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Section III.2.2

LE RÔLE SOCIO-ÉCONOMIQUE DES FORÊTS TROPICALES

Sommaire

2.2.0 - Introduction

Les forêts tropicales (humides, semi-humides et sèches) sont une source de matières premières, d'énergie et de services renouvelables pour les pays et les collectivités ; elles contribuent à leur bien-être social et économique et constituent un élément vital de leur environnement, examiné ci-après sous l'angle du cadre de vie, de la production de bois d'oeuvre, de la production de bois de feu et en tant que réservoir de terres agricoles, ainsi que source de devises à travers l'industrie du bois, génératrice d'emplois, et la collecte de produits forestiers autres que le bois.

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2.2.1 - La forêt, cadre de vie

Les forêts tropicales denses humides abritent aujourd'hui une population estimée de 140 à 300 millions de personnes. Quelque 12 millions de personnes vivent en étroite harmonie avec les différents écosystèmes forestiers des régions tropicales humides depuis des temps parfois reculés ; le thème spécifique V.8 "Interdépendance entre la forêt tropicale et la survie des populations indigènes" leur est essentiellement consacré. Beaucoup n'en sont pas originaires (transmigration). Une partie de ces habitants vivent dans des implantations à vocation industrielle au coeur de la forêt (agriculture, exploitation minière...) ; la forêt n'est le plus souvent pour eux que le témoin d'une vie de dur labeur, dont ils ne peuvent que souhaiter s'évader. Pour eux comme pour les citadins, la forêt est perçue comme un élément accessoire, dont ils ne peuvent le plus souvent pas mesurer le rôle déterminant dans les équilibres locaux et régionaux.

La forêt dense équatoriale est aussi le site d'accueil de nombreux paysans migrants paupérisés qui, spontanément ou dans le cadre de programmes gouvernementaux, croient pouvoir y trouver de meilleures conditions d'existence que celles qui sont les leurs dans les sites qu'ils désertent. Leur inexpérience des mécanismes qui préservent la fertilité des sols dans les conditions particulières des forêts denses humides les rend susceptibles de dégrader, très rapidement et pour longtemps, les milieux qu'ils colonisent, et de contribuer ainsi pour une part importante à la disparition des forêts denses équatoriales, sans autre compensation que les maigres revenus tirés de quelques années de mise en culture des terres défrichées.

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2.2.2 - La forêt, source de bois d'oeuvre

( Voir également le thème spécifique V.9 "L'industrie de transformation du bois tropical")

"L'utilisation en bois d'oeuvre de certaines essences provenant des forêts tropicales a suivi une évolution historique marquée par l'extension géographique progressive de leur renommée : connues d'abord des populations locales, puis denrée précieuse de commerce maritime, elles sont devenus des matières premières de haute qualité, alimentant les industries du monde entier par des courants commerciaux importants et celles de leur pays d'origine par le développement des marchés intérieurs." (P. Gueneau lors du Xe Congrès forestier mondial en 1991 ( in COLLECTIF - La forêt, patrimoine de l'avenir - Actes du Xe Congrès forestier modial. - Revue forestière française. - Nancy, 1991.)).

Au début du XXe siècle, les exportations des pays tropicaux concernaient surtout des grumes sciées, déroulées ou tranchées dans les pays acheteurs industriellement développés. La tendance des dernières décennies est à la transformation locale et à l'émergence d'industries puissantes dans le secteur bois chez les producteurs.

Le tableau ci-dessous, déduit d'une enquête récente de l'OIBT et de la FAO, donne un aperçu assez explicite des potentialités et de l'organisation par région des circuits d'utilisation de bois d'oeuvre tropicaux. Les mêmes chiffres sont détaillés par pays en fin de chapitre.

Production, commerce et consommation de produits forestiers tropicaux (en milliers de m3)
PaysProduitsProductionImportationsExportationsConsommation intérieure
apparente
19891992198919921989199219891992
Asie-Pacifiquegrumes
sciages
placages
contreplaqués
100 642
29 155
638
10 405
88 922
23 518
1 163
11 999
2 492
1 532
7
25
3 819
1 891
14
39
22 474
8 376
340
9 103
18 430
6 467
772
10 658
80 660
22 311
305
1 327
74 311
18 867
402
1 378
Afriquegrumes
sciages
placages
contreplaqués
9 287
2 233
321
276
8 121
1 685
312
271
0
30
0
11
2
37
22
19
3 684
960
197
75
3 051
988
174
85
5 603
1 303
124
212
5 072
734
160
205
Amérique latine/
Caraïbe
grumes
sciages
placages
contreplaqués
33 050
10 998
255
1 432
27 331
8 606
248
1 365
103
115
37
35
7
183
13
51
6
444
41
372
0
448
95
425
33 147
10 669
251
1 095
27 338
8 341
166
991
TOTAL GENERALgrumes
sciages
placages
contreplaqués
142 979
42 386
1 214
12 113
124 374
33 809
1 723
13 635
2 595
1 677
44
71
3 828
2 111
39
109
26 164
9 780
578
9 550
21 481
7 903
1 041
11 168
119 410
34 283
680
2 634
106 721
27 942
728
2 574
Source :OIBT. - Eléments pour l'examen annuel et l'évaluation de la situation mondiale des bois tropicaux en 1993 - Document de travail, 14e session . - Kuala Lumpur, 1993
Asie tropicale

Elle a produit près de 900 000 m3 de bois rond au cours de l'année 1992, soit 29 % de la production mondiale. Le secteur de la production de bois rond a enregistré une croissance annuelle moyenne proche de 2 %, à peu près équivalente à la moyenne mondiale. Les grumes de sciages et les grumes de placage ne représentent que 16 % de la production totale de bois rond. La production de grumes a augmenté entre 1978 et 1988 d'environ 2 %, augmentation supérieure à la moyenne mondiale qui est de 1.5 % par an.

Au cours de la même période, le pourcentage de la production totale de grumes exportée sous cette forme a diminué. La production et les exportations des différents pays de la région ont subi des modifications importantes de 1978 à 1988. La première figure, à la page suivante, témoigne, par exemple, de la régression catastrophique des potentialités forestières des Philippines de 1969 à 1989.

A l'inverse, la deuxième figure illustre à travers le cas de l'Indonésie l'efficacité d'une politique de transformation locale des produits forestiers (forte réduction, voire suppression, des exportations de grumes à partir de 1987).

Par ailleurs, certains pays ont commencé à importer des grumes au cours des dernières années, à l'exemple de la Thaïlande : alors qu'elle était un pays nettement exportateur, la Thaïlande s'est transformée de 1978 à 1988 en pays importateur (61 000 m3 en 1977, pour atteindre environ 500 000 m3 en 1988).

Exportations de produits forestiers - Cas des Philippines

p312-1_fr

Source :FAO. - Annuaires des produits forestiers.

Exportations de produits forestiers - Cas de l'Indonésie

p312-2_fr

Source :FAO. - Annuaires des produits forestiers.
Afrique tropicale

Si les statistiques nationales de production (bois de chauffage, bois de service et même bois d'oeuvre utilisé localement) sont rares, des renseignements corrects sont cependant disponibles pour les produits exportés vers les pays développés, la production des unités industrielles responsables du commerce de bois étant mieux connue.

Le plan d'action de Lagos (1980) avait préconisé la réduction de 50 % des exportations en grumes. Globalement, cet objectif n'a pas été atteint, mais les exportations de grumes ont diminué de 37.5 % en volume de 1980 à 1988 (5 997 000 m3 en 1980 pour 3 389 000 m3 en 1988). Cette évolution ne semble cependant pas due à l'augmentation de la transformation sur place mais plutôt, comme le montre la figure ci-dessous, à la chute de la production de pays comme la Côte-d'Ivoire, qui contribuait pour 3 055 000 m3 à l'exportation en 1980 contre seulement 550 000 m3 en 1988.

Exportations de produits forestiers - Cas de la Côte-d'Ivoire

p313-1_fr

Source :FAO. - Annuaires des produits forestiers.

Le marché des produits transformés (sciages, contreplaqués, feuilles de placage...) est resté très déprimé et les volumes de production et d'exportation sont restés stationnaires.

Les essences utilisées en plantation sont surtout des espèces exotiques, en particulier des conifères tropicaux ; 40 % des plantations sont destinées à produire du bois de feu, 37 % du bois d'oeuvre, 23 % du bois d'industrie. Le teck a été utilisé dans 47 % environ des plantations de bois d'oeuvre.

Amérique tropicale

Le potentiel industriel est relativement faible et la production de bois d'oeuvre n'a cessé de diminuer au cours des dernières années, à l'exception toutefois de celle du Brésil qui se maintient à un niveau appréciable. La production de matières premières forestières n'est significative que dans les pays qui possèdent une industrie forestière bien développée (Argentine, Brésil, Colombie, Equateur...). La figure ci-dessous en témoigne pour le Brésil.

Exportations de produits forestiers - Cas du Brésil

p313-2_fr

Source :FAO. - Annuaires des produits forestiers.

La situation des principales industries forestières dans le continent sud-américain n'a enregistré de variation positive importante que dans très peu de pays. Toutefois, le nombre des unités de transformation augmente et le rythme des investissements devrait se poursuivre au cours de la prochaine décennie.

Les prévisions mondiales de commerce des produits forestiers sont clairement favorables. Cette situation a provoqué dans certains pays l'orientation du développement forestier vers les activités d'exportation, amorçant ainsi une modernisation de l'économie forestière.

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2.2.3 - La forêt, source de combustible

Le bois de feu, produit majeur des forêts tropicales

Pour des raisons aussi bien économiques que sociales, les seules sources d'énergie à la portée des populations rurales et d'une majeure partie des citadins des régions tropicales restent encore le bois et le charbon de bois. Les deux principaux domaines d'utilisation du bois-énergie sont les usages domestiques et les industries rurales. Près de 3 milliards de personnes utilisent le bois dans les ménages ; les industries rurales, qui absorbent seulement 10 à 30 % de l'énergie totale issue du bois, constituent des sources de revenus et d'emplois appréciables pour les communautés rurales. Le bois-énergie occupe ainsi une place très importante.

Les données concernant la consommation de combustible ligneux sont essentiellement des estimations ; la grande partie de la production et de l'utilisation échappent en effet aux circuits commerciaux et, par conséquent, aux statistiques.

La FAO a toutefois estimé la production annuelle totale de bois de feu et de charbon de bois de l'ensemble des pays tropicaux à 1 100 millions de m3 durant la période de 1976 à 1979, soit près de 0.6 m3/habitant et 8 fois la production de bois d'oeuvre.

Avec l'expansion démographique, cette dépendance vis-à-vis des combustibles ligneux a entraîné une pression accrue sur les forêts tropicales et leur exploitation accélérée. Les régions africaines de savane situées autour des grandes agglomérations et le long des principaux axes de communication sont particulièrement concernées. Dans ces zones, les prélèvements sont très supérieurs à la productivité des peuplements. Cette situation de surexploitation existe également dans certains pays asiatiques (Inde, Thaïlande), à formations forestières plus denses, mais à forte densité de population.

Des usages essentiellement domestiques

Les besoins domestiques d'énergie varient en fonction du climat, de la taille des familles et des habitudes culinaires. Ils oscilleraient entre environ 1.25 millions de kilocalories par personne et par an (cuisson sur un foyer ouvert dans les régions tropicales de basse altitude) et plus de 6 millions de kilocalories (cuisson des aliments et chauffage dans les régions montagneuses froides), ce qui équivaudrait à des besoins annuels, exprimés en volume de bois, de 0.5 m3 à plus de 2 m3 de bois sec par personne.

En zone rurale, le combustible ligneux s'utilise surtout sous forme de bois de feu. Ce bois fournit 58 % de la consommation énergétique de l'ensemble des pays africains en voie de développement, 17 % de celle des pays asiatiques et 8 % de celle des pays d'Amérique latine. Mais le niveau réel de la consommation des combustibles ligneux pour satisfaire les besoins énergétiques des foyers ruraux est avant tout tributaire de leur disponibilité physique. Ainsi, à titre d'exemple ( d'après KEITA (J.D.) (in COLLECTIF - La forêt, patrimoine de l'avenir - Actes du Xe Congrès forestier modial. - Revue forestière française. - Nancy, 1991.)) :

Lorsque le bois est remplacé par un autre combustible, c'est tout d'abord par un autre combustible ligneux, et principalement le charbon de bois. Celui-ci a une valeur calorifique par unité de poids double de celle du bois et un rendement énergétique meilleur. Son transport sur de grandes distances est donc plus économique. C'est à maints égards un combustible de haute qualité, qui peut être moins coûteux que le bois pour les besoins domestiques.

Des pénuries locales, des forêts surexploitées

Dans bien des régions tropicales, la pression démographique ne se traduit pas seulement par les défrichements des formations forestières pour l'extension de l'agriculture, mais aussi par une surexploitation des formations ligneuses restantes entraînant leur dégradation et finalement leur disparition. Cet aspect s'observe aussi bien dans les régions andines d'Amérique tropicale que dans les zones montagneuses d'Afrique centrale (Burundi et Rwanda par exemple) et dans les régions himalayennes du nord de l'Inde et du Népal.

En milieu rural, la récolte du bois-énergie, autrefois corvée simple et banale, réalisée principalement par les femmes et les enfants aux environs immédiats des habitations, est devenue aujourd'hui une tâche harassante, avec le recul des formations boisées. Au Sahel, il n'est pas rare de parcourir 10 à 20 km pour ramener un fagot de bois.

Lorsqu'il existe une demande de combustible, notamment pour approvisionner les villes, le bois extrait de la forêt (ramassage d'arbres morts, abattage d'arbres sur pied, ou déracinage de souches) entre dans des circuits de commercialisation. Le prix du bois de feu augmente fortement, imposant une charge économique très lourde aux populations.

Populations connaissant un déficit de bois de feu (millions d'habitants)
Régions19802000
Pénurie aigüe (1)Déficit (2)Déficit prévisiblePénurie aigüe ou déficit
Population
totale
Population
rurale
Population
totale
Population
rurale
Population
totale
Population
rurale
Population
totale
Population
rurale
Afrique
Asie et Pacifique
Amérique latine
55
31
26
49
29
18
146
832
201
131
710
143
112
161
50
102
148
30
535
1 671
512
464
1 434
342
TOTAL112961 1799843232802 7182 240
(1) Pénurie aigüezone ou pays à bilan négatif où les ressources de bois de feu sont si entamées que même leur surexploitation ne permet pas aux populations un approvisionnement suffisant : la consommation est inférieure aux besoins minimaux.
(2) Déficitzone ou pays où les populations peuvent encore satisfaire leurs besoins minimaux de bois de feu, mais seulement en surexploitant les ressources actuelles. Celles-ci sont déjà insuffisantes pour répondre aux besoins courants de façon soutenue et commencent à s'épuiser.
Source :UNESCO-UNEP-FAO. - Tropical Forest Ecosystems - Paris, 1978.

Un véritable secteur économique

L'exploitation commerciale du bois-énergie devient alors un secteur économique créateur d'emplois. La vente du bois de feu est réalisée par les couches sociales les plus pauvres, notamment les exploitants ruraux et les exploitants saisonniers. Cette activité permet aussi aux femmes non salariées des centres urbains d'aider leur foyer par le commerce de détail du bois. La liste des bénéficiaires est longue à énumérer. C'est ainsi par exemple, qu'en 1980, l'approvisionnement en bois de feu de la ville de Ouagadougou (Burkina Faso) a procuré un travail rémunéré à quelque 16 000 personnes. Du point de vue de l'approvisonnement, la connaissance de la filière de l'exploitation du bois (les moyens de transport utilisés, les distances d'approvisionnement, le mode de commercialisation, etc.) permet de mieux apprécier le rôle du bois-énergie dans la chaîne économique.

Des distances d'approvisionnement impressionnantes

En ville, la surpopulation aidant, la pénurie de bois est fortement ressentie. Le bois-énergie se cherche à plus de 100 km autour de certaines agglomérations comme Ouagadougou et Niamey. Le charbon de bois, combustible le plus utilisé à Dakar, est transporté sur plus de 200 km. Les moyens de transport courants sont les ânes, les chameaux, les charrettes, les camions. Le transport fluvial est également utilisé par certains pays côtiers de l'Afrique de l'Ouest tels que le Nigeria, le Bénin...

Des enjeux financiers

Le prix du bois ou du charbon de bois est surtout fonction de la distance d'approvisionnement et des moyens de transport. A Dakar, le kilo de charbon se vend de 25 à 50 Francs CFA ; à Niamey, le kilo de bois de feu revient à 20 Francs CFA, contre 5 Francs CFA sur le lieu de coupe. Une famille moyenne de travailleurs manuels consacre ainsi près du quart de son budget à l'achat de bois de feu.

De nombreux opérateurs

L'exploitation commerciale de bois de feu a fait naître une multitude d'opérateurs qui se consacrent à plein temps et de manière permanente à cette activité, dont ils tirent des revenus substantiels. Au Niger, une étude récente ( HATIDIL (H.A.) (in COLLECTIF - La forêt, patrimoine de l'avenir - Actes du Xe Congrès forestier modial. - Revue forestière française. - Nancy, 1991.)) a identifié les principaux opérateurs dans ce secteur économique. Il s'agit :

Le nombre d'emplois créés pourrait se situer aujourd'hui autour de 7 000 pour un chiffre d'affaires de plus de 6 milliards de Francs CFA (17 millions d'ECU).

Mais aussi une énergie à usage industriel

Outre les usages domestiques, le bois sert de source d'énergie à de nombreuses industries, rurales ou urbaines, petites ou locales, forestières ou sidérurgiques (briqueteries, distilleries, poteries, raffineries de sucre, tuileries, manufactures de tabac et de thé, etc.). Bien que plus modestes, les usages industriels du bois représentent entre 6 et 15 % du total du bois-énergie dans les pays d'Afrique et d'Asie. Le séchage du tabac aurait ainsi absorbé en Tanzanie 1.1 million de m3 de bois en 1970 et la fabrication du caoutchouc en Thaïlande près de 300 000 m3 la même année. Les pêcheries du lac Victoria et des cours d'eau voisins consomment 0.2 m3 de bois de feu ou 15 à 20 kg de charbon de bois pour fumer une tonne de poisson. Enfin, le bois peut fournir de l'énergie sous forme de vapeur aux scieries, aux locomotives et aux navires, et même être utilisé pour la production d'électricité.

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2.2.4 - La forêt, réserve de terres

Un sujet "tabou"

Peu de données quantifiées sont utilisables, par manque de documentation. Ce thème est peu abordé dans la plupart des études sur la forêt et constitue en quelque sorte un sujet "tabou", une fausse note dans le concert des grandes résolutions sur la protection des forêts. Le fait de ne pas aborder clairement ce sujet n'est pas neutre. En effet, les pays du Nord admettent mal que tel pays du Sud, qui a signé la résolution de Rio et qui prétend protéger la forêt, ferme les yeux sur sa destruction par des milliers de paysans. En fait ce gouvernement choisit entre deux maux : soit laisser mourir de faim des milliers de ses citoyens chaque année, soit les laisser se nourrir en détruisant la forêt pour y pratiquer une agriculture sur brûlis. En général, tant qu'il reste des espaces à défricher, le choix (le plus souvent tacite) de la deuxième option s'impose...

La culture sur brûlis de forêt, seule option pour la survie des miséreux ?

Dans la très grande majorité des pays intertropicaux secs ou humides d'Asie, d'Amérique, d'Afrique ou d'Océanie, de vastes surfaces de terres non réellement appropriées sont disponibles. En général, le droit, calqué sur des modèles européens, attribue les forêts, les savanes ou les steppes à l'Etat ; la réalité est toute autre.

Chaque habitant de ces pays sait bien que ces espaces restent libres. Il connaît parmi ses parents ou ses amis de nombreuses personnes qui se sont récemment installées sur ces terres prétendûment propriété de l'Etat. Tout le fonctionnement de la société est d'ailleurs profondément marqué par l'existence de ces terres. Un Congolais ou un Brésilien qui visite l'Europe a énormément de mal à comprendre comment fonctionne une société où il n'est pas possible de défricher une terre lorsque le besoin s'en fait sentir. Si un paysan burundais des hautes terres, vivant sur 0.5 ha, a en moyenne dix enfants, ce n'est pas uniquement par manque de planning familial : il sait qu'il vaut mieux avoir beaucoup d'enfants pour aider aux tâches ménagères, en garder un sur l'exploitation familiale, en avoir éventuellement un qui réussisse à l'école, marier les filles et envoyer les autres garçons vers les savanes sèches encore libres du Mosso ou vers quelque lambeaux de forêt d'altitude... Il en est de même dans tous les pays d'Afrique de l'Est (Rwanda, Kenya...), à Madagascar, sur la côte africaine, au Sahel, en Amérique du Sud et en Asie du Sud-Est.

Supprimer brutalement toute possibilité d'aller s'installer sur de nouvelles terres équivaudrait à condamner à la mort lente environ sept des dix enfants de cette famille burundaise, après divers stades de dégradation dans les bidonvilles périurbains (mendicité, prostitution...). Certes, des Etats comme le Bangladesh sont déjà surpeuplés, mais jusqu'à ces dernières années, la perméabilité des frontières permettait à ses habitants d'aller s'installer dans les forêts des Etats voisins de l'Inde. En Afrique, les migrations inter-Etats sont également fréquentes, et en Amérique, même un département très surveillé comme la Guyane française ne peut arrêter l'immigration de Brésiliens ou d'Haïtiens.

Un phénomène général : la désintensification des méthodes culturales sur les fronts pionniers

Les Akambas quittent les pentes du mont Kenya pour s'installer dans les savanes des Massaïs ; les Mafas abandonnent les monts Mandara du nord Cameroun pour coloniser les savanes où nomadisaient les Peuls Mbororos ; les descendants des Incas migrent vers l'Amazonie ; les Kinhs du Viêt-nam partent à l'assaut des collines où vivaient les Thaïs, les Mans et les Hmongs ; les Javanais peuplent le Kalimantan...

Tous ces migrants quittent des régions où leurs parents pratiquaient une agriculture intensive qui, par des dispositifs antiérosifs, des apports de fumier ou de cendres, des associations ou des successions culturales entre céréales et légumineuses et des pratiques agro-sylvo-pastorales, leur permettait de vivre à plusieurs centaines d'habitants par km2;. Ils arrivent dans des terres presque vides (dont ils expulsent éventuellement les rares utilisateurs) et accaparent plusieurs dizaines d'ha. Ils y pratiquent une agriculture extensive, faisant largement appel aux méthodes d'agriculture sur brûlis, sans apport de fumier, sans dispositif antiérosif, sans association de cultures ni de pratique agroforestière. Tous valorisent au mieux l'heure de travail et occupent au maximum l'espace.

Ce n'est qu'après plusieurs héritages ou ventes de terre que la saturation foncière oblige à nouveau ces habitants à valoriser plutôt l'hectare de surface cultivable que l'heure de travail. Ils reviennent alors à des pratiques de plus en plus intensives.

Quelles perspectives ?

Une nécessaire prise de conscience

Il serait criminel d'interdire du jour au lendemain le défrichement des forêts, car cela condamnerait à la famine des millions d'habitants dans le monde tropical. Mais si rien n'est fait, toutes les forêts naturelles tropicales de la planète peuvent disparaître, sur tous les continents et dans toutes les situations climatiques ; disparaitrait également la majorité de la biodiversité animale et végétale, sans parler de civilisations millénaires liées à ces forêts ou à ces savanes. L'évolution de toute société s'étend sur des décennies ; pour que les gens commencent à modifier leur comportement vis-à-vis de la natalité, de l'instruction des enfants, de l'intensification de l'agriculture, de la fixation de l'habitat... il faut qu'ils comprennent assez rapidement que l'espace disponible (les forêts ou les savanes) n'est plus infini.

Des mesures conservatrices...

Avant toute chose, le devoir des Etats est de mettre en réserve intégrale de vastes surfaces de forêt judicieusement disposées pour préserver l'essentiel de la diversité animale et végétale ainsi que les civilisations nomades qui y sont associées. Dans ces zones, il faudra éviter au maximum l'ouverture de routes et la création d'infrastructures. Ces zones seront classées en parcs nationaux.

... intégrées dans une logique d'aménagement du territoire

Les pays devraient être encouragés à réaliser un plan d'aménagement de leur territoire qui comprendrait :


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Parlement européen
Révisé le 1er septembre 1996
URL: http://www.europarl.ep.ec/dg7/forest/fr/s3-2-2.htm