaines années.


Si je comprends bien, vous proposez ces solutions radicales car vous estimez que les efforts des Nations unies pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ne porteront pas leurs fruits ?


PC : Mais ils ne portent pas leurs fruits ! En 2006, c'est par désespoir que j'ai écrit un article sur le refroidissement de la Terre en envoyant des particules dans l'atmosphère. Je n'attendais pas un tel impact.


Un futur sans pétrole est-il possible ?


PC : J'aimerais que ce soit possible mais j'en doute tant le pétrole est utilisé partout.

L'interview a été réalisée en anglais.

Paul Crutzen

  • Né à Amsterdam en 1933
  • Commence ses travaux sur l'ozone présent dans l'atmosphère au milieu des années 1960
  • Prix Nobel de chimie en 1995
  • Propose l'envoi de particules de soufre dans l'atmosphère pour contrer le réchauffement climatique en 2006
  • Travaille pour l'institut Max Planck de chimie (Allemagne) et l'Université de Californie